AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

François Kérel (Autre)François Ricard (Autre)
EAN : 9782070368341
472 pages
Gallimard (13/09/1976)
4.05/5   709 notes
Résumé :
La Plaisanterie, titre du roman qui fit connaître Kundera du public français, était aussi le thème principal des récits réunis dans Risibles amours. Plaisanterie innocente qui dans un monde de "procès" à la Kafka, conduit à l'inextricable culpabilité : voilà le mécanisme que l'auteur perçait à jour.

Dans ce deuxième roman d'une férocité burlesque nous retrouvons ce même monde, mais nous y entrons à travers le destin exemplaire d'un jeune homme qui, l... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
4,05

sur 709 notes
5
16 avis
4
6 avis
3
5 avis
2
1 avis
1
0 avis

peloignon
  22 février 2013
Si la vie humaine était éternelle, la mort ne nous serait jamais venue à l'esprit. L'existence se déploierait en dehors de toutes urgences, de tous termes. La temporalité serait comprise comme étant le mouvement en général.
Mais alors, la vie non plus n'apparaîtrait pas à l'esprit. C'est en effet parce que l'on meurt que l'on vit et parce que l'on vit que l'on meurt. La vie et la mort sont consubstantielles.
L'existence humaine réelle se déploie à partir d'un passé, dans lequel on ne peut revenir autrement qu'en souvenir, pour passer en un présent insaisissable vers un futur inconnu, alors que la mort peut constamment survenir. Or il y a tant de moyens de se distraire existentiellement, de vivre comme si l'on était éternel, comme si seuls l'expression et la connaissance comptaient, en dehors de toutes considérations pour notre finitude.
Et c'est pourquoi j'aime tant Kundera. Il s'attaque si bien aux illusions humaines qui nous distraient d'une conscience authentiquement propre à la condition humaine concrète!
Ici, citant de nombreux poètes, c'est au monde de la poésie lyrique qu'il s'attaque, ce « champ magique [où] ... toute affirmation devient vérité pour peu qu'il y ait derrière elle la force du sentiment vécu. » (402)
Le poète fuit l'angoisse de l'existence humaine réelle dans les rêves de l'imagination pure, où sa liberté débridée lui permet de s'égarer avec une force de séduction quasi irrésistible pour son entourage si le hasard veut qu'il soit talentueux. C'est que cette fuite infantile, immature, veut être adorée comme le Dieu éternel qu'il était enfant dans le petit cercle familial rempli d'amour maternel (Kundera cite Wolker sur ce point (323)).
Derrière l'idéologie politique, la volonté d'être « moderne », la jalousie (sur ce point, Kundera cite Keats(319) et Hugo (331)), se manifeste l'exigence de l'absolu au présent qu'implique le refus d'une prise de conscience de ce qu'est la condition humaine.
Ces douces folies, d'apparence innocentes et charmantes se déploient ainsi dans une innocence dont l'irresponsabilité absolue passe à côté de la vie et de la mort : « le mur, derrière lequel des hommes et des femmes étaient emprisonnés, était entièrement tapissé de vers et, devant ce mur, on dansait. Ah non, pas une danse macabre. Ici l'innocence dansait! L'innocence avec son sourire sanglant. » (401)
Oui, si la vie humaine était éternelle, la mort ne nous serait jamais venue à l'esprit, mais nous ne sommes pas éternels, alors méfions nous des modes d'existences qui se déploient comme si c'était le cas. Notre innocente cruauté envers notre entourage pourrait bien mener à notre propre chute (Kundera mentionne l'exemple de Lermontov (449)) et ce, de manière aussi vaine que ridicule.
Évidemment, l'histoire rapportée par le roman est triste, pathétique même, mais le message en vaut la peine et dans ce court espace où Kundera introduit le quadragénaire, on y aime aussi certains personnages, le temps d'une « pause tranquille, où un homme inconnu a allumé soudain la lampe de la bonté. » (428)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          510
blandine5674
  04 août 2019
Naissance et vie d'un poète à Prague à l'époque du changement de régime. D'un très grand poète aux yeux de sa mère. Vient l'adolescence où l'on se cherche. Comment écrire sur l'amour quand on est encore puceau ? Comment faire dormir une fille dans sa chambre quand on a la sensation de vivre chez sa mère. Cette maman trop aimante et possessive qu'il adore et déteste à la fois. Histoire d'un poète maudit qui admire Rimbaud qui ne doute pas de lui. Des scènes sérieuses, tendres, risibles, terribles, sensuelles.
Un grand Kundera sur le passage de l'enfant à l'adulte.
Commenter  J’apprécie          430
Lilimo
  16 février 2013
Une figure passée au peigne fin…
Au-delà du roman, c'est un portrait psychologique et symbolique que nous dévoile l'auteur. Impossible de fermer un tel bouquin sans essayer d'en extirper le sens profond. Maître dans l'art de disséquer la complexité du genre humain, Kundera nous scotche littéralement dans cet ouvrage qui a pour héros (ou plutôt anti-héros) un jeune poète dénommé Jaromil.
Sous le joug d'une mère exclusive ayant sacrifié toute vie sentimentale pour son fils, le jeune-homme ne pourra s'extraire du monde de l'enfance, prisonnier jusqu'à la mort de ce binôme étouffant. Tous les stigmates de l'immaturité sont représentés à travers lui. Susceptible, colérique et jaloux, l'adolescent se laisse dévorer par ses frustrations et son désir permanent de plaire au plus grand nombre…quitte à flatter le régime de plus en plus contesté. A l'heure où gronde en sourdine la protestation et où le pays voit se dresser des intellectuels contestataires, lui ne perçoit le monde qu'à travers son nombril et se réfugie naïvement dans un lyrisme exacerbé. Seule sa gloire potentielle compte.
Difficile de ne pas y voir une critique acerbe de la poésie! Kundera sème le trouble avec ce titre évocateur qui n'est pas sans nous rappeler les mots de Rimbaud dans Une saison en enfer : « La vraie vie est absente ». La force de ce roman, c'est son impertinence. Jaromil est-il Rimbaud ? Kundera a-t-il voulu briser une figure de la poésie en nous livrant le portrait d'un gamin couvé qui ne peut grandir et s'affranchir de la pression maternelle ? Troublant quand on sait que Rimbaud fut élevé par une mère rigide, exigeante en l'absence de son père… Et cette quête permanente de reconnaissance? Ce comportement excessif, inhérent à la jeunesse ? Cette mort prématurée avant d'avoir atteint l'âge de maturité ? La confusion est à son comble !
Dans ce roman, on ne saurait dire si Kundera s'attaque ironiquement à l'image du poète ou s'il vise à écorcher la jeunesse dans son ensemble en dénonçant les défauts qui lui sont propres. « le monde des adultes sait bien que l'absolu n'est qu'un leurre, que rien d'humain n'est grand ou éternel. » Tout est dit. Et c'est à travers le chapitre du quadragénaire que l'on découvre une approche de la vie tout-à-fait différente : une approche beaucoup plus calme, plus simple, plus consciente qui contraste avec l'effervescence désordonnée des pensées adolescentes excessives.
N'oublions pas que Kundera a quarante ans lorsqu'il écrit ce roman et qu'on est en 1969! Alors, où est la vie ? Ni dans la révolution, ni dans le lyrisme… A mon humble avis, la réponse de l'auteur se situe ailleurs (en lien étroit avec la notion d'âge et de maturité). Mais ça, c'est un autre débat…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          310
LoloKiLi
  29 août 2017
On va la faire concise : Kundera m'avait emballée dans La valse aux adieux, je me suis un peu perdue en revanche dans La vie est ailleurs. Construction déroutante, personnages baroques auxquels j'ai eu du mal à m'attacher… je m'en veux presque de n'avoir aimé qu'à moitié.
Rendez-vous un peu manqué donc – je devais être ailleurs moi aussi ce jour là – mais qui ne m'empêchera certainement pas de revenir à Kundera. Si vous avez des conseils n'hésitez pas...

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
Commenter  J’apprécie          4030
colimasson
  24 octobre 2018
C'est un peu comme si, à mesure que le niveau culturel d'une civilisation se montre de plus en plus sophistiqué, le péril qu'elle encourt devient à son tour plus grand. Rien de nouveau sous le soleil : culture et barbarie sont les deux pôles d'un même axe.

Une grande culture dans de petits esprits, des idées qui prennent toute la place et qui ne laissent plus rien pour l'humanité, voilà le péril. Croire savoir des choses alors que l'on n'a fait qu'assimiler la pâture que nous lance la société du spectacle. Croire pouvoir devenir quelqu'un d'important alors qu'on ne fait que jouer le jeu des autres.

Poésie et politique entretenaient un rapport étroit fut un temps, nous dit Kundera. Imaginez que l'on clame encore des poésies dans les journaux ou sur les places publiques. Quelle merveille, qu'on se croit imaginer, alors qu'on n'y pige que dalle ni à la poésie ni à la politique, mais on aime penser qu'il pourrait y avoir quelque chose derrière tout ça. Seulement que ce n'est pas la création qui est une merveille, mais l'utilisation que l'on en fait, le rapport que l'on entretient avec. Kundera nous parle d'une instrumentalisation silencieuse de la poésie qui en fait un outil de propagande et de lobotomisation aussi efficace que la télévision ou les réseaux sociaux aujourd'hui.

Comme si les êtres humains se précipitaient tous instinctivement vers tout ce qui peut exister pour cesser de vivre aux yeux des uns les autres.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290

Citations et extraits (108) Voir plus Ajouter une citation
TotaroTotaro   02 juillet 2022
...l'enfant qui était heureux à l'intérieur du corps maternel et qui ressent sa naissance comme une mort atroce...Le jeune homme porte en lui pendant longtemps une nostalgie de la sécurité et de l'unité de cet univers. et éprouvé de l'angoisse (ou de lz colère) face au monde adulte de la relativité où il est englouti... C'est pourquoi les jeunes gens sont des messagers de l'absolu.
Commenter  J’apprécie          00
TotaroTotaro   02 juillet 2022
Il ignorait tout de la vieillesse, qui était pour lui une notion lointaine et abstraite. Tout ce qu'il savait de la vieillesse, c'est qu'elle est une période de la vie où l'âge adulte appartient déjà au passé ; orle destin est déjà achevé ; où l'homme n'a plu à redouter ce terrible inconnu qui s'appelle l'avenir ; où l'amour quand nous le rencontrons est ultime et certain.
Commenter  J’apprécie          00
TotaroTotaro   02 juillet 2022
en effet, que savons nous d’eux ? Guère plus que ce sot de Jaromil. qui, en réalité, n’a jamais rien su de personne !

Si l’homme ne peut sortir de sa vie, le roman est beaucoup plus libre
Commenter  J’apprécie          00
peloignonpeloignon   20 février 2013
Si son mariage avait été sans joie, son veuvage fut grand et glorieux. Elle trouva une grande photographie de son mari qui datait de l’époque où ils avaient fait connaissance, elle la mit dans un cadre doré et l’accrocha au mur.
Commenter  J’apprécie          520
ay_guadalquiviray_guadalquivir   29 août 2014
"Suis-je belle nue ou habillée?"
Il existe un certain nombre de questions féminines classiques, que tout homme rencontre tôt ou tard dans la vie et auxquelles les établissements d'enseignement devraient préparer les jeunes gens. Mais Jaromil, comme nous tous, fréquentait de mauvaises écoles et ne savait pas quoi répondre ; il s'efforça de deviner ce que la jeune fille voulait entendre, mais il était embarrassé ; la plupart du temps, en société, la jeune fille était habillée, donc ça lui ferait sans doute plaisir d'être plus belle avec des vêtements ; seulement, comme la nudité est la vérité du corps, Jaromil lui ferait sans doute le même plaisir en lui disant qu'elle était plus jolie toute nue.
"Tu es belle nue et habillée", dit-il, mais l'étudiante n'était pas du tout satisfaite de cette réponse.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130

Videos de Milan Kundera (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Milan Kundera
Après "Bienvenue au club", le CNL en partenariat avec Public Sénat, met en avant les conseils des lecteurs en leur donnant la parole dans l'émission #LivresetVous. Une nouvelle chronique à ne pas manquer tous les vendredi à 17h30.
Que peut nous apprendre la philosophie au quotidien?Pour répondre à cette question Guillaume Erner est accompagné de Géraldine Mosna-Savoye et d'Emmanuel Kessler. Cette semaine, David, étudiant et membre du club de lecture de l'université d'Orléans, répond au thème de l'émission en convoquant « Siddharta » de Hermann Hesse, et «l'insoutenable légèrté de l'être » de Milan Kundera.
Une émission présentée par Guillaume Erner, en partenariat avec France Culture.
#livresetvous #bienvenueauclub #publicsenat #franceculture #universitéorléans
Suivez le CNL sur son site et les réseaux sociaux :
Site officiel : www.centrenationaldulivre.fr Facebook : Centre national du livre Twitter : @LeCNL Instagram : le_cnl Linkedin : Centre national du livre
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Littérature tchèqueVoir plus
>Littératures indo-européennes>Balto-slaves : Bulgare, macédonienne, serbo-croate>Littérature tchèque (42)
autres livres classés : littérature tchèqueVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Milan Kundera

Presque tous les romans de Kundera comportent le même nombre de parties : quelle est la structure type de ses romans ?

3 parties
5 parties
7 parties

10 questions
120 lecteurs ont répondu
Thème : Milan KunderaCréer un quiz sur ce livre

.. ..