AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

François Kérel (Autre)François Ricard (Autre)
ISBN : 2070368343
Éditeur : Gallimard (13/09/1976)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 545 notes)
Résumé :
4° de couverture :
(Edition Source : Gallimard, Du monde entier - 10/1973)
ISBN & EAN Absents


La Plaisanterie, titre du roman qui fit connaître Kundera du public français, était aussi le thème principal des récits réunis dans Risibles amours. Plaisanterie innocente qui dans un monde de "procès" à la Kafka, conduit à l'inextricable culpabilité : voilà le mécanisme que l'auteur perçait à jour.

Dans ce deuxième roman... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacCulturaLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
  22 février 2013
Si la vie humaine était éternelle, la mort ne nous serait jamais venue à l'esprit. L'existence se déploierait en dehors de toutes urgences, de tous termes. La temporalité serait comprise comme étant le mouvement en général.
Mais alors, la vie non plus n'apparaîtrait pas à l'esprit. C'est en effet parce que l'on meurt que l'on vit et parce que l'on vit que l'on meurt. La vie et la mort sont consubstantielles.
L'existence humaine réelle se déploie à partir d'un passé, dans lequel on ne peut revenir autrement qu'en souvenir, pour passer en un présent insaisissable vers un futur inconnu, alors que la mort peut constamment survenir. Or il y a tant de moyens de se distraire existentiellement, de vivre comme si l'on était éternel, comme si seuls l'expression et la connaissance comptaient, en dehors de toutes considérations pour notre finitude.
Et c'est pourquoi j'aime tant Kundera. Il s'attaque si bien aux illusions humaines qui nous distraient d'une conscience authentiquement propre à la condition humaine concrète!
Ici, citant de nombreux poètes, c'est au monde de la poésie lyrique qu'il s'attaque, ce « champ magique [où] ... toute affirmation devient vérité pour peu qu'il y ait derrière elle la force du sentiment vécu. » (402)
Le poète fuit l'angoisse de l'existence humaine réelle dans les rêves de l'imagination pure, où sa liberté débridée lui permet de s'égarer avec une force de séduction quasi irrésistible pour son entourage si le hasard veut qu'il soit talentueux. C'est que cette fuite infantile, immature, veut être adorée comme le Dieu éternel qu'il était enfant dans le petit cercle familial rempli d'amour maternel (Kundera cite Wolker sur ce point (323)).
Derrière l'idéologie politique, la volonté d'être « moderne », la jalousie (sur ce point, Kundera cite Keats(319) et Hugo (331)), se manifeste l'exigence de l'absolu au présent qu'implique le refus d'une prise de conscience de ce qu'est la condition humaine.
Ces douces folies, d'apparence innocentes et charmantes se déploient ainsi dans une innocence dont l'irresponsabilité absolue passe à côté de la vie et de la mort : « le mur, derrière lequel des hommes et des femmes étaient emprisonnés, était entièrement tapissé de vers et, devant ce mur, on dansait. Ah non, pas une danse macabre. Ici l'innocence dansait! L'innocence avec son sourire sanglant. » (401)
Oui, si la vie humaine était éternelle, la mort ne nous serait jamais venue à l'esprit, mais nous ne sommes pas éternels, alors méfions nous des modes d'existences qui se déploient comme si c'était le cas. Notre innocente cruauté envers notre entourage pourrait bien mener à notre propre chute (Kundera mentionne l'exemple de Lermontov (449)) et ce, de manière aussi vaine que ridicule.
Évidemment, l'histoire rapportée par le roman est triste, pathétique même, mais le message en vaut la peine et dans ce court espace où Kundera introduit le quadragénaire, on y aime aussi certains personnages, le temps d'une « pause tranquille, où un homme inconnu a allumé soudain la lampe de la bonté. » (428)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          440
Lilimo
  16 février 2013
Une figure passée au peigne fin…
Au-delà du roman, c'est un portrait psychologique et symbolique que nous dévoile l'auteur. Impossible de fermer un tel bouquin sans essayer d'en extirper le sens profond. Maître dans l'art de disséquer la complexité du genre humain, Kundera nous scotche littéralement dans cet ouvrage qui a pour héros (ou plutôt anti-héros) un jeune poète dénommé Jaromil.
Sous le joug d'une mère exclusive ayant sacrifié toute vie sentimentale pour son fils, le jeune-homme ne pourra s'extraire du monde de l'enfance, prisonnier jusqu'à la mort de ce binôme étouffant. Tous les stigmates de l'immaturité sont représentés à travers lui. Susceptible, colérique et jaloux, l'adolescent se laisse dévorer par ses frustrations et son désir permanent de plaire au plus grand nombre…quitte à flatter le régime de plus en plus contesté. A l'heure où gronde en sourdine la protestation et où le pays voit se dresser des intellectuels contestataires, lui ne perçoit le monde qu'à travers son nombril et se réfugie naïvement dans un lyrisme exacerbé. Seule sa gloire potentielle compte.
Difficile de ne pas y voir une critique acerbe de la poésie! Kundera sème le trouble avec ce titre évocateur qui n'est pas sans nous rappeler les mots de Rimbaud dans Une saison en enfer : « La vraie vie est absente ». La force de ce roman, c'est son impertinence. Jaromil est-il Rimbaud ? Kundera a-t-il voulu briser une figure de la poésie en nous livrant le portrait d'un gamin couvé qui ne peut grandir et s'affranchir de la pression maternelle ? Troublant quand on sait que Rimbaud fut élevé par une mère rigide, exigeante en l'absence de son père… Et cette quête permanente de reconnaissance? Ce comportement excessif, inhérent à la jeunesse ? Cette mort prématurée avant d'avoir atteint l'âge de maturité ? La confusion est à son comble !
Dans ce roman, on ne saurait dire si Kundera s'attaque ironiquement à l'image du poète ou s'il vise à écorcher la jeunesse dans son ensemble en dénonçant les défauts qui lui sont propres. « le monde des adultes sait bien que l'absolu n'est qu'un leurre, que rien d'humain n'est grand ou éternel. » Tout est dit. Et c'est à travers le chapitre du quadragénaire que l'on découvre une approche de la vie tout-à-fait différente : une approche beaucoup plus calme, plus simple, plus consciente qui contraste avec l'effervescence désordonnée des pensées adolescentes excessives.
N'oublions pas que Kundera a quarante ans lorsqu'il écrit ce roman et qu'on est en 1969! Alors, où est la vie ? Ni dans la révolution, ni dans le lyrisme… A mon humble avis, la réponse de l'auteur se situe ailleurs (en lien étroit avec la notion d'âge et de maturité). Mais ça, c'est un autre débat…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
Lolokili
  29 août 2017
On va la faire concise : Kundera m'avait emballée dans La valse aux adieux, je me suis un peu perdue en revanche dans La vie est ailleurs. Construction déroutante, personnages baroques auxquels j'ai eu du mal à m'attacher… je m'en veux presque de n'avoir aimé qu'à moitié.
Rendez-vous un peu manqué donc – je devais être ailleurs moi aussi ce jour là – mais qui ne m'empêchera certainement pas de revenir à Kundera. Si vous avez des conseils n'hésitez pas...

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
Commenter  J’apprécie          3623
colimasson
  24 octobre 2018
C'est un peu comme si, à mesure que le niveau culturel d'une civilisation se montre de plus en plus sophistiqué, le péril qu'elle encourt devient à son tour plus grand. Rien de nouveau sous le soleil : culture et barbarie sont les deux pôles d'un même axe.

Une grande culture dans de petits esprits, des idées qui prennent toute la place et qui ne laissent plus rien pour l'humanité, voilà le péril. Croire savoir des choses alors que l'on n'a fait qu'assimiler la pâture que nous lance la société du spectacle. Croire pouvoir devenir quelqu'un d'important alors qu'on ne fait que jouer le jeu des autres.

Poésie et politique entretenaient un rapport étroit fut un temps, nous dit Kundera. Imaginez que l'on clame encore des poésies dans les journaux ou sur les places publiques. Quelle merveille, qu'on se croit imaginer, alors qu'on n'y pige que dalle ni à la poésie ni à la politique, mais on aime penser qu'il pourrait y avoir quelque chose derrière tout ça. Seulement que ce n'est pas la création qui est une merveille, mais l'utilisation que l'on en fait, le rapport que l'on entretient avec. Kundera nous parle d'une instrumentalisation silencieuse de la poésie qui en fait un outil de propagande et de lobotomisation aussi efficace que la télévision ou les réseaux sociaux aujourd'hui.

Comme si les êtres humains se précipitaient tous instinctivement vers tout ce qui peut exister pour cesser de vivre aux yeux des uns les autres.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220
Albina
  06 septembre 2016
KUNDERA : la vie est ailleurs
Je n'ai pas aimé relire ce livre. Certains détails passés inaperçus à la première lecture — il y a de cela quelques années— et qui relèvent d'une volonté délibérée d'écrire un roman à thèse (une constante chez Kundera, mais qu'il sait souvent faire passer avec brio), m'ont laissée mal à l'aise. C'est la généralisation à outrance : on a le poète, la mère, le peintre, la rousse, la cinéaste, le quadragénaire, etc. ; une terminologie qui efface toute singularité. Seul Jaromil sera nommé, ainsi que Xavier, l'oeuvre et le rêve du poète qui apparaitra plus tard comme son double.
Je ne suis pas convaincue par cette image du poète narcissique égocentrique, en mal de distinction, prisonnier de l'amour d'une mère abusive et castratrice.
Le déroulement de l'histoire tend à être la genèse du/d'un poète :
Cela commence par la mère, une femme déçue par son amour de jeunesse, l'homme qu'elle a épousé. Elle s'est enfoncée dans la frustration et dans la désillusion. Elle reportera sa passion sur son fils dont elle s'émerveillera des moindres gazouillis. L'enfant fera des rimes un peu par hasard et remarquera que cela permet de focaliser l'attention sur lui. Il récidivera, et le phénomène se reproduisant toujours avec les mêmes effets, il en fera un système. Il adoptera une posture qui lui permettra de bénéficier d'une entrée dans le monde gratifiante. Mais il est désormais à la merci du regard des autres. On peut dire qu'il est tombé dans le premier piège du lyrisme ou la fiction devient réalité.
Plus tard, la mère présentera Jaromil à un peintre qui deviendra son amant. le peintre la forcera à lire des livres dont elle ne comprend pas le sens, tracera sur son corps nu des signes cabalistiques ou des dessins à l'encre avant de faire l'amour. Il en fera sa chose ; il veut la posséder en totalité, mais c'est en fait sa propre création, son propre désir qu'il adule au point de nier l'existence de la femme. Elle finira par se sentir étouffée et le quittera, prenant pour prétexte qu'elle a à coeur de ne pas choquer son fils par cette liaison.
Jaromil dont la mère a vanté les dons (il dessine des hommes à tête de chien) séduira temporairement le peintre par son originalité ; il l'initie au surréalisme et lui prête des livres. Puis Jaromil se détachera peu à peu de son emprise pour se fondre dans le paysage révolutionnaire de la Tchécoslovaquie alors sou régime communisme qui s'avère lui aussi un autre piège tissé de fictions celles de l'idéologie. Il devient le poète du réalisme socialiste.
En filigrane, le monstre maternel continue à tendre ses filets pour mieux l'emprisonner allant même jusqu'à choisir ses caleçons.
Jaromil s'avère un personnage peu sympathique, centré sur lui-même, d'une intelligence médiocre, malgré une sensibilité exacerbée et, surtout, il demeure incapable de prendre son autonomie. Il finira par comprendre néanmoins que la vie est ailleurs (référence à Rimbaud). Il aspire à être un homme, et par dépit, ayant échoué dans sa première relation amoureuse à cause de l'omniprésence de sa mère, il rencontrera une femme qu'il veut à son tour posséder totalement la rousse et dont il fera sa chose. Celle-ci a beau être simple, soumise, malléable à souhait, elle lui échappera. Et la jalousie de Jaromil le poussera à dénoncer son frère (qu'elle lui a présenté comme un révolutionnaire prêt à s'exiler en pays étranger) pour éprouver sa toute-puissance, convaincu d'avoir accompli son devoir ; sans la moindre once de culpabilité.
On apprend par la suite que la rousse avait menti pour ne pas lui dire qu'elle était chez un autre homme (le quadragénaire avec qui elle venait de rompre définitivement par amour pour Jaromil). Elle devra subir des interrogatoires, sera emprisonnée par le régime en place et sortira au bout de trois ans, après la mort de son ancien amant. Son frère, quant à lui, aura disparu, sans doute éliminé par la police.
Jaromil, alors encensé et au sommet de sa gloire, se trouvera, brusquement, en situation d'humiliation à la suite d'une polémique entre poètes. Il est accusé de lâcheté (il affirme avec virulence son indifférence envers le sort du peintre qui a été taxé de Bourgeois et mis au ban de la société par les communistes). Conspué, tourné en ridicule par un de ses confrères, il se réfugiera sur le balcon, dans la nuit glaciale, pour se cacher (échapper cette fois aux regards des autres) et il attrapera une pneumonie.
Il décède quelques jours après.
Mort par le froid ; autant dire dans la solitude la plus extrême.
le roman est parcouru par de nombreuses références aux poètes connus (Hugo, Rimbaud, etc. et à des écrivains tchèques.) S'il vrai que le parallèle est parfois troublant et donne parfois à méditer, il reste très parcellaire et ne fait pas pour autant de Jaromil un poète. Ce Jaromil a quelque chose d'inauthentique, fait preuve d'une fermeture à l'autre qui confine à l'autisme. Il n'est pas visionnaire, il n'est pas possédé par la musique des mots au point d'en faire sa passion. La poésie n'est pour lui qu'une posture, un signe de distinction et un point de fuite parmi tant d'autres.
Une démystification du lyrisme et de la poésie? Pourquoi pas ; mais le personnage ne me semble pas vraiment à la hauteur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   05 décembre 2018
La haine qui lui montait à la tête comme un alcool était belle et le fascinait ; elle le fascinait d’autant plus qu’elle lui revenait, répercutée par la jeune fille, et qu’elle le blessait à son tour ; c’était une colère autodestructrice, car il savait bien qu’en repoussant la jeune fille rousse, il repoussait la seule femme qu’il eût au monde ; il sentait bien que sa colère était injustifiée et qu’il était injuste avec la petite ; mais c’était sans doute de le savoir qui le rendait plus cruel encore, car ce qui l’attirait, c’était l’abîme ; l’abîme de l’esseulement, l’abîme de l’autocondamnation ; il savait qu’il ne serait pas heureux sans son amie (il serait seul) et qu’il ne serait pas content de lui non plus (il aurait conscience d’avoir été injuste), mais ce savoir ne pouvait rien contre la splendide griserie de la colère. Il annonça à son amie que ce qu’il venait de dire ne valait pas seulement pour cet instant, mais pour toujours : il ne voulait plus jamais être touché par sa main.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
colimassoncolimasson   30 novembre 2018
Ah, être simple, totalement simple, simple comme une chanson populaire, comme une comptine d’enfant, comme un ruisseau, comme la petite rousse !
Commenter  J’apprécie          20
colimassoncolimasson   27 novembre 2018
S’il évitait sa mère depuis quelque temps, c’était parce que son chagrin avait besoin de solitude et de pénombre. Mais depuis qu’il avait accosté sur le rivage ensoleillé du corps de la rousse, il aspirait à la lumière et à la paix ; la mésentente avec sa mère le gênait.
Commenter  J’apprécie          20
peloignonpeloignon   20 février 2013
Si son mariage avait été sans joie, son veuvage fut grand et glorieux. Elle trouva une grande photographie de son mari qui datait de l’époque où ils avaient fait connaissance, elle la mit dans un cadre doré et l’accrocha au mur.
Commenter  J’apprécie          480
ay_guadalquiviray_guadalquivir   29 août 2014
"Suis-je belle nue ou habillée?"
Il existe un certain nombre de questions féminines classiques, que tout homme rencontre tôt ou tard dans la vie et auxquelles les établissements d'enseignement devraient préparer les jeunes gens. Mais Jaromil, comme nous tous, fréquentait de mauvaises écoles et ne savait pas quoi répondre ; il s'efforça de deviner ce que la jeune fille voulait entendre, mais il était embarrassé ; la plupart du temps, en société, la jeune fille était habillée, donc ça lui ferait sans doute plaisir d'être plus belle avec des vêtements ; seulement, comme la nudité est la vérité du corps, Jaromil lui ferait sans doute le même plaisir en lui disant qu'elle était plus jolie toute nue.
"Tu es belle nue et habillée", dit-il, mais l'étudiante n'était pas du tout satisfaite de cette réponse.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Videos de Milan Kundera (22) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Milan Kundera
Le livre qui a changé votre vie - Leïla Slimani
Milan Kundera : L'Insoutenable légèreté de l'être"
Dans la catégorie : Littérature tchèqueVoir plus
>Littératures indo-européennes>Balto-slaves : Bulgare, macédonienne, serbo-croate>Littérature tchèque (42)
autres livres classés : littérature tchèqueVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacCulturaLeslibraires.frMomox





Quiz Voir plus

Milan Kundera

Presque tous les romans de Kundera comportent le même nombre de parties : quelle est la structure type de ses romans ?

3 parties
5 parties
7 parties

10 questions
70 lecteurs ont répondu
Thème : Milan KunderaCréer un quiz sur ce livre
.. ..