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François Kérel (Autre)
EAN : 9782070375295
128 pages
Gallimard (17/06/2004)
3.87/5   91 notes
Résumé :

Une petite gare de Bohême pendant la guerre.Un stagiaire tente de s'ouvrir les veines par chagrin d'amour. L'adjoint du chef de gare profite d'une garde de nuit pour couvrir de tampons les fesses d'une jolie télégraphiste. Mais il y a aussi l'héroïsme, le sacrifice, la résistance. Dans un pays qui a donné tant de richesses à la littérature mondiale, Hrabal est un des plus grands.

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« Le stagiaire Hrma est à son poste ! » Hrma, c'est Milos, stagiaire des chemins de fer de l'Etat, dans une petite gare de Bohème pendant l'occupation nazie. Y passe des « trains étroitement surveillés », aux mains des SS, que les partisans tentent de saboter. Milos va y faire son apprentissage.
Tout en magnifiant la résistance et l'héroïsme, Hrabal dans ce petit bijou littéraire nous allège l'insoutenable avec des scènes tragi-comiques du quotidien comme cet adjoint du chef de gare qui profite d'une garde de nuit avec une jolie télégraphiste, pour la culbuter et lui oblitérer les fesses avec le tampon de la gare, sans oublier le dateur 😁! L'événement fera bruit en bien et en mal….

Hrabal, « étroitement surveillé » par le régime communiste, une dictature de 42 ans établie si longtemps en Tchécoslovaquie de 1948 à 1990 , sauvera sa peau des censeurs grâce à la dérision qui est au coeur de son oeuvre. Dans l'absurdité tragi-comique de son quotidien, l'inconcevable deviendra réalité avec des personnages « palabrant », c'est à dire proposant des conceptions de vie originales et pleine de fantaisie, riche en états d'âme révélateurs de prises de conscience . Son dérisoire se déclame dès le départ dans l'ambiguïté des situations, lorsque dans le récit qui a lieu durant la Deuxième guerre mondiale, les bourreaux , ici les Allemands, sont présentés en sauveurs ( comme dans la dictature communiste) , lorsque le chef de district venu enquêter l'histoire des tampons, déclame, « La plus noble des races risque sa vie pour vous….et vous voilà ce que vous faites ! ». Il s'accentue avec des personnages digne de celles de la Commedia dell'Arte; le chef de gare qui se préparait au poste d'inspecteur , après le passage du chef de district et la rédaction du procès verbal de l'histoire des tampons , crie à plusieurs reprises, à plein gosier, tourné vers la cour d'aération : « -Je peux me la mettre quelque part, à présent , l'épaulette d'inspecteur ! » . Mais le dérisoire malheureusement n'arrive pas à effacer le tragique d'une histoire forte, violente, riche en images et métaphores, même si la réalité reste souvent ensevelie sous une épaisse couche de réalisme magique .
Première rencontre magique et tragique avec Bohumil Hrabal !

« Pour le vrai lecteur, il faut dégainer toutes les phrases sans hésiter, abattre toutes les barrières. C'est la seule façon de procurer de l'étonnement ou de l'indignation au vrai lecteur, de lui donner le désir de tailler une bavette dans un café avec l'auteur ou alors d'aller l'attendre pour lui allonger une dérouillée à le rendre méconnaissable. »
(Bohumil Hrabal)
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Trains étroitement surveillés est un court récit, presque un huis clos, qui a l'originalité de se dérouler essentiellement dans une petite gare de Bohême pendant la seconde guerre mondiale.
Nous sommes en 1945 et l'armée du 3ème Reich semble ne plus être que l'ombre d'elle-même, mais vous le savez comme moi, une bête à l'agonie, en déroute, n'est jamais aussi dangereuse que lorsqu'elle est aux abois. Les Allemands savent-ils alors qu'ils ont déjà perdu la guerre ?
Pourtant ils continuent de faire transiter par cette gare des Trains étroitement surveillés autant par eux que par les partisans alentour...
Nous faisons la connaissance de quelques personnages pittoresques qui composent le personnel de cette gare, à commencer par le narrateur, le stagiaire, un jeune garçon très naïf, Milos Hrma, qui possède encore la virginité des premiers émois amoureux et dont la vexation d'un coeur épris pour la jeune et belle contrôleuse Macha n'a rien à envier au jeune Werther. Tout ça à cause d'une éjaculation précoce ! Hé oui, il existe aussi des trains qui partent avant l'heure et ce n'est parfois guère mieux que ceux qui arrivent en retard...
Il y a bien sûr le chef de gare, personnage touchant du haut de son quintal et de son nom à particule, - M. le baron Lansky de la rose, qui cultive une passion éperdue pour ses pigeons qui roucoulent dans le colombier tout près et qu'il bichonne toute la journée comme si c'étaient ses propres enfants. Il en oublierait presque les trains qui passent dans sa gare... Gare à sa prochaine promotion qu'il attend avec tant d'impatience !
Mais le plus croquignolesque de tous est sans doute l'adjoint au chef de gare, Hubicka, préposé à la sécurité qui, une nuit de garde passée avec une jeune télégraphiste, se retrouva à la faveur d'un jeu coquin pour briser l'ennui, à tamponner frénétiquement, - je n'ose pas dire à un train d'enfer, l'arrière-train de cette belle callipyge des chemins de fer d'État avec le tampon de la gare, la date du cachet faisant même foi...
Cet événement sera marquant dans tous les sens du terme et mettra en émoi toute la hiérarchie ferroviaire jusqu'au chef de district. C'est peu de dire que les ambitions du chef de gare, qui rêvait de devenir inspecteur des chemins de fer d'État, sont dès lors quelque peu compromises...
Ce récit qui tient à certains moments de la fable burlesque, regorge de petites scènes cocasses de ce genre, non pas pour faire oublier les affres de la guerre, mais pour les inviter dans la narration sous la forme d'une tragi-comédie.
Il y a des scènes poétiques et touchantes, très imagées, habitées par des personnages attachants que je ne suis pas prêt d'oublier. Il y a aussi une tristesse qui traverse les pages et nous étreint. C'est la guerre mille fois vue, mille fois écrite, dite d'une autre manière...
Non, je n'oublierai pas la générosité de cette jeune Tyrolienne, Viktoria, qui a le coeur sur la main et la main prête à aider ce jeune stagiaire à faire une entrée victorieuse et solennelle dans la grande vie.
L'horreur de la guerre n'est pas décrite ici à gros coups de panzers, mais subtilement, par quelques détours emplis de fantaisie et de poésie, qui rendent ce théâtre d'un monde en perdition empli d'humanité.
Il souffle aussi dans cette gare perdue au milieu de ce paysage solitaire de Bohême, un esprit de résistance, mêlant l'irrévérence au désespoir. Comment alors ne pas voir une forme de satire déguisée à l'égard de tous les pouvoirs totalitaires, à commencer par celui qui dirigeait la Tchécoslovaquie de l'époque où Bohumil Hrabal écrivait ce récit ?
Vous l'aurez compris, Trains étroitement surveillés est à l'opposé des romans de gare. C'est pour moi un petit chef d'oeuvre littéraire qui m'a fait découvrir un grand auteur tchèque, Bohumil Hrabal.
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1945, Dans une petite gare d'une petite ville de Bohème, il se passe de drôles de choses. Un jeune stagiaire reprend son poste après avoir tenté de se donner la mort par amour, un chef de gare s'occupe plus volontiers de ses pigeons que de son travail, mais surtout il y a ce scandale qui fait déplacer la hiérarchie et les collègues : un préposé a osé tamponner les fesses d'une jolie télégraphiste, qui n'avait rien contre, mais le plus grave était que sur certains tampons, les mots étaient allemands !
Bien sûr tout cela pourrait faire sourire (et bien sûr ça le fait), mais je rappelle que nous sommes en temps de guerre, que les convois nombreux qui traversent la ville, sont chargés de soldats, de matériels et parfois même d'explosifs...

Quelle ambiance étrange ! Tout y est narré de façon cocasse mais tout y est empreint d'une infinie tristesse. Bien sûr on sourit, souvent, mais toujours on pense à ces hommes qui luttent contre l'ennemi bien évidemment, contre la maladie d'amour, l'envie... Mais nous sommes en temps de guerre et la vengeance, l'espoir, la résistance et l'héroïsme y ont aussi leur place.
C'est superbement écrit et traduit. La petite musique de nuit monte lentement mais inexorablement, et la fin est bouleversante.

Je suis très heureuse d'avoir fait connaissance avec cet écrivain remarquable et je remercie Guy (Glaneurdelivres) de m'avoir ouvert la porte de sa bibliothèque pour cette belle rencontre.
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Toute l'ambiance d'une petite gare tchèque qui, en 1945, voit défiler une armée allemande peu brillante, des personnages extravagants comme l'ambitieux chef de gare et ses pigeons, les cocasses aventures sentimentales du sous-chef Hubicka et les premières et décevantes expériences érotiques du jeune stagiaire Milos.

Mais derrière cette exubérance à la 'Malaparte' peut surgir le drame.
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Ceci n'est pas un roman historique. Certes, l'action se déroule en pleine 2nde guerre mondiale, certes, on y voit des résistants tchèques faire exploser des trains d'explosifs, mais ce n'est pas pour autant un roman historique. Non, c'est un roman d'apprentissage qui conjugue héroïsme et poésie. Et comme toujours chez Hrabal, un zeste d'irrévérence et beaucoup d'humour.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
- Alors c'est vrai, vous n'avez encore jamais couché avec une femme, dit-elle, et elle sourit et elle avait des fossettes comme en avait Macha, et ses yeux étaient tout attendris, comme si elle s'étonnait de sa chance ou comme si elle avait découvert une chose rare, et elle me plongea ses doigts dans les cheveux, comme si j'avais été un piano, puis elle regarda la porte fermée qui dormait sur le bureau de la gare et elle se pencha sur la table et tira la mèche, je l'entendis distinctement souffler la lampe et je sentis ses mains sur moi et elle m'entraîna sur le canapé du chef de gare et se renversa en arrière et m'attira contre elle, puis elle fut douce avec moi, comme quand j'étais petit et que maman m'habillait ou me déshabillait, elle me permit de l'aider à relever sa jupe, puis je sentis qu'elle levait et ouvrait les jambes, elle posa ses chaussures tyroliennes sur le canapé du chef de gare, et tout à coup je suis collé contre Viktoria, comme j'étais collé à la photo de Macha sur ma photo de garçonnet en costume marin, et je me sentis submergé par une lumière de plus en plus violente, je prenais sans cesse de la hauteur, toute la terre tremblait, ce n'était que roulement de tonnerre et grondement, c'était un bruit qui n'émanait ni de moi ni du corps de Viktoria, mais de l'extérieur, tout le bâtiment semblait frémir jusque dans ses fondations, les vitres tremblaient, jusqu'au téléphone dont le timbre se mettait à retentir en l'honneur de mon entrée victorieuse et solennelle dans la vie, les télégraphes égrenaient d'eux-mêmes leurs signaux Morse, comme il arrivait parfois dans les bureaux de gare pendant les orages, je croyais entendre les pigeons du chef de gare roucouler à l'unisson, l'horizon se soulevait et flamber de toutes les couleurs des flammes, puis à nouveau le bâtiment de la gare trembla, bougea légèrement dans ses fondations. Puis, je sentis le corps de Viktoria se tendre et s'arquer comme une voûte, j'entendis ses chaussures ferrées se planter dans le canapé de toile cirée, j'entendis la toile se déchirer, continuer de se déchirer, et je ne sais d'où, des ongles des mains et des pieds un spasme radieux affluait dans mon cerveau, tout à coup tout fut blanc, puis gris, puis brun, comme s'il était tombé de l'eau brûlante puis aussitôt de l'eau glacée et je sentis une douleur agréable dans le dos comme si l'on m'avait frappé avec une truelle de maçon.
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Hubicka était de nuit avec Zdena, et il l’a culbutée, lui a soulevé ses jupes et lui a oblitéré les fesses avec le tampon de la gare, il n’a même pas oublié le dateur. Et le lendemain matin notre petite télégraphiste est rentrée chez elle et sa maman a vu les cachets et a rappliqué en courant, elle voulait porter plainte à la Gestapo. Quelle horreur ! Et Zdena a été convoquée à la Direction où le directeur des chemins de fer d’Etat en personne a examiné les cachets. Quel scandale !
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…, ma famille était la bête noire de la ville. Mon grand-père, pour ne pas être en reste avec l’arrière-grand-père Lucas, était hypnotiseur ; il travaillait dans des cirques de campagne et toute la ville voyait dans cette manie d’hypnotiser les gens la preuve qu’il faisait de son mieux pour ne rien faire. Mais en mars, quand les Allemands franchirent si brutalement la frontière pour occuper tout le pays et marchèrent sur Prague, seul mon grand-père s’avança à leur rencontre, seul mon grand-père alla au-devant des Allemands pour leur barrer la route en les hypnotisant, pour arrêter les tanks en marche avec la force de la pensée.
(p.14)
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Plus grands sont l'immortalité et l'esprit de jouissance, plus il y a des cercueils et moins il y a de berceaux.

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Les Allemands sont tout de même des fous, me disais-je. Des fous dangereux. J'étais un peu fou moi aussi, mais à mes dépens, tandis que les Allemands c'était toujours aux dépens des autres.
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Video de Bohumil Hrabal (4) Voir plusAjouter une vidéo

[Bohumil Hrabal : Une trop bruyante solitude]
A la Fondation Suisse de la Cité Internationale Universitaire de Paris, Olivier BARROT présente le livre du romancier tchèqueBohumil HRABAL : "Une trop bruyante solitude". Après en avoir lu les premières lignes, Olivier BARROT rappelle qui est Bohumil HRABAL, dans quelles conditions il a écrit et résume ce qu'il définit comme un conte philosophique.
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