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Alexandre Vialatte (Traducteur)Claude David (Traducteur)
EAN : 9782070712946
364 pages
Gallimard (14/04/1988)
4.02/5   118 notes
Résumé :
Franz Kafka connut d'abord Milena comme traductrice : elle établissait la version tchèque de quelques-unes de ses proses courtes. Ces relations se transformèrent en une liaison passionnée dont les lettres permettent de suivre le progrès. Cette passion ne dura qu'un instant, elle tient en quelques mois à peine. Les lettres racontent d'un bout à l'autre ce roman d'amour, orgie de désespoir et de félicité, de mortification et d'humiliation. Car quelle qu'ait pu être la... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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J'ai voulu lire les lettres de Franz Kafka à Milena pour connaître Milena. Mais la tâche ne fut pas si simple. A l'instar des Lettres à Felice, on y découvre un Kafka bien plus préoccupé par l'image qu'il se fait de sa correspondante que par la correspondante elle-même. Il dresse ici le portrait d'une Milena idéalisée et le reconnaît lui-même. Si l'aventure est moins perverse – j'ose le mot – qu'avec Felice, l'ambiguïté de cette correspondance est flagrante. Franz Kafka ne s'adresse qu'à lui-même et à ses propres fantômes.

J'ai choisi tout de même de mener à son terme cette lecture fastidieuse. Je me souviens par ailleurs d'abominables lettres à Felice, et de cette sensation magnétique, ce besoin – pervers aussi ? - de lire un discours qui me débectait sans comprendre le fondement de ce besoin. Je me souviens, quelques semaines après avoir refermé le deuxième volume des Lettres à Felice, d'une impression très marquée et marquante d'être entrée dans un univers obsessionnel qui me rappelait fortement le château ou La métamorphose – qu'est-ce que cet homme qui tel un cafard rampe sous les portes des chambres des demoiselles pour les regarder écrire dans leur dos ? - et l'impression était dix fois plus vive à la lecture de ces lettres qu'à la lecture des romans. J'ai donc mené à son terme la lecture des lettres à Milena et je ne le regrette pas. J'y ai trouvé mon compte sur l'interlocutrice. le volume des éditions Nous se clôt par la rubrique nécrologique de Franz Kafka rédigée par Milena elle-même. Elle y dresse un portrait de l'écrivain saisissant. Elle n'a visiblement pas lu les lettres qu'elle a reçues de la même manière que moi. Elle les a reçues entrecoupées de rencontres bien réelles avec Kafka, elle les a accompagnées de lectures et de son travail de traduction en tchèque des oeuvres fictionnelles de Franz Kafka. Sans s'attacher aux névroses de l'homme, elle a été capable d'en saisir et retenir le meilleur. A tel point que j'en ai regretté de ne pas pouvoir lire finalement les réponses à ces lettres qui s'étalent sur près de 3 ans. Les réponses de Milena s'adressaient très certainement à Franz Kafka-le-vrai et non à un Autre idéalisé, elle connaissait son interlocuteur et accordait une grande importance à la sincérité de leur relation... à moins que la lectrice que je suis ai retrouvé son propre idéal de Kafka dans l'écrit de Milena Jesenská et s'en trouve immensément et maladroitement rassurée.
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( En tant qu'obsessionnelle maladive de Kafka, cette critique est encore moins objective que toutes les précédentes. )

Ces lettres n'étaient pas destinées à la publication et loin s'en faut puisque Franz avait carrément prié Max Brod de les jeter au feu.
Je trouve que ce détail ajoute encore plus à l'atmosphère feutrée, intimiste, de ce recueil à une voix. J'ai adoré suivre la transformation qu'opère le temps sur les sentiments de Kafka. Je trouve que ces lettres nous donnent accès à un versant de sa personnalité qui reste assez peu dévoilé dans son Journal.

On retrouve pourtant l'habituelle turpitude avec laquelle il se débat, à base d'une neurasthénie trop angoissée pour être la salvation de l'âme.
Ces lettres permettent peut-être de saisir un peu plus justement la sournoiserie avec laquelle l'anxiété l'oppresse soudain, même lorsqu'il pense nager dans le bonheur.
Kafka sait sa quiétude précaire, ce qui l'empêche d'en profiter, et pourtant résiste, éperdu de désespoir face à cette sérénité qu'il convoite et qu'il est dans un même temps incapable de théoriser comme telle.

Flaubert a dit : "Je suis doué d'une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire". Je trouve qu'un tel postulat définit à merveilles Kafka; une créature dont la sensibilité est si pure, exempte de faux-semblants, qu'il est condamné à ne pouvoir accepter le principe de réalité.

J'ai éprouvé beaucoup d'empathie pour lui. On discerne dans ses écrits une force pulsionnelle qui l'amène à toujours résister, se tordre, refuser la fatalité des agonies primitives. Or la paranoïa et surtout l'effroi qu'il s'est construit comme mode de défense face à elle...le rattrapent toujours, l'assaillent, le torturent et le dévorent.
Kafka, dans sa modalité d'être au monde -perspicace et incapable de mentir-, est trop vulnérable pour sortir du Monde des Idées.
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Les lettres à Milena de Franz Kafka datent de la période 1920 à 1922. Alors que leur correspondance est très riche, nous ne disposons que des lettres de l'écrivain qui montrent l'intensité de sa courte passion. C'est avec une grande facilité d'écriture que Kafka évoque ses troubles, voire ses dérangements face à l'absence et au manque de cette jeune femme mariée dont il est éperdument amoureux.
A Vienne, Milena Jesenská a traduit en tchèque les premières nouvelles de Kafka en 1920. Ils se sont rencontrés à cette occasion à Merano, lieu de cure de l'écrivain. Elle a 24 ans, lui 38 ans. Kafka est malade et cela va prendre souvent le dessus. Il évoque ses peurs et ses lettres peuvent être enflammées ou cyniques. Milena et Franz se verront peu mais seront très proches et leur passion occupera toute la place. Pourtant les lettres d'un amour impossible trop difficile à supporter s'espaceront et finiront par cesser.

Grâce à la puissance des expressions de Kafka, j'ai eu l'impression que parler d'amour était facile mais ses rapports compliqués avec Milena ne mettent pas toujours à l'aise. Pourtant, je trouve qu'un homme qui se dévoile est très émouvant.

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Normalement, j'aime lire la correspondance publiée entre deux personnages historiques ou publics. C'est un genre attrayant en raison de l'interaction dynamique entre deux personnes et parce que, lorsqu'il s'agit de lettrés, il contient souvent des délices rhétoriques. Dans certains cas, la correspondance est également un bel ajout aux détails biographiques des personnes impliquées. Malheureusement, ce livre m'a déçu.

Il y d'abord un problème moral, à savoir que cette correspondance très personnelle entre Franz Kafka et Milena Jesenská n'a jamais été destinée à être publiée. Après tout, ce sont surtout des lettres d'amour, et quoi de plus intime qu'une relation qui se développe entre deux personnes, avec toute la passion et les luttes, les hauts et les bas qui vont avec ? Au bout d'un moment, je me suis senti plus comme un voyeur qu'un lecteur intéressé.

Deux : nous n'avons que les lettres de Kafka à Milena, pas l'inverse. du coup, on passe parfois à côté d'informations vraiment essentielles pour comprendre exactement ce que Kafka répond à Milena. de plus, je soupçonne que les lettres de Milena - si nous faisions abstraction un instant de l'aspect voyeuriste - auraient pu être beaucoup plus intéressantes : des lettres de Kafka, nous pouvons déduire que la lutte n'était qu'avec elle, déchirée qu'elle était entre Kafka talent et son mari. Les lettres de Kafka, d'autre part, montrent une ligne assez claire, certainement dans la première moitié, d'une expression d'amour progressivement plus passionnée, puis d'une frustration croissante face au manque de plus.

Et puis il y a la question importante de savoir si cet échange de lettres nous en apprend plus sur l'oeuvre ou la personne de Kafka. Je peux être assez bref sur le premier : Kafka ne cite que sporadiquement son propre travail dans les lettres, donc cela n'ajoute pas grand-chose. Nous en apprenons beaucoup plus sur son mauvais état de santé, qu'il décrit de manière extensive. Mais surtout, la correspondance illustre la fébrilité du ménage mental de Kafka, ses obsessions et ses frustrations. Il est particulièrement frappant de voir à quel point il écrit de manière désobligeante sur lui-même, à quel point il est dur envers lui-même, et analyse ses propres émotions, surtout ses peurs. Je sais qu'il y a plusieurs avis sur le rapport des artistes à leur oeuvre : Kafka m'apparaît par excellence comme quelqu'un dont l'oeuvre doit être lue en elle-même, séparée de la vie de l'écrivain. En fait, ces lettres à Milena m'ont encore plus convaincu.
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Un conseil pour entrer dans ces lettres à une seule voix : éviter la Collection L'imaginaire de Gallimard. Il est à peine compréhensible qu'un éditeur sérieux puisse livrer aux lecteurs un tel document sans quasiment l'accompagner d'aucune présentation, ni mise en perspective, ni commentaires appropriés (alors que c'est chose faite dans d'autres ouvrages de la même collection). le texte est, il est vrai, une réédition d'une traduction ancienne d'A. Vialatte, revue rapidement en 1988, mais tout cela est aujourd'hui complètement insuffisant et dépassé. On se demande quel est l'intérêt de livrer dans un tel état un texte aussi particulier (puisque les réponses de Milena ont été perdues) sous sa forme brute inaccessible au non-spécialiste. Il eût fallu un réel travail critique, littéraire et historique, qui a manifestement échappé à l'éditeur. Résultat : beaucoup de choses vous échappent complètement, et l'on en ressort vaguement frustré. Quel gâchis !
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Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
Prague, début avril 1922
(...) Tout le malheur de ma vie - je ne le dis pas pour me plaindre, mais pour en tirer une leçon d’intérêt général - vient, si l’on veut, des lettres ou de la possibilité d’en écrire. Je n’ai pour ainsi dire jamais été trompé par les gens, par des lettres toujours ; et cette fois ce n’est pas par celles des autres mais par les miennes. Il y a là en ce qui me concerne un désagrément personnel sur lequel je ne veux pas m’étendre, mais c’est aussi un malheur général. La grande facilité d’écrire des lettres doit avoir introduit dans le monde - du point de vue purement théorique - une terrible dislocation des âmes : c’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme grandit sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres, ou l’une corrobore l’autre et peut l’appeler à témoin. Comment a pu naître l’idée que des lettres donneraient aux hommes le moyen de communiquer ? On peut penser à un être lointain, on peut saisir un être proche : le reste passe la force humaine. Ecrire des lettres, c’est se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. (...)
(p. 266)
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Voici à peu près ce qu'il en est : j'étais un animal des bois qui, en ce temps là, ne vivait presque jamais dans la forêt, mais terré n'importe où dans un sale fossé (sale en raison de ma seule présence, naturellement), lorsque je vis au grand soleil la chose la plus merveilleuse que j'eusse jamais aperçue ; je ne songeais plus à rien, je m'oubliais totalement ; je me suis levé, je me suis approché, craintif, au sein de cette liberté nouvelle qui me rappelait pourtant l'air natal, je me suis approché malgré ma peur, et je suis arrivé jusqu'à toi. Que tu étais bonne ! je me suis couché à tes pieds, comme si j'en avais le droit, et j'ai posé mon visage dans tes mains, je me suis senti heureux, fier, libre, puissant, chez moi ; tellement chez moi ! (toujours, toujours tellement chez moi!).
Mais au fon j'étais resté la bête, je n'appartenais qu'à la forêt, je ne vivais ici, au grand jour, que par ta grâce. Sans le savoir (j'avais tout oublié) je lisais mon destin dans tes yeux. Cela ne pouvait durer. Tu ne pouvais éviter, même en me caressant de la main la plus bienveillante, de découvrir en moi des singularités qui relevaient de la forêt, de cette origine, de cette véritable patrie ; il a fallu te donner, fallu te répéter ces explications sur la "peur" qui me toturaient (toi aussi, mais injustement) comme si j'avais déjà les nerfs à nu ; j'ai senti quelle plaie répugnante je représentais dans ta vie, et quel obstacle universel !
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La grande facilité d’écrire des lettres doit avoir introduit dans le monde - du point de vue purement théorique - une terrible dislocation des âmes : c’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme grandit sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres, ou l’une corrobore l’autre et peut l’appeler à témoin. Comment a pu naître l’idée que des lettres donneraient aux hommes le moyen de communiquer ? On peut penser à un être lointain, on peut saisir un être proche : le reste passe la force humaine. Écrire des lettres, c’est se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. C’est grâce à cette copieuse nourriture qu’ils se multiplient si fabuleusement. L’humanité le sent et lutte contre le péril ; elle a cherché à éliminer le plus qu’elle le pouvait le fantomatique entre les hommes, elle a cherché à obtenir entre eux des relations naturelles, à restaurer la paix des âmes en inventant le chemin de fer, l’auto, l’aéroplane ; mais cela ne sert plus de rien (ces inventions ont été faites une fois la chute déclenchée) ; l’adversaire est tellement plus calme, tellement plus fort ; après la poste, il a inventé le télégraphe sans fil. Les esprits ne mourront pas de faim, mais nous, nous périrons.
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Prague, 09 août 1920
(...)
Les plus belles de toutes tes lettres (et les plus belles c'est beaucoup dire, car sont toutes ensemble et presque dans chacune de leurs lignes ce qui m'est arrivé de plus beau dans la vie), ce sont celles dans lesquelles tu donnes raison à ma "peur", tout en essayant d'expliquer pourquoi je ne dois pas l'avoir. Car moi aussi, même si j'ai parfois l'air d'être son avocat soudoyé, je lui donne probablement raison au plus profond de moi-même, que dis-je ? elle compose ma substance et c'est peut-être ce que j'ai de meilleur, c'est peut-être aussi l'unique chose que tu aimes en moi. Que pourrait-on en effet trouver d'autre à tant aimer en ma personne ? mais elle, elle est digne d'amour.
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Donc le poumon. J’ai tourné et retourné cela dans ma tête toute la
journée, je ne pouvais penser à rien d’autre. Ce n’est pas que la maladie
m’effraierait beaucoup, probablement, je l’espère, n’est-elle apparue que
doucement chez vous — comme vos observations semblent l’indiquer —
et même une vraie maladie pulmonaire (la moitié de l’Europe de l’Ouest
a des poumons plus ou moins abîmés) telle que je la connais chez moi
depuis trois ans, m’a apporté plus de bien que de mal. Il y a environ trois
ans cela a commencé chez moi par un crachement de sang au milieu de la
nuit. Je me suis levé, excité comme on l’est devant tout ce qui est nouveau
(au lieu de rester allongé, comme j’appris plus tard qu’il était conseillé de
le faire), bien sûr aussi un peu effrayé, je suis allé à la fenêtre, je me suis
penché au-dehors, je suis allé au lavabo, j’ai marché dans la chambre, je
me suis assis sur le lit — toujours du sang. Mais je n’étais pas du tout
malheureux, car j’ai compris progressivement pour une certaine raison,
que, pour la première fois depuis trois ou quatre années presque sans
sommeil, et pour peu que l’hémorragie cesse, j’allais dormir. Cela cessa
d’ailleurs (et n’est plus revenu depuis) et je dormis le reste de la nuit.
Le matin la femme de ménage arriva (j’avais à l’époque un logement au
palais Schönborn), une brave fille, très dévouée, mais aussi très objective,
elle vit le sang et dit : « Pane doktore, s Vámi to dlouho nepotrvá 2
. » Mais
je me sentais mieux que d’habitude, je suis allé au bureau et j’ai attendu
l’après-midi pour voir le médecin. La suite de l’histoire est sans intérêt.
Ce n’est pas votre maladie qui m’a effrayé, (d’autant moins que je ne cesse
de m’y immiscer, de travailler mes souvenirs et de reconnaître au-delà
de votre délicatesse une quasi-fraîcheur paysanne et de constater : non,
vous n’êtes pas malade, c’est un avertissement mais pas une maladie du
poumon), ce n’est donc pas cela qui m’a effrayé, mais la pensée de ce qui
a dû précéder cet incident. Ici je commence par exclure ce qui se trouve
par ailleurs dans votre lettre : pas un heller 3
— thé et pomme — tous

les jours de 2 à 8 — ce sont des choses que je ne peux pas comprendre,
apparemment on ne peut vraiment les expliquer qu’oralement. Et donc
je les exclus maintenant (seulement dans la lettre, certes, car on ne peut
pas l’oublier) et je ne pense qu’à l’explication que j’avais trouvée pour la
maladie dans mon cas, et qui vaut pour bien des cas. C’en était arrivé au
point que le cerveau ne pouvait plus supporter les soucis et les douleurs
qu’il subissait. Il dit : « j’abandonne ; mais s’il y a quelqu’un ici qui tient
encore à la conservation du tout, qu’il me soulage d’une partie de ma
charge et cela ira encore un moment ». Alors le poumon se manifesta, il
n’avait vraiment pas grand-chose à perdre. Ces négociations entre cerveau
et poumon, qui se déroulaient à mon insu, ont dû être effroyables.
Et qu’allez-vous faire maintenant? Ce n’est probablement rien, si l’on
vous protège un peu. Que l’on doive un peu vous protéger, c’est quand
même évident pour tous ceux qui tiennent à vous, tout le reste doit s’effacer. Serait-ce là une libération? J’ai dit oui, — non, je ne veux pas plaisanter, je ne suis pas du tout gai et je ne le deviendrai pas avant que vous
ne m’ayez écrit comment vous réorganisez votre mode de vie sur une
base plus saine. Pourquoi vous ne quittez pas un peu Vienne, je ne vous
le demande plus après votre dernière lettre, je le comprends maintenant,
mais même tout près de Vienne il y a de beaux endroits et beaucoup de
possibilités de prendre soin de vous. Je n’écris aujourd’hui à propos de
rien d’autre, il n’y a rien de plus important que j’aurais à exposer. Tout le
reste demain, même le remerciement pour la revue, qui me touche et me
fait honte, m’attriste et me réjouit. Non, encore cela aujourd’hui : si vous
perdez encore une minute de sommeil pour traduire, alors c’est comme
si vous me maudissiez. Car si un jour l’affaire passe en justice, on n’aura
pas besoin de longues investigations : il suffira d’établir ce fait : il lui a
volé son sommeil. Je serai ainsi jugé, en toute équité. Donc je me bats
pour moi, en vous priant de ne plus le faire.
Votre FranzK.
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