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Alexandre Vialatte (Traducteur)Claude David (Traducteur)
EAN : 9782070712946
364 pages
Éditeur : Gallimard (14/04/1988)
4.06/5   88 notes
Résumé :
Franz Kafka connut d'abord Milena comme traductrice : elle établissait la version tchèque de quelques-unes de ses proses courtes. Ces relations se transformèrent en une liaison passionnée dont les lettres permettent de suivre le progrès. Cette passion ne dura qu'un instant, elle tient en quelques mois à peine. Les lettres racontent d'un bout à l'autre ce roman d'amour, orgie de désespoir et de félicité, de mortification et d'humiliation. Car quelle qu'ait pu être la... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Moglug
  15 juillet 2017
J'ai voulu lire les lettres de Franz Kafka à Milena pour connaître Milena. Mais la tâche ne fut pas si simple. A l'instar des Lettres à Felice, on y découvre un Kafka bien plus préoccupé par l'image qu'il se fait de sa correspondante que par la correspondante elle-même. Il dresse ici le portrait d'une Milena idéalisée et le reconnaît lui-même. Si l'aventure est moins perverse – j'ose le mot – qu'avec Felice, l'ambiguïté de cette correspondance est flagrante. Franz Kafka ne s'adresse qu'à lui-même et à ses propres fantômes.
J'ai choisi tout de même de mener à son terme cette lecture fastidieuse. Je me souviens par ailleurs d'abominables lettres à Felice, et de cette sensation magnétique, ce besoin – pervers aussi ? - de lire un discours qui me débectait sans comprendre le fondement de ce besoin. Je me souviens, quelques semaines après avoir refermé le deuxième volume des Lettres à Felice, d'une impression très marquée et marquante d'être entrée dans un univers obsessionnel qui me rappelait fortement le château ou La métamorphose – qu'est-ce que cet homme qui tel un cafard rampe sous les portes des chambres des demoiselles pour les regarder écrire dans leur dos ? - et l'impression était dix fois plus vive à la lecture de ces lettres qu'à la lecture des romans. J'ai donc mené à son terme la lecture des lettres à Milena et je ne le regrette pas. J'y ai trouvé mon compte sur l'interlocutrice. le volume des éditions Nous se clôt par la rubrique nécrologique de Franz Kafka rédigée par Milena elle-même. Elle y dresse un portrait de l'écrivain saisissant. Elle n'a visiblement pas lu les lettres qu'elle a reçues de la même manière que moi. Elle les a reçues entrecoupées de rencontres bien réelles avec Kafka, elle les a accompagnées de lectures et de son travail de traduction en tchèque des oeuvres fictionnelles de Franz Kafka. Sans s'attacher aux névroses de l'homme, elle a été capable d'en saisir et retenir le meilleur. A tel point que j'en ai regretté de ne pas pouvoir lire finalement les réponses à ces lettres qui s'étalent sur près de 3 ans. Les réponses de Milena s'adressaient très certainement à Franz Kafka-le-vrai et non à un Autre idéalisé, elle connaissait son interlocuteur et accordait une grande importance à la sincérité de leur relation... à moins que la lectrice que je suis ai retrouvé son propre idéal de Kafka dans l'écrit de Milena Jesenská et s'en trouve immensément et maladroitement rassurée.
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Marti94
  10 janvier 2018
Les lettres à Milena de Franz Kafka datent de la période 1920 à 1922. Alors que leur correspondance est très riche, nous ne disposons que des lettres de l'écrivain qui montrent l'intensité de sa courte passion. C'est avec une grande facilité d'écriture que Kafka évoque ses troubles, voire ses dérangements face à l'absence et au manque de cette jeune femme mariée dont il est éperdument amoureux.
A Vienne, Milena Jesenská a traduit en tchèque les premières nouvelles de Kafka en 1920. Ils se sont rencontrés à cette occasion à Merano, lieu de cure de l'écrivain. Elle a 24 ans, lui 38 ans. Kafka est malade et cela va prendre souvent le dessus. Il évoque ses peurs et ses lettres peuvent être enflammées ou cyniques. Milena et Franz se verront peu mais seront très proches et leur passion occupera toute la place. Pourtant les lettres d'un amour impossible trop difficile à supporter s'espaceront et finiront par cesser.
Grâce à la puissance des expressions de Kafka, j'ai eu l'impression que parler d'amour était facile mais ses rapports compliqués avec Milena ne mettent pas toujours à l'aise. Pourtant, je trouve qu'un homme qui se dévoile est très émouvant.
Lu en décembre 2017
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Hardiviller
  01 avril 2015
Kafka n'arrive pas à me passionner , mais ce recueil de lettres , parce qu'il s'agit de Milena Jessenska m'a intrigué . Cette femme un peu poète , un peu journaliste a " Lidé Novyni " un peu critique de mode eut un parcours étrange qui se termina en camp de concentration ou elle connu Margaret Buber- Neumann . Je crois savoir que Kafka ne concrétisa jamais cette relation malgré les incitations insistantes de Milena .
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ohfom
  23 octobre 2017
Un conseil pour entrer dans ces lettres à une seule voix : éviter la Collection L'imaginaire de Gallimard. Il est à peine compréhensible qu'un éditeur sérieux puisse livrer aux lecteurs un tel document sans quasiment l'accompagner d'aucune présentation, ni mise en perspective, ni commentaires appropriés (alors que c'est chose faite dans d'autres ouvrages de la même collection). le texte est, il est vrai, une réédition d'une traduction ancienne d'A. Vialatte, revue rapidement en 1988, mais tout cela est aujourd'hui complètement insuffisant et dépassé. On se demande quel est l'intérêt de livrer dans un tel état un texte aussi particulier (puisque les réponses de Milena ont été perdues) sous sa forme brute inaccessible au non-spécialiste. Il eût fallu un réel travail critique, littéraire et historique, qui a manifestement échappé à l'éditeur. Résultat : beaucoup de choses vous échappent complètement, et l'on en ressort vaguement frustré. Quel gâchis !
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laulevec
  17 mai 2015
Superbe et terrible a la fois que cet amour sans avenir
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
karamzinkaramzin   06 février 2021
...
[ Merano, 3 Juin 1920 ] — Jeudi

Oui, Milena, ce matin je suis nu sur ma chaise longue, à moitié au soleil et à moitié à l'ombre, après une nuit à peu près blanche ; comment aurais-je pu dormir quand, trop léger pour le sommeil, je ne cessais de voler autour de vous, réellement épouvanté, exactement comme vous l'écriviez vous-même dans votre lettre de ce matin, de ce « qui était tombé sur moi », épouvanté au sens du mot lorsqu'on dit des prophètes qu'étant (encore ? ou déjà ? peu importe), étant donc de faibles enfants et entendant une voix les appeler, ils se sentaient épouvantés, ne voulaient pas et s'accrochaient des pieds au sol, et sentaient une angoisse leur déchirer le cerveau, car ayant entendu des voix auparavant ils ne pouvaient comprendre d'où venait en celle-ci le son qui les terrifiait, — était-ce faiblesse de leur oreille ? était-ce force de la voix ? —, et ne savaient pas non plus, car c'étaient des enfants , que la voix avait déjà vaincu et s'était installée en eux par la vertu précisément de cette peur, de cette appréhension divinatrice qu'ils avaient d'elle, ce qui ne prouvait d'ailleurs rien quant à leur mission prophétique, car beaucoup entendent la voix, mais sont-ils vraiment digne d'elle ? C'est bien douteux et il vaut mieux dire non tout de suite pour plus de sûreté, tel était donc mon état d'esprit sur ma chaise longue quand vos deux lettres sont arrivées.

Il y a un trait de caractère, je crois, Milena que nous partageons : nous sommes craintifs, nous nous effarouchons d'un rien ; nos lettres sont presque toutes différentes, mais elles ont presque toutes peur de celle qui les précède et encore plus de celle qui les suivra. Craintive pourtant, vous ne l'êtes pas de nature, la chose se voit aisément, moi-même non plus je ne le suis peut-être pas de cette façon, mais c'est presque devenu une seconde nature, cela ne disparaît que dans le désespoir, à la rigueur dans la colère et, ne l'oublions pas, dans la peur.

J'éprouve parfois l'impression que nous habitons une même pièce avec deux portes qui se font face ; chacun tient la poignée de la sienne ; à peine un cil bouge-t-il chez l'un, l'autre est déjà derrière sa porte ; que le premier ajoute un mot, l'autre a déjà certainement refermé sa porte, on ne le voit plus. Il rouvrira, car c'est une pièce qu'on ne peut peut-être pas abandonner. Si le premier n'était pas comme l'autre, il garderait son calme, il aimerait apparemment mieux ne pas regarder ce que fait le second, il ferait petit à petit régner l'ordre dans la pièce comme si c'était une chambre pareille à toutes les autres ; au lieu de quoi il travaille comme l'autre de sa porte, il arrive même que chacun soit derrière la sienne et que la belle pièce reste vide.

Il en naît des méprises cruelles. Vous vous plaignez, maintes fois, Milena, qu'on puisse tourner et retourner une de mes lettres sans qu'il en sorte jamais rien, or c'est justement, sauf erreur, une de ces lettres dans lesquelles j'ai été si proche de vous, si maître de mon sang et si maître du vôtre, si enfoncé dans la forêt, si détendu dans le repos, que je n'entendais réellement rien dire d'autre que ce que je disais précisément : qu'on voyait le ciel, par exemple, à travers les arbres ; c'est tout ; une heure après on répète la même chose, et il n'y a là-dedans, bien sûr, ani jediné slovo které by nebylo velmi dobře uváženo. Mais cela ne dure pas, ce n'est qu'un instant, les trompettes de l'insomnie se remettent tout de suite à sonner.

Considérez aussi, Milena, l'état dans lequel je viens à vous, songez aux trente-huit ans de voyage que je viens de fournir (et même bien davantage, puisque je suis Juif) ; quand je vous rencontre à un tournant apparemment fortuit de la route, vous que je n'ai vraiment jamais espéré voir, surtout maintenant, surtout si tard, je ne peux pas crier, rien non plus ne crie en moi, je ne dis pas mille folies, et je n'apprends que je suis à genoux qu'en voyant vos pieds tout près de mes yeux, en constatant que je les caresse.

Ne me demandez pas d'être sincère, Milena. Nul ne peut exiger de moi plus de sincérité que moi-même, et pourtant bien des choses m'échappent, peut-être même toutes m'échappent-elles. M'encourager à les poursuivre ne m'encourage pas, au contraire, je ne peux plus faire le moindre pas, tout devient subitement mensonge, et c'est le gibier qui étrangle le chasseur. Je suis sur un chemin bien dangereux, Milena. Vous, vous êtes solidement plantée au pied d'un arbre, jeune, belle, et l'éclat de vos yeux supprime la souffrance du monde. On joue à škatule, škatule, hejbejte se, je me glisse, dans l'ombre, d'un arbre à l'autre, je suis à mi-chemin, vous m'appelez, vous me signalez les dangers, vous voulez me donner du courage, mon pas incertain vous fait peur, vous me rappelez la gravité du jeu, je ne peux plus, je tombe, je suis à terre. Je ne peux pas écouter en même temps votre voix et les voix terribles du monde intérieur, mais je peux écouter celles-ci et vous le confier à vous comme à personne d'autre ici-bas.

Votre F.
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KarineBellocqKarineBellocq   09 mai 2010
Voici à peu près ce qu'il en est : j'étais un animal des bois qui, en ce temps là, ne vivait presque jamais dans la forêt, mais terré n'importe où dans un sale fossé (sale en raison de ma seule présence, naturellement), lorsque je vis au grand soleil la chose la plus merveilleuse que j'eusse jamais aperçue ; je ne songeais plus à rien, je m'oubliais totalement ; je me suis levé, je me suis approché, craintif, au sein de cette liberté nouvelle qui me rappelait pourtant l'air natal, je me suis approché malgré ma peur, et je suis arrivé jusqu'à toi. Que tu étais bonne ! je me suis couché à tes pieds, comme si j'en avais le droit, et j'ai posé mon visage dans tes mains, je me suis senti heureux, fier, libre, puissant, chez moi ; tellement chez moi ! (toujours, toujours tellement chez moi!).
Mais au fon j'étais resté la bête, je n'appartenais qu'à la forêt, je ne vivais ici, au grand jour, que par ta grâce. Sans le savoir (j'avais tout oublié) je lisais mon destin dans tes yeux. Cela ne pouvait durer. Tu ne pouvais éviter, même en me caressant de la main la plus bienveillante, de découvrir en moi des singularités qui relevaient de la forêt, de cette origine, de cette véritable patrie ; il a fallu te donner, fallu te répéter ces explications sur la "peur" qui me toturaient (toi aussi, mais injustement) comme si j'avais déjà les nerfs à nu ; j'ai senti quelle plaie répugnante je représentais dans ta vie, et quel obstacle universel !
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FurtifFurtif   24 juillet 2014
Prague, début avril 1922
(...) Tout le malheur de ma vie - je ne le dis pas pour me plaindre, mais pour en tirer une leçon d’intérêt général - vient, si l’on veut, des lettres ou de la possibilité d’en écrire. Je n’ai pour ainsi dire jamais été trompé par les gens, par des lettres toujours ; et cette fois ce n’est pas par celles des autres mais par les miennes. Il y a là en ce qui me concerne un désagrément personnel sur lequel je ne veux pas m’étendre, mais c’est aussi un malheur général. La grande facilité d’écrire des lettres doit avoir introduit dans le monde - du point de vue purement théorique - une terrible dislocation des âmes : c’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme grandit sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres, ou l’une corrobore l’autre et peut l’appeler à témoin. Comment a pu naître l’idée que des lettres donneraient aux hommes le moyen de communiquer ? On peut penser à un être lointain, on peut saisir un être proche : le reste passe la force humaine. Ecrire des lettres, c’est se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. (...)
(p. 266)
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AtarahAtarah   11 décembre 2016
La grande facilité d’écrire des lettres doit avoir introduit dans le monde - du point de vue purement théorique - une terrible dislocation des âmes : c’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme grandit sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres, ou l’une corrobore l’autre et peut l’appeler à témoin. Comment a pu naître l’idée que des lettres donneraient aux hommes le moyen de communiquer ? On peut penser à un être lointain, on peut saisir un être proche : le reste passe la force humaine. Écrire des lettres, c’est se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. C’est grâce à cette copieuse nourriture qu’ils se multiplient si fabuleusement. L’humanité le sent et lutte contre le péril ; elle a cherché à éliminer le plus qu’elle le pouvait le fantomatique entre les hommes, elle a cherché à obtenir entre eux des relations naturelles, à restaurer la paix des âmes en inventant le chemin de fer, l’auto, l’aéroplane ; mais cela ne sert plus de rien (ces inventions ont été faites une fois la chute déclenchée) ; l’adversaire est tellement plus calme, tellement plus fort ; après la poste, il a inventé le télégraphe sans fil. Les esprits ne mourront pas de faim, mais nous, nous périrons.
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PetitebijouPetitebijou   11 juin 2011
Prague, 09 août 1920
(...)
Les plus belles de toutes tes lettres (et les plus belles c'est beaucoup dire, car sont toutes ensemble et presque dans chacune de leurs lignes ce qui m'est arrivé de plus beau dans la vie), ce sont celles dans lesquelles tu donnes raison à ma "peur", tout en essayant d'expliquer pourquoi je ne dois pas l'avoir. Car moi aussi, même si j'ai parfois l'air d'être son avocat soudoyé, je lui donne probablement raison au plus profond de moi-même, que dis-je ? elle compose ma substance et c'est peut-être ce que j'ai de meilleur, c'est peut-être aussi l'unique chose que tu aimes en moi. Que pourrait-on en effet trouver d'autre à tant aimer en ma personne ? mais elle, elle est digne d'amour.
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Vidéo de Franz Kafka
13 août 2021, dans le cadre du banquet du livre d'été « toute lecture est un parcours » qui s'est déroulé du 6 au 13 août 2021, Georges Didi-Huberman tenait la conférence : Faire le pas Écrire aussi, c'est parcourir. Peut-être parce qu'écrire ne va pas sans lecture ou parcours du monde. Cela commence souvent parfaire le pas,c'est-à-dire par se décider à traverser le cadre d'une porte, à changer d'espace. On s'interrogera sur ce geste chez Franz Kafka, et sur la façon dont Walter Benjamin en a lui-même parcouru le motif.Georges Didi-Huberman est philosophe et historien de l'art. Il enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales(Paris). Il a publié une soixantaine d'ouvrages sur l'histoire et la théorie des images.
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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