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EAN : 9782070363537
320 pages
Gallimard (16/03/1973)
3.52/5   332 notes
Résumé :
On me reprochera certainement des quantités de choses. D'avoir dormi là, par terre, pendant des jours ; d'avoir sali la maison, dessiné des calmars sur les murs, d'avoir joué au billard. On m'accusera d'avoir coupé des roses dans le jardin, d'avoir bu de la bière en cassant le goulot des bouteilles contre l'appui de la fenêtre : il ne reste presque plus de peinture jaune sur le rebord en bois. J'imagine qu'il va falloir passer sous peu devant un tribunal d'hommes ; ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
3,52

sur 332 notes
Obsessions, tel pourrait être le titre du Procès-verbal qui relate une tranche de vie d'un jeune homme, assez perturbé, dont le lecteur découvre au fil des pages des pans de son passé et surtout de sa désorientation qui fait le quotidien de son présent. Il déroule ses journées avec les préoccupations qui l'obsèdent au point de ne vivre quasiment que dans ce contexte très particulier.

C'était le premier roman de Jean-Marie-Gustave le Clézio qu'il a écrit à l'âge de 23 ans et qui présente un intérêt littéraire indéniable bien qu'il soit souvent difficile de suivre le cheminement du héros, Adam. Il me semble qu'il faut le lire en se détachant du personnage, profitant de certains passages métaphysiques, d'autres assez réalistes, en ne s'immergeant pas trop dans cet univers de l'absurde, qui peut faire penser à Sartre, Camus, voire Céline.

Le soleil et la mer ont un rôle de premier plan dans cette aventure solitaire, mais aussi l'ombre, l'obscurité, les angles des pièces et toutes une série de protections personnelles que se constitue Adam.

Le dernier chapitre est un interrogatoire psychiatrique réalisé par des étudiants, ceux-ci ne parvenant guère à percer les mystères de la personnalité tourmentée de leur sujet.

Les longueurs, variées cependant, sont nombreuses et ajoutent au sentiment de confusion que l'auteur a peut-être voulu faire ressentir à ses lecteurs. Si tel est le cas, il a réussi.

Les avis sont partagés sur cette oeuvre; pour ma part, je lui reconnais les qualités d'écriture, rares aujourd'hui chez les jeunes écrivains, tout en ne la considérant pas comme une oeuvre majeure.
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« Il y avait une petite fois, pendant la canicule, un type qui était assis devant une fenêtre ouverte. »

C'est ainsi que commence "Le procès-verbal". Comme l'auteur l'a bien souligné dans la préface, le sujet du livre est singulièrement (et volontairement) abstrait : « l'histoire d'un homme qui ne savait trop s'il sortait de l'armée ou de l'asile psychiatrique. »

En effet, dans ce premier roman, le réalisme a trouvé fort peu de crédit auprès de l'auteur. Cet homme assis devant une fenêtre s'appelle Adam Pollo. Marginal et solitaire absolu, Adam Pollo a fui la ville, cet univers mécanique et imperméable à toute signification... Il s'est retiré dans la périphérie de l'absurde bouillonnement citadin, dans une villa désertée, sur la colline. Adam tente d'échapper à la face technique et culturelle du monde. Il veut tenter une expérience extrême...

Isolé, reclus, Adam a enfin adopté l'existence dont il avait toujours rêvé : il vit de manière quasi primitive, dans une sorte de rapport fusionnel avec la nature, entretenant avec elle un rapport très animal et matériel. Il évolue au sein de l'intensité solaire, dans la splendeur diurne de l'été, dans un univers brutal et jaune, qu'il a en quelque sorte réinvesti physiquement.

Adam Pollo se perd dans l'ivresse des sensations premières, il devient littéralement tout ce qu'il observe et ce qu'il accomplit. Obnubilé par l'idée de « citation », de « trace », d' « inscription », Adam Pollo remplit des cahiers entiers, dans lesquels il ressasse ses obsessions philosophiques et métaphysiques. C'est cette prose jubilatoire et anti-conformiste contenue dans les cahiers d'Adam, qui constitue la matière essentielle du récit.

Par son esprit subversif, Adam endosse le rôle de prophète. Il écrit lui-même le rapport, le « procès-verbal » qui relate son aventure, son itinéraire, au terme duquel les Hommes vont être amenés à l'arrêter et le « juger ». Après avoir erré pendant tout l'été, et transgressé les interdits fondamentaux, ce « Robinson Crusoé urbain », considéré comme aliéné, est interné dans un asile psychiatrique. Ainsi, il passe du voluptueux espace d'égarement méditerranéen au confinement froid et aseptisé de l'espace médical. Adam a suivi un parcours qui l'a mené d'un domaine aveuglant et illimité, à la fraîcheur raide et géométrique de l'asile.

Une incroyable histoire d'errance et de soleil à découvrir d'urgence !
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Après qu'il eût obtenu le Nobel de littérature en 2008 je ne pouvais rester dans l'ignorance et donc devais me lancer dans la lecture de l'oeuvre de J.M.G. le Clézio. Ayant l'esprit plutôt ordonné, j'ai choisi son premier roman, celui qui le consacra dans le monde littéraire, celui qui reçut le prix Renaudot en 1963, "Le procès-verbal" . Pas étonnant qu'il ait attiré l'attention des "professionnels" de l'époque tant ce roman fait preuve d'originalité dans sa prose et dans sa construction. Mais tout aussi émouvant est le récit d'Adam Pollo, grand solitaire vagabond, personnage étrange évoquant quelque peu Antoine, le personnage d'un autre premier roman, celui de Jean-Paul Sartre, "La Nausée". Aucune indication précise sur le temps et l'espace, tout juste savons nous que l'action se déroule à la fin de l'été dans une ville bordant la Méditerranée (Nice ?). A la manière d'Antonin Artaud, Adam Pollo se donne le temps d'observer le monde afin d'y vivre en toute conscience, comme seuls peuvent le faire les gens dit dérangés ou asociaux, eux qui, par leur clairvoyance, ne peuvent se satisfaire du raisonnable.
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« le procès-verbal », un livre, le premier de J.M.G le Clézio, écrit par bribes dans le fond d'un café, de l'aveu même de son auteur.
Un livre écrit pour une grande part avant les accords d'Evian qui mettront fin à la guerre d'Algérie… Algérie, Camus, Meursault, l'étranger le soleil la révolte…
Révolte de la jeune génération qui peut se retrouver sous les drapeaux avec un billet pour Alger… absurde…
Absurde… Camus Adam Pollo

Un « roman jeu », un « roman puzzle » tel que revendiqué par Le Clézio dans sa préface, et si l'on en croit Claude Cavallero, grand spécialiste de l'auteur, un roman teinté de « nouveau roman »… A voir…
Je ne supporte pas le nouveau roman, et n'ai aucun souvenir d'une difficulté particulière à lire ce roman, certes parfois décousu, entaché de longueurs, mais tellement rafraichissant … troublant … dérangeant, qui sait … peut être même tout ça à la fois!
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Un vocabulaire riche assurément, une syntaxe qui laisse parfois à désirer même si l'auteur l'utilise comme effet de style pour accentuer la bizarrerie de l'histoire et un fond qui me laisse perplexe et qui nécessiterait l'aide d'un interprète !
Un roman loufoque, ennuyant et dont le côté jubilatoire mis en avant par certains lecteurs m'est resté complètement caché.
Un roman moderne qui en a peut-être dérouté beaucoup et qui personnellement, ne m'a rien apporté, ni plaisir, ni enseignement, ni envie surtout de continuer les prolongations dans le monde de l'auteur.
Un roman qui se veut peut-être psychologique avec introspection et analyse d'un être perturbé et qui part dans toute les directions et n'aboutit nulle part !
Un roman vide de sens où un verbiage intensif, recherché, pseudo-intellectuel et mystique noie un poisson inexistant.
Un roman que j'ai voulu arrêter dix fois, que j'ai continué avec des pieds de plomb, que j'ai achevé avec un intense soulagement et qui me laisse songeuse quand au choix des auteurs primés...
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
J'ai connu autrefois un type qui faisait de la céramique. Il s'est marié à une femme qui s'appelle Blanche, et il habite une maison dans la montagne. À trois heures, un jour, je suis allé chez lui : il faisait très chaud, et il y avait des fèves du Japon qui grimpaient sur la tonnelle. Le soleil faisait des croûtes partout. Il travaillait à moitié nu sous la tonnelle. Il gravait des dessins aztèques sur des espèces de potiches en terre; et le soleil faisait sécher la terre, formait des petits grains de poudre tout autour du vase; après, il mettait les émaux, et le four faisait cuire les couleurs: chaleur sur chaleur. Tout ça était harmonieux. Il y avait une salamandre à queue fendue qui dormait sur le sol cimenté. Je ne crois pas avoir jamais vu autant de chaleur sur chaleur de ma vie. Le paysage était à 39° et le four à 500°. Le soir sa femme Blanche faisait bouillir les fèves du Japon; c'était un type bien : il était tous les jours presque mort. Tout blanc, un morceau d'air dansant, un cube équilatéral en train de cuire.

Je me suis dit que je pourrais avoir, moi aussi, une maison de campagne. Sur le côté d'une espèce de montagne caillouteuse; sous les pierres bouillantes, on aurait des serpents, des scorpions et des fourmis rouges.

Voici à quoi je passerais mes journées : j'aurais un bout de terrain plein de cailloux, exposé au soleil du matin jusqu'au soir. Au milieu du terrain, je ferais des feux. Je brûlerais des planches, du verre, de la fonte, du caoutchouc, tout ce que je trouverais. Je ferais des sortes de sculptures, comme ça, directement avec le feu. Des objets tout en noir, calcinés dans le vent et la poussière. Je jetterais des troncs d'arbres et je les ferais brûler; je tordrais tout, j'enduirais tout d'une poudre crissante, je ferais monter haut les flammes, j'épaissirais la fumée en volutes lourdaudes. Les langues orange hérisseraient la terre, secoueraient le ciel jusqu'aux nuages. Le soleil livide lutterait avec elles pendant des heures. Les insectes, par milliers, viendraient s'y précipiter, et s'enfouiraient la tête la première dans la base incolore du foyer. Puis, élevés par la chaleur, grimperaient le long des flammes comme sur une colonne invisible, et retomberaient en douce pluie de cendres, délicats, fragiles, métamorphosés en parcelles charbonnées, sur ma tête et sur mes épaules nues; et le vent des flammes soufflerait sur eux et les ferait frémir sur ma peau; il leur donnerait de nouvelles pattes de nouveaux élytres, une vie nouvelle, qui les lèverait dans l'atmosphère, et les abandonnerait, grouillants, flous comme des miettes de fumée, dans les trous des cailloux, jusqu'aux pieds de la montagne.

Vers, disons, cinq heures de l'après-midi, le soleil gagnerait. Le soleil brûlerait les flammes. Il ne laisserait plus, au centre du terrain, qu'une tache noire, parfaitement circonférique; tout le reste serait blanc comme un paysage de neige. Le brasier aurait l'air de l'ombre du soleil, ou d'un trou sans fond. Et il ne resterait que les arbres calcinés, les masses de métal foudroyé, fondu, le verre fondu, les gouttes d'acier parmi les cendres comme de l'eau. Tout aurait poussé comme des plantes obscures, avec des tiges grotesques, des bavures de cellulose, des crevasses où grouille le charbon. Alors je les prendrais toutes, ces formes tétaniques, et je les mettrais en tas dans une chambre de la maison. je vivrais bien au milieu d'une montagne de cailloux blancs et d'une jungle incendiée. Tout ça est connecté avec la chaleur. Elle décomposerait tout pour recomposer un monde pourri par la sécheresse; la simple chaleur. Avec elle, tout serait blanc, et dur, et fixé. Comme un bloc de glace au pôle Nord, ça serait l'harmonie matérielle, grâce à quoi le temps ne coule plus. Oui, ce serait vraiment beau. Le jour, ce serait, chaleur plus chaleur, et la nuit, noir plus charbon.

Et un jour, je... (page 213) ...
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«On me reprochera certainement des quantités de choses. D'avoir dormi là, par terre, pendant des jours ; d'avoir sali la maison, dessiné des calmars sur les murs, d'avoir joué au billard. On m'accusera d'avoir coupé des roses dans le jardin, d'avoir bu de la bière en cassant le goulot des bouteilles contre l'appui de la fenêtre : il ne reste presque plus de peinture jaune sur le rebord en bois. J'imagine qu'il va falloir passer sous peu devant un tribunal d'hommes ; je leur laisse ces ordures en guise de testament ; sans orgueil, j'espère qu'on me condamnera à quelque chose, afin que je paye de tout mon corps la faute de vivre...»
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Quel talent dès son 1er livre ! il évoque avec densité une réalité pleine de sensations, d'images... comme la simple intensité de la chaleur !
C'est comme un tableau qui m'inspire, dont en voici quelques touches pour reprendre ses effets :
- le flou de la chaleur qui tremble, qui s'élève étourdissante comme une fièvre, jusqu'aux derniers degrés, dernières limites... où entrent des images mentales sous pression... qui se bousculent, se répètent. Obsessions... sous la chaleur, déambule, écorché vif, délires, hanté par les flammes, aux prises dansantes de l'errance, titube au hasard, sans but, foudroyé dans cet enfer aux "gouttes d'acier", étouffante atmosphère minérale, tournoyante à souhait ! Insolation, surimpression, surexposition, blanche, éblouissante... flash à en perdre la raison.
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On croit toujours qu'il faut illustrer l'idée abstraite avec un exemple du dernier cru, un peu à la mode, ordurier si possible, et surtout - et surtout n'ayant aucun rapport avec la question.
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J’espère qu’on me condamnera à quelque chose, afin que je paye de tout mon corps la faute de vivre.
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Vidéo de J.M.G. Le Clézio
Cette semaine, La Grande Librairie s'installe à Marseille et propose une émission exceptionnelle, en public, à l'occasion des Nuits de la lecture et des 10 ans du Mucem. Au coeur de ce musée dédié aux cultures de la Méditerranée, des écrivains, des librairies et des lecteurs pour une soirée dédiée aux mots, aux mille identités de l'espace méditerranéen, et à cette idée que la littérature est toujours un lieu de rencontres, de partage et de commun.
Augustin Trapenard est donc allé à la rencontre du lauréat du prix Nobel 2008 Jean-Marie Gustave le Clézio. Il est venu présenter son dernier ouvrage, "Identité nomade" (Robert Laffont), explorant son parcours d'écrivain, ses voyages et ses affiliations. L'auteur s'interroge également sur le pouvoir de la littérature dans le monde contemporain. Un récit introspectif captivant sur l'essence de l'écriture. le tout, durant une magnifique balade à Nice, ville qui l'a vu naître.
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