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EAN : 9782742727735
112 pages
Actes Sud (05/06/2000)
4.01/5   77 notes
Résumé :
Rien ne prédestinait Céline Rabouillot à devenir garde-barrière. Elle lit des livres, parle trois langues, comprend les enfants comme personne. Elle accompagne un homme âgé qui a aimé les abeilles, la bonne chère et les grands-crus de Bourgogne. Mais elle est grosse, trop grosse pour les "autres" que dérangent ses manières et ses habitudes. Dans ce récit tragique et touchant, Françoise Lefèvre, en même temps qu'elle évoque la cruauté par phrases impitoyables, s'atta... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
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Ladybirdy
  26 novembre 2018
C'est l'histoire d'une très belle femme, de celles qui ont le coeur sur la main et donnent tout ce qu'elles ont. L'histoire d'une femme qui aime les enfants, les oiseaux, la vie. C'est l'histoire de Céline.
Autour de Céline, il y a les autres. Ceux qui ne la voient pas, ceux qui lui crachent au visage, ceux qui ne la comprennent pas, qui ne voient pas ses longs cheveux lumineux volant dans le vent, ni ses yeux couleur opale. Pour les autres, elle n'existe pas. Elle est juste La grosse.
Céline se rend bien compte que son apparence dérange. Pourtant, elle ce qui l'étouffe c'est l'absence. L'absence qui la remplit tout entière. Même qu'il est partout jusque dans le regard des gens. Céline est mélancolique, elle pense à son enfant qui n'est plus, à son homme vagabond qui erre au pays des absents, alors pour ne pas s'éteindre, elle aime, Céline. Elle ne compte pas ses sous, elle donne et regarde tristement ces mères et ces autres qui se terrent dans la mesquinerie ou l'indifférence.
C'est un récit éblouissant comme je les aime, de ces récits où chaque mot a son importance, une histoire que l'on pourrait souligner du début à la fin tant la profondeur du sujet est exposé avec finesse, sensibilité, émotions. J'ai été émue. Très émue. Touchée à vif. La grosse ce n'est pas que Céline, ce sont tous ces êtres différents jugés et mal aimés.
Une auteure que je vais suivre avec grand intérêt, c'est certain.
Merci Françoise Lefèvre.
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marina53
  20 décembre 2013
Céline Rabouillot est garde-barrière. Un métier qu'elle n'a pas choisi mais qui s'est offert à elle. Elle ouvre et ferme la barrière du train qui passe à 00h37. Toutes les nuits, elle se pare d'un châle, se maquille un peu, met du rouge aux lèvres et fait son métier presque avec passion. Elle se sent utile, c'est beaucoup pour elle. Céline vit seule dans une maison qu'on lui a prêtée, s'occupe du jardin, des stères de bois, des oiseaux à qui elle donne du bon lard. Mais, surtout, elle s'occupe de son voisin, Anatolis, un vieil homme, atteint d'un cancer en phase terminale. Alors, elle essaie d'égayer ses journées, lui écrit des poèmes, soulage ses douleurs, lui fait à manger. Elle s'occupe également de deux enfants, Noémie et Sylvestre, qu'elle emmène parfois à la fête foraine. Mais, voilà, Céline porte le deuil de son enfant, percuté par une voiture, et pense à lui tout le temps. Et surtout, Céline est grosse, très grosse. Et les gens ne voient que ça. Ils ne voient pas sa beauté, sa bonté et tout l'amour qu'elle a en elle...
Françoise Lefèvre nous offre un récit à la fois tragique et plein d'espoir. Emplie d'amour et de gentillesse, Céline a un coeur gros comme ça et a tant à donner. Mais, n'étant pas comme les autres, parce qu'elle est grosse, personne ne voit en elle autre chose que ses kilos en trop. Gonflé par l'absence, le chagrin, le coeur est lourd et finalement, c'est tout son corps qui devient trop lourd. D'une écriture envoûtante et poétique, ce court roman est à la fois empli d'une tristesse profonde, d'une clarté cachée et d'une noirceur provocante. C'est à la fois un poème transcendant, un tableau de Botticelli où le regard se fige, un roman qui nous transporte, un conte parfois cruel qui montre toute l'étendue de la méchanceté et de la fragilité des hommes.
La grosse... tout en finesse...
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paroles
  13 décembre 2021
Cent kilos. Cent kilos d'amour et de tendresse que Céline déverse sur Anatolis, son vieux voisin en phase terminale de cancer, et sur les deux enfants d'une voisine qu'elle garde le mercredi, en plus de son travail peu gratifiant de garde-barrière.
Mais cent kilos, c'est trop ! On n'étale pas ainsi ses rondeurs face aux autres, tous si contraints par les normes affichées qui servent de cadre. Il faut rentrer dans le moule de la bien-pensance et n'afficher aucune particularité. Et surtout pas celle du poids. Alors Céline se mange les réflexions des autres qui jamais ne cherchent à savoir comment, pourquoi son monde intérieur s'est développé ainsi. C'est qu'elle en cache des manques Céline, manques qu'elle essaie d'étouffer dans ses plis et son sourire et ses cheveux flamboyants...
Ce petit texte est d'une cruauté douce et brutale. C'est délicieusement raconté et pourtant si difficile à digérer. L'écriture est très poétique, légère et pourtant comme la peine est profonde, indicible. Être aveugle au monde, ne voir que les apparences, sans doute est-ce plus simple...
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Tmor
  11 décembre 2016
Le titre intrigue autant qu'il rebute et pourtant, derrière cette couverture se déroule un récit simple, direct, tranquille et profond. La grosse est garde barrière dans un petit village de bourgogne. Elle est trilingue, mais son enfant est décédé, son mari est parti alors elle s'est laissé allé et puis elle a eu l'occasion de prendre ce poste avec cette maison. Depuis elle se construit une vie réglée comme une horloge, dans un village paisible mais aux langues fourchues. On rencontre la mère anorexique qui lui confie ses gamins le mercredi, son voisin s'éteignant d'un cancer, le ramoneur, Roncevaux le vagabond... On se sent loin de tout, hors du temps, on parle encore en franc. Pourtant notre monde moderne est bien en marche. Un jour elle reçoit une lettre de la SNCF. La page se tourne. Et elle ? Je ne raconte pas plus. J'imagine bien un film avec Yolande Moreau pour faire vivre cette histoire. Touchante, poignante, prenante.
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Symphonie
  11 décembre 2013
Rien ne prédestinait Céline Rabouillot à devenir garde barrière et jamais personne ne lui demande comment elle va. On dit juste " - Tu as vu la grosse ? "
Parceque oui, Céline est grosse, une grosse garde barrière. Un quintal. Cent kilos. Mais Céline sourit toujours et çà, ce n'est pas normal quand on est aussi grosse ! Et chaque fois qu'elle pose son châle sur ses rondeurs, les gens s'offusquent de la voir attifée de la sorte " - On ne se met pas çà sur le dos, quand on est aussi grosse ! " Toujours les mêmes propos qu'elle entend dans son dos.
De leur regard invalide, tous ignorent que Céline parle trois langues et qu'elle était hôtesse de l'air...avant. Avant que le malheur ne s'abatte sur elle.
La mort de son enfant dans un accident de la route, l'abandon d'un homme, la perte de son emploi. Et la descente, inexorable: chômage, anpe, formation, stage, entretien et pas même une réponse. Par chance, elle déniche un emploi de garde barrière, mal rémunéré en campagne, près d'Anatolis, son voisin rongé par la maladie, pour lequel elle se dévoue corps et âme.
Céline vit de peu, apprivoise l'absence de son enfant, cette absence qu'elle porte en elle, des mots d'amour qu'elle ne prononce pas, mais qui l'éclairent de l'intérieur, illuminant ses yeux, ses mains, sa peau, sa chevelure. Mais çà, les gens ne le voient pas. Ils voient juste une grosse !!!

Oh my god ! Ce petit roman de Françoise Lefèvre est une tragédie dans toute sa magnificense, le regard sur l'obésité, la différence donc. L'auteure nous décrit une Céline toujours fringante malgré les allusions et les railleries dont elle fait l'objet dans une société en quête de perfection physique de plus en plus effarante.
Sans jamais tomber dans le mélodrame, Françoise Lefèvre réussi une formidable performance de tourner en dérision les réflexions de Céline sur son propre poids, ce poids qui dérange les autres plus qu'il ne l'a dérange. Parcequ'elle a aussi la capacité de nous faire sourire, bien au-delà des larmes qu'elle porte en elle et qui lui servent de rempart.

Un énorme coup de coeur pour ce récit de toute beauté, oh! que oui ! Un nouveau livre déniché à la bibliothèque que je compte bien acheter, tant on ne se lasse pas de cette lecture sublime, poétique et terriblement humaine sur la différence, quelle qu'elle soit.
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Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
LadybirdyLadybirdy   26 novembre 2018
Mais le corps de Céline, c’est un chêne en marche. Un arbre déchaîné balançant sa chevelure de feu. Elle est la mère, la sœur, l’amante. La figure de proue d’un bateau qui ne peut pas sombrer. Mozart et le blues. Des bras comme des branches pour porter, supporter, emporter. Tenir, soutenir, contenir. Des bras qui ne relâchent pas leur effort. Des bras d’éternité. Des épaules de bûcheronne taillées pour endurer les batailles, les sabres, les chars, les exils, les exodes, la misère, la mauvaise fortune des pauvres gens.
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LadybirdyLadybirdy   27 novembre 2018
Alors oui, même cette mélancolie peut se transformer en joie puisqu’elle est comme une gerbe de foudre et cela s’appelle l’absence. Et l’on sait que l’absence grossit dans la poitrine, fait le cœur énorme et qu’on la porte en plus de son propre poids. Elle est partout, remplit tout. On aime autrement. On aime la chose infiniment petite. On pardonne au ciel trop grand. Soudain, une conversion s’accomplit. Grâce a l’absence, l’amour est dans tout est dans rien. L’absence est dans les livres, les trains, le regard des gens.
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Nastie92Nastie92   10 juillet 2014
Quand un livre ne lui plaisait pas, il le mettait au purgatoire, c'est à dire dans un cagibi, en attente avec d'autres volumes. Au fur et à mesure des besoins, il en arrachait les pages, les reliant avec une ficelle, afin qu'elles servissent au moins de papier hygiénique dans le cabanon d'aisance au fond du jardin.
- Aux chiottes, les dogmes et les doctrinaires ! Les verbeux, les pisse-froid, les peine-à-jouir, les baise-petit, les aigrefins ! Aux chiottes te dis-je ! Impuissants ! Rats cuits ! Parle-moi des livres de cuisine et des poètes ! Rien que l'énoncé des grands crus de Bourgogne est un poème.
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LadybirdyLadybirdy   25 novembre 2018
Est-il possible de vivre avec un cœur aussi gonflé d’absence ? Et de convertir ce vide en amour ? Un amour que l’on poursuit à chaque instant du jour et qui donne envie de prendre d’autres enfants dans ses bras, de peindre ses volets en bleu, d’écrire un poème, d’aimer sans rien attendre en retour, puisqu’au fond, c’est toujours ainsi qu’il faudrait aimer. Sans rien attendre.
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Nastie92Nastie92   22 mai 2014
Elle écrase son chagrin contre la vitre. La tentation est grande d'imaginer que c'est un front qu'elle a contre le sien. Un front pour y appuyer sa peine. Quand on est si proche d'un visage, on ne voit plus les larmes, on ne voit qu'une étoile brillante. L'autre vous offre comme une vasque de fraîcheur où se dilue le chagrin.
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