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Paul Gruyer (Traducteur)Louis Postif (Traducteur)
ISBN : 2859406816
Éditeur : Phébus (23/09/2000)

Note moyenne : 4.35/5 (sur 138 notes)
Résumé :
Dans la prison d'État de Californie, à San Quentin, Darrell Standing s'apprête à être pendu. Il y a huit ans, alors professeur d'agronomie à l'école d'agriculture de Berkeley, il a été condamné à perpétuité pour crime passionnel.

Sur les huit années d'incarcération, il a passé cinq ans dans les ténèbres d'un cachot, surnommé la "mort vivante". Victime d'une dénonciation calomnieuse, il est maintenant condamné à mort. En attendant l'heure fatale, il s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Eric76
  31 juillet 2016
« Alors, tu te souviendras peut-être, en lisant ces lignes, de choses oubliées (car l'oubli t'est venu depuis), de visions indécises et brumeuses, qui ont passé devant tes yeux d'enfant et qui, aujourd'hui, ne t'apparaissent plus que comme des rêves… »
Darrel Standing est sans haine, car il a rejoint l'immensité des siècles grâce au sadisme et à la méchanceté imbécile de ses geôliers. Oh ! Ils peuvent le laisser croupir une éternité dans les ténèbres d'un cachot, le torturer encore et encore en le ficelant dans une camisole… L'esprit de Darrel est ailleurs ! Pour échapper à cet enfermement, à toute cette souffrance endurée, il a quitté depuis belles lurettes son misérable corps, cette enveloppe charnelle martyrisée devenue inutile, pour vagabonder parmi ses vies antérieures, picorer de-ci de-là dans ces existences qui furent les siennes ; des existences flamboyantes ou ternes, trop brèves ou trop longues, toutes emplies de joies, de haine et d'amour, avec comme unique fil directeur cette « colère noire », désobéissante, immaîtrisable, qui valut à Darrel une condamnation à la prison à vie pour crime passionnel…
Un roman plein d'espérances malgré la violence quotidienne subie par notre héros. A n'en pas douter, Jack London a raconté l'histoire d'un Saint (si peu chrétien…). Darrel a compris que sa vie n'était que la somme de toutes celles de ses innombrables aïeux. Après maints tâtonnements, son esprit s'est affranchi de son corps pour les rejoindre, et atteindre l'immortalité.
Un roman fort, lumineux, sombre, brutal, qui m'a laissé pantois…
C'est aussi une dénonciation implacable de l'univers carcéral américain en ce début du XXème siècle (Jack London qui fut emprisonné pour vagabondage le connut). A sa parution, le livre eut un tel retentissement que l'administration pénitentiaire américaine fut contrainte d'interdire l'effroyable pratique de la camisole.
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Allantvers
  21 juin 2013
Ce roman magistral porte les plus belles lignes que j'ai jamais lues sur la liberté.
Au début du XXième siècle aux Etats-Unis, Darell Standing est interné dans un pénitencier et subit en prison, parce qu'il est rebelle de nature, une torture épouvantable qu'aucune loi ne semble interdire :
On l'isole dans un cachot dans lequel on l'enserre jusqu'à l'étouffement dans une camisole qui meurtrit chaque parcelle de son corps. Chaque jour un peu plus à chaque fois qu'il dit "non".
Darell résiste à cette volonté d'anéantir sa personne par l'avilissement monstrueux infligé à son corps en s'en évadant, s'en dissociant, et parvient à vivre en être libre en se projetant mentalement dans différents personnages en butte à des situations extrêmes.
L'exemple qui m'a le plus touchée est cet enfant agenouillé derrière un cercle de caravanes attaquées par des Indiens lors de la conquête du Far West.
Toutes ses autres constructions mentales sont également riches de sens.
Un roman inoubliable!


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zaphod
  08 octobre 2014
On dit de l'empereur Tchin, -outre qu'il aimait à trinquer avec ses amis le vendredi soir, qu'il fut un grand mécène des arts.
Jamais l'Empire du Milieu ne connut une telle floraison de musique, de poésie, de peinture, que sous son règne.

Si d'une lointaine province parvenait aux oreilles de l'empereur l'écho d'une d'une oeuvre digne d'intérêt, il envoyait aussitôt ses émissaires pour inviter l'artiste à la cour. Si l'oeuvre plaisait vraiment à l'empereur, l'artiste était alors couvert d'or et d'honneurs.
Rien que la rédaction de cette humble histoire m'aurait sans doute valu une rente de mille cauris et les faveurs d'une courtisane.
Sous le règne paisible et prospère de Tchin, les allées de la cité impériale résonnaient d'airs de luth enchanteurs, les murs des interminables galeries et des immenses salles d'apparat s'égayaient de peintures sur bois qui rivalisaient de couleurs chatoyantes, et jamais un dîner ne se terminait sans qu'un poète ne vienne par son art préparer les hôtes à une suave nuit de délices.

Or il se fit qu'un jour, un poète du nom de Li arriva à la cour.
Il venait d'une province de l'extrême nord-ouest de l'empire, et son voyage jusqu'à la capitale avait pris de nombreuses semaines. Toutefois, sa réputation l'avait précédé. Il se disait qu'on n'avait jamais entendu de plus beaux vers. On le comparait même favorablement au légendaire Wu, le poète qui avait fait se cacher le soleil de honte devant l'éclat de son art.
Il faut savoir qu'en cette époque de sentiments plus purs, la littérature n'avait pas encore enfanté la forme bâtarde et dégénérée qu'on nomme aujourd'hui prose. Seule la poésie méritait le titre d'art. La prose vulgaire était réservée aux règlements de police et aux registres des comptables. La poésie, par contre, était vénérée comme la forme la plus noble d'élévation spirituelle. Les meilleurs poètes étaient de vrais héros, quasiment des demi-dieux, adulés par les hommes et désirés en secret par leur épouses.

Un dîner somptueux fut donc organisé en l'honneur de Li. Il était assis à la droite de l'empereur, en compagnie des douze épouses préférées de Tchin, soigneusement placées en ordre protocolaire. Cinquante plats différents furent servis, accompagnés de vins fins et d'épices rares aux propriétés mystérieuses.
Le poète se révéla un homme simple, discret, évidemment peu habitué aux fastes de la cour. Il ne parlait jamais sans y être invité, et lorsqu'il l'était, répondait de manière laconique, baissant les yeux face aux oeillades insistantes des épouses de Tchin, et ne touchant presque pas aux plats. Rien, si ce n'est peut-être l'éclat de son regard, ne laissait présager d'un grand artiste.
A la fin du repas, l'impatience des convives était à son comble. L'empereur invita enfin Li à se lever et à déclamer son art.
Le silence se fit dans la salle, et la voix du poète s'éleva, profonde et chaude.

Il est impossible de dire combien de temps dura la récitation de Li. On aurait dit que le Temps lui même s'était arrêté pour écouter.
C'était comme si Li avait susurré à l'oreille de chacun des mots créés expressément pour lui.
Il avait pris chaque personne par la main et l'avait emmenée à la découverte de contrées inconnues, qui pourtant n'attendaient qu'un regard pour s'offrir.
Les mots formaient une mélodie inouïe, étrange, lancinante. Chacun découvrait en lui des parties cachées de son âme, tantôt charmeuses, tantôt sombres et menaçantes.
Jamais on ne s'était autant approché de la beauté pure, et chacun en repartit bouleversé et songeur.

Les jours suivants, on ne parlait plus que de Li dans toute la cité impériale. Les courtisans se récitaient les fragments qu'ils avaient retenus du poème.
Le gardien des portes était assailli de demandes d'audience avec le poète. Les seigneurs lui promettaient des sommes folles pour qu'il vienne réciter chez eux. On dit qu'il reçut plus de cent propositions de mariage dans la semaines qui suivit sa prestation.

Cependant, pour la première fois de son règne, l'éclat de l'empereur Tchin était terni par la radiance d'un autre homme.
Li existait par lui seul, par son art qui dépassait toute autre création humaine, il n'était pas, comme les autres artistes, le simple bénéficiaire de la bienveillance de l'empereur. Il était capable de créer une beauté qui survivrait aux murs épais de la cité impériale, bien après que le souvenir de Tchin ait disparu dans les méandres de l'histoire.
C'était évidemment une situation que l'Empereur Céleste ne pouvait tolérer.
L'empereur doit rester l'image de la divinité sur terre. Aucun mortel ne peut se placer au dessus de l'empereur en aucune manière. C'est à ce seul prix que l'Empire du Milieu peut continuer à assurer sa domination éternelle sur le monde.

Tchin fit donc organiser un second banquet en l'honneur de Li.
Cette fois, l'attente était encore plus fébrile. Chacun usait de son influence, quand ce n'était pas de son argent, pour obtenir une invitation.
Un dîner de cent plats fut préparé par les meilleurs cuisiniers de la province, accompagné de vins venus d'au-delà des mers.
A la fin du repas, alors que les convives se préparaient à une soirée consacrée à la beauté, Tchin ordonna à ses gardes de se saisir de Li.
Tchin ne prononça qu'une phrase: "Que tous soient témoins du sort réservé à celui qui tente d'usurper le privilège divin.".
Devant les regards effarés de la cour, il fit couper la langue, les oreilles et les doigts de Li, et le fit bannir à jamais.
Pendant que les gardes exécutaient la terrible sentence, des larmes coulaient sur les joues de l'empereur.
On dit qu'il pleura sept jours sans arrêt.

Malgré tout, la vie finit par reprendre ses droits au palais.
Les artistes continuaient d'affluer vers la capitale, attirés par l'appât de la célébrité et de la richesse. Les arts étaient toujours célébrés et les artistes honorés. Petit à petit, le souvenir de Li sembla s'atténuer. L'insouciance propre à une période de paix et de prospérité se réinstalla.

C'est cinq ans après cette triste histoire qu'arriva à la cité impériale un peintre du nom de Tang, venu des provinces du nord-ouest.
Ses oeuvres différaient de la forme classique en ce que leurs contours flous et leurs teintes incertaines semblaient évoquer des sentiments plus que des paysages.
L'empereur voulut savoir ce qui inspirait à Tang ces images d'une beauté si troublante.
"C'est l'oeuvre d'un poète de notre province", répondit Tang, et il cita quelques vers.
Bien que différents, ces vers évoquèrent immédiatement chez Tchin le souvenir des oeuvres de Li. Il demanda à quoi ressemblait le poète.
"Le malheureux n'a plus de doigts ni d'oreilles, et il ne parle pas. Il a appris à tenir le pinceau avec les orteils, et c'est comme cela qu'il compose."
Plus que de la colère, c'est un immense chagrin qui envahit Tchin. Bien qu'il fût incapable d'éprouver la moindre haine envers la source d'une telle beauté, il ne pouvait laisser impuni le mépris patent d'une sentence impériale.

Tchin envoya donc sa garde personnelle dans la province du nord-ouest, avec ordre de trouver Li et de le ramener au palais.
Ce ne fut pas chose bien difficile. Et comme la justice de l'empereur doit éclater aux yeux de tous, cette fois encore, il y eut un dîner, où l'on servit cent-cinquante plats différents. Mais malgré la cuisine raffinée, presque aucun des invités ne put trouver l'appétit.
A la fin du repas, Tchin prononça cette seule phrase: "Que tous soient témoins du sort réservé à celui qui ose braver les divins décrets de l'empereur."
Il ordonna que l'on coupe les pieds de Li, qu'on l'attache sur le cheval le plus puissant des écuries, et qu'on fouette la bête.
Ce faisant, Tchin pleurait à chaudes larmes.
On dit que le cheval courut pendant deux semaines entières sans s'arrêter, avec Li attaché sur son dos, et que Tchin pleura sans interruption pendant le même temps.

Mais il faut croire que rien ne peut venir à bout de la poésie.
Moins d'un an s'était passé que l'on apprit qu'un poète, privé de pieds, de doigts et d'oreilles, et muet de surcroît, maniait le pinceau avec la bouche et écrivait la plus belle poésie qu'on n'ait jamais lue.

Cette fois, Tchin fut pris d'une véritable crise de rage. Jamais on ne lui avait résisté de la sorte. Même les puissants seigneurs de guerre des steppes mongoles s'étaient inclinés devant sa puissance. Et ce simple poète des marges du nord-ouest osait le défier!
Une fois encore, Tchin fit amener Li devant lui. Il ordonna qu'il fut attaché sur une chaise, et que ses paupières soient maintenues ouvertes par des pinces, afin qu'il ne rate rien du spectacle qui se préparait.
Les chinois sont réputés pour le raffinement de leurs tortures. Mais jamais encore, en ces temps ou la poésie était l'achèvement suprême, on n'avait osé le sacrilège de torturer la beauté même.
Tchin se fit apporter tous les manuscrits de Li en sa possession.
Patiemment, il arracha chaque page, la déchira en lambeaux, les souilla et les brûla, détruisant ainsi la raison de vivre de l'artiste.
Le supplice dura quatre heures, et cette fois, Tchin ne versa pas une larme. C'est sans doute ce qui vainquit le poète.

On dit que Li n'écrivit plus jamais le moindre poème. Ce qu'il avait enduré sans faillir pour lui-même, il ne pouvait le supporter pour le fruit de son art.
Mais cet acte abominable signa aussi le début de la fin du règne de Tchin.
Les artistes n'osèrent plus venir à la cour. Partout dans l'empire, la pratique des arts s'étiola. Les seigneurs ne trouvèrent plus de passion que dans les arts martiaux et la stratégie militaire. Des luttes de pouvoir éclatèrent dans tout l'empire, qui traversa une longue période d'obscurantisme et de guerres fratricides.

Cependant, certains écrits de Li avaient échappé au massacre. Ils furent recopiés et échangés en secret. Ils finirent par se répandre dans tout l'empire et même au delà.
Encore aujourd'hui, Li est considéré comme le plus grands des poètes chinois.


Cette histoire a une morale, et si vous voulez la savoir, la voici:

Putain! Jack London! Trois chef d'oeuvres de toi que je lis à la suite. Espèce de petit salopiaux!
T'as d'la chance que je ne sois pas l'empereur Tchin! Tu verrais un peu comment que j'te botterais les fesses!
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Arakasi
  23 mars 2015
Darell Standing va mourir. Condamné à la prison à perpétuité pour avoir tué un confrère sur un coup de sang, ce professeur d'agriculture a passé les huit dernières années de sa vie dans un des cachots d'isolement du pénitencier de St Quentin à cause d'une accusation inventée de toutes pièces par un autre prisonnier. Comme si la solitude, la cruauté des gardiens, la malnutrition et les heures atroces passées saucissonné dans une camisole de force ne suffisaient pas, le voici maintenant condamné à mort pour avoir – prétend le gouverneur de l'établissement – frappé un de ses geôliers. Mais Standing ne craint pas la mort. Il ricane des efforts de ces imbéciles qui tentent de lui arracher la vie par la violence, alors que, entre les murs de sa prison et à force de souffrances et de privations, il a découvert le plus grand des secrets : le corps n'est rien, il n'y a pas de mort absolue. L'esprit est la vie, et l'esprit ne saurait mourir.
En effet, pour échapper au martyr de la camisole de force, Standing est parvenu à un exploit hors-du-commun : s'échapper de son propre corps et se projeter dans les souvenirs de ses vies antérieures, toutes celles que son esprit a vécues puis oubliées depuis les premiers temps de la vie sur Terre à sa propre lente agonie dans les geôles de St Quentin. Et Darell Standing se rappelle… Il se rappelle avoir été un enfant pionnier forcé de voir sa famille hachée en pièces sous les coups des indiens. Il se rappelle avoir été un marin échoué sur les rives de la Corée et amoureux d'une belle dame de la cour impériale. Il se rappelle avoir été un duelliste renommé à la cour de Louis XIII. Il se rappelle avoir assisté au procès du Christ, perché sur son cheval de centurion romain et les oreilles remplies des hurlements de la foule en fureur. Il se rappelle avoir été roi, mendiant, guerrier, marchand, voyageur, fermier et meurtrier. Il se rappelle avoir aimé milles femmes différentes et en avoir été aimé en retour.
Et dans aucune de ses innombrables existences, Darell Standing n'a demandé grâce, ni flanché devant l'oppression. Aussi ne flanchera-t-il pas cette fois-ci. Il luttera jusqu'au bout, jusqu'à user ses dernières forces. Et qu'importent la mort et la corde qui l'attendent, puisque – Standing le sait à présent – il renaîtra et aimera à nouveau !
Jack London est décidément un écrivain plein de surprises ! Avec cet étonnant roman fantastique, il surgit encore une fois où on ne l'attend pas, mélangeant tous les genres avec une énergie furieuse : critique sociale, roman carcéral, récit maritime, cape et d'épée, western… Sous la plume d'un écrivain moins talentueux ce récit mosaïque pourrait avoir des allures de fourre-tout bordélique, mais London n'est pas considéré pour rien comme l'un des écrivains les plus brillants du début du XIXe siècle. D'abord surprise par le lyrisme du style et la fantaisie de l'intrigue – plutôt inhabituels chez Jack London et presque choquants quand on sort à peine, comme moi, de la lecture lapidaire de « Construire un feu » – je me suis laissée rapidement emporter par ce roman flamboyant, certes un peu décousu par moments, mais si vibrant de générosité, d'imagination et de saine indignation que je ne vois pas comment il pourrait laisser qui-que-ce-soit indifférent.
Reste une question qui – tout plaisir de la lecture mis à part – m'a titillée pendant toute ma lecture : mais qu'est ce qui a pris London d'écrire un roman pareil ? Quoi, Jack London tentant de démontrer la supériorité de l'esprit sur la matière ?! Jack London, le matérialiste, le sceptique, l'athée, le socialiste, celui qui clamait dans son désespoir sardonique « quand on est mort, on est mort et c'est pour longtemps » ! Ce serait-il converti au mysticisme sur la fin de sa trop courte vie ? Ce serait, dans un sens, presque un désappointement… Mais non, tous les témoignages semblent montrer que les sombres opinions de London en la matière n'ont jamais changé et il reconnaissait lui-même, presque à regret, ne pas croire un mot de ce qu'il avait écrit.
Alors pourquoi ? Aucun contemporain n'ayant apporté de réelle réponse en la matière et London ayant gardé le silence sur la question, j'avancerai donc la mienne aussi pauvre et insignifiante soit-elle : plutôt que de voir dans « le Vagabond des étoiles » un plaidoyer en faveur de la spiritualité, je préfère y lire une hymne émouvante au pouvoir de l'imagination, celle qui permet aux hommes de s'échapper des prisons les plus noires pour s'envoler à travers le temps et les étoiles. Et peut-être London l'inflexible incrédule, reconnaissait-il au passage un peu de mérite à la foi et aux religions, car comme il doit être dur, tellement dur, de lutter et de se sacrifier pour le bien d'humanité quand on pense que rien, qu'aucune récompense ne nous attendra une fois l'obscurité tombée…
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fredho
  22 décembre 2015
Darell Standing, professeur en agronomie, est condamné à perpétuité pour crime passionnel. Il tue un collègue pour l'amour d'une femme.
Tout d'abord condamné à vie, il est ensuite condamné à la peine capitale pour avoir agressé un gardien. de plus, Darell est victime d'une dénonciation calomnieuse qui pousse le directeur du pénitencier à lui faire subir les affres de la camisole.
Afin d'échapper à l'hostilité de cet univers carcéral et aux tortures prolongées, Darell emprisonné dans sa camisole, va s'autohypnotiser. Il va réussir à éliminer de sa conscience la partie vivante de son corps ; mourir pour ressusciter l'instant d'après et devenir le « vagabond des étoiles ». Darell est un homme libre, sa chair seule est ficelée dans ce cachot. Même si sa pauvre chair git inerte sur le sol sans éprouver aucune souffrance, son esprit vogue à travers le temps et l'espace, le monde lui appartient. Darell vagabonde et revit ses vies antérieures…
Dans ce récit, nous passons du réalisme au fantastique, nous alternons entre les voyages hors du corps de Darell et les mauvais traitements qu'il subit dans son cachot. Nous zigzaguons dans le passé de notre héros aux multiples vies, traversons l'histoire pour devenir comte au coeur de Paris sous Louis XIII, fils de pionnier pendant la conquête de l'ouest ou bien naufragé anglais sur une île rocheuse…
Alors, vies antérieures ou pouvoir de l'imagination ? Darell est convaincu que même si le corps meurt l'esprit demeure. Face à sa condamnation à mort, il est plus rassurant de savoir qu'une autre vie l'attend…
Une fois de plus je suis conquise par Jack London, un très beau roman d'une grande puissance émotionnelle, et surtout un très bel hymne à la liberté.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
Eric76Eric76   20 juillet 2016
Juché tout en haut des grands mâts qui oscillaient à me donner le vertige au-dessus du pont des navires, j'ai contemplé l'eau illuminée par le soleil : des profondeurs de turquoise surgissaient des coraux irisés. J'ai commandé la manœuvre qui devait mettre les navires à l'abri dans les lagons limpides comme des miroirs, où les ancres descendaient tout près de plages de corail ombragées de palmiers. Je me suis battu furieusement sur les champs de bataille du temps passé : même quand le soleil était au terme de sa course, le carnage ne cessait pas ; il se continuait pendant la nuit, sous les étoiles qui brûlaient au ciel. Et la fraîcheur du vent nocturne, refroidi aux lointains pics neigeux sur lesquels il avait passé, n'arrivait pas à sécher la sueur de la bataille : et puis je redevenais le petit Darell Standing qui à la ferme paternelle courait pieds nus dans l'herbe humide de la rosée printanière. Où, comme aux froids matins d'hiver, j'allais, de mes mains couvertes d'engelures, porter le foin aux bestiaux dans la tiède étable qu'emplissaient leurs haleines fumantes.
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Eric76Eric76   26 juillet 2016
Je viens de subir - je dis bien "subir" - une visite du directeur de la prison. Il est tout à fait différent du directeur Atherton de San Quentin. Récemment promu dans sa fonction, il était très ému, très énervé, et c'est moi qui ai dû l'inviter à parler. C'est sa première pendaison. Il me l'a franchement avoué. Moi, pour tâcher de le dérider de mon mieux, je lui ai spirituellement répondu que c'est aussi la première fois qu'on me pendait. Mais j'en fus pour mes frais : il m'opposa un visage fermé.
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fredhofredho   16 décembre 2015
C'est curieux, savez-vous, une pendaison! Je n'ai jamais, à vrai dire, assisté à aucune. Mais je tiens de témoins autorisés, que le spectacle d'une bonne douzaine a instruits, des informations sur ce qui m'attend.
On est debout sur le plancher, jambes et bras liés, le cou dans le nœud coulant, un voile noir sur la figure. Au signal donné la trappe s'ouvre, le corps tombe et la corde, dont la longueur a été bien réglé, se tend. Cela fait, les médecins présents viendront autour de moi. Ils se succéderont sur un tabouret qui les hissera à ma hauteur et, les bras passés autour de mon corps pour l'empêcher d'osciller comme un pendule, l'oreille collée sur mon thorax, ils compteront les battements de plus en plus faibles de mon cœur. Une fois que le plancher a culbuté, vingt minutes s'écoulent parfois, avant que le cœur cesse de battre. Ils s'assurent scientifiquement, n'en doutez pas, que l'homme à qui on a passé un chanvre autour du cou est bien mort.
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fredhofredho   23 décembre 2015
J'ai vécu d'innombrables existences tout au long de temps infinis. L'homme, individuellement, n'a fait aucun progrès moral depuis les dix derniers milliers d'années, je l'affirme solennellement. La seule différence entre le poulain sauvage et le cheval de trait patient n'est qu'une différence de dressage. L'éducation est la seule différence morale qui existe entre l'homme d'aujourd'hui et celui d'il y a dix mille ans. Sous le faible vernis de moralité dont il a enduit sa peau, il est resté le même sauvage qu'il était il y a cent siècles. La moralité est une création sociale, qui s'est agglomérée au cours des âges. Mais le nourrisson deviendra un sauvage si on ne l'éduque, si on ne lui donne un certain vernis de cette moralité abstraite qui s'est accumulée le long des siècles.
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jamiKjamiK   17 janvier 2016
– Alors, me demanda-t-elle un jour, vous vous croyez immortel ? Pourquoi n’en parlez-vous pas ?
– Eh ! Faut-il que j’aille m’encombrer l’esprit avec des certitudes ? répondis-je.
– Et à quoi ressemble votre immortalité ? Racontez-moi un peu ça.
Je lui parlais de Niflheim et de Muspell, du géant Imir, qui naquit des flocons de la neige, de la vache Audhumbla, de Fenrir et de Loki, de Jötun des glaces, de Thor et d’Odin, et de notre Walhalla. En m écoutant, elle frappait des mains et, quand j’eus terminé, elle s’écria, les yeux étincelants :
– Oh ! vous n’êtes qu’un barbare, un grand enfant ! Vous, pauvre géant fauve, aux cheveux décolorés par le froid ! Vous croyez mille contes de fées et ne songez qu'à la satisfaction du ventre ! Alors, après votre mort, vous allez au Walhalla ?
– Oui, esprit et corps.
– Et quoi y faire ?
– Manger, boire et se battre !
– C’est tout ?
– Et faire aussi l’amour. Il nous faut des femmes dans le ciel ! Sinon, à quoi servirait-il ?
Elle rétorqua :
– Je n’aime pas votre ciel. C’est un endroit vulgaire, où le tumulte de la vie continue à sévir, ainsi que le froid et la tempête.
– Et votre paradis, à vous, demandai-je, comment est-il ?
– C’est un été sans fin, un printemps et un automne à la fois, où les fleurs sont toujours écloses, les plus beaux fruits toujours mûrs.
Je secouai la tête et grommelai :
– Moi non plus, je n’aime pas votre ciel. C’est un endroit triste où l’on se ramollit, un lieu bon tout au plus pour les faibles et les eunuques, pour les obèses incapables de se remuer, pour des ombres pleurnichardes et non pour des hommes.
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