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ISBN : 2253129399
Éditeur : Le Livre de Poche (16/11/2011)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 84 notes)
Résumé :

En 1906, la parution de La Jungle provoqua un scandale sans précédent : Upton Sinclair dévoilait l'horreur de la condition ouvrière dans les abattoirs de Chicago aux mains des trusts de la viande. La Jungle fut bientôt traduit en dix-sept langues tandis qu'Upton Sinclair, poursuivi par les menaces et les promesses des cartels mais porté par le mécontentement populaire, était reçu à la Maison-Blanche par le... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  04 octobre 2013
C'était le bon vieux temps… Ambiance folklorique oblige, La jungle s'ouvre sur une cérémonie lituanienne de l'acziavimas. Un défilé de personnages s'anime sous nos yeux : Teta Elzbieta apporte les mets du banquet, la grand-mère Majauszkiene complète avec le plat débordant de pommes de terre, Tamoszius Kuszleika remplit la salle des mélodies endiablées et joyeuses qu'il tire de son violon, faisant danser les invités au nombre desquels on découvre Jurgis et Ona, tandis que Marija Berczynskas, infatigable, se démène d'un bout à l'autre de la salle pour assurer le bon déroulement de la cérémonie, veillant à ce que les règles et les traditions soient appliquées selon le bon ordre. On ne s'ébroue pas dans la richesse mais enfin, il y a des pommes de terre, du jambon, de la choucroute, du riz bouilli, de la mortadelle, des gâteaux secs, des jattes de lait et de la bière ; et puis surtout, les retrouvailles sont joyeuses et animées ; elles consolident un peu plus une communauté déjà chaleureuse.

C'était le bon vieux temps, et il faudra se souvenir de cette cérémonie dans le pays comme le dernier épisode heureux vécu par Jurgis et Ona. Les deux jeunes personnes ont à peine la vingtaine lorsqu'elles décident de prendre le bateau, de traverser l'Atlantique et d'atteindre les Etats-Unis. Il paraît qu'ici, le travail se trouve facilement, que les salaires sont élevés, et que les logements et les institutions modernes permettent à n'importe quel individu méritant de s'installer confortablement dans le bonheur d'une existence aisée. Pour ce qui est du mérite, Jurgis et Ona, accompagnés de quelques autres membres de leurs familles, n'ont pas de soucis à se faire. Ils ont été élevés à la dure et ne chôment jamais. Les Etats-Unis n'ont qu'à bien se tenir.

Le désenchantement commence sitôt arrivés dans les quartiers pauvres de Chicago. Grisaille et misère se conjuguent avec l'aspect déshumanisé d'un monde industriel qui a aboli toute ressource naturelle. Les paysages verdoyants de la Lituanie semblent ne pas pouvoir trouver d'égaux, jusqu'à ce que Jurgis découvre les abattoirs, dont le système de production ingénieux rivalise avec les prodiges de la nature. L'installation est gigantesque : entièrement mécanisée, elle permet d'abattre huit à dix millions d'animaux chaque année. Pour cela, l'usine emploie trente mille personnes. Elle fait vivre directement deux cent cinquante mille personnes ; indirectement un demi-million. Ses produits submergent le marché mondial et nourrissent une trentaine de millions de personnes. Nous sommes en 1906 et les prémisses catastrophiques d'un monde industrialisé, sans âme, perdu dans les affres du bénéfice, ont déjà germé : la déchéance est imminente.

La jungle semble d'abord accueillante. Elle fournit du travail à tous nos lituaniens nouvellement arrivés et leur offre un salaire plus généreux qu'ils ne l'auraient espéré. Malheureusement, le coût de la vie aux Etats-Unis est également plus élevé que prévu. On leur promet la propriété puis on les roule en leur faisant payer des charges mensuelles et annuelles qui les éloignent sans cesse davantage de l'acquisition définitive. Les enfants doivent bientôt se mettre au travail pour permettre à la famille de subsister. Pour une journée entière de labeur, ils ramènent quelques cents, une somme dérisoire. Passe encore lorsque les parents ont du travail mais bien souvent, après la frénésie productive qui précède les fêtes de fin d'année, les usines ferment sans préavis et laissent à la rue des milliers d'employés affamés et abrutis par la fatigue. Il faut alors trouver du travail ailleurs –même si toutes les entreprises du coin appartiennent à la même famille-, vivre d'expédients, envoyer les enfants faire la manche dans la rue, grappiller quelques repas en échange d'un verre d'alcool. Très rapidement, la force vitale d'Ona et de Jurgis s'éteint. On se souvient de l'émerveillement naïf, de l'énergie intarissable et de la joie pure qui les animait encore en Lituanie. On constate que tout cela a commencé à s'éteindre après quelques mois aux Etats-Unis, avant de disparaître complètement au bout de quelques années. On comprend que la misère et la fatigue seules ne sont pas responsables de leur déchéance. le mal est plus sournois : derrière des apparences accueillantes, il désolidarise les individus, les isole dans un mur de silence et les empêche de trouver du réconfort en faisant briller sous leurs yeux des promesses de richesse et d'ascension sociale plus attirantes que l'assurance d'un foyer uni, se satisfaisant à lui-même.

Si la Jungle désigne métaphoriquement cette vie tournant autour des abattoirs de Chicago, les abattoirs constituent quant à eux la métaphore terrible de la destinée humaine :

« On dirigeait d'abord les troupeaux vers des passerelles de la largeur d'une route, qui enjambaient les parcs et par lesquelles s'écoulait un flux continuel d'animaux. A les voir se hâter vers leur sort sans se douter de rien, on éprouvait un sentiment de malaise : on eût dit un fleuve charriant la mort. Mais nos amis n'étaient pas poètes et cette scène ne leur évoquait aucune métaphore de la destinée humaine. Ils n'y voyaient qu'une organisation d'une prodigieuse efficacité. »

Les animaux aussi bien que les êtres humains sont à la merci des abattoirs. Sophistiqués comme jamais, ils émerveillent encore, alors qu'aujourd'hui ils répugneraient aussitôt. C'est que tout leur potentiel d'hypocrisie, de manipulation –pour ainsi dire de sordide- n'a pas encore été révélé. Qu'est-ce qui tue vraiment les employés des abattoirs ? Outre le travail inhumain, on soupçonne la perfidie des moyens.

La Jungle nous révèle que la déchéance moderne a déjà une longue expérience derrière elle. La pourriture de l'hyper-industrialisation que l'on connaît aujourd'hui existait déjà au début du 20e siècle aux Etats-Unis. Ce qui nous différencie des lituaniens ignorants de ce roman tient à peu de choses : eux pensaient vraiment que la société capitaliste permettrait l'épanouissement des individus tandis que nous sommes bien peu nombreux à le croire encore –mais dans les deux cas, les individus sont bernés. La tactique début du 20e siècle pour juguler le mécontentement consistait à épuiser les travailleurs, à les désolidariser, à leur faire perdre toute dignité humaine. La duperie ne pouvait cependant pas fonctionner éternellement et Upton Sinclair nous décrit la constitution progressive des forces opposantes socialistes s'unissant pour faire face aux débordements de l'entreprise Durham. Dans cette dernière partie de la Jungle, la tension rageuse accumulée tout au long du livre trouve un exutoire dans le discours et l'action politiques. Si les socialistes finissent par remporter les élections locales, la victoire reste cependant fragile : « Les élections n'ont qu'un temps. Ensuite, l'enthousiasme retombera et les gens oublieront. Mais, si vous aussi, vous oubliez, si vous vous endormez sur vos lauriers, ces suffrages que nous avons recueillis aujourd'hui, nous les perdrons et nos ennemis auront beau jeu de se rire de nous ! ».

La suite de l'histoire reste en suspens. Pendant ce temps, la Jungle sera traduite en dix-sept langues et entraînera les menaces des cartels mais aussi l'approbation de la masse populaire. Des enquêtes viendront confirmer la véracité des propos rapportés par Upton Sinclair avant que le président Theodore Roosevelt ne le reçoive à la Maison-Blanche pour entamer une série de réformes touchant l'ensemble de la vie économique du pays. La conclusion n'est pas joyeuse pour autant. Plus d'un siècle vient de passer mais le roman entre encore en écho avec la déchéance industrielle de notre époque. Certes, aux Etats-Unis ni en Europe, plus personne ne meurt d'épuisement physique, plus aucun enfant n'est exploité et tout employé peut bénéficier –en théorie- des protections sociales et sanitaires de base. Mais nous sommes-nous vraiment échappés de l'abattoir ? Il semblerait plutôt que le mal se soit déplacé –peut-être même a-t-il carrément retourné sa veste pour s'emparer de ce qui manquait alors cruellement aux personnages du roman : le confort. Les coups, les mutilations, le froid destructeur, la chaleur vectrice de maladies, les engelures, les brimades, la tuberculose, les noyades –toutes ces violences physiques faites aux corps des habitants du premier monde deviennent des métaphores vénéneuses des violences morales faites aux habitants du deuxième monde. A bien y réfléchir, notre situation est tout aussi désespérée : nous ne savons plus que nous sommes victimes car notre corps ne se désagrège plus –ou si peu- au fil des saisons. Nous ne savons pas, et nous sommes comme ces porcs que l'on conduit à l'abattoir :

« Chacun d'entre eux était un être à part entière. Il y en avait des blanc, des noirs, des bruns, des tachetés, des vieux et des jeunes. Certains étaient efflanqués, d'autres monstrueusement gros. Mais ils jouissaient tous d'une individualité, d'une volonté propre ; tous portaient un espoir, un désir dans le coeur. Ils étaient sûrs d'eux-mêmes et de leur importance. Ils étaient pleins de dignité. Ils avaient foi en eux-mêmes, ils s'étaient acquittés de leur devoir durant toute leur vie, sans se doute qu'une ombre noire planait au-dessus de leur tête et que, sur leur route, les attendait un terrible Destin. »

Le socialisme a changé la couleur des murs de l'abattoir. On aimerait pouvoir dire qu'il a oeuvré davantage mais ce n'est certainement pas le cas car la lecture de la Jungle, plus d'un siècle après sa première publication, est encore saisissante et ne laissera pas de remuer des plaintes sourdes qui signifient que le massacre ne s'est pas arrêté.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Torellion
  01 octobre 2016
Description dantesque d'un enfer vécu par des milliers d'immigrés, polonais, slovaques ou lituaniens comme notre "héros", La Jungle est un récit romanesque quasi journalistique. Digne de Germinal ou de la case de l'oncle Tom, le livre d'Upton Sinclair ne peux laisser indifférent.
Il n'aura d'ailleurs pas laissé indifférent le président Roosevelt, qui à la suite de sa parution, diligentera une enquête dont émanera la Pure Food and Drug Act.
Récit poignant, dans un style direct et puissant, la lecture laisse le lecteur KO et pantois.
On voit que les débuts du capitalisme ont été grandioses. Un siècle plus tard peu de choses ont changés.
Désolant et révoltant...
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ATOS
  04 février 2014
Et bien voilà tout est là. Tout est dit sur cette Jungle.
Nous sommes à Chicago. Nous sommes en 1906.
Le grand capital est à pied d'oeuvre.
Tous les empires industriels sont érigés sur des charniers.
Quelque soit le continent, quelque soit l'époque.
Upton Sinclair décrit tous les rouages de la grande mâchoire capitaliste.
Jeu giratoire des embauches des populations migrantes, croissance des cadences , mise en concurrences de la main-d'oeuvre, institutionnalisation du crédit, analphabétisme, misère, malnutrition, institutionnalisation de toutes les formes d'addictions visant à soumettre un cheptel d'humains ( alcool, jeux, sexe, drogues), alliance et désalliance des trusts ( trust des chemins de fer, trust du coton, trust de la viande, trust automobile, trust du pétrole, de la chimie, du fer, de l'acier etc...) , main mise sur l'administration, sur les partis politiques, sur la presse, main mise sur la gestion des logement, du charbon, de la production et la distribution alimentaire, sur les réseaux de communications, sur le contrôle des prix des produits agricoles, des énergies, contrôle des moyens de transports, de la distribution de l'eau, du traitement des déchets, de la voirie, contrôle des syndicats, établissement de polices parallèles, précarité entretenue des emplois, fermeture d'usines pour restructuration, flexibilité des salaires et des horaires, délocalisation des emplois, spéculation, fraudes électorales, fraudes alimentaires, pollution des sols,des sous sols, des cours d'eau, instrumentalisation de la justice et de la police.
Tout est dit.
Productivisme, consumérisme pour tous au profit de quelque uns.
Nous sommes en 1906, et cela fait déjà plus d'un siècle.
La publication de l'oeuvre d'Upton Sinclair , auteur socialiste américain, fut un véritable pavé lancé dans le fumier putride du productivisme américain.
Upton Sinclair fait partie des auteurs que Roosevelt qualifiera de muckrackers, c'est à dire d'éboueurs, et plus précisément de « fouille merde ».
L'enquête menée par les autorités gouvernementales, (qui ne pouvaient plus feindre d' ignorer l'horreur du système) déclenchera une vague de réformes concernant l'organisation du travail, mais surtout concernant le contrôle sanitaire de la fabrication et la distribution des denrées alimentaires.
Upton Sinclair est de la veine des grands auteurs, de celle d' Hugo, de Zola, de Sinclair Lewis, de Dickens, de Sue, de London, de Rachel Carlson.
Considérant la défense des droits civiques , les mesures de sécurité sociale d'éducation et de santé, la protection environnementale, le droit et la défense des travailleurs et n'en déplaise aux républicains, et à 70% des démocrates de toutes nos démocraties:
«Socialism saves America ».
« Il n'est pas une réforme religieuse, politique ou sociale, que nos pères n'aient été forcés de conquérir de siècle en siècle, au prix de leur sang, par l'insurrection. ».
Eugène Sue- Les mystères du peuple – Extrait – 1849.
"Selon nous, tout ce qui tend à détruire l'oppression économique et politique, tout ce qui sert à élever le niveau moral et intellectuel des hommes, à leur donner conscience de leurs droits et de leurs forces et à les persuader d'en faire usage eux-mêmes, tout ce qui provoque la haine contre l'oppression et suscite l'amour entre les hommes, nous approche de notre but (...)"
Errico Malatesta- La Question Sociale". (1899)
Nous sommes en 1906.

Astrid Shriqui Garain
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Walden-88
  18 avril 2016
La Jungle s'ouvre sur un mariage et se referme sur une naissance. le mariage d'Ona et Jurgis Rudkus avec ses traditions folkloriques lituaniennes : l'acziavimas et la vesejila. Leur union est à marquer d'une pierre blanche car elle symbolise l'un des derniers moments de bonheur du jeune couple.
Mais revenons quelques mois en arrière, nous sommes au début des années 1900, quand Jurgis et Ona, accompagnés de leur famille ( douze personnes au total, six adultes et six enfants), débarquent à Chicago après avoir fui l'infortune lituanienne. Dans ce pays de cocagne où tout semble possible, pour qui veut bien travailler durement et servilement , ils espèrent trouver un avenir meilleur. Ils vont vite perdre leurs illusions et le rêve américain tourne au désenchantement. Une fois en Amérique, ils se rendent compte d'une cruelle réalité : "si les salaires étaient élevés dans ce nouveau pays, les prix l'étaient tout autant et un pauvre étaient aussi pauvre ici que n'importe où d'ailleurs sur cette terre". Sans parler de la corruption et des escroqueries en tous genres qui plongent la famille dans la tourmente. Désormais un seul mot d'ordre : survivre !
A Chicago, si l'on veut du travail, il faut se rendre à Packingtown, le quartier des abattoirs, propriété des trusts de la viande. Jurgis, notre colosse Lituanien, n'a aucun mal à se faire engager à la chaîne d'abattage. Malgré toute sa bonne volonté et sa force de travail, son maigre salaire ne suffit pas à nourrir tout le monde. Les membres de la famille, adultes et enfants, se mettent en quête d'un travail afin de subvenir à leurs besoins élémentaires. de la douce et délicate Ona, en passant par le vieil Antanas à la toux incessante ou au jeune Stanislovas, qui ment sur son âge, tous se retrouvent dans l'enfer de Packingtown.
A travers le destin tragique de Jurgis et de sa famille, Upton Sinclair nous plonge dans les abîmes du capitalisme du début du XX siècle. Il nous montre le quotidien de ces milliers de gens qui constituent les rouages indispensables de la gigantesque machine industrielle. le travail d'abattage à la chaîne aux cadences infernales est un supplice effroyable pour les ouvriers qui tuent et dépècent les animaux, été comme hiver, dans l'atmosphère confinée et suffocante des ateliers remplis d'une odeur putride de sang et de crasse. Les accidents sont très fréquents, un coup de lame maladroit qui entaille une main et c'est l'infection, un chariot qui sort de sa trajectoire et c'est la mort. Les usines qui ferment du jour au lendemain, pour plusieurs mois, laissant ces travailleurs dans le dénuement le plus total.
Et tout ça au nom de quoi ? du profit, de l'appât du gain, du capitalisme à outrance au mépris de toute humanité.
Comme évoqué en préambule, ce roman s'achève sur une naissance : celle du socialisme, qui donne une touche d'optimisme et un peu d'espoir à Jurgis et ses camarades.
Lors de sa parution en 1906, ce roman "coup de poing" fait grand bruit et pousse le président Theodore Roosevelt à engager une commission d'enquête sur les conditions de travail dans l'industrie de la viande et à faire mener des réformes du droit du travail et de la réglementation en matière de production alimentaire.
La Jungle fait partie de ces livres qui ont fait l'Amérique ! Un grand roman social.
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Belem
  07 mars 2013
Ce livre est composé de deux tomes, « Les abattoirs de Chicago », et « Les affranchis ». (Selon les éditions, ils peuvent être rassemblés, ou, suivant la traduction, avoir un autre sous-titre)
tome 1 : Les abattoirs de Chicago
Dans le premier tome, Upton Sinclair décrit la spirale de la misère dans laquelle est entraînée une famille lituanienne, récemment immigrée aux USA. Ils arrivent à Chicago, dans une vaste zone industrielle, sale et polluée, un désert urbain. le lieu où ils vivent est un ancien marécage, devenu ensuite une décharge de détritus et de polluants. Renfloué, le site reste insalubre. Tous leurs rêves (avoir une maison à eux, élever un enfant, mettre de l'argent de côté, etc.) sont broyés par le système capitaliste, qui ne leur laisse même pas le minimum pour vivre, afin de les maintenir dans une dépendance continuelle à l'égard des patrons de la ville. Les conditions de travail aux abattoirs où travaille Jurgis sont particulièrement sordides, et l'exploitation féroce (les contremaîtres sont de vrais tyrans). Sinclair décrit pendant plusieurs pages les différents postes de travail : chargeurs de boeuf, hisseurs, arracheurs de laine, employés en salles de cuisson, aides de cuisines, ouvriers aux ateliers de boîtes de fer-blanc, aux ateliers d'engrais, etc...
Finalement, il peint de manière très poignante la lente descente aux enfers de cette famille, la pauvreté de leur condition de prolétaires faisant du moindre problème ou accident de la vie une catastrophe qui précipite leur chute dans une spirale infernale de malheur...
tome 2 : Les affranchis
Le travailleur immigré lituanien Jurgis, après que sa femme et son fils soient décédés, s'enfuit à bord d'un train de marchandise, qui va l'amener à retrouver la campagne, la nature qui l'enchante et lui rappelle sa verte Lituanie natale. Vivant comme un vagabond, au gré de menus travaux agricoles, puis de rapines, il va suivre les déplacements de centaines, de milliers de tâcherons qui trouvent à s'employer en suivant les récoltes, qui se succèdent au gré de la saison dans le pays.
L'hiver venu, il doit cependant revenir chercher du travail en ville. Il croise à nouveau la route d'un jeune cambrioleur, un peu anarchiste, et pour qui voler les riches rétablit un peu de justice sociale. Celui-ci initie Jurgis aux différents procédés de vols et d'escroqueries. Ayant intégré la “ pègre ” de Chicago, il trouvera ensuite à s'employer lors de campagnes électorales, car les politiciens véreux de Chicago utilisent les voyous pour effectuer leurs coups-fourrés. Jurgis va même devenir un “ jaune ”, lors de la grande grève des ouvriers de la viande de Chicago, avant de devenir inemployable pour les patrons et la pègre eux-mêmes.
Se retrouvant à nouveau pauvre et à la rue, c'est en s'abritant dans une salle où se tient un meeting socialiste que va se révéler à lui un nouvel avenir : la lutte ouvrière.
Upton Sinclair, à travers le personnage de Jurgis, voudrait bien montrer que le militantisme est plus grisant... que l'alcoolisme ! : “Pour le prix d'un verre de bière, on pouvait acheter cinquante exemplaires d'une brochure, les distribuer aux malheureux que l'Idée n'avait pas encore régénérés, et s'enivrer ensuite de la pensée du bien qu'on pouvait faire.”
Finalement, ce livre est très intéressant. Upton Sinclair fut accusé d'avoir déformé la réalité, afin de servir sa cause (il était militant du parti socialiste, et aux USA, cela veut dire beaucoup !). Il répondit toujours que la réalité qu'il avait décrite était malheureusement le lot de beaucoup de gens aux USA. D'ailleurs, le gouvernement US de Roosevelt réagit, en élaborant une législation sur l'abattage des animaux de boucherie... car ce qui choqua le plus, ce ne sont pas les conditions de travail des ouvriers, mais le risque sanitaire que faisait courir à la population le traitement industriel du secteur de la viande... Upton Sinclair déclara, après le triomphe de son livre à l'époque : “J'avais visé le coeur, et j'ai touché l'estomac de la nation ! ”.
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Citations & extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   03 mai 2014
Je sais ce qu’il en coûte à un travailleur d’acquérir le savoir. J’en ai payé le prix avec ma chair et mon sang, en me privant de nourriture et de sommeil, en mettant en jeu ma santé, ma vie presque. Alors, lorsque je viens vous parler d’espérance et de liberté, faire miroiter devant vous ce monde nouveau qu’il vous faut créer de toutes pièces, cette nouvelle organisation du travail qu’il faut avoir l’audace d’imaginer, je ne suis pas surpris de vous trouver terre à terre et matérialistes, apathiques et incrédules. Si je résiste au découragement, c’est que je sais ce que vous avez enduré ; j’ai connu le fouet cuisant de la misère, le mépris cinglant des maîtres, « la morgue du fonctionnaire et toutes les rebuffades ». Mais j’ai la certitude que parmi vous qui êtes là ce soir, si nombreux que vous soyez à avoir sombré dans l’abrutissement et l’indifférence, à être venus par simple curiosité ou pour me tourner en ridicule, il y aura au moins un homme que le chagrin et la souffrance auront poussé à bout, à qui la soudaine révélation des injustices et des horreurs du monde aura fait dresser l’oreille.
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colimassoncolimasson   01 avril 2014
Et les saucisses… On ne prêtait jamais attention aux produits qui entraient dans leur composition. Pourtant, pour les fabriquer, on utilisait toutes celles que l’Europe avait refusées et réexpédiées en Amérique : la chair blanchâtre et moisie était traitée avec du borax et de la glycérine, puis jetée dans les trémies et proposées sur le marché national. On y ajoutait également les rognures qui avaient traîné par terre dans la sciure et la saleté, qui avaient été piétinées par les ouvriers, souillées par leurs crachats infectés de milliards de bacilles de Koch. Sans parler des monceaux de viande, stockés en d’énormes tas dans des entrepôts dont les toits fuyaient et qui grouillaient de rats. […] Les patrons luttaient contre ce fléau avec du pain empoisonné. Tout partait dans les trémies : rats morts, pain et viande. […] Quand les ouvriers chargeaient à pleine pelle la viande dans les wagonnets, ils ne prenaient pas la peine d’éliminer les cadavres des rongeurs, même s’ils les voyaient. Pourquoi l’auraient-ils fait quand, dans la fabrication des saucisses, entraient certains ingrédients en comparaison desquels un rat empoisonné était un morceau de choix ? Ainsi, comme les hommes n’avaient aucun endroit où se laver les mains avant le déjeuner, ils avaient pris l’habitude de le faire dans l’eau destinée à la saucisse.
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stcyr04stcyr04   12 juin 2012
- Eh bien ! alors… cria Lucas, pourquoi Jésus n’aurait-il rien de commun avec son Eglise ? Pourquoi ses paroles n’auraient-elles aucune autorité parmi ceux qui font profession de l’adorer ? Voilà un homme qui a été premier en date des révolutionnaires du monde, qui fut le véritable fondateur du mouvement socialiste ; un homme dont toute la vie s’est passé à crier sa haine de la richesse, et de tous les maux dont la richesse est cause : l’orgueil, le luxe, la tyrannie ; un homme du peuple, un mendiant, un vagabond, qui fréquentait des cabaretiers et des filles ; un homme qui a dit de la façon la plus explicite :
« N’amassez pas des trésors sur cette terre ! »
« Vendez ce que vous possédez, et distribuez-le aux pauvres ! »
« Bénis les pauvres, le royaume des cieux est à eux ! »
« Malheur aux riches , car ils ne seront pas consolés ! »
« En vérité, je vous le dit, il est bien difficile qu’un riche entre dans le royaume des cieux ! »
Un homme qui a dénoncé en ces termes peu mesurés les exploiteurs de son époque :
« Malheur à vous, scribes et pharisiens, hypocrites ! »
« Malheur à vous, hommes de loi ! »
« Serpents, race de vipères, comment pouvez-vous espérer échapper aux feux de l’Enfer ? »
Un homme qui a chassé à coups de fouet les hommes d’affaires et les brocanteurs hors du temple. Un homme qui a été crucifié, songez-y bien, comme incendiaire et comme ennemi de l’ordre social !
C’est d’un tel homme qu’ils ont fait le grand prêtre de la propriété privée et de la respectabilité pudibonde ; le dieu qui sanctionne toutes les horreurs de notre industrialisme civilisé ! On le représente en statues dorées, et couvertes de pierres précieuses ; des prêtres sensuels brûlent de l’encens devant son image, nos modernes pirates de l’industrie lui apportent des dollars produits par la sueur de sang des femmes et des enfants qu’ils exploitent ; ils lui font batir des temples, dans lesquels ils viennent s’assoir sur des coussins moelleux pour écouter la parole, savamment travestie par des théologiens sans vergogne…
- Bravo ! s’écria en riant Schliemann.
Mais l’autre était lancé. Depuis cinq ans, il était plein de son sujet et ne se laissait pas arrêter quand il l’exposait.
- Ce Jesus de Nazareth ! Cet ouvrier qui avait la conscience de classe ! Ce charpentier syndiqué ! Cet agitateur, cet ennemi des lois, ce destructeur, cet anarchiste ! Lui, être le souverain maître d’un monde où les corps et les âmes des hommes sont broyés sous la meule pour produire des dollars, comme on broie des grains de blé pour faire de la farine ! Ah ! S’il revenait aujourd’hui et s’il voyait ce que les hommes ont fait en sont nom, il bondirait d’horreur ! N’en deviendrait-il pas fou, lui, le Prince de la Miséricorde et de l’Amour ? Pendant l’épouvantable nuit où il resta agenouillé dans le jardin des Oliviers, croyez-vous qu’il ait pu rêver des choses pires que celles qu’on peut voir ce soir même, dans les plaines de Mandchourie ? Quel spectacle pour lui que ses masses d’hommes portant des icônes dorées qui le représentent, et marchant au massacre dans l’intérêt de quelques monstres de férocité ! Ne pensez –vous pas que s’il était à Saint-Pétersbourg en ce moment, il prendrait de nouveau le fouet avec lequel il chassa le banquier du temple…
- Non camarade, dit l’autre tranquillement ; non, car c’était un homme pratique : il prendrait une de ces petites grenades, comme on en expédie en Russie en ce moment, qui sont si commodes à porter dans les poches et qui peuvent réduire en poussière le temple tout entier.
Lucas attendit la fin des éclats de rire que cette sortie avait provoqués ; puis il reprit :
- Examinez la chose au point de vue de la tactique politique, camarade. Voila un personnage historique que tous les hommes vénèrent et aiment, et qu’un certain nombre considèrent comme divin. Il a été des nôtres, il a vécu de notre vie, il a enseigné notre doctrine : et vous voulez que nous le laissions aux mains de ses ennemis, et que nous leur permettions de parodier son exemple ? Nous avons ses propres paroles, personne ne peut les contester, et nous n’irions pas les citer aux peuples, leur montrer ce qu’il fut en réalité, ce qu’il enseigna, ce qu’il fit ? Allons donc ! Allons donc ! Il faut que nous utilisions son autorité pour chasser les coquins de son ministère et pour déterminer le peuple à l’action !
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stcyr04stcyr04   09 juin 2012

On y faisait du pâté de poulet, dans lequel il n’y avait pas plus de poulet que dans la soupe de la pension de famille, dont parlent les journaux amusants, à travers laquelle un poulet n’avait fait que tremper ses pattes, chaussées de caoutchouc. Peut-être avaient-ils quelque procédé secret, dit l’ami de Jurgis, pour fabriquer chimiquement des poulets : qui sait ? Les éléments qui entraient dans la composition de cette mixture étaient des tripes, de la graisse, des cœurs de bœuf et des déchets de veau quand on en avait. On en faisait des boîtes de divers prix, mais dont le contenu était toujours le même.
Il y avait aussi le « pâté de gibier », le « pâté de coq de bruyère », le « pâté de jambon », et surtout le « jambon farci » que les ouvriers appelaient le « jambon farce ». Le jambon « farce » se faisait avec les bouts de bœuf fumé trop petits pour pouvoir être coupés en tranches par les machines, des tripes teintes chimiquement en rose, des rognures de jambon et de bœuf salé, des pommes de terre (peau et tout), et enfin les cartilages du larynx des bœufs, mis de côté lors de la préparation des langues fumées : cet ingénieux mélange était haché, puis fortement relevé avec diverses épices, de façon à avoir le goût de quelque chose.
Quiconque avait inventé une nouvelle imitation, ajouta celui qui enseignait Jurgis, avait pu faire fortune chez Durham ; mais aujourd’hui, on ne voyait guère la possibilité de découvrir du nouveau dans un ordre d’idées où tant d’esprits d’élite s’étaient ingéniés si longtemps. On était dans un pays où les éleveurs de bétail se réjouissaient de voir celui-ci contracté la tuberculose parce que cette maladie le faisait engraisser plus vite ; où l’on achetait tout le beurre rance mis au rebut dans les épiceries du monde entier, et où, après l’avoir « oxydé » par l’air comprimé, on le rebarattait avec du lait écrémé, pour le revendre en motte dans les grandes villes !
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colimassoncolimasson   11 mai 2014
Si le gouvernement opprimait le corps des salariés, la Religion, elle, opprimait leur âme et empoisonnait à sa source le fleuve du Progrès. Elle demandait à l’ouvrier de placer ses espoirs dans une vie future, pendant qu’ici-bas on lui faisait les poches et on lui inculquait toutes les fausses vertus prônées par le capitalisme : frugalité, humilité, obéissance. Le sort de l’humanité se jouait là, dans l’ultime corps à corps entre l’Internationale Rouge du Socialisme et l’Internationale Noire de l’Eglise Catholique, tandis qu’ici, aux Etats-Unis, « régnaient les ténèbres insondables de l’Evangélisme américain… »
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Julie Gonéra, libraire au Furet du Nord de Lille, nous présente l'un de ses coups de coeur : "La jungle" de Upton Sinclair (http://www.livredepoche.com/la-ju...
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