AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Jean Rosenthal (Traducteur)
ISBN : 222111065X
Éditeur : Robert Laffont (28/02/2008)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 140 notes)
Résumé :
Ce que nous raconte Norman Mailer dans ce livre, c'est la vie, les amours et la mort de Gary Gilmore, un assassin qui fascina l'Amérique. Meurtrier de deux étudiants à sa sortie de prison, Gilmore devait ensuite littéralement exiger son châtiment par fusillade... Le peloton d'exécution fut composé de volontaires, car cela se passe dans l'Utah, le pays des mormons, dernier réservoir de prophètes et d'anges vengeurs. Gilmore lui-même faisait partie de l'Église de Jésu... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  27 septembre 2015
Tout au long de ma lecture, je me suis demandé pourquoi ce livre maintenait sur moi de bout en bout, en dépit de ses longueurs et du foisonnement de personnages propre à brouiller la focale de lecture, un tel pouvoir de fascination.
Dans la première partie qui va de la libération du pénitencier de Gary Gilmore après 22 ans quasi ininterrompus de captivité jusqu'à sa condamnation à mort quelques mois plus tard suite aux deux assassinats commis de sang-froid, j'ai eu d'abord le sentiment de plonger en totale immersion dans un grand roman américain au coeur de l'Utah mormon, sans vraiment d'empathie pour Gilmore, personnage antipathique, frondeur, impropre à la vie en société. Et pourtant d'emblée fascinant, dans sa manière de se débattre contre ses propres démons, dans son histoire d'amour trash et solaire avec Nicole, femme-enfant paumée, et pour le caractère inéluctable de sa trajectoire vers la violence et la mort.
La seconde partie, qui couvre l'incarcération de Gilmore jusqu'à son exécution, m'a d'abord perdue au milieu de la constellation de protagonistes du monde légal, de l'Etat, de l'église mormone, de la presse, de la société civile s'agitant dans un foisonnement de détails parfois fastidieux autour du prisonnier et du bien-fondé ou non de sa mise à mort.
Mais dans cette agitation, la figure immobile d'un Gilmore déterminé, dérangeant, et d'une acuité intellectuelle stupéfiante se détache de plus en plus fortement, au point de littéralement m'aimanter comme un soleil noir.
Il va sans dire que « le chant du bourreau » est un brillant réquisitoire contre la peine de mort. Mais il en irradie également tout un spectre de lumières sombres et troublantes qui m'ont subjuguée et dont la portée dépasse largement le fait de société.
Ce livre m'a été mis dans les mains un peu par hasard par un bouquiniste de Morlaix, et je suis d'autant plus heureuse de l'avoir découvert qu'il me semble que l'on n'en écrira plus de semblables.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          374
caro64
  24 juillet 2009
Prix Pulitzer en 1980, le Chant du bourreau dresse le portrait de Gary Gilmore connu des Américains comme étant le premier condamné à être exécuté après le rétablissement de la peine capitale en 1976.
Le Chant du bourreau est une des oeuvres phare de ce genre littéraire américain appelé New Journalism. Ni un document ni tout à fait un roman, un travail très particulier sur la fiction dans sa puissance à rendre le réel, le mettre en perspective, à en exploiter les détails. Dans ce texte fleuve, Mailer sonde, retranscrit, exploite le matériel énorme, expliquant sa méthode dans le chapitre qui clôt le roman (" en guise de posface "). " le récit est aussi exact que possible (…), un récit fondé sur les faits – cette histoire vraie d'une vie, j'ose le dire (…) – comme s'il s'agissait d'un roman ".
Au long de 1300 pages, Norman Mailer retrace le parcours de cet américain moyen privé de liberté pour avoir commis des petits larcins durant son adolescence. Après sa sortie de prison cet homme broyé par l'univers carcéral réapprend à vivre une existence banale comme les autres. Mais la parenthèse se ferme lorsqu'il assassine sans raison et de " sang froid " deux jeunes hommes sans histoire, ce qui le renvoie aussi sec en prison. Il est jugé et condamné à mort au terme d'un procès bâclé. Refusant tout recours, luttant contre les abolitionnistes, sa propre famille, certains de ses avocats, les croyances religieuses, politiques et morales, Gilmore choisira la mort, choisira de se faire fusiller dans un pénitencier de l'Utah en 1977.
La puissance du roman tient dans la démesure : Norman Mailer s'attarde sur la personnalité de cette figure de meurtrier, fouille les détails de sa vie.
Gary Gilmore apparaît comme un personnage complexe, doté d'une intelligence et d'une culture supérieure à la moyenne, qui oscille perpétuellement entre le bien et le mal dont la culpabilité est avéré mais qui se présente comme une victime d'une société refusant le mal dont elle est rongée.
Lorsqu'il essaie de mourir dans la dignité et qu'il grandit dans sa lutte pour finir sa vie, le cirque va se mettre en place, les médias vont s'engouffrer dans cette affaire, ainsi que les affairistes qui vont l'exploiter avec des contrats d'Hollywood et des ventes de tout type (lettres, tee-shirt,…). L'auteur peint avec un humour corrosif toute cette pantomime de l'hypocrisie. Gary deviendra une star exhibitionniste du fond de sa cellule et mènera même la danse.
Mailer n'enferme pas Gilmore dans une image unique : il est à la fois détestable et admirable, criminel et artiste – il dessine remarquablement mais tenait " à un grand succès, à devenir un artiste renommé, pas un manoeuvre de l'art commercial " .
L'auteur met en scène toute une galerie de personnages stupéfiants. Chacun d'eux est l'objet d'une notice biographique, de quelques lignes à plusieurs chapitres , Norman Mailer montrant combien chaque vie s'imbrique à celle d'autrui, change son cours, façonne des pensées, des comportements. Il peint une Amérique profonde avec ces gens perdus, incultes, pathétiques mais aussi attendrissants. Derrière le portrait de Gary Gilmore, il y a aussi une formidable photographie de la société américaine des années 1970 et d'une communauté mormone très conservatrice.
Et puis, on ne peut pas lire ce roman sans être touché par la terrible histoire d'amour qui le traverse, celle unissant Gary Gilmore et Nicole Baker, jeune fille de 19 ans, paumée, rencontrée quelques semaines avant de commettre l'irréparable. Cette passion, faite de sexe, de coups, de rupture et de retour, de lettres enflammées (quand les deux amants sont séparés au cours de la détention) apporte une dimension tragique supplémentaire. Car l'union de ces deux destins brisés se révèle impossible.
Le Chant du bourreau est d'une force et d'une tension hypnotique, une fois commencé on a du mal à le lâcher. Ces 1300 pages se lisent facilement, d'autant plus qu'on est accroché à l'histoire dès le début. C'est merveilleusement bien écrit. Ce "roman" pourrait se décomposer en plusieurs récits tant il est riche. C'est une comédie humaine, un roman social, un roman politique, un roman d'amour.
Un livre qui secoue. J'ai trouvé cette histoire fascinante, époustouflante et je pense que le visage de Garry va me hanter un certain temps... La scène de l'exécution de Gilmore, dans les derniers chapitres du roman, celle de sa crémation, ensuite, sont magistrales. Un livre à découvrir !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          261
manoes
  17 mai 2012
Quoi que l'on fasse, on revient toujours à ses fondamentaux. Ici, l'Amérique et sa littérature. Depuis quelques années, je cherchais le chant du bourreau qui n'était plus édité depuis longtemps. Et puis voilà, un jour, le miracle arrive à la librairie du coin tandis qu'Un long silence s'achève. le chant du bourreau de Norman Mailer n'est certes pas une nouveauté mais quel livre magistral sur l'Amérique. D'un fait divers hors norme, Mailer extrait le sang, le pus, ce que l'on cache. A l'opposé du de sang froid de Truman Capote qui glace le sang mais dont l'écriture garde le vernis mondain propre à l'auteur, Mailer plonge corps et âme dans cette histoire folle pleine de sang, de sexe, de fureur, de cris. En 1976, Gary Gilmore, 36 ans, tue de sang froid deux jeunes hommes mariés et père de famille. Il a déjà passé plus de la moitié de sa vie en prison. Enfermé à 13 ans dans un centre de rééducation, il en ressort pour s'enfoncer encore plus dans la délinquance. Dans plus de 1 500 pages que l'on ne peut lâcher tant la tension va crescendo, Mailer raconte donc ce crime et ce qui a suivi. Condamné à mort dans un Etat qui n'applique plus cette peine, Gilmore va tout mettre en oeuvre pour que la sentence soit appliquée. Et par là, déclencher une formidable tempête médiatique et juridique aux Etats-Unis comme dans d'autres pays. L'histoire peut se séparer en deux temps comme le titre du beau film de Douglas Sirk : celui d'avant les crimes, le temps de l'amour et celui d'après, le temps de mourir. L'histoire d'amour est à la fois fascinante et répulsive qui met en scène deux êtres fragiles et cabossés. Mailer glisse dans son texte les lettres des amoureux, des textes pleins de poésie.
La seconde partie est un véritable thriller juridique, haletant, ponctué de rebondissements, de coups de théâtre avec d'innombrables avocats tantôt nuls, tantôt épuisés, un procureur inflexible, un directeur de prison sensible, des associations contre la peine de mort, des journalistes charognards ; chacun a un avis sur la question, le tout en terre mormone. Ce qui n'est pas rien. La peine de mort, les longues peines de prison, l'enfermement des jeunes délinquants, la place des journalistes autant de sujets de réflexion pour le lecteur. Pourtant Mailer ne s'arrête pas à poser telle ou telle question : il avance à sa manière, celle d'un ogre. L'un des personnages-clé du roman peut se permettre quelques états d'âme : Lawrence Schiller. On peut croire que ce livre existe grâce à ses interviews et aux liens tissés avec les principaux protagonistes de l'histoire. Il y a enfin, le personnage central, Gary Gilmore, fascinant parce que mystérieux… comme la majorité des êtres humains. Très intelligent, cultivé, l'amoureux de Nicole est aussi un être violent, probablement brisé par les années d'enfermement et une enfance sombre. Dont il ne parlera que pour dire du bien de sa mère, Bessie. Quelques années plus tard, son plus jeune frère se chargera du portrait de leurs parents et racontera ses souvenirs d'enfance dans Un long silence.
Le chant du bourreau est une grande lecture, de celle qui vous marque définitivement.

Lien : http://manoes.canalblog.com
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
Philemont
  27 février 2013
Classique du Nouveau Journalisme, et lauréat du prix Pulitzer en 1980, le chant du bourreau est consacré à la vie de Gary Gilmore, tout particulièrement à ses six derniers mois. Petite frappe depuis son enfance, à trente-cinq ans l'homme a passé plus de temps en prison qu'en liberté. En juillet 1976, alors qu'il est en conditionnelle, il attaque une station-service et un motel pour quelques dollars dans la caisse, et abat deux hommes. Très vite arrêté et jugé, il est condamné à la peine capitale. Mais le cas Gilmore est singulier puisqu'il refuse de faire appel, ainsi que tout recours en grâce, alors même que sa peine aurait pu aisément être commuée en prison à vie. Les Etats-Unis ont en effet instauré un moratoire de fait sur la peine capitale, aucune exécution n'ayant eu lieu depuis 1967 dans le pays. Quand Gilmore gagnera sa bataille, le 17 janvier 1977, il y mettra brutalement fin, les exécutions reprenant progressivement un peu partout dans le pays.
Pour mettre en scène une telle histoire, Norman MAILER s'est appuyé sur trois années d'enquête. Il a ainsi recueilli une multitude de témoignages, allant de la famille de Gilmore aux gardiens de prison, en passant par ses amis et ses avocats, mais aussi par les proches de ses victimes et les acteurs des mondes judiciaire et médiatique. Parmi tous ces personnages, la maîtresse de Gilmore, Nicole Baker, joue un rôle prépondérant dans l'évolution de la personnalité de ce singulier anti-héros en se posant comme une pauvre jeune femme totalement paumée dans un monde impitoyable.
Quant à ce monde c'est celui de l'Amérique profonde, celle des gens pauvres et déshérités de l'Ouest (toute l'histoire se déroule dans l'Utah où se concentre une forte communauté mormone). A ce titre la première partie du roman est particulièrement réussie, Norman MAILER se concentrant sur la vie personnelle de Gilmore et de ses proches. La seconde partie en revanche est empreinte de quelques longueurs, l'auteur s'attachant à décrire avec minutie la bataille judiciaire anachronique de Gilmore, notamment comment il convainc ses avocats du bien fondé de son objectif, et la façon dont il utilise les médias pour arriver à ses fins. Cela est certes riche d'enseignements sur le fonctionnement de la justice et le pouvoir de la presse aux Etats-Unis, mais à l'échelle de cette oeuvre massive (plus de 1 300 pages), c'est aussi parfois répétitif.
Reste que le chant du bourreau est une oeuvre forte, tant pour son sujet principal, que pour son aspect sociologique. de plus, même si elle relate des faits relativement anciens, elle demeure aujourd'hui terriblement d'actualité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          92
valeriane
  08 août 2017
Petit retour en 2009 avec des notes de lecture en retard...Le chant du bourreau de Norman Mailer, petit pavé écrit vers 1981, réédité dans la collection Pavillon poche de Robert Laffont en mars/avril 2009, m'a totalement emballé!Je n'ai pas lu d'une traite les quelques 1291 pages du roman, mais plutôt en deux étapes. le livre est divisé en deux parties de 500 et 700 pages. (Je parle beaucoup du nombre de pages, mais ça faisait longtemps que je ne m'étais pas engagée envers une telle brique... ma dernière expérience doit remonter avec le Comte de Monte Cristo qui ne faisait "que" 800-900 pages le tome).Quelque soit l'épaisseur du roman, dès que l'on ouvre la couverture du livre de Mailer, on pénètre dans une immense saga.Cette histoire, c'est celle de Gary Gilmore. Personnage d'un réel fait historique qui s'est déroulé aux Etats-Unis dans les années 70.Norman Mailer relate l'histoire de cet homme via un travail documentaire et des témoignages de ses proches. Un récit tellement bien écrit qu'on a vraiment l'impression de se plonger au coeur du sujet en première ligne.L'histoire : Gary Gilmore sort de prison, où il a passé la majeure partie de sa vie (près de 20 ans sur ses 36). A sa sortie, une cousine va le prendre sous son aile et tenter de le réadapter à la vie sociale. Très vite, il fait la rencontre de Nicole dont il va s'enticher. Un amour tantôt réciproque, tantôt déchiré de la part de la jeune fille-mère. La réinsertion de Gary se fait tant bien que mal, et après 9 mois de liberté et quelques petits larcins, Gary commet deux meurtres.Pris en chasse par la police, Il est renvoyé manu-militari en prison. C'est à ce moment que Nicole prend conscience du profond attachement qui la lie à Gary. Elle ne vit désormais plus que pour lui et est prête à mettre fin à ses jours, en même temps que son homme alors emprisonné, afin d'être réuni à jamais. Tentavies qui vont échouer.Gary est alors inculpé pour le double meurtre et condamné à la peine de mort. Peine contre laquelle Gary ne souhaite pas faire appel, au grand dam de ses avocats.L'affaire Gilmore devient donc un fait majeur dans l'actualité judiciaire qui va animer les médias.Difficile de résumer cette brique, tellement elle est foisonnante!En quelques mots, on pourrait dire "l'histoire d'un criminel refusant de faire appel"... ou comme l'a fait l'auteur "Une histoire d'amour américaine" (sous-titre de l'ouvrage).Mailer nous emporte dans un récit palpitant sur la vie d'un homme, son appartenance à la communauté mormon, une culture, la vie carcérale et le monde judiciaire. le portrait fascinant d'un personnage ambigu et à multiple facettes, une personnalité difficile à cerner.La première partie concerne les neuf mois de vie en liberté de Gilmore, la seconde (plus épaisse) relate son combat pour être fusillé, espérant ainsi une rédemption pour une autre vie en osmose avec Nicole.J'ai été totalement happée par le roman, même si je l'ai lu en deux fois.Il est difficile de classer ce roman dans la catégorie fiction tellement Mailer se base sur la réalité (enfin bon, je n'y étais pas et n'ai pas étudié le sujet en profondeur, mais pour ce que j'en ai lu, le roman tient plus ici du documentaire romancé que de la fiction basée sur des faits réels... enfin quoique, vous allez me dire que c'est vague comme description).Une chose est sûre, sachant qu'il s'agit de faits réels, impossible d'imaginer que Mailer n'a pas suivi les protagonistes pas à pas depuis le début.Le style de Mailer est qualifié de New journalism, c'est-à-dire l'usage appliqué de techniques journalistiques dans le récit de fiction.Autant que je me souvienne (baaah oui, ça fait déjà plus d'un an que je l'ai lu...), Mailer ne propose pas de courtes phrases ou des rebondissements à tous les chapitres, mais le rythme n'en n'est pas moins haletant. Même si je connaissais l'issue de l'histoire, j'ai été absorbée par le déroulement et le développement qui s'étalait sous mes yeux.Une oeuvre à découvrir!!(Et j'en profite pour remercier Pierre qui m'a conseillé ce livre, même si je ne pense pas qu'il passera par ici ; -) )Ma note : 4 étoiles
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
AllantversAllantvers   08 septembre 2015
Bébé, je ne sais pas au juste ce qui se passe quand on meurt sauf que ce sera pour moi quelque chose de familier. Ce qu'il y a dans le fait de mourir c'est qu'il faut garder le contrôle. Ne pas se laisser distraire par des esprits esseulés et perdus qui t'interpellent au passage.
Quand cela nous arrive, nous devons chacun penser à l'autre. Je ne sais comment, mon ange, mais c'est une de ces choses que je SAIS. Quand on meurt, on est libre comme jamais on ne l'a été dans la vie - on peut voyager à une vitesse formidable. C'est une chose naturelle et on s'habitue - c'est juste la conscience qui n'est plus encombrée du corps.

Lettre à Nicole de Gary Gilmore, condamné à mort
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
caro64caro64   25 juillet 2009
...J’espère que ça ne fait pas mélo, mais j’aimerais me retrouver sous les yeux de Dieu. Savoir que je suis juste, droit et pur. Quand on est comme ça, on le sait. Et quand on ne l’est pas, on le sait aussi. Tout cela est en nous, en chacun de nous – mais je crois que j’ai fui ça et que quand j’ai essayé de m’en approcher, je m’y suis mal pris. Je me suis découragé, ça m’a ennuyé, j’ai été paresseux et finalement inacceptable. Mais qu’est-ce que je dois faire maintenant ? Je ne sais pas. Me pendre ?
Ça fait des années que je pense à ça, il se peut que je le fasse. Espérer que l’Etat m’exécute ? C’est plus acceptable et plus facile que le suicide. Mais on n’a exécuté personne ici depuis 1963 (c’est à peu près la même année pour des exécutions légales où que ce soit). Qu’est-ce que je vais faire, pourrir en prison ? Devenir vieux et amer et finir par ruminer ça dans mon esprit jusqu’à penser que c’est moi qui me suis fait baiser, que je ne suis qu’une innocente victime des foutaises de la société ? Qu’est-ce que je vais faire ? Passer toute une vie en prison en recherchant le Dieu que j’ai envie de connaître depuis si longtemps ? Me remettre à la peinture ? Ecrire de la poésie ? (…) Qu’est-ce que je vais faire ? On a toujours le choix, n’est-ce pas ? (...)
Mon Dieu Nicole, que je t'aime.»
(Lettre à Nicole, 3 août 1976)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
caro64caro64   25 juillet 2009
Nicole lut et relut la lettre de Gary. Elle avait dû la lire cinq fois, et les mots entraient et tourbillonnaient dans sa tête comme un vent déchainé.

3 août
Rien dans mon expérience ne m’a préparé au genre d’amour sincère et sans réserve que tu m’as donné. J’ai tellement l’habitude des saloperies et de l’hostilité, de la duperie et de la mesquinerie, du mal et de la haine. Ça, c’est mon environnement naturel. C’est ce qui m’a formé. Je regarde le monde avec des yeux qui se méfient, qui doutent, qui craignent, qui haïssent, qui trichent, qui raillent, qui sont égoïstes et vains. Les choses inacceptables, je les considère comme naturelles et j’en suis même venu à les accepter comme telles. Je regarde cette horrible et abominable cellule et je sais que je suis à ma place dans un endroit aussi humide et sale car où devrais-je être ailleurs ? ...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
AllantversAllantvers   27 août 2015
- On n'arrête pas de m'emmener pour être interrogé par des psychiatres, dit Gilmore. (...) Je leur explique que les meurtres n'avaient pas de réalité. Que j'ai tout vu à travers un brouillard d'eau. C'est comme si j'étais au cinéma, je leur dis, et que je ne pouvais pas arrêter le film.
- C'est comme ça que ça s'est passé? demanda Gibbs.
- Merde, non, dit Gilmore. Je suis tombé sur Benny Buschnell et j'ai dit à ce gros fils de salaud : "Ton argent, mon garçon, ET ta vie".
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
caro64caro64   25 juillet 2009
Une fois de plus, Schiller changea d'avis au sujet de l'apparence physique de Gilmore. On aurait dit que cet homme pouvait retirer un masque, l'accrocher au mur et en prendre un autre. Aujourd'hui, Gary n'avait pas l'air d'un concierge, d'un démarcheur ou d'un tueur au sang de glace. Ca faisait dix jours qu'il faisait la grêve de la faim et ça l'avait rendu pâle. Son visage s'était creusé et on distinguait mieux les cicatrices. Il était beau et frêle. Comme rongé. Il ne ressemblait pas à Robert Mitchum ni à Gary Cooper, mais à Robert DeNiro. La même impression de torpeur, mais la même force derrière cette torpeur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Norman Mailer (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Norman Mailer

TRAILER "DANS LE VENTRE DE LA BÊTE" NORMAN MAILER & JACK-HENRY ABBOTT
La correspondance de "la bête enragée" Jack-Henry Abbott avec Norman Mailer. Incarcéré dès 1956, à l'âge de 12 ans, Jack Henry Abbott est ce qu'on appelle un « multirécidiviste »....
autres livres classés : peine de mortVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Dead or Alive ?

Harlan Coben

Alive (vivant)
Dead (mort)

20 questions
1077 lecteurs ont répondu
Thèmes : auteur américain , littérature américaine , états-unisCréer un quiz sur ce livre
. .