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EAN : 9782226249814
224 pages
Albin Michel (21/08/2013)
4.23/5   42 notes
Résumé :
Une rançon marque le retour à la fiction de l'immense écrivain qu'est David Malouf, cela faisait plus de dix ans qu il n avait pas publié de roman.
Dans ce livre, il nous offre une réinterprétation incroyable de l'une des scènes les plus célèbres de la littérature tirée de L'Illiade de Homère : Quand au cours du siège de Troie, Achille tue Hector, profane son corps, et que le père d Hector, Priam, essaie de récupérer le corps de son fils. Deux hommes face à ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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David Malouf offre avec « Une rançon » un roman de toute beauté par la poésie et la profonde humanité dont il est empreint. Pourtant j'appréhendais un peu cette réécriture d'un épisode de la guerre de Troie.

Comme David Malouf c'est par des lectures que nous faisait notre institutrice en fin de journée que j'ai été transportée par les légendaires héros de l'Iliade et l'Odyssée. Je me souviens de ces livres de la collection « Contes et légendes » qui nous ouvraient des mondes plein d'enchantement et je craignais que ce roman ne me déçoive, ternisse ces souvenirs d'envol hors du temps, hors de la classe où parfois je m'ennuyais.

Et bien, non je sors très émue de cette lecture qui non seulement n'a pas aboli mes souvenirs mais les a enrichis, approfondis en m'apportant un éclairage nouveau.
Je n'oublierai plus la grâce qui baigne la rencontre entre Priam, roi de Troie qui vient humblement demandé au héros Achille de lui rendre la dépouille de son fils Hector que ce dernier a tué au combat. Achille qui vengeait ainsi la mort de son ami le plus cher, Patrocle, s'est acharné, dans la rage de vengeance qui l'animait, sur ce corps désormais sans vie. Il n'en a retiré aucune satisfaction ni aucun soulagement.
Priam se présente devant Achille, après avoir abandonné tout les attributs du pouvoir royal, il veut rejoindre la condition humaine, redevenir simplement un vieil homme, un père plutôt qu'un roi ou un héros. Et c'est ce père, ce vieillard fragile dans lequel Achille croit voit son père Pélée qui va le toucher.

Quand sa femme Hécube tente de le dissuader de partir pour cette rencontre folle Priam lui répond par ces mots que certains devraient bien méditer par les temps qui courent :
« je crois que ce qu'il faut pour trancher ce noeud dans lequel nous sommes tous pris, c'est quelque chose qui n'a jamais encore été fait ni pensé. Quelque chose de nouveau. (…) oui, c'est une folie. Mais ce qui semble fou n'est que le plus sensé quelquefois. Que cela n'ait jamais été fait avant, que ce soit nouveau, impensable — sauf que moi, j'y ai pensé — est précisément ce qui me fait croire que cela doit être tenté. C'est possible parce que ce n'est pas possible. Et parce que c'est simple. Pourquoi pensons-nous toujours que les choses simples sont indignes de nous ? Parce que nous sommes des rois ? Ce que je fais est ce que n'importe quel homme ferait.» p 58 59

Surtout ne pensez pas que pour lire ce livre il soit nécessaire d'avoir lu l'Iliade. Je n‘en gardais que quelques souvenirs lointains et cela ne m'a pas gênée. Ce livre touche parce qu'il nous remet devant notre condition humaine, il nous refait prendre conscience comme le roi Priam que nous sommes mortels et que pour cette raison la vie est précieuse, ne doit pas être figée par le pouvoir :
« … si l'on s'arrêtait pour écouter, tout bavardait. C'était un monde bavard. Les feuilles qui roulaient dans la brise. L'eau qui bondissait sur les galets et qui revenait sur elle-même pour bondir encore. Les cigales qui composaient une si longue et si assourdissante stridence, puis soudain s'arrêtaient, pour vous laisser à nouveau conscient du silence. Sauf que ce n'était aucunement du silence, mais un froissement, un bruissement, un bourdonnement continu, comme si la présence de chaque chose était tout autant le son qu'elle produisait que la forme qu'elle prenait.. » p 122

Et au final, cette lecture donne quand même envie de se replonger dans l'Iliade et l'Odyssée
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Trois jours se sont écoulés depuis la mort de Hector “le meilleur des troyens” aux mains du divin Achille. Chaque matin, à l'embarras de ses alliés et à la grande douleur des parents de sa victime, le fils de Pélée a traîné le corps d'Hector autour des murailles de Troie. Au soir du troisième jour, une idée germe dans l'esprit bouleversé du roi Priam : puisque Achille semble inaccessible à toute approche traditionnelle, pourquoi ne pas tenter quelques chose de nouveau ? Quelque chose d'insensé, quelque chose d'unique qui touchera peut-être son coeur de pierre et apaisera sa colère impitoyable ? Sans se soucier des avis consternés des siens, Priam imagine alors une ambassade sans précédent. Il se rendra auprès du fils de Pélée dépouillé de tous les attributs de son pouvoir, habillé comme le plus misérable des mendiants, pour proposer contre le corps d'Hector la moitié du trésor de Troie. Il suppliera, non comme un roi face à un monarque ennemi, mais comme un père éploré devant le meurtrier de son fils. “Folie !” pense Hécube, sa reine. “Folie !” pensent-ils tous. Mais Priam entreprend tout de même son expédition. Accompagné du brave Somax, un honnête muletier chargé de l'aider, le vieux roi se glisse de nuit entre les armées grecque et troyenne, convoyant avec lui plus d'or que n'en ont jamais rêvé les monarques achéens…

Ce qui surprend le plus à la lecture de ce très court roman de David Malouf, c'est le profond sentiment de paix qui s'en dégage. Ce que nous offre l'auteur, c'est un bref moment d'accalmie dans la furie meurtrière qui caractérise la guerre de Troie. Oh, le conflit est toujours là et la mort imminente plane sur tous les protagonistes, mais, par une grâce plus humaine que divine, les voici un instant écartés, mis à l'arrière-plan pour laisser place à des sentiments plus doux : compréhension, compassion, chagrin… le périple de Priam peut se diviser en trois parties, à l'issu desquelles le vieux roi trouvera non seulement l'apaisement mais l'apportera également à son sanguinaire ennemi. Dans la première, exaltante et troublée, le monarque trouve l'illumination et tente de la faire partager - en vain - à ses proches. Dans la seconde, il redécouvre sa paternité en discutant avec le muletier Sonax, lui-même père et grand-père, sur le chemin qui mène au campement d'Achille. Enfin, survient la rencontre avec le prince achéen, étonnamment courte si on la compare au reste du récit, mais néanmoins poignante et touchante. Malgré les piques de cruauté qui affleurent ça et là, on ressort de cette lecture curieusement réconforté. Une très belle variation autour du thème de la guerre de Troie et - il est bon de le noter - la seule où Achille m'a presque été sympathique. Ce qui n'est pas peu dire.
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Pour s'être fâché avec les généraux, Achille a retiré ses Myrmidons du combat, ce qui a permis à Hector de progresser dans les rangs grecs. Pour contrer cette attaque, Patrocle supplie son bouillant ami de lui laisser revêtir son armure et de mener en son nom les Myrmidons contre les Troyens. Et Hector tue Patrocle. Rongé de culpabilité et chagrin, Achille tue Hector, puis supplicie son cadavre pendant plusieurs jours. du haut des remparts de Troie, le vieux roi Priam assiste à la profanation du corps de son fils bien-aimé. Avec un char rempli d'or, il quitte la ville pour rejoindre le camp d'Achille : une rançon contre la dépouille de son enfant. Et pour cela, il est prêt à ne pas exiger en roi, mais à implorer en vieil homme. « [Il] peut aller humblement, en père et en homme, trouver le meurtrier de son fils, et demander qu'au nom et sous le regard des dieux, lui soit remis le corps de son fils mort. Sous peine de voir traîné dans la poussière l'honneur de tous les hommes. » (p. 88)

J'aime les réécritures modernes de mythes antiques, notamment celles qui conservent l'intrigue dans son époque et qui s'attachent à combler des blancs, à expliquer des détails. « Je crois que ce qu'il faut pour toucher ce noeud dans lequel nous sommes tous pris, c'est quelque chose qui n'a jamais encore été fait ni pensé. Quelque chose de nouveau. » (p. 58) David Malouf fait ça avec brio et donne à voir un épisode mythologique comme s'il s'agissait d'une histoire parfaitement inédite. J'avais déjà eu ce sentiment de complète réussite avec L'obscure clarté de l'air de David Vann. Je ne connaissais pas l'auteur australien, mais je vais explorer son oeuvre avec plaisir !
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David Malouf applique un verre grossissant à un épisode très court de l'Iliade et en tire un roman poignant qui parle directement au coeur et à l'intelligence à travers une histoire simple et pourtant infiniment subtile.
Priam, vieux roi de Troie, ne parvient pas à récupérer le corps de son fils Hector, tué par Achille assoiffé de vengeance. Les dieux, qui n'aiment pas que les hommes transgressent ainsi leurs obligations sacrées envers les morts, adressent en rêve au vieux père éploré une idée profondément originale et humaine pour dénouer, au moins momentanément, le noeud de la haine. Ce chemin spirituel va lui permettre de réparer les deux morceaux éclatés de son identité et de se préparer sereinement à une mort prochaine.
On peut appliquer à ce texte le niveau de lecture qu'on souhaite, on sent que sa méditation ne peut être que bénéfique.
Je remercie la libraire Ombres Blanches à Toulouse d'avoir inclus cette oeuvre dans son programme de lectures partagées : sans elle jamais je ne l'aurais lue.
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Comment parler avec justesse de ce livre… Etrange découverte d'un auteur que je ne connaissais pas du tout, avec une relecture d'un épisode de la Guerre de Troie.

Dès les premières lignes, je suis retournée à mes 16 ans, à mes études gréco-latines, où en 5e (traduction pour les Français : la 1e), on lisait l'Iliade et l'Odyssée, les poètes grecs… C'est la première partie de ce roman, qui nous replonge dans ce monde de héros, de demi-dieux au destin funeste, jouets des dieux, habités par des passions et des pulsions qui les dépassent et leur donnent une aura, une gloire brûlante, déjà éternelle. Mais alors qu'Achille profane quotidiennement le corps d'Hector en le traînant brutalement sous les remparts de Troie, le roi Priam, dont le nom signifie « échangé contre rançon » ou « le prix payé', Priam, père d'Hector, guide de son peuple, se laisse envahir par une intuition nouvelle : lâcher les attributs et les rites du pouvoir pour se présenter devant Achille en simple mortel, en simple humain, en père, et lui demander de lui restituer le corps de son fils.

Alors le roman dépasse largement le mythe et imagine le voyage de Priam vers le camp des Achéens, après qu'il ait réussi à convaincre les Troyens de le laisser partir. Guidé par un simple charretier, conduit par deux mules originales, le temps d'une traversée, le vieil homme découvre les ravages de la guerre dans la campagne mais surtout la vie ordinaire, la nature toute proche, et c'est tout l'art de David Malouf d'évoquer cette découverte de la vie simple à travers l'eau fraîche qui baigne les pieds, les poissons qui filent dans la rivière, une galette dont la seule vue évoque la femme qui l'a préparée… Une humanité que Priam ne connaissait pas, tout enfermé qu'il était dans les rituels et le protocole de sa fonction. C'est alors qu'intervient un envoyé des dieux, au coeur de cette humanité retrouvée, goûtée : certes, ils ne sont jamais loin, les dieux grecs, dans ce genre d'histoire, mais on dirait qu'il a fallu à Priam ce dépouillement, cet intérêt neuf, cette proximité avec son compagnon de route, cette confiance en lui et en la vie pour qu'il discerne sur son chemin les signes d'une autre présence. Qui lui ouvrira les portes du camp grec et le mènera à Achille.

Cette rencontre, c'est une trêve entre les neuf épouvantables années de guerre qui l'ont précédée – et dont le paroxysme a sans doute été l'affrontement entre Hector et Achille – et la dernière étape qui verra la chute de Troie. David Malouf évoque à merveille ce moment de grâce entre les deux hommes et à nouveau, cette intuition de la fin tragique qui précipitera les héros dans le chaos et la mort. le mythe rejoint encore la vraie vie : David Malouf explique dans la postface comment il a connu le récit d'Homère en 1943, alors que l'Australie était la base arrière des Américains qui partaient combattre dans le Pacifique. L'auteur a fait un lien immédiat entre la guerre de Troie et son quotidien d'enfant, mais nul besoin de vivre une guerre pour connaître de ces moments de répit où tout est rassemblé, illuminé, sublimé, avant de replonger dans les combats humains ordinaires… où l'on se voit offrir une oasis de calme avant une tempête qui dépasse infiniment les pauvres humains que nous sommes et que pourtant nous pouvons, nous devons passer sans nous laisser briser comme des brindilles, espérant laisser une trace… Comment, aussi, on traverse tout simplement l'épreuve de la mort d'un proche, il me semble que c'est cela aussi que le mythe, et David Malouf après lui, met en exergue.

Moment suspendu entre destin tragique et humanité ordinaire, invitation à oser être soi-même, à vivre libre en toute circonstance, relecture d'un mythe antique toujours actuel sur la vie, la mort, la liberté, Une rançon déploie un lyrisme qui n'est pas sans rappeler – une évidence lumineuse – le théâtre grec : je me suis fait plaisir à lire de nombreux passages à haute voix pour en goûter la force, la beauté. La langue musicale, balancée irrigue de son souffle ce roman inclassable, qui je l'espère, trouvera son public !
Lien : http://desmotsetdesnotes.wor..
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critiques presse (3)
LaLibreBelgique
13 novembre 2013
Que la relecture grandiose et raffinée, humaine et sacrée qu’en fait David Malouf transmette cette leçon à de nouveaux lecteurs, alors que notre monde apparaît quelque fois plus barbare que jamais.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Lexpress
13 septembre 2013
Leur dialogue est une merveille de sagesse, d'humanité et de poésie, comme si l'aigle de Zeus avait porté Malouf vers des cimes où nous le rejoignons, éblouis par tant de grâce.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama
11 septembre 2013
Malouf s'insinue dans la légende pour nous en faire visiter les coins d'ombre. Les minuscules histoires de la grande Histoire, celles qui en donnent le mystère et la grâce, la fragilité et les tremblements.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
La mer a de nombreuses voix. Celle que cet homme cherche à entendre est la voix de sa mère. Il lève la tête, tend son visage à l'air glacial qui arrive du golfe, et goûte l'âcreté du sel sur ses lèvres. Le ventre de l'eau s'enfle et scintille, bleu-argent moiré, membrane étirée jusqu'à la claire transparence où naguère, durant neuf changements de lune, il a flotté, recroquevillé dans un rêve de préexistence, été bercé et réconforté. Il s'accroupit maintenant sur les galets en pente douce du rivage, ramène les pans de son manteau entre ses genoux. Menton baissé, épaules voûtées, attentif.
Premier paragraphes d'Une rançon
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"Tu es, je le sais, père d'un garçon que tu n'as pas revu depuis plus de la moitié de sa vie. Un fils qui grandit dans la maison de son grand-père dans la lointaine Scyros. Pense à ce que cela signifierait pour toi, Achille, si c'était son corps qui gisait là-bas, toujours privé de sacrements après onze jours et nuits dans la poussière. Le corps d'un fils pour lequel tu nourris la douce affection d'un père, auquel tu dois les devoirs sacrés que rien au monde ne peut annuler. Crois-tu que j'eusse un jour imaginé, lorsque j'étais un homme jeune comme tu l'es aujourd'hui, dans l'orgueil et la vigueur de ma jeunesse, que j'en arriverais là en mon grand âge ? Me tenir ainsi désarmé devant toi, sans aucun signe sur moi de ma dignité royale, à te supplier, Achille - en père, et en pauvre mortel s'adressant à un autre pauvre mortel - d'accepter la rançon que j'apporte et de me rendre le corps de mon fils. Non parce que ces coupes, et autres babioles, en sont un juste équivalent - comment le pourraient-elles ? - pour quelque valeur que tu pourrais leur attribuer, mais parce qu'il nous fait grand honneur, à tous deux, d'agir ainsi que nos pères et nos grands-pères l'ont fait avant nous au cours des âges, et de montrer que nous sommes des hommes, enfants des dieux, et non point des fauves. Je t'en supplie, n'exige pas davantage de moi. Accepte la rançon et laisse-moi rassembler enfin ce qui reste de mon fils."
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« – Mais tu n’es pas n’importe quel homme.

– C’est vrai.Dans un certain sens, je ne le suis pas. Mais dans un autre, un sens plus profond, je le suis. J’y trouve une sorte de liberté. C’est un sentiment qui me plaît, me séduit. Et qui sait, parce qu’il est inattendu, le séduira peut-être lui aussi : une chance de se libérer de l’obligation d’être toujours le héros, comme on attend toujours de moi que je sois le roi. Pour enfin assumer la charge plus légère d’être simplement un homme. C’est peut-être ça le vrai cadeau que je dois lui faire. La vraie rançon. » (p. 59-60 – dialogue entre Hécube et Priam)

« Il m’apparaît, dit-il (Priam) presque comme dans un rêve, que nous pourrions nommer autrement ce que nous appelons la fortune et attribuons au caprice ou à la volonté des dieux. Et nous offrir ainsi une sorte d’ouverture. La chance de pouvoir agir par nous-même. De tenter quelque chose qui pourrait forcer les événements à emprunter un cours différent. » (p. 61)
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"Il y a des choses, dit-il presque à mi-voix, dès lors que nous les avons touchées, dès lors qu'elles nous ont touchés, nous ne pouvons plus nous en défaire, quelle que soit la frénésie avec laquelle nous nous frictionnons pour les éliminer, quelle que soit la hauteur à laquelle les dieux nous placent. (...)
Et mon autre histoire ne signifie rien. Dans celle-ci, le miraculeux dénouement ne s'est jamais produit. Je ne suis qu'un esclave comme les autres, un meuble, un parmi la multitude. Je regarde mes mains et mes pieds noircis, les hardes dont je suis vêtu, et je sais que je ne pèse pas davantage en ce monde que les déjections du plus humble mendiant ou balayeur de rues. Tout ce qui m'avait été promis par les poètes de la cour de mon père lorsqu'ils nommaient mes ancêtres et chantaient leurs hautes menées avec les dieux, tout ce que les dieux eux-mêmes m'avaient promis, a été rayé, annulé, et le petit seigneur de tous les plaisirs pour lequel je me prenais, Podarcès, fils de Laomédon, est aussi mort que s'il s'était étouffé avec une bouchée de gâteau au pavot trempé dans du vin, ou que l'un de ces bouchers souillés de sueur lui avait tranché la gorge, là-haut avec tous ses frères, et qu'il était tombé assis sur le sol du palais, pétrifié, regardant son sang bleu se répandre sur les dalles et s'écouler dans une rigole.
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C'est ma chair que l'on traîne dans la poussière là-bas. Par sept fois déjà j'ai pleuré un fils dans cette guerre. Et de chacun, ce que je me rappelle, ce sont les petits coups de pied qu'ils me donnaient sous le cœur – ici, juste ici –, et le premier cri qu'ils ont poussé quand je les ai mis au monde, et leurs premiers pas.
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