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Violaine Géraud (Éditeur scientifique)
ISBN : 2035839114
Éditeur : Larousse (23/01/2008)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 200 notes)
Résumé :
Un ouvrage de la collection de référence des petits classiques : les Classiques Hachette. Le texte est complété par des informations sur l'auteur et un appareil critique détaillé : analyse thématique de l'oeuvre, biographie, contexte historique... Particulièrement adapté à l'étude de l'oeuvre dans le cadre scolaire, cet ouvrage est recommandé par les enseignants.
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Critiques, Analyses & Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  15 juin 2015
Dorante est sans le sou, jeune et joli garçon: il s'introduit par ruse dans la maison d'Araminte, une jeune et aimable veuve, fort riche, avec l'aide d' un ancien valet, Dubois, qu'il ne peut plus payer mais qui lui garantit que, s'il le laisse faire, lui, le maître des intrigues, il amènera Araminte à l'épouser.
Une sombre histoire de manipulation et d'argent?
Pas du tout: une histoire d'amour! Dorante aime Araminte comme un fou, il la suit partout depuis six mois, a peint son portrait, en a perdu le sommeil et le repos, mais sa pauvreté ne lui laisse aucun espoir d'approcher sa belle autrement qu'en lui proposant ses services comme secrétaire...
L'intrigue principale se corse de deux autres, plus mineures, :Marton, la fidèle servante d'Araminte, est abusée par son oncle qui lui a fait croire que Dorante allait l'épouser, et un noble prétendant d'Araminte veut bien abandonner un procès entre eux, si elle l'épouse...
Au milieu de ces intrigues, de ces promesses, de ces mensonges et de ces ruses, Dubois est comme un poisson dans l'eau: il organise et provoque les scènes de "confidences" qui doivent, selon lui ,déclencher le processus de cristallisation amoureuse chez Araminte.
C'est un personnage génial et ambigu, une sorte de démiurge trouble: n'est-il pas un peu amoureux de son ancien maître pour lui être aussi dévoué? Ou ne le sert-il que par pur plaisir de manipuler les cœurs et les âmes de tout ce petit monde? Ou encore n'est-il pas, comme Marivaux lui-même dans sa pièce, le dramaturge qui réglemente le jeu scénique,provoque les quiproquos,fait exploser les crises vécues par tous les personnages - jusqu'au moment où la vérité leur sera révélée par le mensonge lui-même, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes?
La bourgeoisie d'argent au pouvoir croissant, les hommes de loi et de savoir désargentés, la petite noblesse terrienne forte de ses privilèges mais en perte de vitesse, et le peuple des domestiques affamé d'avantages, de dots, de gages et de postes de confiance qui les avanceraient un peu, tout cela dessine la trame sociale de la pièce, fortement ancrée dans la réalité socio-économique de la première moitié du XVIIIème siècle..
Celle-ci joue de tous les tons.: la comédie sociale, on l'a vu,mais aussi la farce, la comédie d'intrigue et la comédie sentimentale.
Elle tient en effet de la farce: franchement cocasse et drôle avec les personnages de la mère d'Araminte, une vieille femme acariâtre et obtuse qui ne pense qu'à l'argent, et celui d'Arlequin, le valet donné à Dorante -valet d'un secrétaire, voilà qui est vertigineux- un rustre stupide et buveur.
C'est aussi une comédie d'intrigue subtile et complexe dans les entortillements savants de trois actions interférant l'une sur l'autre;
C'est enfin une comédie sentimentale, presque romantique, tant elle met à rude épreuve les sentiments naissants d'Araminte ou ceux plus affermis de Dorante, jusqu'à leur mutuelle reconnaissance: l'un avoue sa ruse, l'autre son amour, après un jeu de cache-cache épuisant et cruel pour eux - étourdissant et comique pour le lecteur-ou le spectateur.
C'est aussi une comédie "féministe": les personnages féminins, comme souvent chez Marivaux sont particulièrement complexes. Marton est intéressée par l'argent, mais fragilisée par la bonne mine de Dorante et désolée de devenir malgré elle la rivale de celle qu'elle aime par-dessus tout: sa maîtresse. Quant à Araminte, cette femme "raisonnable", indépendante et gérante à tête froide de sa fortune, elle est bien vite "pincée" par le charme romantique de Dorante, piquée par la jalousie suscitée par les "fausses confidences" de Dubois, elle se retrouve vite prise au piège de ses propres sentiments ! Quant à son indépendance -elle est veuve- elle a beau ruer dans les brancards, sa mère reste pour elle un personnage envahissant et oppressant...
La langue comme toujours chez Marivaux est étincelante de subtilité, de finesse et d'acuité.C'est elle qui assure l'unité de tous ces tons, de toute cette palette déployée de la comédie.
Je viens de la voir représentée à l'Odéon , mise en scène par le formidable Luc Bondy, avec Isabelle Huppert, Louis Garrel, Bulle Ogier ,Manon Combes et Yves Jacques dans les rôles principaux: un vrai régal!
Les longueurs parfois un peu trop complexes de l'intrigue disparaissent dans un rythme allègre, Huppert est éblouissante d'énergie et de candide duplicité, Garrel beau et ténébreux à souhait , Bulle Ogier est une mère tyrannique effarante et très drôle, et Yves Jacques, parfait, campe un Dubois manipulateur un peu trouble mais hautement sympathique.J'allais oublier les merveilleux décors , aériens, mobiles, qui glissent , s'ouvrent et se referment sur un ciel de plus en plus libre et scintillant.
Un écrin pour un bijou!.
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Musardise
  24 août 2016
Un jeune homme de bonne famille, Dorante, convoite une jeune veuve dont il est épris, Araminte, mais qui est riche. Très riche. Or, leur différence de revenus interdit, dans la société de la première moitié du XVIIIème siècle, un quelconque mariage entre eux. Sans compter qu'ils ne se connaissent même pas et qu'Araminte ne soupçonne donc pas l'existence de ce prétendant qu'elle n'a jamais vu. Lorsque la pièce commence, l'ancien serviteur de Dorante, Dubois, s'est introduit chez Araminte comme domestique et prétend la pousser à l'amour et au mariage avec son maître. S'ensuit toute une machination qu'il orchestre de main de maître, avec l'accord de Dorante. Dubois, qui manipule toute la maisonnée, prétend lancer des confidences (qui ne sont que d'habiles manoeuvres) à l'une ou à l'autre, d'où le le titre de la pièce, attirant ainsi chacun dans sa toile d'araignée. Et il parviendra à ses fins.
Je me suis un peu intéressée à ce que disaient de cette pièce différents metteurs en scène, ce qui en confirme ma lecture. Si Les fausses confidences est sans conteste une pièce autour de la question de l'argent, l'interprétation comporte pas mal d'ambiguïtés. Souvent, on y voit une comédie où le mensonge et la manipulation tendent, au final, au parler vrai, au langage des sentiments sincères. Je ne suis pas complètement convaincue. Après tout, Dorante a beau dire qu'il aime passionnément Araminte, rien ne nous dit que c'est vrai. Tout ce qu'on en sait, et notamment la façon dont il serait tombé amoureux d'elle, c'est à travers des propos de Dubois, propos qu'il tient à Araminte dans le but de l'amener dans son piège. Qu'y a-t-il de vrai là-dedans ? On ne sait pas, on ne le saura jamais. D'autant que Dorante, personnage un peu falot, tient en permanence un langage qui semble (ou du moins m'a semblé) bien artificiel. Qu'on songe à Roméo qui récite des fadaises à propos de son amour pour Rosalinde avant de trouver le langage vrai de l'amour en rencontrant Juliette...
Araminte figure ici un personnage isolé, seule peut-être indifférente à la question de l'argent, qui est sur toutes les lèvres. Mais il est vrai qu'elle est bien la seule à en être plus que largement pourvue, ce qui lui permet de jouir d'une certaine liberté d'esprit, et, en tout cas, de s'opposer à ce qu'on attend d'elle et d'épouser Dorante. Est-ce une libération pour elle ? Est-ce qu'elle ne tombe pas derechef dans un autre piège ? Et quel avantage peut trouver Dubois, personnage on ne peut plus central de la pièce, à organiser toute cette machination, en démiurge qui rappelle bizarrement les inventions et les directives d'un auteur et d'un metteur en scène ? Bref, c'est une pièce qui relève de l'ambivalence. Peut-être un tout petit peu trop longue - mais il faut bien le temps à Araminte de tergiverser avant que de succomber (ou de se libérer, c'est selon).
L'acte III m'a paru plus enlevé et plus drôle que les deux autres, peut-être parce que je l'ai lu à haute voix - lire le théâtre comme un roman, c'est quand même l'affadir terriblement -, mais aussi certainement à cause des joutes verbales entre Monsieur Remy (oncle de Dorante) et Madame Argante (mère d'Araminte). J'avais en tout cas complètement oublié cette pièce. Ça faisait bien longtemps que je n'avais lu Marivaux ou que je ne l'avais vu jouer, et, j'y ai trouvé une oeuvre qui, s'il elle se fond bien évidemment dans le corpus de l'auteur avec ses lots de tromperies, d'apprivoisement du langage et de tergiversations sentimentales, recèle une identité propre, par son traitement de l'argent, de la manipulation et du mensonge qui laissent songeur, et dont la fin n'est peut-être pas aussi joyeuse qu'on pourrait le penser. Certes, on n'est pas dans la cruauté de la fausse suivante ou de la dispute, mais ça n'est tout de même peut-être pas aussi léger qu'on pourrait le penser - bien que la pièce fasse rire, je tiens à le préciser.
Challenge Théâtre 2016-2017
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Paulus_Caius
  26 avril 2014
Les Fausses Confidences sont, sans conteste, parmi les plus intéressantes oeuvres de Marivaux, tant dans l'intrigue que dans le style. Ah, ce style, que j'aime à comparer au génie¹ de Molière; un langage travaillé, une plume habituée à gratter le papier, un humour certain et qui fait mouche à chaque fois. En bref, une lecture divertissante et, littérairement parlant, délicieuse. Marivaux c'est ce type d'auteur qui vous fait AIMER notre beau parler. Chaque phrase prend son sens dans la fine prose de la pièce, et chaque réplique tend à nous amuser tandis que se déroule devant nous un vrai jeu de l'amour (et non du hasard, grâce au service de Dubois).
Rire et pleurer, c'est un peu ça le marivaudage. Dans le faux, dire la vérité, faire parler le mensonge afin qu'il nous mette face à nos apparences, qu'il nous renvoie une certaine image de nous qui dérange. Mais c'est agréable ! Oui, car on en rit, -« castigat ridendo mores » disaient les auteurs de comédie classique- et on mûrit, la réflexion faite. Si nos jeux de masques et de fausses confidences sont mensonges et hypocrisie, alors Marivaux nous apprend à ne pas en avoir honte, et même à les employer, tant s'en faut ! « Il est permis à un amant de chercher les moyens de plaire, et on doit lui pardonner, lorsqu'il a réussi. » (Araminte à Dorante après ses pénibles aveux, acte III scène 12)
Je pense que si j'ai tant aimé ces petits conflits amoureux, ces joutes de non-dits, c'est simplement parce que c'est très crédible, c'est même très moderne (c.f. le génie¹ de Molière). Autant l'homme aspire à s'améliorer, dans une optique que l'on pourrait qualifier d'humaniste, autant certaines choses telles que les apparences en société, et la difficulté à ne pas se mentir comme à ne pas se voiler la face sont toujours d'actualité. Ainsi, j'estime que c'est un incontournable de la littérature française, un tout petit trésor d'ingéniosité, dont les mots ont leur place sur les tables basses au coin des cheminées comme sur l'abîme des planches d'un théâtre.
¹ le génie de Molière à la façon de Luchini (Fabrice)
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Vermeer
  18 juin 2017
Dorante est amoureux d'Araminte, jeune et riche veuve. Il vient, lui d'une famille honorable mais ruinée. En revanche, il est très beau et plein d'esprit, ce qui peut séduire Araminte. Grâce à Dubois, son valet, il se fait embaucher comme intendant auprès d"Araminte et provoquer son amour par de "fausses confidences". La mère d'Araminte et l'oncle de Dorante ont d'autres projets de mariage. Pour eux, l'argent prévaut sur l'amour.
Le langage revêt dans cette pièce une importance capitale, il est instrument de manipulation. Dubois est le symbole de ces valets intelligents, rusés, calculateurs et fin psychologues qui usent du langage en vue d'arriver à leurs fins.
Les "fausses confidences " ne sont pas à proprement parler des mensonges mais des exagérations ou fausses en ce sens qu'elles se font passer pour des confidences (donc basées sur la confiance et la sincérité) alors qu'elles sont calculées. L'amour et la sincérité finissent par l'emporter ( car Dorante avoue tout à Araminte quand elle a succombé) grâce à des stratagèmes. On peut tout de même s'interroger sur la sincérité de l'amour de Dorante (la fortune de celle qu'il aime ne rentre t'elle pas en compte ?).
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Nebulas
  01 février 2017
J'ai lu l'édition de Bordas (Univers des lettres) avec des informations supplémentaires sur l'auteur et son époque. L'édition fournit aussi des notes et des commentaires sur le texte de la pièce. Je trouve toutes ces informations ajoutées très valables et intéressantes.
Car, ici l'aveu, je n'aime pas tellement les comédies de Beaumarchais et de Marivaux. Pour vrai dire, les comédies de cette époque, je ne les trouve pas vraiment drôles ou amusantes. Je ne pense pas qu'elles vont la peine de lire sans un contexte historique et littéraire fournis par l'éditeur de l'ouvrage. Les notes et commentaires m'aident à comprendre le texte français et à mieux « lire » la pièce. Dans chaque cas où des notes sont ajoutées à une pièce de théâtre, drôle ou pas, j'aime bien sa lecture. Les tragédies en vers, je les aime aussi sans informations supplémentaires, grâce aux vers…
Alors, peut-être « Les fausses confidences » ne sont pas très drôles, j'ai quand même aimé la lecture grâce aux toutes les informations supplémentaires.
Lien : http://nebulas-nl.blogspot.n..
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Citations & extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise   24 août 2016
MADAME ARGANTE :
C'est votre neveu, dit-on ?
MONSIEUR REMY :
Oui, Madame.
MADAME ARGANTE :
Eh bien ! tout votre neveu qu'il est, vous nous ferez un grand plaisir de le retirer.
MONSIEUR REMY :
Ce n'est pas à vous que je l'ai donné.
MADAME ARGANTE :
Non ; mais c'est à nous qu'il déplaît, à moi et à Monsieur le Comte que voilà, et qui doit épouser ma fille.
MONSIEUR REMY, élevant la voix :
Celui-ci est nouveau ! Mais, Madame, dès qu'il n'est pas à vous, il me semble qu'il n'est pas essentiel qu'il vous plaise. On n'a pas mis dans le marché qu'il vous plairait, personne n'a songé à cela ; et, pourvu qu'il convienne à Madame Araminte, tout doit être content. Tant pis pour qui ne l'est pas. Qu'est-ce que cela signifie ?
MADAME ARGANTE :
Mais vous avez le ton bien rogue, Monsieur Remy.
MONSIEUR REMY :
Ma foi ! Vos compliments ne sont pas propres à l’adoucir, Madame Argante.
LE COMTE :
Doucement, Monsieur le Procureur, doucement : il me paraît que vous avez tort.
MONSIEUR REMY :
Comme vous voudrez, Monsieur le Comte, comme vous voudrez ; mais cela ne vous regarde pas. Vous savez bien que je n'ai pas l'honneur de vous connaître, et nous n'avons que faire ensemble, pas la moindre chose.
LE COMTE :
Que vous me connaissiez ou non, il n'est pas si peu essentiel que vous le dites que votre neveu plaise à Madame. Elle n'est pas une étrangère dans la maison.
MONSIEUR REMY :
Parfaitement étrangère pour cette affaire-ci, Monsieur ; on ne peut plus étrangère : au surplus, Dorante est un homme d'honneur, connu pour tel, dont j'ai répondu, dont je répondrai toujours, et dont Madame parle ici d'une manière choquante.
MADAME ARGANTE :
Votre Dorante est un impertinent.
MONSIEUR REMY :
Bagatelle ! ce mot-là ne signifie rien dans votre bouche.
MADAME ARGANTE :
Dans ma bouche ! À qui parle donc ce petit praticien, Monsieur le Comte ? Est-ce que vous ne lui imposerez pas silence ?
MONSIEUR REMY :
Comment donc ! m'imposer silence ! à moi, Procureur ! Savez-vous bien qu'il y a cinquante ans que je parle, Madame ?
MADAME ARGANTE :
Il y a donc cinquante ans que vous ne savez ce que vous dites.
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MusardiseMusardise   23 août 2016
DORANTE :
Je t'avoue que j'hésite un peu. N'allons-nous pas trop vite avec Araminte ? Dans l'agitation des mouvements où elle est, veux-tu encore lui donner l'embarras de voir subitement éclater l'aventure ?
DUBOIS :
Oh ! oui : point de quartier. Il faut l'achever, pendant qu'elle est étourdie. Elle ne sait plus ce qu'elle fait. Ne voyez-vous pas bien qu'elle triche avec moi, qu'elle me fait accroire que vous ne lui avez rien dit ? Ah ! je lui apprendrai à vouloir me souffler mon emploi de confident ! pour vous aimer en fraude.
DORANTE :
Que j'ai souffert dans ce dernier entretien ! Puisque tu savais qu'elle voulait me faire déclarer, que ne m'en avertissais-tu par quelque signe ?
DUBOIS :
Cela aura été joli, ma foi ! Elle ne s'en serait point aperçue, n'est-ce pas ? Et d'ailleurs, votre douleur n'en a paru que plus vraie. Vous repentez-vous de l'effet qu'elle a produit ? Monsieur a souffert ! Parbleu ! il me semble que cette aventure-ci mérite un peu d'inquiétude.
DORANTE :
Sais-tu bien ce qui arrivera ? Qu'elle prendra son parti, et qu'elle me renverra tout d'un coup.
DUBOIS :
Je lui en défie. Il est trop tard. L'heure du courage est passée. Il faut qu'elle nous épouse.
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MusardiseMusardise   25 août 2016
ARAMINTE, froidement :
Il restera, je vous assure.
MADAME ARGANTE :
Point dut tout ; vous ne sauriez. Seriez-vous d'humeur à garder un intendant qui vous aime ?
MONSIEUR REMY :
Eh à qui voulez-vous donc qu'il s’attache ? À vous, à qui il n'a pas affaire ?
ARAMINTE :
Mais en effet, pourquoi faut-il que mon intendant me haïsse ?
MADAME ARGANTE :
Eh ! non, point d'équivoque. Quand je vous dis qu'il vous aime, j'entends qu'il est amoureux de vous, en bon français ; qu'il est ce qu'on appelle amoureux ; qu'il soupire pour vous ; que vous êtes l'objet secret de sa tendresse.
MONSIEUR REMY, étonné :
Dorante ?
ARAMINTE :
L'objet secret de sa tendresse ! Oh ! oui, très secret, je pense. Ah ! ah ! je ne me croyais pas si dangereuse à voir. Mais dès que vous devinez de pareils secrets, que ne devinez-vous que tous mes gens sont comme lui ? Peut-être qu'ils m'aiment aussi : que sait-on ? Monsieur Remy, vous qui me voyez assez souvent, j'ai envie de deviner que vous m'aimez aussi.
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MusardiseMusardise   22 août 2016
DORANTE :
Cette femme-ci a un rang dans le monde ; elle est liée avec tout ce qu'il y a de mieux, veuve d'un mari qui avait une grande charge dans les finances, et tu crois qu'elle fera quelque attention à moi, que je l'épouserai, moi qui ne suis rien, moi qui n'ai point de bien ?

DUBOIS :
Point de bien ! Votre bonne mine est un Pérou! Tournez-vous un peu, que je vous considère encore ; allons, Monsieur, vous vous moquez, il n'y a point de plus grand seigneur que vous à Paris : voilà une taille qui vaut toutes les dignités possibles, et notre affaire est infaillible ; il me semble que je vous vois déjà en déshabillé dans l'appartement de Madame.
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michfredmichfred   15 juin 2015
Dubois.

J’eus beau lui crier : « Monsieur ! » Point de nouvelles, il n’y avait personne au logis. À la fin, pourtant, il revint à lui avec un air égaré ; je le jetai dans une voiture, et nous retournâmes à la maison. J’espérais que cela se passerait ; car je l’aimais : c’est le meilleur maître ! Point du tout, il n’y avait plus de ressource. Ce bon sens, cet esprit jovial, cette humeur charmante, vous aviez tout expédié ; et dès le lendemain nous ne fîmes plus tous deux, lui, que rêver à vous, que vous aimer ; moi, qu’épier depuis le matin jusqu’au soir où vous alliez.

Araminte.

Tu m’étonnes à un point !…

Dubois.

Je me fis même ami d’un de vos gens qui n’y est plus, un garçon fort exact, qui m’instruisait, et à qui je payais bouteille. « C’est à la Comédie qu’on va », me disait-il ; et je courais faire mon rapport, sur lequel, dès quatre heures, mon homme était à la porte. C’est chez madame celle-ci, c’est chez madame celle-là ; et, sur cet avis, nous allions toute la soirée habiter la rue, ne vous déplaise, pour voir madame entrer et sortir, lui dans un fiacre, et moi derrière, tous deux morfondus et gelés, car c’était dans l’hiver ; lui ne s’en souciant guère, moi jurant par-ci par-là pour me soulager.

Araminte.

Est-il possible ?

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