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Violaine Géraud (Éditeur scientifique)
EAN : 9782035839114
159 pages
Larousse (23/01/2008)
3.45/5   635 notes
Résumé :
Marivaux

Les Fausses Confidentes

Niveau BAC 1re

Dorante, jeune homme de bonne famille mais désargenté, est amoureux de la riche veuve Araminte. Enchaînant manigances, tromperies, faux secrets et manipulations, son ancien valet, Dubois, va alors tout mettre en œuvre pour faire tomber Araminte dans le piège de l'amour. (résumé de l'édition Belin Classico Lycée 2020)
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
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Les Fausses Confidences est une pièce considérée par beaucoup comme l'une des toutes meilleures de Pierre de Marivaux. Et il est vrai qu'elle possède un côté alerte et plaisant.

On y sent un peu de ruse du personnage principal, Dorante, mais pour la bonne cause, ce qu'on est tout de suite prêt à lui pardonner. La ruse en question vient du fait qu'il est certes issu d'une très bonne famille, mais qu'il se retrouve tout à fait désargenté, donc, un parti peu avantageux aux yeux des gens de la sphère à laquelle il appartient. (Est-ce que cela a beaucoup changé de nos jours, surtout en temps de crise ?)

Pourtant Dorante a quelques arguments à faire valoir auprès des dames : il est beau comme un prince, délicat comme un ange, noble comme un chevalier (bon, ça fait beaucoup, je vous l'accorde, dans la vraie vie, c'est louche). Aussi, délicatesse oblige, lorsqu'il tombe fou amoureux d'une très, très riche veuve, a-t-il grand peur que l'on croie qu'il la convoite uniquement pour sa fortune.

Aïe, aïe, aïe… Il est là le hic ! Il va falloir s'introduire habilement auprès d'Araminte (la belle veuve), elle-même convoitée par un riche et noble comte, qui a, lui, les faveurs de la vieille et acariâtre mère d'Araminte qui ne rêve, elle, que d'unir deux belles fortunes.

Mais ce n'est pas tout, Dorante va devoir composer avec son oncle, Monsieur Rémy, qui, très honnêtement, essaie de lui arranger le coup avec la suivante d'Araminte, Marton, elle-même qui, pas folle la guêpe, voit bien que Dorante est un parti très engageant.

Bref, ça s'annonce compliqué, aussi Dorante mise-t-il l'essentiel du paquet sur un coup de pouce de son ancien domestique, Dubois, qui est entré au service d'Araminte depuis quelque temps. Peut-être échappera-t-il au valet quelques fausses confidences ? Peut-être lesdites fausses confidences n'auront-elles pas toutes l'effet escompté ? Je n'en sais rien, moi, c'est à vous de lire ou de voir la pièce si vous désirez en connaître le fin mot.

Selon moi, une pièce plaisante mais à laquelle j'ai tendance à préférer grandement les comédies sociales comme L'Île des Esclaves, La Colonie, etc. car, on l'oublie souvent, Marivaux était beaucoup plus fin et engagé et tenant des Lumières que ce que le ravalement au théâtre léger et au terme " marivaudage " pourraient laisser supposer.

Eh oui, c'était un esprit, ce Marivaux, mais que, malheureusement, l'on était pas prêt, en son temps, à écouter comme il se doit, à écouter là où il avait les choses les plus intéressantes à dire. Et, bien entendu, s'il voulait vivre de sa plume, il était bien obligé de faire ce qui plaisait et ce pour quoi l'on acceptait de le payer. C'est bien dommage.

Car, à bien des égards, c'est presque lui le premier représentant des Lumières en France, et même, littérairement parlant, son Paysan parvenu, qui annonce Les Liaisons dangereuses et le Rouge et le noir, ou encore, certaines de ses pièces dont l'agencement est quasiment de la science-fiction avant l'heure, méritent vraiment le détour. Mais ce ne sont là que les fausses confidences d'un avis doublement inconstant, c'est-à-dire, fort peu de chose.

P. S. : j'ai toujours mieux aimé les vrais confits denses que les fausses confidences
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Dorante est sans le sou, jeune et joli garçon: il s'introduit par ruse dans la maison d'Araminte, une jeune et aimable veuve, fort riche, avec l'aide d' un ancien valet, Dubois, qu'il ne peut plus payer mais qui lui garantit que, s'il le laisse faire, lui, le maître des intrigues, il amènera Araminte à l'épouser.

Une sombre histoire de manipulation et d'argent?

Pas du tout: une histoire d'amour! Dorante aime Araminte comme un fou, il la suit partout depuis six mois, a peint son portrait, en a perdu le sommeil et le repos, mais sa pauvreté ne lui laisse aucun espoir d'approcher sa belle autrement qu'en lui proposant ses services comme secrétaire...

L'intrigue principale se corse de deux autres, plus mineures, :Marton, la fidèle servante d'Araminte, est abusée par son oncle qui lui a fait croire que Dorante allait l'épouser, et un noble prétendant d'Araminte veut bien abandonner un procès entre eux, si elle l'épouse...

Au milieu de ces intrigues, de ces promesses, de ces mensonges et de ces ruses, Dubois est comme un poisson dans l'eau: il organise et provoque les scènes de "confidences" qui doivent, selon lui ,déclencher le processus de cristallisation amoureuse chez Araminte.

C'est un personnage génial et ambigu, une sorte de démiurge trouble: n'est-il pas un peu amoureux de son ancien maître pour lui être aussi dévoué? Ou ne le sert-il que par pur plaisir de manipuler les cœurs et les âmes de tout ce petit monde? Ou encore n'est-il pas, comme Marivaux lui-même dans sa pièce, le dramaturge qui réglemente le jeu scénique,provoque les quiproquos,fait exploser les crises vécues par tous les personnages - jusqu'au moment où la vérité leur sera révélée par le mensonge lui-même, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes?

La bourgeoisie d'argent au pouvoir croissant, les hommes de loi et de savoir désargentés, la petite noblesse terrienne forte de ses privilèges mais en perte de vitesse, et le peuple des domestiques affamé d'avantages, de dots, de gages et de postes de confiance qui les avanceraient un peu, tout cela dessine la trame sociale de la pièce, fortement ancrée dans la réalité socio-économique de la première moitié du XVIIIème siècle..

Celle-ci joue de tous les tons.: la comédie sociale, on l'a vu,mais aussi la farce, la comédie d'intrigue et la comédie sentimentale.

Elle tient en effet de la farce: franchement cocasse et drôle avec les personnages de la mère d'Araminte, une vieille femme acariâtre et obtuse qui ne pense qu'à l'argent, et celui d'Arlequin, le valet donné à Dorante -valet d'un secrétaire, voilà qui est vertigineux- un rustre stupide et buveur.

C'est aussi une comédie d'intrigue subtile et complexe dans les entortillements savants de trois actions interférant l'une sur l'autre;

C'est enfin une comédie sentimentale, presque romantique, tant elle met à rude épreuve les sentiments naissants d'Araminte ou ceux plus affermis de Dorante, jusqu'à leur mutuelle reconnaissance: l'un avoue sa ruse, l'autre son amour, après un jeu de cache-cache épuisant et cruel pour eux - étourdissant et comique pour le lecteur-ou le spectateur.

C'est aussi une comédie "féministe": les personnages féminins, comme souvent chez Marivaux sont particulièrement complexes. Marton est intéressée par l'argent, mais fragilisée par la bonne mine de Dorante et désolée de devenir malgré elle la rivale de celle qu'elle aime par-dessus tout: sa maîtresse. Quant à Araminte, cette femme "raisonnable", indépendante et gérante à tête froide de sa fortune, elle est bien vite "pincée" par le charme romantique de Dorante, piquée par la jalousie suscitée par les "fausses confidences" de Dubois, elle se retrouve vite prise au piège de ses propres sentiments ! Quant à son indépendance -elle est veuve- elle a beau ruer dans les brancards, sa mère reste pour elle un personnage envahissant et oppressant...

La langue comme toujours chez Marivaux est étincelante de subtilité, de finesse et d'acuité.C'est elle qui assure l'unité de tous ces tons, de toute cette palette déployée de la comédie.

Je viens de la voir représentée à l'Odéon , mise en scène par le formidable Luc Bondy, avec Isabelle Huppert, Louis Garrel, Bulle Ogier ,Manon Combes et Yves Jacques dans les rôles principaux: un vrai régal!

Les longueurs parfois un peu trop complexes de l'intrigue disparaissent dans un rythme allègre, Huppert est éblouissante d'énergie et de candide duplicité, Garrel beau et ténébreux à souhait , Bulle Ogier est une mère tyrannique effarante et très drôle, et Yves Jacques, parfait, campe un Dubois manipulateur un peu trouble mais hautement sympathique.J'allais oublier les merveilleux décors , aériens, mobiles, qui glissent , s'ouvrent et se referment sur un ciel de plus en plus libre et scintillant.

Un écrin pour un bijou!.
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Créée en 1737 sous le titre de la Fausse confidence à l'hôtel de Bourgogne par les Comédiens Italiens, la pièce eût peu de succès dans un premier temps. Une reprise l'année suivante, sous son nom définitif de Fausses confidences permit à la pièce de s'imposer. Elle sera mise au répertoire de la Comédie Française en 1793, en pleine Révolution et fait partie des pièces les plus fréquemment jouées de Marivaux. C'est la dernière grande pièce de l'auteur, il n'écrira plus par la suite que des pièces en un acte.

De nombreuses sources sont citées pour l'intrigue des Fausses confidences : La Fontaine de la jeune veuve, Lope de Vega dont la pièce le chien du jardinier venait d'être déjà adaptée par les Comédiens Italiens et dont la trame rappelle sur plusieurs points Les fausses Confidences. Il y aussi le roman de Marivaux, le paysans parvenu, dont le personnage principal, Jacob, épouse une riche veuve dont il a été le domestique. Même si personne ne la cite, il y a aussi la comédie de Corneille, La suivante, dans laquelle des jeunes gens courtisent la dame de compagnie d'une jeune héritière pour se rapprocher en réalité de cette dernière et de son héritage. La notion de ruses amoureuses et de tromperies diverses pour séduire une dame fortunée et s'élever dans l'échelle sociale semble dans l'air du temps.

Dorante un jeune homme de bonne famille, mais ruiné, s'apprête à postuler pour un emploi d'intendant chez une riche veuve, Araminte. Il est soutenu par son oncle, Monsieur Rémy, procureur de son état, et par Dubois, son ancien valet, passé au service d'Araminte. Ce dernier a en tête toute une stratégie, pour que Dorante puisse séduire et épouser Araminte. Dans un premier temps, Dorante paraît plutôt s'intéresser à Marton, la suivante d'Araminte, qui peut l'aider à être recruté, malgré un autre candidat. Une fois choisi, Dubois, révèle à Araminte que Dorante l'aime depuis des mois. Tout une série de petits incidents, entre portraits ou lettres égarées, confortent Araminte dans cette idée. Mais elle a un soupirant officiel, appuyé par sa mère, un comte. Ce mariage pourrait éviter un procès, toujours coûteux et incertain. Mais visiblement le comte ne séduit pas vraiment Araminte. Elle est prise petit à petit dans le jeu de Dubois, et n'arrive pas à se décider à renvoyer Dorante, malgré les sentiments supposés de ce dernier, qui perturbent ses plans matrimoniaux et l'hostilité de sa mère. La pièce s'achemine progressivement vers sa fin, et les aveux inévitables.

Une pièce d'une grande ambiguïté. Au final, les sentiments réels de Dorante ne sont jamais certains : ce qui l'attire vers Araminte est-ce l'amour ou l'intérêt avant tout ? Dans quelle proportion l'un ou l'autre ? le sait-il d'ailleurs lui-même ? Où s'arrête le jeu, le faux-semblant et où se trouve la sincérité ? Araminte elle aussi joue avec Dorante, essaie de tester ses sentiments, lui fait elle aussi des semblants de confidences sur ses projets de mariage par exemple, dont on pressent les mensonges. Mais elle est seule en face de plusieurs joueurs ligués contre elle. Elle est prise également par son amour propre : ce jeune homme séduisant, qu'au moins deux autres femmes semblent vouloir épouser, est une prise de choix. Etre abandonnée serait un coup d'épingle pour sa fierté.

Nous sommes dans un univers dans lequel les unions sont déterminées par les intérêts financiers, par la familles, ce ne sont pas des choix individuels basés sur les sentiments. Araminte est dans la seule situation dans lequelle le choix du mari appartient à la femme : elle est veuve. Mais le choix lui appartient-il vraiment, compte tenu de la manipulation dont elle-elle victime ?

Une fois encore, c'est un valet qui mène le jeu, Dubois, et qui arrive à l'objectif du mariage. Ici l'obstacle n'est pas un père ou tuteur, mais la femme elle-même, qui au départ n'a aucune raison d'épouser un jeune homme inconnu, dont les motivations restent pour le moins troubles. Dorante ne compte pas, pour conquérir l'amour d'Araminte, sur sa sincérité, la force de son sentiments, ses qualités, mais sur la ruse de son valet, qui semble presque plus décidé à faire aboutir le mariage que son maître. Dubois est une sorte de marionnettiste qui fait agir les protagonistes, Dorante semble suivre sa partition d'une façon docile, jusqu'à la scène finale, et même là agit-il sur ordre ? Ou son valet a prévu sa réaction et ses conséquences ?

La pièce finie, il demeure plus de questions que de réponses, sur les personnages et leurs motivations. Une sorte de malaise aussi. Mais un grand plaisir, d'avoir suivi une oeuvre brillante, intelligente, et d'une grande profondeur.
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Lu et étudié dans le cadre du soutien scolaire.
Cette analyse attentive a été une découverte particulièrement intéressante et enrichissante.
J'ai trouvé l'ouvrage publié chez Hatier éminemment instructif : les clés pour la lecture linéaire favorisant une compréhension plus approfondie . Personnellement je préfère lire les oeuvres théâtrales que d'assister aux représentations , ces lectures révèlent pour moi, toute leur subtilité.
J'ai pris plaisir à retrouver , notamment ,au premier acte, tous les petits détails dévoilant le cadre réaliste de cette société du XVIII ème (Marivaux est bon scrutateur de la société de son temps, de ses classes, de leurs abus ) . Araminte est une nantie , riche bourgeoise dotée d'une grande fortune , qui fréquente l'Opéra, la Comédie française, veuve de surcroît , cela lui offre un statut enviable au regard d'une certaine liberté. Pour la mère d'Araminte, Madame Argante , la particule nobiliaire obtenue par l'alliance de sa fille avec un noble assouvirait son désir de reconnaissance sociale.
Le Comte Dorimont projette ce mariage pour redorer non pas son blason mais sa fortune. Il est l'archétype de cette noblesse décadente.
Encore une fois en matière d'amour on retrouve les hésitations et les défiances du coeur, les préjugés , l'ambiguïté du marivaudage , les manoeuvres quelque peu inquiétantes du valet Dubois pour que son maître parvienne à ses fins.
Une fin en demi-teinte : Marton, devenue la suivante, après revers de fortune, sera sacrifiée, Araminte épousera Dorante mais perdra son indépendance et la libre disposition de sa fortune, et son déclassement social , mais peut être ainsi assumera t-elle son esprit de femme « libérée » et indépendante…

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Un jeune homme de bonne famille, Dorante, convoite une jeune veuve dont il est épris, Araminte, mais qui est riche. Très riche. Or, leur différence de revenus interdit, dans la société de la première moitié du XVIIIème siècle, un quelconque mariage entre eux. Sans compter qu'ils ne se connaissent même pas et qu'Araminte ne soupçonne donc pas l'existence de ce prétendant qu'elle n'a jamais vu. Lorsque la pièce commence, l'ancien serviteur de Dorante, Dubois, s'est introduit chez Araminte comme domestique et prétend la pousser à l'amour et au mariage avec son maître. S'ensuit toute une machination qu'il orchestre de main de maître, avec l'accord de Dorante. Dubois, qui manipule toute la maisonnée, prétend lancer des confidences (qui ne sont que d'habiles manoeuvres) à l'une ou à l'autre, d'où le le titre de la pièce, attirant ainsi chacun dans sa toile d'araignée. Et il parviendra à ses fins.

Je me suis un peu intéressée à ce que disaient de cette pièce différents metteurs en scène, ce qui en confirme ma lecture. Si Les fausses confidences est sans conteste une pièce autour de la question de l'argent, l'interprétation comporte pas mal d'ambiguïtés. Souvent, on y voit une comédie où le mensonge et la manipulation tendent, au final, au parler vrai, au langage des sentiments sincères. Je ne suis pas complètement convaincue. Après tout, Dorante a beau dire qu'il aime passionnément Araminte, rien ne nous dit que c'est vrai. Tout ce qu'on en sait, et notamment la façon dont il serait tombé amoureux d'elle, c'est à travers des propos de Dubois, propos qu'il tient à Araminte dans le but de l'amener dans son piège. Qu'y a-t-il de vrai là-dedans ? On ne sait pas, on ne le saura jamais. D'autant que Dorante, personnage un peu falot, tient en permanence un langage qui semble (ou du moins m'a semblé) bien artificiel. Qu'on songe à Roméo qui récite des fadaises à propos de son amour pour Rosalinde avant de trouver le langage vrai de l'amour en rencontrant Juliette...

Araminte figure ici un personnage isolé, seule peut-être indifférente à la question de l'argent, qui est sur toutes les lèvres. Mais il est vrai qu'elle est bien la seule à en être plus que largement pourvue, ce qui lui permet de jouir d'une certaine liberté d'esprit, et, en tout cas, de s'opposer à ce qu'on attend d'elle et d'épouser Dorante. Est-ce une libération pour elle ? Est-ce qu'elle ne tombe pas derechef dans un autre piège ? Et quel avantage peut trouver Dubois, personnage on ne peut plus central de la pièce, à organiser toute cette machination, en démiurge qui rappelle bizarrement les inventions et les directives d'un auteur et d'un metteur en scène ? Bref, c'est une pièce qui relève de l'ambivalence. Peut-être un tout petit peu trop longue - mais il faut bien le temps à Araminte de tergiverser avant que de succomber (ou de se libérer, c'est selon).

L'acte III m'a paru plus enlevé et plus drôle que les deux autres, peut-être parce que je l'ai lu à haute voix - lire le théâtre comme un roman, c'est quand même l'affadir terriblement -, mais aussi certainement à cause des joutes verbales entre Monsieur Remy (oncle de Dorante) et Madame Argante (mère d'Araminte). J'avais en tout cas complètement oublié cette pièce. Ça faisait bien longtemps que je n'avais lu Marivaux ou que je ne l'avais vu jouer, et, j'y ai trouvé une oeuvre qui, s'il elle se fond bien évidemment dans le corpus de l'auteur avec ses lots de tromperies, d'apprivoisement du langage et de tergiversations sentimentales, recèle une identité propre, par son traitement de l'argent, de la manipulation et du mensonge qui laissent songeur, et dont la fin n'est peut-être pas aussi joyeuse qu'on pourrait le penser. Certes, on n'est pas dans la cruauté de la fausse suivante ou de la dispute, mais ça n'est tout de même peut-être pas aussi léger qu'on pourrait le penser - bien que la pièce fasse rire, je tiens à le préciser.

Challenge Théâtre 2016-2017
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MADAME ARGANTE. C'est votre neveu, dit-on ?
MONSIEUR REMY. Oui, Madame.
MADAME ARGANTE. Eh bien ! tout votre neveu qu'il est, vous nous ferez un grand plaisir de le retirer.
MONSIEUR REMY. Ce n'est pas à vous que je l'ai donné.
MADAME ARGANTE. Non ; mais c'est à nous qu'il déplaît, à moi et à Monsieur le Comte que voilà, et qui doit épouser ma fille.
MONSIEUR REMY, élevant la voix. Celui-ci est nouveau ! Mais, Madame, dès qu'il n'est pas à vous, il me semble qu'il n'est pas essentiel qu'il vous plaise. On n'a pas mis dans le marché qu'il vous plairait, personne n'a songé à cela ; et, pourvu qu'il convienne à Madame Araminte, tout doit être content. Tant pis pour qui ne l'est pas. Qu'est-ce que cela signifie ?
MADAME ARGANTE. Mais vous avez le ton bien rogue, Monsieur Remy.
MONSIEUR REMY. Ma foi ! Vos compliments ne sont pas propres à l’adoucir, Madame Argante.
LE COMTE. Doucement, Monsieur le Procureur, doucement : il me paraît que vous avez tort.
MONSIEUR REMY. Comme vous voudrez, Monsieur le Comte, comme vous voudrez ; mais cela ne vous regarde pas. Vous savez bien que je n'ai pas l'honneur de vous connaître, et nous n'avons que faire ensemble, pas la moindre chose.
LE COMTE. Que vous me connaissiez ou non, il n'est pas si peu essentiel que vous le dites que votre neveu plaise à Madame. Elle n'est pas une étrangère dans la maison.
MONSIEUR REMY. Parfaitement étrangère pour cette affaire-ci, Monsieur ; on ne peut plus étrangère : au surplus, Dorante est un homme d'honneur, connu pour tel, dont j'ai répondu, dont je répondrai toujours, et dont Madame parle ici d'une manière choquante.
MADAME ARGANTE. Votre Dorante est un impertinent.
MONSIEUR REMY. Bagatelle ! ce mot-là ne signifie rien dans votre bouche.
MADAME ARGANTE. Dans ma bouche ! À qui parle donc ce petit praticien, Monsieur le Comte ? Est-ce que vous ne lui imposerez pas silence ?
MONSIEUR REMY. Comment donc ! m'imposer silence ! à moi, Procureur ! Savez-vous bien qu'il y a cinquante ans que je parle, Madame ?
MADAME ARGANTE. Il y a donc cinquante ans que vous ne savez ce que vous dites.
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DORANTE. Je t'avoue que j'hésite un peu. N'allons-nous pas trop vite avec Araminte ? Dans l'agitation des mouvements où elle est, veux-tu encore lui donner l'embarras de voir subitement éclater l'aventure ?
DUBOIS. Oh ! oui : point de quartier. Il faut l'achever, pendant qu'elle est étourdie. Elle ne sait plus ce qu'elle fait. Ne voyez-vous pas bien qu'elle triche avec moi, qu'elle me fait accroire que vous ne lui avez rien dit ? Ah ! je lui apprendrai à vouloir me souffler mon emploi de confident ! pour vous aimer en fraude.
DORANTE. Que j'ai souffert dans ce dernier entretien ! Puisque tu savais qu'elle voulait me faire déclarer, que ne m'en avertissais-tu par quelque signe ?
DUBOIS. Cela aura été joli, ma foi ! Elle ne s'en serait point aperçue, n'est-ce pas ? Et d'ailleurs, votre douleur n'en a paru que plus vraie. Vous repentez-vous de l'effet qu'elle a produit ? Monsieur a souffert ! Parbleu ! il me semble que cette aventure-ci mérite un peu d'inquiétude.
DORANTE. Sais-tu bien ce qui arrivera ? Qu'elle prendra son parti, et qu'elle me renverra tout d'un coup.
DUBOIS. Je lui en défie. Il est trop tard. L'heure du courage est passée. Il faut qu'elle nous épouse.
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DORANTE. Cette femme-ci a un rang dans le monde ; elle est liée avec tout ce qu'il y a de mieux, veuve d'un mari qui avait une grande charge dans les finances, et tu crois qu'elle fera quelque attention à moi, que je l'épouserai, moi qui ne suis rien, moi qui n'ai point de bien ?
DUBOIS. Point de bien ! Votre bonne mine est un Pérou! Tournez-vous un peu, que je vous considère encore ; allons, Monsieur, vous vous moquez, il n'y a point de plus grand seigneur que vous à Paris : voilà une taille qui vaut toutes les dignités possibles, et notre affaire est infaillible ; il me semble que je vous vois déjà en déshabillé dans l'appartement de Madame.
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ARAMINTE, froidement. Il restera, je vous assure.
MADAME ARGANTE. Point dut tout ; vous ne sauriez. Seriez-vous d'humeur à garder un intendant qui vous aime ?
MONSIEUR REMY. Eh à qui voulez-vous donc qu'il s’attache ? À vous, à qui il n'a pas affaire ?
ARAMINTE. Mais en effet, pourquoi faut-il que mon intendant me haïsse ?
MADAME ARGANTE. Eh ! non, point d'équivoque. Quand je vous dis qu'il vous aime, j'entends qu'il est amoureux de vous, en bon français ; qu'il est ce qu'on appelle amoureux ; qu'il soupire pour vous ; que vous êtes l'objet secret de sa tendresse.
MONSIEUR REMY, étonné. Dorante ?
ARAMINTE. L'objet secret de sa tendresse ! Oh ! oui, très secret, je pense. Ah ! ah ! je ne me croyais pas si dangereuse à voir. Mais dès que vous devinez de pareils secrets, que ne devinez-vous que tous mes gens sont comme lui ? Peut-être qu'ils m'aiment aussi : que sait-on ? Monsieur Remy, vous qui me voyez assez souvent, j'ai envie de deviner que vous m'aimez aussi.
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DORANTE.
Cette femme-ci a un rang dans le monde ; elle est liée avec tout ce qu'il y a de mieux, veuve d'un mari qui avait une grande charge dans les finances, et tu crois qu'elle fera quelque attention à moi, que je l'épouserai, moi quine suis rien, moi qui n'ai point de bien ?

DUBOIS.
Point de bien ! Votre bonne mine est un Pérou !Tournez-vous un peu, que je vous considère encore ; allons, Monsieur, vous vous moquez, il n'y a point de plus grand seigneur que vous à Paris : voilà une taille qui vaut toutes les dignités possibles, et notre affaire est infaillible, absolument infaillible ; il me semble que je vous vois déjà en déshabillé dans l'appartement de Madame.
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