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ISBN : 2081416174
Éditeur : Flammarion (30/08/2017)

Note moyenne : 3.41/5 (sur 741 notes)
Résumé :
Des naufragés jetés par la tempête dans l'île des Esclaves sont obligés, selon la loi de cette république, d'échanger leurs conditions : de maître, Iphicrate devient l'esclave de son esclave Arlequin, et Euphrosine, de maîtresse, devient l'esclave de son esclave Cléanthis. Mais cet échange ne fait que remplacer une oppression d'usage et de tradition par une oppression de rancune et de vengeance. Seule la transformation des coeurs peut rendre l'inégalité des rangs ac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  23 juin 2015
Il doit bien y avoir quelques grammes de Rousseau dans Marivaux, tout au moins de précieux germes, avec la verve et le mordant gracieux d'un Voltaire ou d'un Beaumarchais.
En effet, quelle brûlante petite comédie met-il sur le feu de l'aristocratie d'alors avec cette Île des Esclaves ! Ouh ! Que ça devait faire mal d'entendre ça ! Car Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux sait très bien de quoi il parle et sait également à qui il s'adresse.
Il faut saluer ce beau courage de dire tout haut, dès 1725, à une époque où les Lumières sont encore au stade de l'étincelle, que l'aristocratie se comporte envers le peuple de la façon la plus abjecte ; qu'elle est, même vis-à-vis d'elle-même, mesquine, superficielle et viciée. Rien que ça. Chapeau bas Monsieur de Marivaux.
Elle est petite cette comédie — un seul acte —, mais elle est corrosive à souhait et l'on y sent déjà comme un avertissement à la classe dirigeante, comme un avant-goût de révolte. Assez parlé ! L'histoire, quelle est-elle ?
Au large de la Grèce (On éloigne un peu l'action histoire de ne pas trop s'attirer les foudres de la cour de Louis XV, mais tout le monde s'y reconnaît cependant.), un bateau transportant des personnes de qualité et leurs domestiques fait naufrage.
Or, le naufrage a lieu sur l'Île des esclaves, une île où, des années auparavant, des domestiques ou des esclaves (Marivaux emploie le terme esclave pour désigner les domestiques ce qui renforce le trait) mutinés ont trouvé refuge et ont, au passage, trucidé leurs maîtres.
Depuis lors, dès qu'un arrivage se fait sur l'île, ces compagnons démocrates de l'île (eux-mêmes ex-serviteurs) infligent une inversion des positions sociales aux naufragés.
C'est ainsi qu'Iphicrate, le maître et son serviteur Arlequin ainsi qu'Euphrosine et sa servante Cléanthis vont faire l'expérience d'une inversion des rôles sous la houlette de Trivelin, le grand ordonnateur de l'île. Ceci est bien sûr le prétexte à de nombreuses répliques comiques, mais aussi et surtout à une prise de conscience de l'iniquité avec laquelle les maîtres ont conduit leur destinée jusqu'alors, notamment envers leurs subordonnés.
Je vous laisse savourer la chute et ce qui a bien pu l'inspirer à Marivaux en cet Ancien Régime flamboyant. Il demeure une très belle comédie sociale, pleine d'allant et de sous-entendus, que j'élèverais sans honte au firmament de mes cinq étoiles s'il n'était une impression de trop grande brièveté. Je vous la conseille sans hésitation, mais tout ceci n'est que mon valétudinaire avis, c'est-à-dire, bien peu de chose sur le continent.
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Jackiedream
  14 avril 2015
Après avoir lu le jeu de l'amour et du hasard, qui m'avait franchement plu (voir ma critique) j'ai souhaité continuer avec celui-ci. Iphicrate et son valet Arlequin, Euphrosine et sa servante Cléanthis se retrouvent sur une île où les règles changent, où les rôles s'échangent : les valets prennent la place des maîtres.
Cette comédie est très courte, je l'ai lue en à peine une demi-heure. Comme dans "Le jeu de l'amour et du hasard", on jette le superflu, on va au plus efficace. On ne s'embarrasse pas d'expliquer le contexte : quelle est cette mystérieuse île ?
La pièce se révèle donc vraiment concise et agréable à lire. Il y a des scènes réellement drôles mais il y a derrière une vraie réflexion. Les maîtres ne devraient-ils pas faire un peu plus de cas de leurs valets ? Toujours sur un ton léger et avec humour, évidemment. On assiste a des scènes cocasses lorsque les valets tentent de "jouer aux nobles".
Ce que j'apprécie particulièrement dans les deux oeuvres de Marivaux que j'ai pu lire c'est la modernité, la fraîcheur. Il y a une volonté de remuer, de questionner les classes et l'ordre établi. Il y a peu de personnages, on se concentre vraiment sur l'essentiel. Cependant la fin me laisse presque sur ma faim (haha) : c'est si court ! Et puis je la trouve un tantinet caricaturale, pleine d'effusions mais au final je pense que c'était la meilleure manière de conclure brièvement. Il est vrai que l'oeuvre m'a laissé un goût de trop peu, j'aurais bien aimé approfondir plus la réflexion au travers de cette île utopique. Quoi qu'il en soit au moins c'est très facile à lire, et ça on apprécie !
Encore un bon point de marqué pour Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, je commence vraiment à aimer ces pièces toujours drôles, de bon ton et menées avec brio.
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cmpf
  13 septembre 2017

Bien que je reconnaisse la qualité de cette pièce, dialogues, situation de départ, situation d'arrivée en parallèle, respect des unités… Je n'ai pas réussi à entrer dedans. Il m'a été difficile de m'imaginer transportée dans l'Antiquité. La présence de deux personnages de la commedia dell'arte et même les prénoms des autres protagonistes qui n'évoque pas particulièrement non plus l'Antiquité m'ont genée. L'invraisemblance d'une conversion aussi rapide des maîtres ne m'a pas non plus convaincue. Bref je suis passée à côté.
Pourtant une pièce qui traite de la liberté, de la place de chacun, écrite au début du siècle où l'on allait s'efforcer de secouer les carcans était séduisante.
Un homme et son esclave masculin ainsi qu'une femme et son esclave féminine se retrouvent naufragés sur une île où vivent d'anciens esclaves révoltés contre leurs maîtres qu'ils ont tués, et où une règle régit la vie : lorsque des nouveaux venus arrivent ils ont l'obligation d'échanger leurs rôles jusqu'à ce que les anciens maîtres aient compris leurs torts passés. Il ne s'agit pas de vengeance mais d'éducation, d'ailleurs si les nouveaux maîtres avaient maltraités ceux qui ont pris leurs rôles, ils auraient été à leur tour punis.
Si l'esclavage n'existait plus entre blancs au 18e, la vie des domestiques n'était pas pour autant enviable, renvoi sans raison, coups, heures de travail interminables, … et les spectateurs n'avaient aucun mal à transposer. Il ne s'agit pas de supprimer l'esclavage (la domesticité) mais de faire preuve de coeur et de raison. D'ailleurs Arlequin et Cléanthis ne répugnent pas à reprendre leur ancienne place. On n'est encore loin me semble t il de l'égalité entre les humains, les hiérarchies ne sont pas remises en cause. On n'a d'ailleurs pas encore aujourd'hui trouvé de moyen sûr d'assurer !adite égalité tant celle-ci est difficile à atteindre.
Mais cette relative déconvenue ne m'empechera pas de lire d'autres pièces de Marivaux.
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RosenDero
  01 juin 2018
Imaginez un peu : des puissants et leurs gens, un bateau, un naufrage, une île, et, sur cette île, l'inversion des rôles.
C'est avec ce pitch truculent que commence la pièce.
Nul doute que les piques qui y sont lancées ont dû faire jaser, trépigner ou en horrifier certains. Ce n'est autre qu'une révolution qui est proposée ici : que le puissant devienne le soumis comprenne ainsi que son action est inhumaine.
A côté de cette belle leçon d'humanisme, de liberté, d'égalité et de fraternité, on trouve tout de même beaucoup d'humour, des personnages moqueurs et taquins, des esclaves qui voudraient bien rosser leur ancien maître, d'autres qui tendent la joue droite, le tableau est bien brossé et dépeint beaucoup des possibles.
Je regrette un poil la rapidité du déroulé (jouée, ce doit être une très courte pièce).
Encore une fois, les éditeurs et les décideurs se mettent le doigt dans l'oeil s'ils pensent que les collégiens de 13-14 ans seront à-même de comprendre tout de l'oeuvre (le problème vient plus de la forme que du fond d'ailleurs). La langue a vieilli, et les notes de bas de page ne sont pas toujours claires ou suffisantes (dans la récente version Gallimard).
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book-en-stock
  25 mai 2018
Une comédie enlevée qui ose discuter les conditions sociales !
Sur l'île des esclaves, les rôles sont inversés : on y rééduque les maîtres qui prennent la place des serviteurs (esclaves).
Dépaysement total au niveau du décor : un extérieur, sur une île qui plus est. Cela change des traditionnels salons nobles ou bourgeois du théâtre classique.
J'ai eu grand plaisir à retrouver des personnages de la Commedia dell'Arte dont mon chouchou Arlequin ! Cléanthis, la servante, semble être une version féminine d'Arlequin et elle m'a beaucoup amusée dans ses excès ! J'apprécie énormément leur ton enjoué et leurs espiégleries : un régal !
J'ai été surprise à plusieurs égards par ce texte. Tout d'abord sa brièveté et son côté direct : l'introduction est aussi rapide qu'efficace, on est aussitôt plongé dans le coeur de l'intrigue, et le dénouement se joue en quelques répliques seulement. Puis ce côté moderne, osé, d'un texte quelque peu subversif, en tous cas qui renverse le code établi et met en question les conditions sociales de l'époque. L'auteur a certainement dû faire grincer quelques dents… Toutefois aujourd'hui encore il nous permet de réfléchir sur la question et en demeure très intéressant !
Au niveau de la langue, bien sûr il y a quelques termes vieillis, mais cela reste compréhensible, et les phrases sont du bonheur à prononcer à voix haute, si bien équilibrées et ajustées ! D'ailleurs c'est au coeur même des phrases que tout se joue et que le renversement de la situation sociale est avéré lorsqu'Arlequin emploie le tutoiement pour s'adresser à son (ex)maître. N'oublions pas que le propre du théâtre écrit (que j'oppose à la Commedia dell'Arte) c'est au départ des mots sur du papier, et la mise en scène ne vient qu'après !
Si je n'attribue que 4 étoiles c'est parce que le texte m'a paru court et que je reste un peu « sur ma faim ». Qu'à cela ne tienne… je peux le relire ! 😉
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Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   15 avril 2015
TRIVELIN : Quand nos pères, irrités de la cruauté de leurs maîtres, quittèrent la Grèce et vinrent s'établir ici, dans le ressentiment des outrages qu'ils avaient reçus de leurs patrons, la première loi qu'ils y firent fut d'ôter la vie à tous les maîtres que le hasard ou le naufrage conduirait dans leur île, et conséquemment de rendre la liberté à tous les esclaves : la vengeance avait dicté cette loi ; vingt ans après la raison l'abolit, et en dicta une plus douce. Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons ; ce n'est plus votre vie que nous poursuivons, c'est la barbarie de vos cœurs que nous voulons détruire ; nous vous jetons dans l'esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu'on y éprouve ; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l'avoir été. Votre esclavage, ou plutôt votre cours d'humanité, dure trois ans, au bout desquels on vous renvoie, si vos maîtres sont contents de vos progrès ; et si vous ne devenez pas meilleurs, nous vous retenons par charité pour les nouveaux malheureux que vous iriez faire encore ailleurs ; et par bonté pour vous, nous vous marions avec une de nos citoyennes. Ce sont là nos lois à cet égard, mettez à profit leur rigueur salutaire. Remerciez le sort qui vous conduit ici ; il vous remet en nos mains durs, injustes et superbes ; vous voilà en mauvais état, nous entreprenons de vous guérir ; vous êtes moins nos esclaves que nos malades, et nous ne prenons que trois ans pour vous rendre sains ; c'est-à-dire, humains, raisonnables et généreux pour toute votre vie.

Scène 2.
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Nastasia-BNastasia-B   18 août 2012
CLÉANTHIS :
Ah ! vraiment, nous y voilà, avec vos beaux exemples. Voilà de nos gens qui nous méprisent dans le monde, qui font les fiers, qui nous maltraitent, qui nous regardent comme des vers de terre, et puis, qui sont trop heureux dans l'occasion de nous trouver cent fois plus honnêtes gens qu'eux. Fi ! que cela est vilain, de n'avoir eu pour tout mérite que de l'or, de l'argent et des dignités ! C'était bien la peine de faire tant les glorieux ! Où en seriez-vous aujourd'hui, si nous n'avions pas d'autre mérite que cela pour vous ? Voyons, ne seriez-vous pas bien attrapés ? Il s'agit de vous pardonner, et pour avoir cette bonté-là, que faut-il être, s'il vous plaît ? Riche ? non ; noble ? non ; grand seigneur ? point du tout. Vous étiez tout cela ; en valiez-vous mieux ? Et que faut-il donc ? Ah ! nous y voici. Il faut avoir le cœur bon, de la vertu et de la raison ; voilà ce qu'il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autres. Entendez-vous, Messieurs les honnêtes gens du monde ? Voilà avec quoi l'on donne les beaux exemples que vous demandez, et qui vous passent : et à qui les demandez-vous ? À de pauvres gens que vous avez toujours offensés, maltraités, accablés, tout riches que vous êtes, et qui ont aujourd'hui pitié de vous, tout pauvres qu'ils sont. Estimez-vous à cette heure, faites les superbes, vous aurez bonne grâce ! Allez, vous devriez rougir de honte.
ARLEQUIN :
Allons, ma mie, soyons bonnes gens sans le reprocher, faisons du bien sans dire d'injures. Ils sont contrits d'avoir été méchants, cela fait qu'ils nous valent bien ; car quand on se repent, on est bon.
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Nastasia-BNastasia-B   10 août 2012
Dans le pays d'Athènes j'étais ton esclave, tu me traitais comme un pauvre animal, et tu disais que cela était juste, parce que tu étais le plus fort. Eh bien ! Iphicrate, tu vas trouver ici plus fort que toi ; on va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste, et nous verrons ce que tu penseras de cette justice-là ;
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Nastasia-BNastasia-B   08 août 2012
Quand tu auras souffert, tu seras plus raisonnable ; tu sauras mieux ce qu'il est permis de faire souffrir aux autres.
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Nastasia-BNastasia-B   11 août 2012
IPHICRATE :
Mais je suis en danger de perdre la liberté, et peut-être la vie : Arlequin, cela ne suffit-il pas pour me plaindre ?
ARLEQUIN (prenant sa bouteille pour boire) :
Ah ! je vous plains de tout mon cœur, cela est juste.
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Marivaux, La Fausse Suivante (1724), 2/3 (acte II)
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