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François Happe (Traducteur)
EAN : 9782351782514
480 pages
Gallmeister (18/08/2022)
4.11/5   369 notes
Résumé :
Été 1984 à Breathed, Ohio. Hanté par la lutte entre le bien et le mal, le procureur Autopsy Bliss publie une annonce dans le journal local : il invite le diable à venir lui rendre visite. Le lendemain, son fils Fielding découvre un jeune garçon à la peau noire et aux yeux d’un vert intense, planté devant le tribunal, qui se présente comme le diable en personne. Cet enfant à l’âme meurtrie, heureux d’être enfin le bienvenu quelque part, serait-il vraiment l’incarnati... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (107) Voir plus Ajouter une critique
4,11

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Kirzy
  09 septembre 2022
°°° Rentrée littéraire 2022 # 14 °°°
Tout intrigue dans ce roman de l'auteure du formidable Betty ( gros coup de coeur de la rentrée littéraire 2020 ). A commencer par sa mise en action initiale. En 1984, le père du narrateur, ( procureur hanté par des affaires qui ébranlent sa foi en la justice ) lance une surprenante invitation parue dans un journal local : il invite le Diable dans sa petite ville de l'Ohio. Et c'est Sal, jeune noir de 13 ans aux yeux d'un vert détonnant qui débarque dans sa salopette crasseuse et se présente comme étant le Diable.
A partir de là, Tiffany McDaniel déroule un drôle de conte très sombre qui détraque complètement la communauté de Breathed. L'arrivée de Sal coïncide avec l'irruption brutale d'une canicule qui semble circonscrite à la ville, accompagnée d'une multiplication d'incidents et accidents suspects, faisant fondre le bon sens de chacun. La narration est confiée au fils du procureur, Fielding, vieil homme qui avait 13 ans lors de l'été fatidique; il s'était lié d'amitié avec Sal que sa famille avait accueilli comme enfant perdu. Et on sent très vite à son ton à la fois triste et empreint de culpabilité que le récit va se précipiter en tragédie … qui plus avec des chapitres qui démarrent systématiquement avec une citation du Paradis perdu de John Milton.
Sal est peut-être le Diable avec sa capacité troublante à déceler le malheur chez les autres. Ou est-il juste un enfant pourvu d'une éloquence hors norme qui le fait s'exprimer à coups de paraboles poétiques et sages. La réponse importe finalement assez peu, même si on se la pose tout le long. En fait, il incarne avant tout la figure de l'étranger ( un peu comme dans Théorème de Pasolini ) qui agit comme révélateur des colères et frustrations de chacun.
L'auteure utilise le cadre de la petite ville pour évoquer de grands maux de la société occidentale : racisme, homophobie, maltraitance des enfants, obscurantisme, fanatisme religieux, hystérie collective. de nombreux et vastes thèmes sont ainsi embrassés. Sans doute trop, le récit ramant par moment à supporter leur poids. Mais à chaque fois, Tiffany McDaniel parvient à surprendre le lecteur, happé par les nombreux rebondissements ou directions que prend le roman de façon très inattendue. On oublie ainsi quelques fragilités scénaristiques, comme par exemple la gestion de l'ancrage temporel : les événements sont censés se dérouler en 1984 mais on a plutôt l'impression d'être dans un roman d'Harper Lee dans les années. de plus, le narrateur est censé raconter depuis les années 2050 … mais c'est comme si on était toujours dans les années 1950.
Ce qui est sûr, c'est que les personnages, principaux ou secondaires, sont exceptionnels, vivants et originaux avec leurs excentricités particulières. J'ai adoré celui de la mère, Stella, sans doute celui qui a la plus belle caractérisation psychologique et qui connait une superbe évolution, elle la séduisante mère au foyer qui se confine chez elle de peur de la pluie. Tous incarnent des archétypes sociétaux qui vont exploser à mesure que le drame se fait jour.
Et puis il y a ce talent d'écriture qui éclate à chaque page, cette narration lyrique et poétique qui laisse un impact émotionnel fort. Tiffany McDaniel structure incroyablement ses phrases, tissant ensemble des pensées complexes avec un décalage juste, utilisant des métaphores dont l'imprévisibilité vous cueille :
« Tu sais, Fielding, le problème, quand on casse une chose à laquelle personne ne pense vraiment, c'est que cela multiplie les ombres. Quand le bol était intact, c'était une ombre. Une ombre unique. Maintenant, chaque morceau va avoir son ombre à lui. Mon Dieu, ça fait tant d'ombres. de petits éclats d'obscurité qui paraissent soudain plus grands que le bol l'a jamais été. C'est le problème des choses qui se brisent. La lumière meurt de nombreuses petites façons, et les ombres … eh bien, c'est toujours elles qui gagnent gros à la fin. »
Betty était un immense coup de coeur. L'été où tout a fondu est sans doute moins abouti mais tout aussi intense, conte agité de passions sombres, puissant roman initiatique sur la perte de l'innocence d'un adolescent qui a vu son paradis familial voler en éclat en un été, et qui ne s'en ai jamais remis.
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Yvan_T
  28 septembre 2022
« L'été où tout a fondu » est mon troisième (et probablement plus gros) coup de coeur de cette rentrée littéraire. Après l'excellent « Betty », qui nous plongeait au coeur d'une famille dysfonctionnelle, les éditions Gallmeister proposent cette nouvelle traduction du premier ouvrage de Tiffany McDaniel, déjà publié aux éditions Joëlle Losfeld en 2019.
« L'été où tout a fondu » se déroule en 1984 dans le sud de l'Ohio, dans un petit bled nommé Breathed. C'est l'année où Autopsy Bliss, le procureur de la ville, a la mauvaise idée d'inviter le diable en personne à venir lui rendre visite en publiant une annonce pour le moins surprenante dans le journal local. Étonnamment, un jeune noir de 13 ans, à la salopette crasseuse et au regard émeraude débarque en affirmant être le Diable…
Toute l'histoire est racontée une soixantaine d'années plus tard par Fielding, le fils cadet d'Autopsy Bliss, qui avait également 13 ans au moment des faits et qui s'était lié d'une amitié très forte avec ce petit diable au grand coeur, finalement recueilli par sa famille. Une narration qui adopte souvent le regard innocent de deux enfants extrêmement touchants, qui vont devoir grandir beaucoup trop vite à cause des événements qui ont frappé la ville durant cet été aussi torride que fatidique.
En invitant le Diable dans son récit, tout en choisissant comme cadre une petite bourgade du Midwest, confrontée à l'arrivée d'un étrange personnage à la couleur de peau dérangeante, Tiffany McDaniel dévoile avec brio les plus grands démons des Etats-Unis. Pas vraiment pris au sérieux lors de son arrivée, cet étranger au teint trop sombre va cependant vite servir de bouc émissaire à ces représentants d'une Amérique conservatrice et être pointé du doigt pour tous les maux qui vont frapper cette petite ville, dont cette étrange canicule venue faire fondre le bon sens de tous. Ce n'est d'ailleurs probablement pas par hasard que le récit se déroule à une époque où le SIDA fait son apparition, maladie venue attiser encore un peu plus les préjugés et l'intolérance.
« L'été où tout a fondu » est un superbe récit d'amitié, sur la perte de l'innocence, qui, à coups de métaphores poétiques remplies de sagesse, propose plusieurs niveau de lecture et de nombreuses phrases profondes qui semblent avoir été touchées par la grâce. Un roman d'apprentissage qui aborde des thèmes d'actualité extrêmement forts, tels que la différence, le racisme, l'homophobie, l'intolérance, le fanatisme, l'effet de meute, voire même les « fake news ». Un immense coup de coeur qui utilise l'image de « l'étranger » pour faire ressortir le Mal qui sommeille en nous.
Diaboliquement bon !
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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Cancie
  16 octobre 2022
Après avoir lu le magnifique Betty, de Tiffany McDaniel difficile de ne pas avoir terriblement envie de se plonger dans L'été où tout a fondu !
Contrairement à Betty, il m'a fallu un peu de temps pour m'immerger dans cette histoire et véritablement apprécier le récit.
Le roman se déroule en 1984 à Breathed, une petite bourgade de l'Ohio. Cette année-là, il fait un été d'une chaleur incroyable et c'est Fielding, aujourd'hui très âgé qui vit maintenant dans un mobil-home, dans le sud de l'Arizona, le narrateur. Si la majeure partie du roman se déroule pendant l'été 1984, le narrateur nous transporte également au présent et permet ainsi au lecteur d'appréhender les conséquences des faits de cet été-là.
Fielding est le fils du procureur Autopsy Bliss, dont le prénom en grec ancien signifie « voir par soi-même ». Ce dernier, hanté par la lutte entre le bien et le mal va inviter le diable à lui rendre visite, par le biais d'une annonce passée dans la gazette locale.
Dès le lendemain, le jeune Fielding rentrant de faire les courses pour sa mère, voit sous le grand arbre devant le tribunal celui qu'il décrit ainsi : « Il était si noir et si petit dans sa salopette, c'était comme si je le voyais par le mauvais bout du télescope ». Tout en discutant, il ramène chez lui le jeune garçon qui dit se prénommer Sal et se présente comme le diable en personne.
Persuadé qu'il s'agit d'un pauvre gosse, le procureur l'accueille dans sa famille.
L'arrivée de ce jeune garçon aux yeux verts et à la peau noire va peu à peu changer la vie des habitants de cette petite ville qui ne vont pas tarder à le prendre en grippe. D'autant qu'en même temps que son arrivée, une vague de chaleur infernale s'installe sur la région.
Se pourrait-il que Sal soit vraiment l'incarnation du mal ?
En merveilleuse conteuse, dans un récit où la symbolique est très présente, notamment avec cette couleur jaune, récurrente dans le roman et symbole du feu, Tiffany McDaniel, d'une plume très évocatrice, dresse le portrait d'une petite ville du Midwest où règnent l'intolérance, le racisme et la bondieuserie : l'Amérique confrontée à ses démons !
C'est l'histoire du Bien contre le Mal, mais ici, inversée.
À ces thèmes puissants, se rajoute en ce début des années 1980, la découverte du VIH et de sa transmission par voie sexuelle. C'est donc toute la communauté gay qui est publiquement exposée à l'homophobie, notamment dans ces petites communes rurales, où les préjugés sont tenaces, et où surtout, la religion ultra-conformiste fait preuve d'une intolérance absolue.
Tiffany McDaniel alterne avec une grande maîtrise des passages particulièrement glaçants avec d'autres d'une grande luminosité.
Les personnages du roman, parfois improbables, sont absolument incroyables, et Tiffany McDaniel restitue leur caractère tout comme leur apparence physique d'une manière remarquable, brossant avec talent des portraits hauts en couleur, réussissant à leur donner vie. J'ai eu souvent l'impression de les côtoyer, de respirer à leurs côtés.
Évidemment, certains me sont apparus rapidement sympathiques alors que d'autres me sont devenus de plus en plus insupportables.
C'est avec angoisse que j'ai suivi cette montée en tension palpable dès le début, mais qui, progressivement, va entraîner toute la communauté dans un final magistral et terrifiant, absolument bouleversant.
Beaucoup de poésie, une extrême sensibilité et beaucoup de sensualité émaillent ce roman.
La relation entre Fielding et son frère aîné Grand m'a particulièrement touchée et bouleversée. J'ai même été émue aux larmes lorsque Fielding découvre le secret de son frère, cette simple phrase : « j'ai peur » !
Quant aux fleurs évoquées dans le roman, que ce soient les canas que cultive la mère de Fielding ou les roses du jardin de Dresden, roses qui donneront à mon avis, l'un des chapitres le plus émouvant, l'auteure leur donne un pouvoir symbolique, poétique et sensuel fabuleux .
L'été où tout a fondu de Tiffany Mcdaniel est un roman initiatique ou roman d'apprentissage dans lequel j'ai suivi non sans souffrir, mais avec énormément d'intérêt le cheminement de cet adolescent qu'est Fielding, qui, en un seul été, a perdu son innocence et gardé pour le reste de sa vie un immense sentiment de culpabilité.

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Cannetille
  10 octobre 2022
Ebranlé dans sa vision manichéenne du monde depuis qu'il a contribué à une terrible erreur judiciaire, le procureur Autopsy Bliss espère s'éclaircir les idées sur les notions du Bien et du Mal en s'y confrontant personnellement. Alors qu'il vient de publier une annonce invitant le diable à venir le rencontrer, se présente un jeune garçon noir aux yeux verts qui prétend incarner le Mal. Pensant plutôt avoir affaire à un banal fugueur, Bliss l'accueille comme un fils en attendant les résultats de l'enquête lancée par le shérif : une hospitalité que ses voisins ne voient pas tous d'un bon oeil, surtout lorsque, concomitamment, leur petite ville de l'Ohio se retrouve affectée, à la fois par une vague de chaleur exceptionnelle, et par une série de faits étranges, propres à échauffer davantage encore les esprits...

C'est le fils cadet de Bliss, Fielding, aujourd'hui un vieil homme marginal et insociable, qui raconte tristement cette année 1984, qui, comme celle de George Orwell, devait aliéner les habitants de Breathed jusqu'à leur faire perdre tout bon sens et les placer, marionnettes manipulées par les ficelles de la peur, sous l'emprise d'un Mal d'autant plus pernicieux qu'il se cachait, sans cornes ni pieds fourchus, sous les apparences de la morale. Cet été-là, celui de ses treize ans, scinde à jamais la vie de Fielding entre un avant plein d'insouciance et un après brisé par la violence des hommes. Alors que peu à peu le drame se noue, menant l'univers familial des Bliss à la désintégration, le garçon prend brutalement la mesure de l'intolérance, du racisme et de l'homophobie, qui, sous couvert d'une foi bigote et de principes étroits, empoisonnent une certaine Amérique attachée à ses convictions bien-pensantes.

Premier roman publié de l'auteur, L'été où tout a fondu a pourtant été écrit plusieurs années après Betty, le livre multi-récompensé qui a fait connaître Tiffany McDaniel. Les deux récits se déroulent dans son Ohio natal, au coeur de la « Bible Belt », ce quart sud-est américain caractérisé par la prédominance d'un protestantisme rigoriste et fondamentaliste. Tandis que Betty y dénonce les conséquences du racisme et du sexisme sur l'existence d'une jeune métisse, cette fois l'auteur en met en évidence les racines profondes. Ici le diable se cache au plus secret des convictions religieuses, sous les traits d'un prédicateur vengeur, Elohim – Dieu dans l'Ancien Testament –, qui, au nom d'une morale chrétienne archi-conservatrice et arriérée, fournit aux peurs de ses concitoyens l'éternel bouc émissaire de la différence.

Ce récit initiatique, éblouissant de clairvoyance et d'empathie, qui nous parle avec tant de poésie de tolérance, d'indulgence et de compassion au fil d'une tragédie construite sur un très ancien héritage ancré au plus profond de la culture américaine, révèle, bien plus encore que Betty, une grande voix de la littérature états-unienne. Très grand coup de coeur.

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dannso
  23 novembre 2022
Un livre largement plébiscité, de nombreuses critiques élogieuses de mes amis sur Babelio, la réputation de l'auteur sur le premier livre édité en France, Betty, que je n'ai toujours pas lu, j'attendais beaucoup de ce roman.
J'avoue que j'ai été déroutée au début. Je m'ennuyais un peu. Je me suis demandée si ce n'était pas encore LE LIVRE dont tout le monde parle et dit du bien, mais qui allait me laisser de côté. Il faut dire que j'arrivais d'Ys la magnifique et revenir sur terre a pris du temps.
Et puis, j'ai soudain réalisé que j'avais du mal à poser le livre, que mon coeur saignait pour ses personnages. L'émotion avait gagné.
Un été 84 où le procureur de la ville convoque le diable, un enfant noir qui répond à cette invitation, une chaleur insupportable qui s'abat pour de longues semaines sur la ville, une série de malheurs, il n'en faudra pas plus pour que Sal, le petit garçon venu de nulle part soit pris comme bouc émissaire.
Il y a effectivement beaucoup de malheurs qui s'enchainent, peut-être un peu trop, Trop de coïncidences, un peu forcées par moments. Cet enchainement, ces coïncidences m'ont perturbée au départ, puis je les ai oubliés prise par l'intensité du récit et la beauté de l'écriture. Je n'ai pas ajouté de citations, celles que j'avais notées y étaient déjà, mais j'ai été souvent frappée par la beauté des phrases de l'auteur.
On est en 1984, et le livre est parfaitement situé dans ce contexte. Racisme envers les noirs, arrivé du Sida, rejet des homosexuels, l'auteur met en lumière tous les travers d'une société américaine bien-pensante, où des gens bien sous tout rapport vont se laisser entrainer jusqu'au pire.
Celui qui raconte, devenu vieux, c'est le fils du procureur, celui qui va devenir l'ami de Sal, accueilli dans sa famille. Ils ont le même âge, et partagent tout comme des frères. Il est devenu vieux, mais n'a jamais pu oublier cet été où tout a fondu, cet été où il a tant perdu. Il aura aimé des femmes, il aura aimé un homme, mais ne s'autorisera jamais à être heureux, en souvenir de ceux qui n'ont pas eu la chance de l'être.
« Quant à la dernière, celle qui a produit les plus grandes éclaboussures… C'était la flaque laissée par mon innocence, et ses éclaboussures retombent encore dans le passé, comme elles retombent encore dans le présent, comme elles continueront à retomber dans cet immuable toujours, formant une mare, pour me ramener inlassablement en arrière »
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critiques presse (2)
LeJournaldeQuebec   13 septembre 2022
Un récit magistral sur la différence et l’intolérance qui se glisse déjà dans nos coups de cœur de la rentrée.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeMonde   26 août 2022
Avant l’éblouissant « Betty », l’écrivaine avait signé cet implacable portrait d’une petite ville du Midwest en pleine déréliction climatique et morale.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (139) Voir plus Ajouter une citation
collectifpolarcollectifpolar   08 décembre 2022
J’avais treize ans quand tout cela est arrivé. Un âge où je me suis trouvé complètement brisé et changé par l’existence comme jamais je ne l’avais été auparavant. Cela fait bien longtemps que je n’ai plus treize ans. Si j’étais du genre à encore fêter mon anniversaire, il y aurait quatre-vingt-quatre petites flammes qui vacilleraient au-dessus de mon gâteau, au-dessus de toute cette vie passée et des souvenirs terrifiants qui la hantent, avec sa tragédie inéluctable, avec son été en forme de gueule monstrueuse qui s’est ouverte toute grande pour engloutir le petit univers que nous appelions Breathed, Ohio.
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collectifpolarcollectifpolar   08 décembre 2022
Tandis que Papa l’aidait à se relever, elle a laissé échapper une plainte qu’elle avait jusque-là retenue. Puis, prise de détresse et encore étourdie, elle est retombée à genoux sur le linoléum.
— Il n’était pas là, a-t-elle sangloté.
— Qui n’était pas là ? a demandé Papa, gagné par les tremblements contagieux de sa mère.
— Quand je suis tombée, j’ai tendu la main. (Elle a joint le geste à la parole.) Il ne l’a pas saisie.
— J’ai essayé, M’man.
— Toi, oui, a-t-elle répondu en lui prenant les joues entre ses mains moites. Mais pas Dieu. À présent, je me rends compte qu’on est seuls, mon grand.
Elle a enlevé les crucifix des murs, elle est allée enterrer sa bible dans la section du cimetière réservée aux enfants, et elle ne s’est plus jamais agenouillée pour prier. D’un seul coup, elle avait complètement perdu la foi. Papa a gardé les émanations de la sienne, et c’est au milieu de ces émanations qu’il s’est un jour retrouvé au tribunal, où sa mère était en train de se faire réprimander par le juge pour avoir impudemment vandalisé l’église – pour la deuxième fois.
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collectifpolarcollectifpolar   08 décembre 2022
Je dirais volontiers que 1984 a su faire ce qu’il fallait pour entrer dans l’Histoire. Cette année-là, Apple sortait son Macintosh, le premier ordinateur grand public, deux astronautes se promenaient parmi les étoiles, tels des dieux, et Marvin Gaye, qui chantait la douceur d’être aimé, était tué d’une balle en plein cœur par son propre père.
Au mois de mai de la même année, des chercheurs publiaient le résultat de leurs travaux dans une revue scientifique, révélant qu’ils étaient parvenus à identifier et isoler un rétrovirus que l’on allait bientôt appeler le VIH. En conclusion de leurs articles, ils se déclaraient convaincus que ce VIH était l’agent responsable du syndrome d’immunodéficience acquise. Le sida de nos cauchemars.
Oui, 1984 a été marquée par l’actualité. C’est l’année où Michael Jackson s’est enflammé pour Pepsi et où l’enfant-bulle de Houston, au Texas, est sorti de sa prison de plastique et a pu être touché par sa mère pour la toute première fois, quelque temps avant de mourir, à l’âge de douze ans.
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collectifpolarcollectifpolar   08 décembre 2022
Je dirais volontiers que 1984 a su faire ce qu’il fallait pour entrer dans l’Histoire. Cette année-là, Apple sortait son Macintosh, le premier ordinateur grand public, deux astronautes se promenaient parmi les étoiles, tels des dieux, et Marvin Gaye, qui chantait la douceur d’être aimé, était tué d’une balle en plein cœur par son propre père.

Au mois de mai de la même année, des chercheurs publiaient le résultat de leurs travaux dans une revue scientifique, révélant qu’ils étaient parvenus à identifier et isoler un rétrovirus que l’on allait bientôt appeler le VIH. En conclusion de leurs articles, ils se déclaraient convaincus que ce VIH était l’agent responsable du syndrome d’immunodéficience acquise. Le sida de nos cauchemars.
Oui, 1984 a été marquée par l’actualité.
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collectifpolarcollectifpolar   08 décembre 2022
La chaleur a soudain fait irruption dans ma conscience comme une bulle éclate dans l’eau qui se met à bouillir. J’ai eu l’impression d’être embrasé, de ressentir un changement qui se mesurait en degrés et qui faisait grimper inexorablement mon thermomètre interne. Vu de loin, j’étais peut-être une voiture avec les phares allumés. De près, j’étais en flammes.
La tiédeur du passé avait été reléguée au second plan par la brûlure du présent. Éclipsée, la température parfaite. La gentille brise. Tout cela était remplacé par une chaleur presque violente qui vous transformait les os en volcans, le sang en une lave qui hurlait leurs éruptions. Plus tard, les gens évoqueraient cette brusque arrivée de la chaleur. Pour eux, c’était la meilleure preuve de l’avènement du diable.
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Une belle soirée de partage autour des coups de coeur de nos libraires ! Ci-dessous les romans présentés :
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