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ISBN : 2264072288
Éditeur : 10-18 (16/05/2018)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 61 notes)
Résumé :
Patrick Summer, un ancien chirurgien de l'armée britannique traînant une mauvaise réputation, n'a pas de meilleure option que d'embarquer sir le "Volunteer", un baleinier du Yorkshire en route pour les eaux riches du Grand Nord. Mais alors qu'il espère trouver du répit à bord, un garçon de cabine est découvert brutalement assassiné. Pris au piège dans le ventre du navire, Summer rencontre le mal à l'état pur en la personne d'Henry Drax, un harponneur brutal et sangu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
spleen
  23 septembre 2017
Après ma croisière dans les mers du Sud avec l'ile des Perroquets de Robert Margerit , me voilà embarquée à bord du Volonteer pour un départ vers le Grand Nord pour la chasse à la baleine avec à son bord, Patrick Summer, un chirurgien , viré de l'armée des Indes .
Mais en cette fin du XIX ème siècle, la chasse à la baleine vit ses dernières saisons , les baleines se font plus rares et ses produits sont supplantés par le pétrole .
Ce n'est pas le sujet principal du roman, quoique cela tienne une place importante de part les descriptions qui sont toujours aussi difficilement soutenables et d'autre part par les répercussions sur le capitaine et l'armateur du navire qui voient avec inquiétude l'arrêt de cette activité lucrative et les moyens pas forcément honnêtes de s'en sortir .
Pour Patrick Summer, c'est surtout la découverte du meurtre d'un mousse à bord du bateau et sa confrontation avec un homme violent Drax qu'il sait être l'auteur du meurtre .
Une bande de marins brutes  et ivrognes  qui va se retrouver échouée finalement sur la banquise en plein hiver par la bêtise et la cupidité du capitaine et de son second dont on ne s'émeut pas du sort , le seul à sortir du lot est Summer qui mène son combat contre la violence à bord , un homme meurtri par son passé et dont la vraie place n'était pas sur ce bateau .
Roman d'aventures que j'ai trouvé original , bien rythmé, s'attaquant à des thèmes peu abordés comme la maltraitance des mousses à bord des bateaux et à la fin de la grande époque de la chasse à la baleine .
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Allantvers
  11 juillet 2017
Une grande envie d'aventures m'a amenée vers ce roman ; j'ai été servie, quoique…
Le 19ème siècle entame sa deuxième moitié et la pêche à la baleine son déclin. Summer, chirurgien déchu, s'embarque sur le Volunteer en compagnie d'une horde de marins aguerris et brutaux, dont le redoutable Drax, pour une expédition dans le grand Nord qui devra à son retour faire la fortune de Baxter l'armateur. Un meurtre sordide commis pendant la traversée ne sera que la première des intempéries que va connaître l'équipage…
L'action et l'aventure sont là, pas de doute, copieusement arrosées d'ailleurs de jurons, de coups, de giclées de sang et autres fétides émanations bileuses. Les rebondissements s'enchaînent et les pages se tournent très vite.
Et pourtant, je ne suis pas vraiment parvenue à ‘vivre' ce livre, auquel il manque un peu d'âme ou de chair. On n'est pas, contrairement à la promesse de la quatrième de couverture, dans la confrontation sublime de deux hommes comme dans ‘Le loup des mers » de Jack London ; on n'est pas non plus écrasé par l'atmosphère étouffante du navire ni l'atmosphère chargée d'onirisme du grand nord hostile du « Terreur » de Dan Simmons.
Lecture dépaysante et tonique donc, mais pas inoubliable.
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montmartin
  11 août 2017
1859, le Volunteer, un baleinier groenlandais est à quai, il va entreprendre un voyage de six mois. Brownler son capitaine a la réputation d'avoir la poisse.
L'équipage se compose de trois harponneurs . Henry Drax qui n'a pas hésité à fracasser le crâne d'un homme pour lui prendre son argent et son tabac. Black qui a un projet, d'ici 5 ans ou avant si la chance lui sourit, il sera à la tête de son propre équipage. Otto un allemand philosophe et mystique, plus Cavendish le sous-lieutenant, une sous merde qui passent son temps chez les putes.
Sumner ex médecin militaire à la recherche d'un emploi rémunérateur s'est fait embaucher à bord. Il survit grâce à l'opium qu'il prend chaque jour, et dans ses délires, il revoit l'hopital miltaire en Inde, trente brancards qui arrivent toutes les heures, chargés de blessés. Il sonde, il scie, il suture, dès qu'une opération se termine une autre commence. Il revoit cet indien avec son enfant à l'os cassé , sa promesse d'un trésor en échange de soins. Il revoit l'embuscade, ses trois compagnons morts, la trahison, la cour martial, jeté hors de l'armée comme un malpropre. Drax et Cavendish on vu l'anneau dans le coffre de Sumner, il vaut peut-être vingt-cinq guinées et il appartiendra au connard qui mettra la main dessus quand Sumner aura passé par-dessus bord.
Un jeune mousse retrouvé étranglé. Les bagarres entre membres d'équipage sont monnaie courantes, mais là il s'agit d'un meurtre. Sans compter une escroquerie à l'assurance qui se prépare sous couvert de cette campagne de pêche.
Un roman noir dans les étendues blanches du Grand Nord. Un récit porté par la cupidité et la bestialité des hommes. L'incroyable épopée sauvage d'un chirurgien irlandais d'un hôpital de campagne du cachemire jusque dans un igloo sur le cercle polaire arctique. L'auteur sait fait revivre avec réalisme les bars louches, les filles, la bière éventée, les coups de poing, les meubles qui se cassent, Les odeurs de viande avariée, de tabac froid, de pisse de cheval. La frénésie de la chasse à la baleine, le harpon brandi, le fer qui s'enfonce dans la chair, l'animal qui continue à résister désespérément, les eaux sanglantes tout autour . La nature hostile où le froid devient glace et l'homme se transforme en diable. La traque du chasseur pour tuer l'ours seule chance de survie.
Un vrai roman d'aventure sombre et brillant au milieu de la brutalité de la nature et des hommes. Une écriture réaliste, féroce et crue, des scènes saisissantes, des personnages sans foi ni loi. le lecteur est littéralement happé par le récit, transporté, c'est tout simplement grandiose.
Lien : http://notreavis.canalblog.c..
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SBys
  27 mars 2018
C'était pendant la période de grand froid. Cet hiver. Je n'arrivais pas à chauffer mon petit appartement, même avec un vieux pled sur les genoux, pas moyen de se réchauffer. Un p'tit verre de whisky, le livre de McGuire Dans les eaux du Grand Nord, et me v'là parti à l'aventure, embarqué sur un bateau avec une bande d'individus pas très sympathiques, c'est le moins qu'on puisse dire.
Pour me réchauffer, j'avais aussi Garlic, mon vieux chat qui a tellement mal partout, qu'il ne bouge presque plus. Je l'ai installé sur mes genoux, il a geint un coup, mais après, il s'est endormi sur moi, une boule de chaleur sur le ventre. C'est grâce à ces conditions particulières que je garde un assez bon souvenir du livre de McGuire. Mais à y regarder de plus près, je suis plutôt partagé sur Dans les eaux du Grand Nord. J'ai certes passé un bon moment de lecture, mais à y regarder de plus près, de nombreuses petites choses m'ont irrité. Si, pendant la lecture, ces désagréments ont été absorbé par le rythme soutenu sur une bonne partie du roman, je dois dire qu' une fois arrivé au bout, j'ai trouvé que l'écrivain était confiant par rapport à la crédulité de ses lecteurs.
Le récit est construit principalement autour du chirurgien Sumner qui, embarqué sur le Volunteer, subira une série de mésaventures, plus terribles les unes que les autres. D'abord sur le bateau, mais pas seulement, car celui-ci ne prendra pas énormément de temps avant de couler, et ensuite, Sumner tentera de sauver sa peau sur la banquise, et ensuite sera repêché par un groupe d'inuits, pour finalement retrouver la terre ferme. Au travers de cette épopée, l'ancien chirurgien se remémore des mauvais souvenirs de la guerre, il est le spectateur privilégié de violences atroces et tout ça, dans un froid glacial. C'est d'ailleurs la sensation que j'ai ressenti tout le long du roman. Il faisait peut-être froid dans mon petit appartement, mais n'empêche, ce roman m'a rappelé les cahiers retrouvés du célèbre explorateur Robert Falcon Scott: le froid qui vous prend au corps, la faim qui vous fait halluciner dans ces lieux polaires, le vent qui vous glace les os, la fatigue qui vous rend méfiant de vos voisins, la peur qui vous empêche de dormir. Vous n'espérez qu'une chose, vous mettre en boule et que tout ça se termine.
C'est sur ce point que je trouve le roman le plus réussi, sinon il est vrai que d'autres points sont limites, surtout celui de la violence. Si on a compris que McGuire veut dessiner des « durs à cuire », les procédés sont parfois trop appuyés. Pour une bonne partie du temps, ça fonctionne, dépecer une baleine, la vie sur le bateau, le bruit des machines, des odeurs qui vous donnent (réellement) l'envie de vomir, il n'a pas à dire, McGuire s'y connait pour nous tenir en haleine. C'est pour cette raison, que plusieurs actions ne posent pas problème, même si après lecture, on se dit que c'est pousser un peu loin le bouchon. Tenir 3heures (ou 13) le corps dans l'eau glaciale et s'en sortir vivant, c'est un peu fort de café. On a aussi compris qu'Henry Drax c'est le mal incarné en personne, mais parfois la crédibilité du personnage en prend pour son grade. Les doses sont parfois trop généreuses. Surtout lorsqu'on compare avec les grands qui parviennent à créer des personnages plus grands que nature sans forcer le trait. À ce sujet, j'avais lu il y a quelques mois le Et quelque fois j'ai comme une grande idée de Ken Kesey, et il est possible de faire un personnage monumental - Henry Stampers - sans tomber dans la surenchère. Il y aussi les Snopes de Faulkner.
Je dirais pour terminer que j'ai eu le sentiment de regarder une (bonne) série télé. Même si je n'en regarde jamais, je sais en revanche qu'il en a des sacrément bonnes, et que vous pouvez regarder une saison complète en un weekend. En revanche, ce que je ne supporte pas avec les séries, c'est le rythme effréné, un événement à la minute, il faut avoir un calepin pour garder le fils, et ensuite, les exagérations qui, même si elles sont à petites doses; elles sont déposées ici et là pour être certain que l'on comprenne bien ce qui se passe, et qui est le bon et qui est le méchant. le bon, pas si bon et le méchant, plus méchant qu'on peut l'imaginer... bien sûr.
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NicolasElie
  29 septembre 2017
Hermann Melville, ça te parle ? Si c'est le cas, t'as plus lu que l'adjointe à la culture de ma ville, quand je lui ai proposé un salon du livre… Tu vois l'idée ?
Pourquoi je te parle de Melville ? Parce que quand j'ai lu ce roman, j'ai bien sûr pensé à Moby Dick… Pas longtemps, mais un peu. L'océan, les baleiniers, les hommes, la vie quoi…
Derrière le bouquin, il y a écrit que c'est l'un des dix meilleurs livres de 2016. Mazette, comme disait mon grand-père…
Je déconne. Il disait pas « Mazette ».
En revanche, j'avoue avoir été bluffé par ce roman, et du début à la fin. Pas vraiment par l'intrigue, qui est somme toute assez banale, et sans réel rebondissement, mais par ce style, par ces images que Ian McGuire te donne à voir. Un vrai roman d'aventureS, dans la lignée de ceux de London, et tu sais comme je suis prudent avec London et ses imitateurs… Un de ses recueils de nouvelles, pas trop connu, s'appelle « Les enfants du froid », et j'ai retrouvé « Dans les eaux du Grand Nord », ses descriptions, sa capacité à te faire ressentir la morsure de la banquise et la rudesse de ceux qui partaient chasser à cette époque, de l'autre côté de la terre. Une époque où l'on croyait encore que chasser la baleine était nécessaire. Une époque où tu pouvais côtoyer des hommes sans concession, sans pitié, et sans morale. Quoi, tu en connais encore aujourd'hui, des hommes sans morale ?
Quid de ce qu'il y a dans la tête des personnages ? Quid de la psychologie, comme ils disent dans Télérama ?
Bluffé, j'ai été, et bluffé tu seras aussi, comme disait Maître Yoda.
Chacun des personnages a sa propre histoire, et Ian McGuire te la donne à partager. Chacun de ces hommes est brutal, sans pitié, sans remord, et pour certains d'entre eux, la quintessence du mal, sans aucune concession et surtout, sans envie de rédemption et tu sais que la rédemption, c'est mon truc…
Le personnage principal, c'est Sumner. Il était chirurgien dans l'armée britannique. Il a dû faire des conneries, parce qu'il est plus dans l'armée, mais je t'en dis pas plus. C'est un gentil.
Un autre personnage, c'est Henry Drax. Lui, c'est un méchant. C'est écrit sur la quatrième de couverture. « Le mal à l'état pur », ils disent. C'est vrai. Nonobstant le fait qu'au 19e siècle, sur les baleiniers, tu devais en croiser quelques-uns, des mâles à l'état pur, il semble être plutôt barré comme garçon.
Une histoire de survie, d'abord, un peu comme dans « Le revenant » de Punke, dont ils ont fait un Capriofilm, mais aussi une histoire d'hommes et de rapports entre les peuples. Ceux qui pensent que la nature est leur mère, et qu'il faut la protéger, et les autres, qui pillent, sans vergogne, et imaginent qu'un ours blanc sera mieux dans un zoo que sur la banquise. Ouais, déjà, au 19e, il y en a qui pensaient ça. Je sais, ça a pas beaucoup changé…
Monsieur McGuire, c'est un vrai raconteur d'histoires. Tu vas tourner les pages, et tu vas mettre un pull, parce que l'hiver, là-bas, ça caille.
C'est un vrai roman noir, avec tous les ingrédients pour que tu passes un super moment de lecture. le style est parfois poétique, parfois proche de cette barbarie dont font preuve les personnages, mais toujours passionnant. C'est suffisamment rare pour être relevé.
Les personnages sont toujours sur le fil du rasoir, oscillant entre héroïsme et lâcheté, entre humanité et bestialité, et ça non plus, c'était pas gagné de te le faire partager. L'écriture est de grande qualité, et le style, encore une fois, proche de ces écrivains qui t'emportaient au bout du monde, et dont tu pensais, toi aussi, qu'il n'y en avait plus.
La violence, présente en permanence, notamment dans les rapports avec la nature qui ne pardonne rien à ces hommes âpres et sans concession, est rendue parfaitement à travers les mots que McGuire nous donne à partager. C'est du super boulot d'écrivain.
Ça aussi, c'est rare.
Tu vas voir le soleil, crois-moi, et ces lumières presque magiques qui existent dans le Grand Nord, tu vas entendre craquer la glace, cette glace qui peut te retenir pendant des mois jusqu'à ce que la mort te semble être la seule issue.
Tu vas pénétrer dans l'âme de Drax, tu n'y verras que la noirceur de l'enfer, sans aucun espoir de retour, et comme Sumner, tu vas comprendre que certains hommes sont l'incarnation des plus bas instincts de l'humanité. Tu vas avoir peur, toi aussi, d'être happé par ce mal et cette bestialité.
C'est un texte cru, sans concession au romantisme ambiant dans certains romans noirs. Il te dit les choses, te montre les hommes, et si t'as envie de gerber, parfois, c'est normal. Quand tu chasses le phoque, c'est pas du chiqué. le gourdin, il est gluant de sang, et la baleine, quand elle meurt, elle souffre, et elle hurle sa douleur aux hommes qui la tuent.
L'océan la regarde mourir, et comme toi, il ne peut rien faire qu'assister à la folie des hommes.
Un bémol ?
D'accord, je te fais un bémol.
Deux bémols, en fait.
J'aurais aimé entrer encore plus dans le crâne de Drax. Apercevoir plus encore ce qui fait sa noirceur et parfois, son héroïsme, malgré tout…
Un manque de puissance, parfois, un peu en retrait de ce que Ian McGuire est sans doute capable d'écrire quand il se lâche totalement.
En résumé, va le chercher, tu vas pas regretter tes 18 euros.
Lien : http://leslivresdelie.org
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critiques presse (6)
Telerama   07 août 2018
Magnifique roman sur la part sauvage des hommes et la beauté des grands espaces, cette œuvre est aussi une réflexion morale passionnante, poétique et diabolique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   24 juillet 2017
Dans les eaux du Grand Nord est une oeuvre pleine de bruit et de fureur, un opéra baroque et effrayant écrit par un poète dont on lit le premier roman traduit en français.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Actualitte   04 juillet 2017
Il offre un dépaysement extrême, une intrigue fascinante, garantit une émotion de lecture intense et pénétrante.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Telerama   21 juin 2017
La blancheur du paysage se pare de poésie noire, le thriller de reflets métaphysiques. Aux frontières de l'imagination.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeFigaro   01 juin 2017
Un baleinier, un harponneur, un ancien chirurgien, le combat du Bien et du Mal... Non ce n'est pas Moby Dick mais le deuxième roman du Britannique Ian McGuire.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LesEchos   03 mai 2017
« Dans les eaux du Grand Nord » n'est pas un récit d'explorateur ou un banal roman marin. C'est une noire traversée de l'âme malade des hommes, pris dans des glaces tachées de sang et d'humeurs.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
missmolko1missmolko1   05 mai 2017
Il fait demi-tour et repart vers la taverne. A cette heure de la matinée, le bar est presque désert. Un feu brûle faiblement dans l'âtre, une odeur de friture plane dans l'air. IL plonge la main dans sa poche, mais n'y trouve que des miettes de pain, un canif et une pièce d'un demi-penny.
- Un rhum, dit-il.
Il pousse son unique pièce sur le comptoir. Le barman examine le demi-penny, puis secoue la tête.
- Je pars demain à bord du Volunteer, explique-t-il. Je te laisserai une promesse de paiement.
Le barman renifle.
- Est-ce que j'ai une tête d’imbécile ? dit-il.
L'homme hausse les épaules et prend le temps de réfléchir.
- Pile ou face, alors. Mon bon couteau contre une rasade de rhum.
Il pose le canif, le barman s'en empare et l'examine avec soin. Il déplie la lame et la teste contre le gras de son pouce.
- Oui, ça c'est un beau couteau, dit l'homme. Il m'a encore jamais lâché.
Le barman tire un shilling de sa poche et le montre. Il lance la pièce et la plaque brutalement sur le comptoir. Tous deux regardent. Le barman hoche la tête, prend le couteau et le range dans la poche de son gilet.
- Maintenant va te faire foutre, dit-il.
L'homme ne change pas de visage. Il ne manifeste aucun signe de colère ou de surprise. C'est comme si la perte du couteau s'inscrivait dans un plan plus vaste et plus complexe dont lui seul est informé. Après un moment, il se penche, enlève ses bottes de marin et les pose côte à côte sur le comptoir.
- On recommence, dit-il.
Le barman lève les yeux au ciel et se détourne.
- J'en veux pas, de tes putains de bottes, repete le barman.
- T'as mon couteau, réplique l'homme. Tu peux plus reculer.
- J'ai pas besoin de putains de bottes, répète le barman.
- Tu peux plus reculer.
- Je fais ce que je veux, merde !
Appuyé à l'autre bout du comptoir, un Shetlandais les observe. Il porte un bonnet de laine et une culotte en toile incrustée de crasse. Il a les yeux rouges et baladeurs d'un ivrognes.
- Moi je vais t'offrir à boire, dit-il, pourvu que tu la boucles.
L'homme le regarde. Il s'est deja battu avec des Shetlandais, à Lerwick et à Peterhead. Ils ne sont pas très doués pour la bagarre, mais ils sont têtus et on a du mal à en finir avec eux. Celui-ci a dans sa ceinture un couteau à dépecer les baleines tout rouillé et arbore un air bravache et maussade. Après un bref silence, l'homme hoche la tête.
- C'est pas de refus, dit-il. J'ai passé la nuit aux putes et j'ai le gosier sec.
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Corboland78Corboland78   20 juin 2017
Il observe une des femmes qui fait chauffer sur la lampe une casserole en métal pleine de sang de phoque. Quand le sang fume, elle la retire de la flamme et la fait circuler. Chacun boit, puis fait passer. Ce n’est ni un rite ni un rituel, comprend Sumner, c’est simplement leur façon de s’alimenter. Quand la casserole lui parvient, il la refuse ; comme ils insistent, il la prend, renifle, puis la tend à son voisin de droite. Ils lui proposent un morceau de foie cru, qu’il refuse également. Il se rend compte qu’il les offense, il remarque les lueurs de tristesse et de confusion dans leurs yeux, et se demande s’il serait plus simple, préférable, de leur faire plaisir. Quand la casserole revient à lui, il accepte et boit.
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AllantversAllantvers   09 juillet 2017
L'intelligence ne vous mène nulle part, pense-t-il, seuls les idiots, les brillants idiots hériteront la terre.
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rkhettaouirkhettaoui   17 avril 2018
Stevens était un brave homme, travailleur, loyal, obéissant, mais il existe des gens incontrôlables. C’est la simple vérité. Ils sont trop pervers, trop bêtes. Ils n’exécutent pas les ordres, ils refusent de se laisser gouverner. Un homme comme Henry Drax, par exemple, est un grave danger pour tous ceux qui l’entourent ; il n’a aucune conception du bien commun ; il ne connaît d’autre maître que lui-même et ses vils penchants. Quand un homme comme moi, un homme honnête, un homme d’affaires, de bon sens, découvre qu’il a parmi ses employés un salopard aussi dangereux et ingouvernable, la seule question est : comment puis-je au mieux me débarrasser de lui avant qu’il me détruise, moi et tout ce pour quoi je travaille ?
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rkhettaouirkhettaoui   17 avril 2018
Pour Sumner, les hommes qui viennent à lui ne sont que des corps : des jambes, des bras, des torses, des têtes. Leur chair forme la totalité de ses préoccupations. Quant au reste de leur personne – leur caractère moral, leur âme –, il y est tout à fait indifférent. Il estime qu’il n’a pas le devoir de les instruire ou de les guider vers la vertu, qu’il n’a pas à les juger, à les consoler ou à sympathiser avec eux. Il est médecin, il n’est ni prêtre, ni magistrat, ni conjoint. Il guérit leurs lésions, il trouve un remède à leurs maladies, quand c’est possible, mais, au-delà de ça, ils n’ont aucun droit sur lui, et lui, dans son état actuel de désarroi, n’a aucun réconfort à leur prodiguer.
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