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ISBN : 2266200585
Éditeur : Pocket (01/09/2011)

Note moyenne : 3.76/5 (sur 34 notes)
Résumé :

Au Mboasu, petit État d'Afrique équatoriale, vieux dictateur et enfants soldats se disputent le pouvoir en déchirant le pays.

Pendant ce temps, comme le fait Ayané dans un orphelinat de guerre, les femmes s'échinent à recoller les morceaux.

Portées par le verbe des morts et des disparus, elles renforcent le lien entre l'Afrique d'hier et celle d'aujourd'hui.

C'est par elles que ce continent construira son aveni... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
popie21
  29 août 2018
Le sous-titre de ce roman est Sankofa cry et il résume presque à lui seul le thème central du livre qui est d'ailleurs, à mon sens, plus un conte qu'un roman. Sankofa c'est la somme de toutes les douleurs : la diaspora causée par l'infâme traite négrière, les meurtrissures de la colonisation, les humiliations de la post-colonisation, les dictateurs corrompus et les guerres fratricides qui mutilent la jeunesse et l'avenir ; les souffrances de tout un peuple, celui de l'Afrique Subsaharienne, réunies dans une même plainte sourde et languissante.
Au travers de ce roman, Léonora Miano pousse ses personnages à entendre enfin cette plainte, à l'intégrer, à la comprendre et à la reconnaître. Les maux dont ils souffrent, les épreuves qu'ils endurent sont le fruit d'une plaie restée béante mais qui ne dit pas son nom. Les Aubes écarlates c'est tout le sang qui coule encore de cette plaie qui ne veut pas se refermer. La reconnaissance c'est l'acceptation et l'intégration du passé dans le présent de l'Afrique Subsaharienne pour qu'enfin les populations qui la peuple puissent ouvrir les yeux sur cette blessure et la soigner définitivement.
L'Afrique Subsaharienne doit faire le deuil de ces ancêtres, ceux dont les corps sans sépulture tapissent les fonds de l'Océan Atlantique, ceux qui, dispersés par la traite négrière, ne sont jamais revenus, et honorer leur mémoire au lieu de l'occulter. La solution que propose Léonora Miano est simple et symbolique, ériger des monument à la mémoire des morts et disparus de la traite négrière.
L'Afrique Subsaharienne doit accorder son pardon sans attendre de geste de l'Occident qui se considère prescrit de toutes responsabilités. Accorder son pardon pour se reconstruire, ce sont les mots du roman : "Sankofa ! Pour résider en nous-mêmes, mais aussi hors de nous, réconciliés avec nos peines. Sankofa ! Pour nous délivrer de toute haine." car "le pardon n'est pas parent de l'oubli... le pardon n'est pas mort dans la traversée transatlantique*". Il est le seul remède, le seul baume à appliquer sur le passé pour enfin pouvoir tourner la page et envisager l'avenir sereinement car "Sankofa est le nom d'un oiseau mythique. Il vole vers l'avant, le regard tourné en arrière, un oeuf coincé dans son bec. L'oeuf symbolise la postérité. le fait que l'oiseau avance en regardant derrière lui signifie que les ressorts de l'avenir sont dans le passé. Il ne s'agit pas de séjourner dans l'ancien temps, mais d'en retirer des enseignements..." Enfin tout ça Léonora Miano l'explique bien mieux que moi dans son roman et sa postface.
C'est donc un roman très dense, à l'écriture non conventionnelle, difficile à intégrer (je cogite sans arrêt depuis que j'ai refermé le livre) et riche d'enseignements. C'est aussi un magnifique conte, qui nous happe et nous transporte dans le ressenti des peuples d'Afrique Subsaharienne avec beaucoup de douleurs mais aussi un grand message d'espoir.
Léonora Miano est née au Cameroun et vit en France depuis 1991, aussi je pense qu'il est essentiel, pour nous européens, de lire ses romans afin de se confronter à son point de vue, elle qui a l'avantage et le privilège de partager deux cultures et deux continents.
(*) Nathalie Etoké
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nadiouchka
  20 août 2018
Léonora Miano, écrivaine camerounaise, après les succès de sa trilogie africaine « Red in blue », nous offre cette fois « Les Aubes écarlates ». Elle frappe les trois coups et elle frappe fort. Son inspiration lui est venue des « marrons », des esclaves ayant réussi à fuir leurs maîtres.
Femme de lettres franco-camerounaise, Léonora était venue s'installer en France pour étudier la littérature américaine. Elle vit actuellement à Paris.
Ici, elle reste dans le domaine de la fiction mais le sujet est bien réel en ce qui concerne le Continent Africain et tous les crimes qui y ont été commis.
Le titre original du livre est « Sankofa cry ». A l'origine, il s'agit d'un oiseau mythique qui vole avec un oeuf dans son bec. Il est le symbole de la croyance que le passé est un guide pour préparer le futur, ou encore « la sagesse qui permet de tirer les leçons du passé construit l'avenir. »
En page 117, on trouve aussi ceci : « Nous sommes le cri de San Ko Fa, qui dit que le passé le plus amer ne peut être ignoré. » Tout cela est bien compatible mais venons-en à l'ouvrage :
Au Mboassu, un petit État imaginaire de l'Afrique équatoriale, un jeune garçon, Epa, est enrôlé de force dans l'armée d'Isilo, un chef de guerre sanguinaire. Ecoeuré devant toutes les atrocités commises par ce groupe, Epa réussit à s'enfuir, grièvement blessé, et c'est une femme très attentionnée, Ayané qui va le soigner et l'aider à se reconstruire.
Ayané, également surnommée « La fille de l'étrangère » à Eku car sa mère venait de Losipotipé, une autre tribu, travaille dans une association « La Colombe » qui appartient à une femme blanche mais qui se dévoue pour les Africains. On pourrait d'ailleurs dire « blanche de peau et noire de coeur .

Avec ce quatrième roman, Léonora Miano relate deux tragédies du Continent Africain : celle actuelle des enfants-soldats et celle, plus ancienne, de la traite négrière.
Nous lisons ainsi tous les terribles événements qui gangrènent ce pays. Des retours sont faits sur le passé que l'on ne peut pas ignorer. Ce sont des récits à plusieurs voix sur un pays où le gouvernement est régi par des voleurs et pire encore car ils sont, eux aussi, des assassins.
Outre les nombreuses guerres intestines, c'est également l'histoire du déracinement car Ayané va rester longtemps cette « Fille de l'étrangère » mais cela ne l'empêchera pas de se dévouer corps et âme à tous les blessés dont la liste est longue.
Avec cette fiction d'un pays imaginaire (où il m'est impossible de parler, ne serait-ce qu'un peu de toutes les atrocités), l'auteure nous fait comprendre comment et pourquoi, la population ne peut pas vraiment agir : elle subit surtout.
Avec ce titre « Les Aubes écarlates », cela signifie pour moi que ces « aubes » sont devenues « écarlates » à cause de tout le sang versé, trop de sang.
C'est un livre magnifique où l'on entend les voix des disparus qui n'ont pas trouvé de sépulture mais qui ont recouvert le Continent noir de leur linceul. Ce sont les esclaves disparus en mer, de ceux qui ont réussi à s'expatrier sur d'autres continents. Et l'Afrique a été plongée dans un maelstrom de sang et de honte occasionné par des guerres civiles.
En guise de conclusion, j'ai voulu retranscrire les dernières lignes de cet ouvrage qui sonnent comme une mise au point : « A ceux qui se demandent en quoi cette question intéresse d'autres que les Africains et leur diaspora, nous rappelons simplement que toute violence faite à l'autre est une violence faite à soi-même. Et comme le dit Édouard Glissant, « … ce gouffre est un non-dit des cultures mondiales : toutes les humanités sont filles de ce gouffre-là. Tant que l'on n'aura pas établi la réalité de cet immense cimetière qu'est l'Atlantique, il manquera quelque chose à l'imaginaire des humanités. » C'est donc l'humanité dans sa globalité qui a été offensée, et qui le demeure, tant que le silence pèse. Les exhalaisons des transbordés sont l'air que nous respirons, nous tous, tant que nous ne leur avons pas fait droit. ».
Cela peut paraître un peu long mais je n'ai pas trouvé l'occasion d'y faire une coupe et j'ai donc préféré relever intégralement les derniers mots de ce livre de Léonora Miano.
J'ai toute de même remarqué une jolie critique de « Madame Figaro «  « Jeanne de Ménibus » : « Est-ce parce qu'elle parle aux esprits que son propos nous parvient si limpide ? Une chose est sûre : son magnifique roman a la puissance d'un exorcisme. »
Je crois qu'à présent tout est dit ou presque.
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PiertyM
  23 juin 2015
Relevant purement du panafricanisme le livre. de même que Epa, enfant soldat reçoit pour mission de rassembler tous les enfants du village d'Eku déportés par des rebelles pour en faire des guerriers ou enfants soldats, de même que Les aubes écarlates: Sankofa Cry, troisième livre de la trilogie sur le pays de Mboasu, de Léonora Miano, opte pour mission de rassembler les hommes des terres africaines autour d'un même idéal.
La mission d'Epa lui a été confié par son frère sacrifié par des rebelles dans L'intérieur de la nuit, qui n'est autre que la voix des ancêtre ou la voix de la mémoire du monde ou encore la voix de la pureté, ailleurs on dira la voix de Dieu....
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Leiloona
  03 avril 2012
Qu'il soit fait clair pour tous que le passé ignoré confisque les lendemains.
Qu'il soit fait clair pour tous qu'en l'absence du lien primordial avec nous, il n'y aura pas de passerelle vers le monde.
Qu'il soit fait clair pour tous que la saignée ne s'est pas asséchée en dépit des siècles et qu'elle hurle encore, de son tombeau inexistant.
Qu'il soit fait clair pour tous que rien ne sera reconstruit, chez ceux qui n'assurèrent pas notre tranquillité.
Ne crains pas de comprendre, de rapporter notre propos. Nous sommes les cieux obscurcis qui s'épaississent inlassablement, tant qu'on ne nous a pas fait droit.
Voici les phrases qui terminent le premier chapitre du nouveau roman de Léonora Miano. Ce sont presque des phrases prophétiques, des versets rythmés par l'anaphore "Qu'il soit fait clair". Ce chapitre intitulé "Exhalaisons" rythmera l'oeuvre entière, puisqu'il s'intercalera entre chaque chapitre, tel un refrain lancinant et entêtant.
Entre chaque exhalaison, s'écoulera la narration.
Au début du récit, le lecteur retrouve Ayané, déjà présente dans L'Intérieur de la nuit. (On retrouvera aussi Musango, le personnage principal de Contours du jour qui vient.)
Dans cette précédente histoire, la jeune femme était revenue à Eku, le village de ses parents, pour assister à la mort de sa mère, mais alors qu'elle était au village elle avait aussi été le témoin d'un évènement bien plus cruel : le massacre d'un enfant. Un peu plus tard, les Rebelles qui venaient de commettre cet acte innommable ont pris neuf enfants à Eku. Neuf enfants devenus par la force des choses des soldats. A neuf ans. Ayané avait alors été meurtrie par cette région qui acceptait si facilement la mort ou la perte d'un enfant.
Dans ce nouveau roman, Ayané a trouvé refuge dans une association tenue par une femme blanche. Une femme blanche de peau, mais dont le coeur appartient au continent africain. Ce pays est le sien même si son corps n'en porte pas la couleur. Dans la maison de cette femme, si joliment appelée "La Colombe", sont recueillis des enfants abandonnés et meurtris par la guerre civile qui fait rage à l'extérieur. le lecteur reprend donc là où l'histoire s'était arrêtée.
Justement, un enfant-soldat vient d'arriver à la maison. Ayané n'ose encore y croire, mais il se pourrait bien que derrière ces blessures se dessine le visage d'Epa. Un enfant d'Eku. Un des neuf.
Epa se réveille, et après avoir reconnu Ayané, cette fille de l'étrangère, le voici qui commence à raconter ce qu'il vient de vivre. du moment où il est parti du village jusqu'à son arrivée à l'association. Inutile de vous dire que c'est un chant salvateur qui s'élève de la gorge d'Epa, salvateur puisque cet adolescent se doit de transmettre aux autres l'histoire de son pays, voire du Continent pour pouvoir survivre. Il est aussi préjudiciable pour la société d'oublier et de se tourner vers l'avenir tant que la blessure du passé est encore trop présente.
Le passé est une force qu'il est bon de connaître et de dire.
Les épisodes racontés ne ménagent pas vraiment de détails, mais c'est un détour indispensable pour bien comprendre ce continent. On ne peut ressentir qu'un profond dégoût lorsque certains faits sont racontés, mais à quoi bon se voiler la face quand cela est vraiment arrivé ? Ici l'existence repose sur un gouffre, écrit le narrateur. Mais comment penser autrement face à de telles ignominies ? Souvent, il ne suffit que de dix minutes aux rebelles pour installer des barbelés entre un enfant et son avenir.
Et une vie entière ne sera pas assez longue pour oublier : Ces assassinats nous habiteraient. Ils seraient en nous, comme un mal incurable. Rien ne nous guérirait plus. En sanglotant, j'ai songé que nous n'avions plus notre place à Eku. Et moi le premier. J'avais tellement voulu rejoindre ces Forces du changement ... Je me suis revu, bombant le torse, marchant vers Isilo, la nuit où il nous a agressés. J'étais fier de lui servir d'interprète. Honoré de faire allégeance à son projet. Au fond tout était de ma faute. J'avais ouvert les portes du Mal ...
Epa poursuit son récit, celui des "Embrasements" comme le montre le titre du chapitre suivant. C'est le chapitre de l'incandescence, de la violence.
Puis, l'histoire s'arrêtera durant le temps d'un chapitre, avec de nouvelles exhalaisons.
D'où viennent ces dernières ? D'où sortent-elles ? Elles semblent venir d'âmes errantes : On s'était emparé de nos corps, mais nous préservions nos âmes.
En fait, il s'agit de ces hommes qui disent que le passé le plus amer ne peut être ignoré, ils incarnent le cri de San Ko Fa. Ce sont ces hommes qui ont vécu la traite et qui sont morts durant le traversée. Les voici de retour sur le continent africain.
A travers ces récits à plusieurs voix, ce roman montre à quel point l'esclavage colonial a marqué ce contient. Ces exhalaisons, ce sont les voix de ces hommes morts durant la traversée à fond de cale. Les Aubes écarlates leur donne enfin une Voix pour faire entendre leur cri. Voilà pourquoi le premier chapitre est rythmé comme un chant. C'est une véritable sépulture qu'offre ce livre ou du moins c'est un appel à ériger un monument pour ces hommes morts lors de cette traite. Tant que ce passé restera dans les limbes de l'oubli, il sera impossible selon l'auteur d'aborder sereinement l'avenir.
Mais la route est longue encore pour que les hommes de ce continent comprennent l'utilité de ce passé : le monde pouvait-il comprendre tout cela ? La jeune femme en doutait. le Continent lui-même n'était pas culturellement outillé pour venir à bout de ses fièvres qui le terrassaient. Généralement, lorsqu'une personne souffrait d'un mal autre que physique, on parlait immédiatement d'envoûtements, de sorcellerie, d'attaques mystiques.
Pouvait-on guérir définitivement d'un mal sans nom ?
C'est donc un continent où le renversement des valeurs a eu lieu que ce roman nous peint. Un continent où les voleurs qui gouvernent ce pays ne sont jamais sanctionnés (...) Et puisque ceux qui commandent dans ce pays sont aussi des assassins impunis, le peuple les imite, fait foule pour tuer.
C'est donc un peuple qui délaisse ses morts, dont la vue ne dérange plus personne.
Un continent voué à l'échec.
Sauf si quelqu'un entend la voix de ces âmes errantes et prend la place d'un messager. La Parole peut alors être entendue. Cette voix sera celle d'Epupa. Elle reprendra alors un poème de Birago Diop :
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire
Et dans l'ombre qui s'épaissit (...)
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule.
L'espoir vient peut-être de cette personne.
Sankofa, dit-elle, pour qu'ils habitent notre mémoire. Sankofa ! Pour que le passé nous enseigne qui nous sommes à présent.
(...) Ne crains pas de cheminer vers l'origine ! Ensuite seulement tu pourras te déployer !
Voici donc un roman qui montre le cheminement d'un peuple, de ses errances jusqu'au potentiel apaisement, comme peut le symboliser le titre "Coulées" du dernier chapitre. Cette eau qui laverait ce continent de ses douleurs.
C'est aussi un livre qui parle de déracinement. Ayané est une jeune femme qui n'est toujours pas acceptée par les siens, elle reste la fille de l'étrangère. Cette histoire est donc aussi la sienne, autant que celle du Continent.
C'est donc un roman ancré dans la Terre, un roman tellurique.
Comment rester insensible à ce chant, à cette souffrance que Léonora Miano a su faire remonter au plus profond d'elle-même. Et puis, même si ce livre parle bien-sûr du continent africain, de la partie subsaharienne, il tend aussi à l'universel.
Léonora Miano fait partie de ces auteurs dont la profondeur d'écriture n'est plus à démontrer, et dont la musique m'envoûte à chaque fois.
Lien : http://www.bricabook.com/arc..
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Amakir
  17 mai 2019
L'écriture est racée, l'atmosphère me plait et pourtant je n'ai pas été embarquée par ce livre.
Il m'a manqué un petit quelque chose, du rythme peut-être.
J'associe souvent la musique et la lecture. D'ailleurs, il m'arrive fréquemment de lire ou d'écrire en écoutant mes morceaux préférés.
Je n'ai malheureusement pas reconnu de musicalité particulière...
Je suis passée à côté. Je n'ai pas pu pleinement apprécier ce roman, cela arrive.
Je n'ai pas dit mon dernier mot. Je lirai à nouveau cette auteure qui met à l'honneur l'Afrique d'hier et d'aujourd'hui, où l'avenir est conduit par le regard et le courage des femmes.
Lu en septembre 2018.
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critiques presse (1)
Lecturejeune   17 février 2012
Lecture Jeune, n°132 - décembre 2009 - Après L'Intérieur de la nuit et Contours du jour qui vient (Prix Goncourt des lycéens 2006), Leonora Miano continue sa trilogie africaine. Le personnage central, Epa, a été enrôlé de force dans les troupes d'un meneur fou qui prétend s'emparer d'une région d'Afrique subsaharienne. L'adolescent, dont le frère a été sacrifié sous ses yeux, prend part avec les autres enfants soldats aux actes de barbarie perpétrés par la bande rebelle dans les villages. En fuite, seul, il se sent entouré de présences hostiles, ombres enchaînées venues demander réparation pour les crimes du passé. Sur tout le continent africain, les âmes des esclaves déportés sèment la folie dans les esprits en attendant que justice leur soit rendue, car elles n'ont pas trouvé le repos que leur procurerait une stèle pour honorer leur mémoire.
Les thèmes initiaux du roman - la guerre, l'enfant-soldat - découlent de la violence majeure dans l'histoire du continent : les razzias de la traite négrière, aujourd'hui occultée, à laquelle ont participé les marchands d'esclaves africains. Epa, recueilli par Ayané, qui soigne les victimes de la violence, va reprendre goût à la vie et tenter de ramener les enfants enlevés du village. Il importe de rendre à la communauté ses enfants, de la même manière qu'il faut rendre justice à la mémoire des disparus. Porteur d'un message fort sur le devoir de mémoire, le roman est d'une écriture poétique indéniable. Comme une mélopée, les voix des disparus scandent la tragédie, à la manière du choeur des Erinyes dans le théâtre grec. Le texte se prête parfaitement à une lecture à haute voix. Néanmoins, cet ouvrage « difficile », sur un volet méconnu de l'histoire, aura besoin de la médiation des enseignants, ou des bibliothécaires. Cécile Robin-Lapeyre
Lire la critique sur le site : Lecturejeune
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
popie21popie21   25 août 2018
Lorsque nous avons quitté la mine, nos corps sentaient la mort de tous ces hommes. Une odeur de sang, de chair carbonisée. Mes mains tremblaient. Mes oreilles bourdonnaient de leurs cris. Ce n'est pas facile de tuer, Ayané. On s'imagine des tas de choses à ce sujet. On regarde trop de mauvais films. Laisse-moi te le redire : ce n'est pas facile de tuer.
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nadiouchkanadiouchka   31 octobre 2018
Une femme sans visage a bondi vers moi, faisant claquer sa chaîne, entraînant avec elle quelques-uns de ses compagnons. Elle a posé une main froide sur mes lèvres, tandis que ceux qui l’entouraient se mettaient à hurler : Sankofa ! Sankofa ! *
* Sankofa est un mot akan, qui signifie retour aux sources, ou retourne chercher ce qui t’appartient, selon les traductions.
P.66
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popie21popie21   27 août 2018
Les gamins que nous avions trouvés sur place ne venaient pas nous aider. Ils attendaient les ordres, ne prenaient aucune initiative, agissaient machinalement. C'était une technique de survie. Désolidariser les actes de la pensée. En faire des réflexes. Minimiser ainsi leur portée.
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bibliopmobibliopmo   08 septembre 2009
A quelques pas de là, le vent hurlait à travers le feuillage des arbres. On aurait dit un chœur enragé. Dans l’obscurité épaisse de cette nuit, les balles ont fusé. Ils se sont tirés dessus jusqu’au point du jour. Nous ne portions pas d’armes, nous autres. Comme je te l’ai dit, on ne nous les laissait pas. On ne nous les donnait que lorsqu’une opération avait été prévue, et seulement à la dernière minute. Ceux d’entre nous qui possédaient des lames, des couteaux ou des pointes de quelque sorte, ne pouvaient s’en servir. Nous étions à plat ventre, cependant que les balles volaient au ras de nos têtes. Parfois, des cris ont été lancés. Près de moi. En face de moi. A côté de moi. Impossible de savoir par qui. Il faisait encore plus noir qu’à notre arrivée. Quelqu’un avait dispersé les branches du foyer, d’un coup de pied mesquin. Les dernières flammes n’avaient pas mis longtemps à s’éteindre.
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nadiouchkanadiouchka   21 octobre 2018
Je me souvenais de ce proverbe eku :
Aux anciens, Nyamey a accordé une longue vie. Aux jeunes, il a donné une longue vue.
Pour moi, cet adage résume la pensée non écrite de nos anciens. Il signifie que nos pères savaient qu’il y avait un temps pour tout. Ils nous ont légué des coutumes adaptables.
P.70
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