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EAN : 9782330141004
160 pages
Éditeur : Actes Sud (07/10/2020)
4.28/5   892 notes
Résumé :
Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (231) Voir plus Ajouter une critique
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TerrainsVagues
  07 octobre 2018
Salina les trois exils ou les bienfaits du recyclage.
Le théâtre ayant probablement encore moins d'adeptes que la poésie chez les visiteurs de librairies, Laurent Gaudé et Actes Sud ont fait de cette pièce un roman. Excellente idée, comme si souvent chez l'auteur et l'éditeur.
Je n'ai jamais aimé qu'on me raconte des histoires. Tout petit déjà, pour m'endormir, ce n'était pas mon truc. Ca ne s'est pas arrangé avec l'âge bien que… si on y met quelques formes…
Bon, Laurent Gaudé a cette écriture qui me parle associée aux indignations qui me chatouillent. Je pense qu'il pourrait me lire ou me réécrire les pages jaunes de la Creuse en réussissant à me captiver. Mon objectivité est donc mise à rude épreuve, c'est vrai. Bref, Gaudé, c'est top.
Ai-je besoin de préciser que j'ai adoré ce bouquin ? Ai-je besoin de préciser que j'aime que Laurent Gaudé me raconte une histoire ?
J'ai aimé avoir cette impression d'être au coin du feu à écouter l'ancien, d'avoir la sensation que le temps s'est arrêté pour laisser à la nuit, le temps qu'il faut à une vie pour se répandre. Et puis ce sentiment que chaque virgule est une apnée, chaque point un sursis, quel pied !!!
En fait d'ancien, dans Salina c'est plutôt un ancien depuis moins longtemps que d'autres qui raconte mais le résultat est le même. L'Afrique, ce continent qui m'a toujours attiré, m'a happé dès la première page. Entre conte et légende, l'envoutement a été total. Je me suis vu sur une barque de pêcheur, écoutant parmi les autres, l'histoire de Salina racontée par Malaka. Malaka, lui « fils de l'énigme » en route pour porter sa mère vers sa dernière demeure sur l'île cimetière.
« Moi, Malaka, fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina, la femme aux trois exils. Je vais dire ma mère qui gît là au fond de la barque, et le monde qui apparaîtra sera fait de poussière et de cris. »
« Moi, Malaka, venu de si loin pour vous porter ma mère, je dois raconter maintenant le temps qui passe, inutile. Les heures de désoeuvrement et d'errance. Salina n'est plus rien pour personne. C'est de ce jour qu'elle commence à parler aux pierres, à haranguer les serpents. C'est de ce jour l'éclipse de son esprit, parfois, qui lui fait maudire les étoiles. »
Entre ces deux citations, une vie, la condition féminine, des traditions, une vengeance, le tout porté par une écriture qui correspond à mes attentes. le sujet est dur, violent mais rien n'est gratuit. Chaque mot est nécessaire, chaque mot est à sa place. Ce texte est empreint de poésie, comme un baume apaisant la rage de Salina.
Trois exils, trois ex ils… encore une perle.
S'il te plait Malaka, dessine-moi encore Salina.
S'il te plait m'sieur Gaudé, dessine-moi d'autres lettres sur d'autres pages.
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Ladybirdy
  05 mars 2019
Sous une constellation de souvenirs, Malaka se doit de raconter le récit de la vie de sa mère Salina afin que le cimetière décide de s'ouvrir ou pas pour elle.
Destin tragique dans une Afrique ancestrale, tambours battants sur les injures que portera toute sa vie Salina, une femme aux allures épiques qui se nourrira du sang de la haine et du souffle de la vengeance.
Salina, nouveau-né abandonné dans la forêt africaine sera recueillie par le clan de Mamambala. Elle grandira insouciante et proche du plus jeune des fils de Mamambala, Kano. Mais c'est à l'ainé qu'elle est promise, ce frère dont Salina hait chaque geste. de cette union naîtront deux enfants et une haine sans cesse grandissante pour cette union ingrate.
Salina, l'histoire tragique d'une femme puissante et lumineuse guidée par les étoiles, escortée par les hyènes, exilée loin des hommes et portant la liberté comme seul habit.
L'histoire d'une légende aux larmes de sel dont Laurent Gaudé rend le récit magistral à travers son écriture immersive et palpable.
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Fandol
  27 avril 2019
Le jour des origines, une scène terrible, déchirante ouvre le dernier roman de Laurent Gaudé qui, une fois de plus, ne déçoit pas, bien au contraire. Après avoir lu La mort du roi Tsongor, La porte des Enfers, Eldorado et Écoutez nos défaites, il ne fallait pas manquer celui-ci.
Dans Salina, les trois exils, il choisit la forme littéraire qui lui convient le mieux, celle du conte sans dater précisément son récit et sans le situer vraiment géographiquement, même s'il est permis d'en avoir une petite idée.
« Un petit être de chair est là, depuis des jours, des semaines, d'aussi loin qu'est parti cet homme étrange, et il pleure avec force, sans se lasser. » Une seule personne a le courage de braver l'indifférence des Djimba, leur peur devant ce bébé inconnu : Mamanbala et c'est elle qui l'appelle Salina, à cause du sel des larmes versées.
Après un préambule aussi fort, l'auteur propulse son lecteur à l'autre bout de la vie de Salina, au moment où Makala, son fils, revient avec une caravane de la tribu. le lendemain, ils partent tous les deux pour ce qui est le dernier voyage de Salina, au-delà du Mont Tadma qui ferme l'horizon.
Salina sait qu'elle va mourir et Makala veut lui trouver une sépulture sur une île cimetière qu'il découvre en arrivant en ville. L'auteur conte cela avec douceur, sensibilité comme lorsque le fils nettoie le corps de sa mère.
Pour qu'elle soit acceptée sur cette île-cimetière, il doit raconter la vie de la défunte et c'est dans une barque, avec d'autres barques transportant des témoins que Makala commence à raconter. C'est à la fois passionnant et terriblement poignant.
Plein de vie et d'amour, ce roman m'a fait partager une existence marquée par la violence, une violence insupportable, injuste et perfide mais la magie du conte opère jusqu'au bout parce que Makala, le fils aux deux mères, a raconté jusqu'au bout la vie de Salina.
Laurent Gaudé, tout en charmant son lecteur par une écriture fluide et sensuelle, donne une vraie leçon de vie : « Elle sait, elle, que la vie se soucie peu de la volonté des hommes, qu'elle décide à leur place, impose, écarte les chemins qu'on aurait voulu explorer et affaiblit ce qu'on croyait éternel. »
Comment ne pas partager ce qui est dit et réfléchir en lisant cette phrase ? Comment ne pas prendre un plaisir infini en découvrant cette existence même si la révolte bouillait en moi devant tant d'injustice et de malveillance envers cette femme hors du commun ?

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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marina53
  15 juillet 2019

Venant d'on ne sait où, sûrement par delà la montagne Tadma, un cavalier, couvert de poussière et comme scellé à son cheval, dépose, tout près de Sissoko Djimba, le chef du village, un paquet emmailloté d'où s'échappent des cris perçants. Puis repart sans un mot...
C'est ainsi que commence l'histoire de Salina, dans ce désert de pierres et de sable, balayé par un vent chaud. C'est ainsi que commence le récit de Malaka, le troisième fils de Salina, aux portes du cimetière qui pourrait accueillir le corps de sa mère. Comment raconter l'enfant abandonnée, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils ?
Seul Laurent Gaudé, à travers le récit de Malaka, pouvait nous narrer la vie de Salina, nous émouvoir et nous transporter au coeur d'un récit épique et époustouflant. Entre conte africain, tragédie antique et drame moderne, l'auteur aborde brillamment différents thèmes tels que l'exil, la haine, l'amour, la vengeance, la guerre, la colère, l'honneur... Femme bannie par son peuple qui l'avait pourtant recueillie, mariée de force, condamnée à l'exil, Salina, femme soumise et humiliée, n'aura de cesse de se venger de ceux qui l'ont rejetée et blessée. Gorgé de soleil et de poussière, nous plongeant dans une ambiance étouffante et parfois violente, ce court récit, adapté de la pièce de théâtre éponyme, fait montre d'une richesse et d'une originalité incroyables, d'un souffle puissant. Un conte à la fois sombre et lumineux servi par une prose lyrique et saisissante.
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palamede
  31 janvier 2019
Un drame antique venu d'Afrique.
Salina n'a que sa haine et son désir de vengeance pour laver l'affront des hommes. Forcée d'épouser le mauvais frère, toute une vie ne suffira pas à réparer ce qui a été brisé en elle.
Que l'on soit africaine ou d'un autre continent le poids insupportable des hommes est le même. Souvent les femmes, démunies face à la primauté masculine et aux traditions, n'ont d'autres choix que de s’incliner, et les quelques rebelles à subir l'opprobre de tous ou presque.
Laurent Gaudé, avec le style très particulier qui est le sien, fait une fois de plus mouche avec ce conte africain dédié à une femme qui refuse son sort. Les mots et les images de la tragédie de Salina, puissants et beaux, traduisent avec vraie amplitude une réalité universelle et intemporelle.
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critiques presse (7)
Actualitte   18 avril 2019
Magistral ! Un des meilleurs livres que j'ai lu ces derniers temps.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Actualitte   17 décembre 2018
La langue de Gaudé, vibrant à travers Malaka, est une caresse sur nos âmes de lecteurs. Elle devient un chant d'espoir, pour toutes les femmes brisées, soumises et humiliées. C’est un texte où « tout s’achève et tout commence en même temps ». A lire à haute voix en attendant les fêtes.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaCroix   30 novembre 2018
À travers le récit de la vengeance d’une femme blessée, l’écrivain Laurent Gaudé célèbre la puissance du verbe.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeDevoir   19 novembre 2018
Le dernier roman de Laurent Gaudé, Salina, s’ancre dans un monde lointain, apparenté à l’Afrique saharienne, prenant racine dans une époque révolue. C’est un univers proche de celui des mythes anciens, mais qui, une fois apprivoisé, se révèle au plus profond de nous, intemporel et universel, puissant.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Liberation   22 octobre 2018
La sincérité de Gaudé n’est pas mise en cause. L’élan qu’il imprime à son texte en témoigne. Mais il ne parvient pas à mettre en œuvre la prose ascétique idéale qu’il vise. Quand il est content d’un épisode, il le répète.
Lire la critique sur le site : Liberation
Lexpress   18 octobre 2018
Le dixième roman de Laurent Gaudé a la pureté toute simple des tragédies antiques, surchauffées par la hargne incendiaire d'une pétroleuse. En pointillé, il rappelle que les défunts ne continuent d'exister que si l'on s'en souvient.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress   15 octobre 2018
Le dixième roman de Laurent Gaudé a la pureté toute simple des tragédies antiques, surchauffées par la hargne incendiaire d'une pétroleuse. En pointillé, il rappelle que les défunts ne continuent d'exister que si l'on s'en souvient.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (139) Voir plus Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   05 octobre 2018
Au tout début de sa vie, dans ces jours d’origine où la matière est encore indistincte, où tout n’est que chair, bruits sourds, pulsations, veines qui battent et souffle qui cherche son chemin, dans ces heures où la vie n’est pas encore sûre, où tout peut renoncer et s’éteindre, il y a ce cri si lointain, si étrange que l’on pourrait croire que la montagne gémit, lassée de sa propre immobilité. Les femmes lèvent la tête et se figent, inquiètes. Elles hésitent, ne sont pas certaines d’avoir bien entendu, et pourtant cela recommence : au loin, vers la montagne Tadma, que l’on ne franchit pas, un bébé pleure. Est-ce qu’elles sentent, les femmes du clan Djimba, à cet instant, tout ce que contient ce cri ? Le sang qu’il porte en lui ? Les convulsions, les corps meurtris, les bannissements et la rage ? Est-ce qu’elles sentent que quelque chose commence avec ce tout petit cri à peine identifiable, quelque chose qui ne va pas cesser de grandir jusqu’à tout renverser ?
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PiatkaPiatka   15 octobre 2018
Il écoutait tout, avec avidité, sidéré qu’il puisse y avoir tant de mots dans cette femme. Que sa mère qui ne vivait rien d’autre que ces journées longues passées à ses côtés, ces journées de marche, de campement, de survie, ait pu avoir une vie si pleine de blessures et de fracas. Il a cru parfois qu’elle inventait, mais ce sentiment a vite disparu. Elle avait dans la voix des fêlures qui ne mentent pas, quelque chose en elle se brisait parfois.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   06 octobre 2018
Salina grandit, marche, écoute, la questionne. Mamanbala lui apprend tout: le jeu des pierres dans le fond des rivières, le son des saisons, la façon de coiffer les cheveux d'une fille selon les couleurs du ciel. Elle prie les esprits avec elle, à ses cotés, Son odeur dans sa couche, généreuse, épaisse, est celle de la bienveillance (…)
Je ne peux pas raconter le détail de chaque jour, la confiance qui croît entre la femme et la petite fille, mais je sais cela: il n'y a qu'une chose que Mamanbala n'a pas dite, c'est que grandir était un exil.
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jeunejanejeunejane   19 octobre 2018
" Moi, Malaka, reprend-il, fils des longues veillées du désert, je le dis devant vous : je ne sais pas qui était cet enfant. J'y ai souvent pensé. Lorsque j'étais jeune, sur les marchés des caravansérails, j'ai entendu parler des "enfants-malheur" Dans le royaume des lacs, il y a , paraît-il cette tradition pour calmer la voracité du mauvais destin : choisir des enfants du clan et les perdre.
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marina53marina53   29 janvier 2015
Je suis morte, le corps entier dans la rivière,
Et l'eau fraîche a poncé ma vieille peau comme une pierre,
Jusqu'à ce qu'elle soit lisse et sans âge.
Je suis peut-être encore là-bas,
Bloquée entre deux branches d'arbres,
Ecoutant du fond de l'eau les bruits sourds de la vie.
Je suis peut-être encore là-bas,
Comme un galet de chair,
Témoin d'une vie révolue.
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Vidéo de Laurent Gaudé
« Si j'écris du théâtre aujourd'hui, c'est aussi – pas uniquement, mais aussi – parce que j'ai eu la chance d'aller au Festival d'Avignon jeune homme... » L. G.
LA DERNIÈRE NUIT DU MONDE de Laurent Gaudé chez Actes Sud-Papiers, en librairie le 28 avril 2021 : https://www.actes-sud.fr/catalogue/la-derniere-nuit-du-monde
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