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ISBN : 2330109652
Éditeur : Actes Sud (03/10/2018)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 221 notes)
Résumé :
Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (86) Voir plus Ajouter une critique
TerrainsVagues
  07 octobre 2018
Salina les trois exils ou les bienfaits du recyclage.
Le théâtre ayant probablement encore moins d'adeptes que la poésie chez les visiteurs de librairies, Laurent Gaudé et Actes Sud ont fait de cette pièce un roman. Excellente idée, comme si souvent chez l'auteur et l'éditeur.
Je n'ai jamais aimé qu'on me raconte des histoires. Tout petit déjà, pour m'endormir, ce n'était pas mon truc. Ca ne s'est pas arrangé avec l'âge bien que… si on y met quelques formes…
Bon, Laurent Gaudé a cette écriture qui me parle associée aux indignations qui me chatouillent. Je pense qu'il pourrait me lire ou me réécrire les pages jaunes de la Creuse en réussissant à me captiver. Mon objectivité est donc mise à rude épreuve, c'est vrai. Bref, Gaudé, c'est top.
Ai-je besoin de préciser que j'ai adoré ce bouquin ? Ai-je besoin de préciser que j'aime que Laurent Gaudé me raconte une histoire ?
J'ai aimé avoir cette impression d'être au coin du feu à écouter l'ancien, d'avoir la sensation que le temps s'est arrêté pour laisser à la nuit, le temps qu'il faut à une vie pour se répandre. Et puis ce sentiment que chaque virgule est une apnée, chaque point un sursis, quel pied !!!
En fait d'ancien, dans Salina c'est plutôt un ancien depuis moins longtemps que d'autres qui raconte mais le résultat est le même. L'Afrique, ce continent qui m'a toujours attiré, m'a happé dès la première page. Entre conte et légende, l'envoutement a été total. Je me suis vu sur une barque de pêcheur, écoutant parmi les autres, l'histoire de Salina racontée par Malaka. Malaka, lui « fils de l'énigme » en route pour porter sa mère vers sa dernière demeure sur l'île cimetière.
« Moi, Malaka, fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina, la femme aux trois exils. Je vais dire ma mère qui gît là au fond de la barque, et le monde qui apparaîtra sera fait de poussière et de cris. »
« Moi, Malaka, venu de si loin pour vous porter ma mère, je dois raconter maintenant le temps qui passe, inutile. Les heures de désoeuvrement et d'errance. Salina n'est plus rien pour personne. C'est de ce jour qu'elle commence à parler aux pierres, à haranguer les serpents. C'est de ce jour l'éclipse de son esprit, parfois, qui lui fait maudire les étoiles. »
Entre ces deux citations, une vie, la condition féminine, des traditions, une vengeance, le tout porté par une écriture qui correspond à mes attentes. le sujet est dur, violent mais rien n'est gratuit. Chaque mot est nécessaire, chaque mot est à sa place. Ce texte est empreint de poésie, comme un baume apaisant la rage de Salina.
Trois exils, trois ex ils… encore une perle.
S'il te plait Malaka, dessine-moi encore Salina.
S'il te plait m'sieur Gaudé, dessine-moi d'autres lettres sur d'autres pages.
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Merik
  21 octobre 2018
Un début avec un cavalier qui surgit de nulle part et arrive dans un village, ça vous rappelle pas quelque chose ? « Le soleil des Scorta » de Laurent Gaudé bien sûr. Mais la comparaison s'arrête là avec son roman culte, il faut plutôt voir du côté de « La mort du roi Tsongor » pour les comparaisons, et le genre surtout. Un conte moderne, une fable mythique, peu importe le qualificatif, on est embarqué dans la maîtrise de l'écrivain conteur.
Un bébé empli de cris du désert est donc déposé par ce cavalier mystérieux devant des villageois médusés, circonspects et dubitatifs.Sissoko Djimba ordonne de laisser faire le cours des choses sans devenir acteur, la chaleur accablante finira bien par faire taire cet avorton de chairs hystérique. Ou les hyènes une fois le soleil vaincu. C'est finalement Mamambala qui défiera les ordres, nommera Salina et l'allaitera. le début d'une intégration défaillante, d'une vie de souffrance et de violence, d'une épopée de vengeance. Tout cela est conté bien plus tard par un de ses fils pour trouver un endroit décent à la dépouille de Salina.
Pas grand chose à dire, c'est admirable comme souvent avec Laurent Gaudé. Captivant, parfait, académique presque. Juste un peu court peut-être, on est à peine entré dans cette histoire fabuleuse que c'est déjà fini.
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gouelan
  03 décembre 2018
Ce roman nous plonge dans un récit de poussières et de cris. Malaka se fait conteur, lui le dernier fils de Salina, celui qui fera de sa mère une légende.
Salina, bébé abandonné aux larmes de sel à l'entrée du village, trouvera pour seul réconfort les hyènes et les bras de Mamambala. Elle sera toute sa vie l'étrangère, celle qui résiste à la soumission, à la cruauté du clan.
Brisée, condamnée à l'exil, elle continuera d'avancer, avec la colère et la vengeance comme guides. Elle sera comme une tempête de sable, un rocher du désert, sauvage et forte.
Cette chaîne de voix qui conte à travers Malaka, porte tous les cris qui habitaient Salina, ses trois exils, et aussi l'amour qui sauve de tout, apaise les esprits, met fin à la guerre.
Le récit de Salina est emporté par la mémoire des auditeurs, dans le vent, dans la poussière du désert, dans les vagues. Il devient un chant de résistance et d'espoir, pour toutes les femmes brisées, soumises, piétinées.

Malaka, le dernier fils, poursuivra sa route après avoir fait éclore la légende de Salina. « Tout s'achève et tout commence en même temps. »
Un récit envoûtant, déchirant, à la voix de sable du désert, de sang et de sel. On marche dans les pas du conteur.
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Cancie
  25 février 2019
Au tout début, un pleur de bébé ; un cri vient de la montagne Tadma que l'on ne franchit pas. Ce sont les femmes qui l'entendent d'abord. Puis les pleurs deviennent plus nets et les femmes et les hommes du clan Djimba se rendent à l'entrée du village pour attendre ce qui vient. Un cavalier apparaît.
Sissoko Djimba, chef du village, et ses guerriers regroupés attendent. le cavalier dépose alors au sol le paquet de linge qui pleure encore, puis il rebrousse chemin. « Chez les Djimba, personne ne bouge. »
Malgré le soleil ardent, l'enfant pleure toujours. le soleil décline, les hyènes approchent. Alors qu'elles sont sur le point de s'emparer du bébé, Mamambala, sans demander à Sissoko Djimba, traverse la foule, saisit le paquet, le prend dans ses bras, présente son sein au petit corps affamé qui se révèle être une fille et prononce alors ces mots : « Par le sel de ces larmes dont tu as couvert la terre, je t'appelle Salina. »
Après nous avoir décrit le début de la vie de Salina, Laurent Gaudé nous emmène à l'autre bout de sa vie, quand, « vieillie par une vie entière de poussière, de combats, d'errance et de rage », vivant près d'une oasis, elle entend à son tour un cri. Elle se presse pour aller au devant des cavaliers où doit se trouver son fils, Malaka, fils qu'elle a confié aux caravaniers trente-sept jours plus tôt. Mais, maintenant, monte de la colonne le cri de celui qui annonce la mort. Elle se fige. Et puis, son fils apparaît. Enfin ! Elle sent alors qu'il n'a plus besoin d'autres voyages. le temps est venu, c'est décidé et elle lui dit : « demain nous partirons. » Ils vont prendre la direction du mont Tadma, cette barrière de montagnes.
« le Mont Tadma était pour eux la limite des mondes » et c'est vers lui qu'ils marchent. Salina va petit à petit faiblir mais persévérer jusqu'à ce qu'elle ne soit plus en mesure de marcher. Alors, Malaka va la porter. Il a compris que sa mère va mourir et qu'elle veut trouver une terre où reposer. Ils arrivent à un col. Malaka aperçoit pour la première fois l'autre face du monde. Alors qu'il s'apprête à poser Salina, accrochée à son dos, il ne le fait pas : elle est morte. Il lui faut donc trouver un lieu où l'ensevelir. Il fait la toilette de sa mère morte, construit un brancard et descend dans la vallée où il croise un fleuve et les premiers hommes depuis leur départ.
Un rempart se dresse. Il prend place dans la foule et passe la grande porte. Il déambule et débouche alors sur une place qui donne sur la mer où se tient un vieil homme à qui il prononce le mot « cimetière ». le vieil homme lui indique une île, l'invite à monter dans une barque pour s'y rendre.
Lorsque Malaka lui demande s'il pourra enterrer sa mère là-bas, celui-ci répond : « C'est le cimetière qui décidera » car le cimetière est sacré. La porte épaisse est close et aucun homme ne peut l'ouvrir. « Il faut embarquer les morts et pendant tout le temps que dure la traversée, raconter ce que fut la vie du défunt. le cimetière entend le récit. Et au terme du voyage décide si la porte doit s'ouvrir ou pas. » Et Malaka va alors entamer le récit de ce que fut la vie de Salina, la femme aux trois exils, cette femme recueillie par Mamambala et élevée come sa fille mais qui ne fut jamais acceptée dans le clan des Djimba.
Salina va connaître un destin parsemé d'épreuves. Elle est une véritable héroïne qui ne baissera jamais les bras et se relèvera toujours.
C'est une belle fable, un beau conte que nous livre Laurent Gaudé dans ce beau roman épique et poétique qui se passe dans un temps reculé au milieu du désert avec cette héroïne puissante et sauvage dont la vie sera faite de solitude et de souffrance. Un roman envoûtant qui m'a charmée : un petit bijou !
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bilodoh
  13 janvier 2019
Salina, nommée ainsi à cause du sel de ses larmes…
Salina, enfant abandonnée dans le désert…
Salina, une femme, à la merci des règles d'une société archaïque.

Salina, une fable sur la cruauté du désert et des hommes.

Son fils racontera son histoire, sa vie devenue un mythe de la tradition orale.

J'accompagne Salina dans la chaleur et la poussière du désert… et je suis tout étonnée en relevant les yeux de voir par ma fenêtre la blancheur du froid de l'hiver. La magie de la qualité de l'écriture de Laurent Gaudé m'avait transportée au pays des sables…
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critiques presse (2)
LaCroix   30 novembre 2018
À travers le récit de la vengeance d’une femme blessée, l’écrivain Laurent Gaudé célèbre la puissance du verbe.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Lexpress   18 octobre 2018
Le dixième roman de Laurent Gaudé a la pureté toute simple des tragédies antiques, surchauffées par la hargne incendiaire d'une pétroleuse. En pointillé, il rappelle que les défunts ne continuent d'exister que si l'on s'en souvient.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   05 octobre 2018
Au tout début de sa vie, dans ces jours d’origine où la matière est encore indistincte, où tout n’est que chair, bruits sourds, pulsations, veines qui battent et souffle qui cherche son chemin, dans ces heures où la vie n’est pas encore sûre, où tout peut renoncer et s’éteindre, il y a ce cri si lointain, si étrange que l’on pourrait croire que la montagne gémit, lassée de sa propre immobilité. Les femmes lèvent la tête et se figent, inquiètes. Elles hésitent, ne sont pas certaines d’avoir bien entendu, et pourtant cela recommence : au loin, vers la montagne Tadma, que l’on ne franchit pas, un bébé pleure. Est-ce qu’elles sentent, les femmes du clan Djimba, à cet instant, tout ce que contient ce cri ? Le sang qu’il porte en lui ? Les convulsions, les corps meurtris, les bannissements et la rage ? Est-ce qu’elles sentent que quelque chose commence avec ce tout petit cri à peine identifiable, quelque chose qui ne va pas cesser de grandir jusqu’à tout renverser ?
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PiatkaPiatka   15 octobre 2018
Il écoutait tout, avec avidité, sidéré qu’il puisse y avoir tant de mots dans cette femme. Que sa mère qui ne vivait rien d’autre que ces journées longues passées à ses côtés, ces journées de marche, de campement, de survie, ait pu avoir une vie si pleine de blessures et de fracas. Il a cru parfois qu’elle inventait, mais ce sentiment a vite disparu. Elle avait dans la voix des fêlures qui ne mentent pas, quelque chose en elle se brisait parfois.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   06 octobre 2018
Salina grandit, marche, écoute, la questionne. Mamanbala lui apprend tout: le jeu des pierres dans le fond des rivières, le son des saisons, la façon de coiffer les cheveux d'une fille selon les couleurs du ciel. Elle prie les esprits avec elle, à ses cotés, Son odeur dans sa couche, généreuse, épaisse, est celle de la bienveillance (…)
Je ne peux pas raconter le détail de chaque jour, la confiance qui croît entre la femme et la petite fille, mais je sais cela: il n'y a qu'une chose que Mamanbala n'a pas dite, c'est que grandir était un exil.
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jeunejanejeunejane   19 octobre 2018
" Moi, Malaka, reprend-il, fils des longues veillées du désert, je le dis devant vous : je ne sais pas qui était cet enfant. J'y ai souvent pensé. Lorsque j'étais jeune, sur les marchés des caravansérails, j'ai entendu parler des "enfants-malheur" Dans le royaume des lacs, il y a , paraît-il cette tradition pour calmer la voracité du mauvais destin : choisir des enfants du clan et les perdre.
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letilleulletilleul   02 décembre 2018
Elle s’était juré de le faire lorsqu’il était encore un nouveau-né. Malgré sa peur et ses réticences de mère, elle s’était juré de l’arracher régulièrement à ses propres bras. C’est ce qu’elle a toujours appelé “le serment d’Alika”. Aujourd’hui, elle sent qu’il n’a plus besoin d’autres voyages. Il est prêt. Il sait ce qu’il doit savoir. Alors, lorsqu’il se tait, lorsque la nuit est tombée et que les chèvres se sont regroupées, serrées les unes contre les autres en prévision du froid qui va descendre des montagnes, elle le regarde et lui dit simplement : “Demain, nous partirons.” Elle le dit avec une voix qui ne laisse aucun doute. Il n’est pas besoin de préciser ni où ni pourquoi. Il comprend que ce qu’ils vont quitter demain, ce ne sont pas seulement ces terres de cailloux, cette vieille hutte où s’entassent des objets d’exil et les montagnes alentour, c’est leur vie même.
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Videos de Laurent Gaudé (67) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Laurent Gaudé
Entretien animé par Maya Michalon Lecture par Ariane Ascaride.
D?Alexandre le Grand aux migrants de Lampedusa, de l?Afrique mythique au tremblement de terre d?Haïti, d?Hannibal le Carthaginois au terrorisme islamique, Laurent Gaudé entremêle dans son ?uvre les siècles et les continents, les guerres et les catastrophes, pour mieux révéler les convulsions et les possibles de notre temps. Cet écrivain n?a de cesse, au fil de ses récits, de mettre ses idées humanistes à l?épreuve de la fiction et de plonger avec douceur dans l?horreur du réel.
Dramaturge, romancier, nouvelliste, poète, il s?empare de l?écriture sous toutes ses formes afin d?explorer le vaste territoire de l?imaginaire. Prix Goncourt des lycéens et Prix des libraires pour La Mort du roi Tsongor en 2002, prix Goncourt en 2004 pour le Soleil des Scorta (traduit dans 34 pays), Laurent Gaudé est aujourd?hui l?un des plus grands écrivains français qui figure dans les programmes scolaires et enchaîne les succès en librairie.
Sur la scène de la Criée, avec la générosité qui le caractérise, il convie la comédienne Ariane Ascaride à lire ses textes, et le photographe Gaël Turine à projeter une série d?images réalisées en Haïti au cours d?un voyage commun qui l?a profondément marqué. Il évoquera sa passion pour le théâtre, son goût pour les voyages, mais aussi ses convictions et ses engagements, en premier lieu pour SOS Méditerranée et la question des migrants qu?il avait abordée dans son roman Eldorado, une ?uvre visionnaire, écrite il y a plus de dix ans. Un grand entretien tourné vers l?ailleurs et vers cet Autre que Laurent Gaudé sait si bien décrire en jonglant avec le pouvoir narratif de l?Histoire et la sonorité poétique d?une langue qui lui est propre. _
En savoir plus : ohlesbeauxjours.fr
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