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EAN : 9791092159172
500 pages
Éditeur : Tusitala (21/08/2019)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 51 notes)
Résumé :
De mystérieuses affiches bleues apparaissent dans les villes de France, seulement ornées d'un nom en capitales blanches : FRANCIS RISSIN. Qui est-il ? Comment ces affiches sont-elles arrivées là ? La presse s'interroge, la police enquête, la population s'emballe. Et si Francis Rissin s'apprêtait à prendre le pouvoir, et à devenir le Président qui sauvera la France ? Pour son premier roman, Martin Mongin signe un livre vertigineux. Un roman composé de onze récits enl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  07 décembre 2019
Encore sous le choc et sous le charme de ce roman incroyable! Incroyable au sens littéral du terme, tant l'histoire est délirante, et au sens également de peu commun, peu ordinaire.
Ne pas se fier au premier chapitre, qui pourrait être décourageant : le texte du cours universitaire d'une prof de lettres concernant des écrits hypothétiques consacrés à…Francis Rissin, peut paraître abscons. Mais, déjà entre les lignes, quelques indices poussent à la curiosité.
C'est ensuite un festival de romans dans le roman, à partir d'un portrait qui se resserre en cercles concentriques autour de l'énigmatique personnage qui donne le titre au livre. Portrait en négatif, à partir de ce que chacun veut y mettre: le flic obstiné, la foule en délire, les voisins putatifs, et à chaque fois on part sur un récit différent (ce pourrait être un livre pour île déserte, tant il est protéiforme et déstabilisant. il est probable qu'une seconde lecture apporterait un autre regard sur l'affaire.
Mais la forme n'empêche pas le fond : le mythe Francis Rissin est un prétexte adroit pour faire un état des lieux politique, au sens premier, à savoir l'organisation et l'exercice du pouvoir dans une société organisée.Après un récit hagiographique, l'auteur n'hésite pas à inclure une dystopie glaçante sur fond de peine de mort.
Quelle ne fut pas ma surprise, au coeur du roman de voir citer la minuscule bourgade de la Croix Hélléan, à quelques encablures du berceau de ma famille maternelle! Et comme ce phénomène s'est reproduit à plusieurs reprises en cours de lecture, sur des petits détails géographiques ou historiques, la paranoïa ambiante s'est emparée de moi : Martin Mongin, vous me connaissez, je ne vois pas d'autre explication. Ce livre a été écrit pour moi!!!
Par contre, il est possible que l'effet de séduction ne soit pas universel. il faut accepter de se faire balloter comme un fétu de paille au gré des bourrasques imaginatives de l'auteur. Et je comprendrais tout à fait que l'on ne partage pas mon enthousiasme.
S'il y avait un peu moins de pages, et qu'une pile immense ne m'attendait pas pour partir explorer de nouveaux univers d'écrivains, je le relirais immédiatement.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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paroles
  20 octobre 2019
Quelle drôle d'histoire ! Même après la lecture, je m'interroge encore. Serai-je passée du côté de la face obscure du roman sans m'en apercevoir ? Suis-je toujours et encore dans l'histoire ? Mais quelle histoire croire ?
C'est que Francis Rissin ne possède pas qu'une seule vérité...
Voici un objet littéraire rare, d'une grande complexité et d'une aussi grande étrangeté. Un objet rare et précieux qui vous emporte vers un ailleurs que vous semblez toucher du doigt mais qui reste toujours inaccessible. Une lecture prenante, envoûtante, addictive.
Vous suivez la trace de Francis Rissin, qui tel le furet de la chanson, est passé par ici et repassera par là. Quand et où n'ont pas d'importance, l'auteur nous trimballe dans l'espace temps et dans l'espace géographique en même temps. Vous visitez la France dans ses moindres recoins, vous assistez à un spectacle grandiose dans un super-zenith parisien, tel un détective vous suivez à la loupe les traces de Francis, vous lévitez au-dessus du centre Beaubourg, vous bivouaquez au fin fond des Cévennes... Et partout et toujours, Francis Rissin vous échappe.

La France va mal. La France s'inquiète. La France s'essouffle...
« Est-ce qu'il y a ici quelqu'un qui pense à la France ? »
Et si Francis Rissin était l'homme providentiel que le pays attendait ?
C'est à travers onze chapitres, onze histoires, que le lecteur découvre la personnalité de cet individu, sorti par hasard de l'anonymat mais qui sait malgré tout, depuis sa jeunesse, qu'il a un destin à accomplir.

Un roman, un polar, une épopée, une page politique, culturelle, un texte sacré ?
Francis Rissin c'est tout cela à la fois. Vous serez surpris, étonné, abasourdi par les péripéties littéraires proposées par l'auteur qui signe ici son premier roman. Un premier roman vertigineux, un premier roman qui parle de la France. Un roman grinçant de vérité profonde sur le Français franchouillard, qui bien souvent m'a rappelé Superdupont, le super héros franco-Français de Gotlib.

Lien : http://mespetitesboites.net
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hcdahlem
  19 décembre 2019
Francis Rissin à l'assaut de la France
Martin Mongin signe avec Francis Rissin l'un des ouvrages les plus originaux de cette rentrée. À l'image des affiches portant ce nom et qui vont couvrir tout le pays, il va réussir à imposer ce personnage pourtant très mystérieux.
L'entreprise était aussi audacieuse que risquée: ne pas écrire un roman, mais une sorte de mille-feuilles présentant sous différentes formes l'histoire d'un personnage hors du commun baptisé Francis Rissin. Martin Mongin partait donc avec un a priori des plus favorables pour moi qui aime l'originalité et la création littéraire originale. Mais si j'ai été séduit par l'idée et même fasciné par la manière dont l'auteur joue avec son personnage, entraînant le lecteur dans des voies non balisées, il me faut bien reconnaître que l'enthousiasme suscité par les premiers chapitres a fini par s'éroder sur la fin. Mais revenons au chapitre initial qui nous permet au sens littéral du terme d'approcher Francis Rissin.
Catherine Joule, professeur de littérature à la Sorbonne découvre dans ses recherches bibliographiques un titre énigmatique: Approche de Francis Rissin, signé d'un certain Pierre Tarrent. Si toutes ses recherches pour retrouver un exemplaire de l'ouvrage restent vaines, elle parvient très bien – outre un cours passionnant sur les bibliothèques invisibles – à instiller le doute. Après tout si l'on consacre un ouvrage à cet homme, c'est qu'il doit mériter cet honneur.
On va alors se tourner du côté du polar et nous intéresser à ces «histoires de flics» qui tournent autour de notre homme. Mais leur enquête ne va pas non plus réussir à lever le voile sur Francis Rissin.
Martin Mongin, qui ne manque ni de souffle ni d'imagination va alors convoquer le journal intime, le rapport officiel, l'exposition d'oeuvres d'art, les affiches électorales, les témoignages de ceux qui ont côtoyé notre mystérieux héros ou encore le script d'un long métrage qui n'a jamais été réalisé.
À travers ce kaléidoscope, le lecteur devrait finir par voir se dessiner les contours de Francis Rissin. D'autant qu'au fil des pages il apparaît comme celui que le pays attend. Et c'est là que réside la principale qualité de ce roman protéiforme, dans la belle leçon de marketing politique qui s'en dégage. Sur la façon d'imposer un nom, une image, sur l'ascension d'un homme encore inconnu de la population quelques mois auparavant, sur la manipulation des foules, sur ce besoin de figures providentielles, de construire un destin collectif: «Nous ne nous satisfaisions plus de nos vies minuscules, nous voulions bâtir quelque chose de grand et de rare, pour l'avenir. Dans ces moments-là, Dieu lui-même eût été bien en peine de satisfaire nos appétits de titans.»
Le roman aurait à mon sens été plus efficace s'il avait été élagué d'un quart ou même d'un tiers de ses pages. Il aurait gagné en force et en efficacité, comme par exemple avec les 272 pages État de nature de Jean-Baptiste de Froment, un conte politique qui s'inscrit dans la même veine.

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gruz
  29 décembre 2019
Voilà un roman qui s'apparente davantage à un kaléidoscope. Mais des images animées qui font apparaître des portraits qui font sens. Même le terme « roman » n'est pas adapté, il faudrait lui trouver une autre appellation, unique, tant cette expérience de lecture est singulière.
Martin Mongin a l'inconscience et la fantaisie du primo-romancier qui ne se pose pas mille questions et surtout ne cherche pas à entrer dans un moule.
Ce livre inclassable est avant tout une ode à l'imagination. Débridée, mais jamais désordonnée, car toujours soutenue par une plume soignée. Luxuriance des mots, beauté de la langue.
Francis Rissin est un nom, mais avant tout un concept. Une présence d'abord évanescente, mais qui prend peu à peu corps (au pluriel).
C'est un puzzle en onze grosses pièces. Onze chapitres d'une cinquantaine de pages, pour un pavé de 600 pages au final. Sauf qu'il y a des puzzles dans le puzzle, poussant le concept à l'infini et au-delà, tant l'écrivain est imaginatif et fait preuve d'érudition.
Martin Mongin est un (encore) jeune professeur de philosophie dans le civil. Ce qu'il faut en retenir, c'est que son savoir est grand (ça se vérifie à chaque page), mais qu'il a surtout un don pour faire passer un message et pour le partager.
Une telle science laisse juste parfois pour seul petit regret de ne pas avoir tout le bagage nécessaire pour bien tout appréhender. Mais qu'importe ! La magie de ce récit est qu'il ambitieux et pourtant accessible. Une sorte de tour de force dont on ressort enrichi et qui laisse une belle part à l'interprétation.
Onze histoires différentes liées dans un récit global qui débute par une abstraction pour ensuite devenir polymorphe. L'idée de départ est formidable : de simples citations dans des livres, des affiches qui surgissent de nulle part, créent une sorte de divagation de masse autour d'un patronyme.
Au fil des chapitres, on croit commencer à saisir ce Francis Rissin, mais il s'échappe, toujours. Un méli-mélo de réalité et de fiction(s), comme des couches archéologiques qui seraient tour à tour étudiées par un universitaire, un flic, des gens du cru, un artiste (et tant d'autres encore…).
L'auteur titille notre curiosité et nous append à lire entre les lignes, tout en se jouant de nous dans un véritable jeu de piste.
Voilà une oeuvre qui tient autant de la fable, que du thriller, autant fantastique que chronique sociale de la France profonde (la vraie, loin du microcosme parisien), parfois aussi auto-portrait ou témoignage subjectif.
Un multi-univers d'une richesse inouïe, avec une certaine cohérence dans cet enchevêtrement.
Car tout est politique, dans tous les sens du terme. Cette histoire est un portrait de la France, si elle devait s'incarner dans une personne. Une peinture pas vraiment flatteuse, d'ailleurs. Francis Rissin, initiale FR, tout sauf un hasard.
Une fiction qui montre comment une idée peut prendre corps dans l'imaginaire collectif, comment un pays peut s'emballer pour le concept d'un messie qui réglera tous les problèmes. Quitte à aller dans les excès, laisser cet homme providentiel devenir un tyran, l'élever au rang de mythe et légende. C'est fascinant (et effrayant).
Clairement, se plonger dans ce roman demande de l'investissement. Mais son auteur fait le pari de l'intelligence du lecteur, sans jamais le prendre de haut.
Le résultat est hypnotique. On se dit que c'est un peu long et pourtant on ne veut pas en sortir. D'ailleurs, le refermer définitivement et revenir à la seule réalité est une douleur. Tous les passages ne vous parlerons sans doute pas de la même manière (un des onze chapitres m'est d'ailleurs passé au dessus de la tête).
Il faut dire que, derrière son écriture fouillée et mouvante, Martin Mongin est totalement habité par son sujet, mais toujours avec la volonté de penser au plaisir du lecteur et de rendre son récit ludique.
Ce pari audacieux, à l'ironie souvent mordante, est aussi un bel hommage à la littérature de genre (d'ailleurs, nombre d'auteurs de SF sont cités dans sa dernière partie).
Ouvrez votre esprit, élargissez vos champs d'intérêts, laissez s'égarer votre imagination au loin tout en restant ancré dans notre société. A ces conditions, la lecture de Francis Rissin risque fort de vous marquer pour longtemps.
Prions pour que Martin Mongin garde cette fraîcheur et cette imagination, dans le futur. Il restera alors un écrivain à part, de ceux qui font honneur à la littérature aventureuse.
Lien : https://gruznamur.com/2019/1..
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CalliPetri
  05 février 2020
"What I make of it, my dear brother, is that it is a wonderful story, and you are a wonderful storyteller, as we all know."
"Arthur & George", Julian Barnes
"Il y a les livres qui existent et les livres qui n'existent pas ; mais entre les deux, il y a encore la place pour certains livres d'un genre intermédiaire, qu'on serait bien en peine de classer dans l'une ou l'autre de ces deux catégories. Des livres qui existent à peine, des livres qui flottent dans les limbes de la thermosphère littéraire et qui se soustraient sans cesse à nos efforts pour les saisir. Des livres ontologiquement indécidables et qui subsistent pourtant à leur façon, comme une promesse, comme un rêve, comme un espoir."
Vous allez voir, ça commence un peu comme une chronique littéraire, mais avant, je me dois de vous prévenir
"[…] ça risque de durer encore un peu. Ensuite, je vous laisserai juger si ça répond ou non à vos questions – j'imagine que ça vous occupera un bon moment encore."
Tout a déjà été écrit sur ce roman, qu'il est déroutant, ébouriffant, d'une ambition folle, audacieux, incroyable, labyrinthique, virtuose, jubilatoire, hypnotique, etc. (je cite de mémoire). Et tout cela est vrai, strictement vrai, tellement vrai que je m'autorise à penser que, même après une 2e lecture (eh oui !), je vais peiner à innover, à trouver d'autres mots, des mots qui ne soient pas épuisés, usés, polis à force d'avoir été écrits, à force d'avoir été lus.
Comment rendre compte de et justice à ce 1er roman de Martin Mongin, publié par les jeunes éditions Tusitala (6 ans) spécialisées dans les traductions et qui ont fait un pas de côté (merci !) avec cet ouvrage reçu par la Poste ?
"Francis Rissin", c'est un pavé – pas seulement à cause de ses 616 pages - dans la rentrée littéraire de septembre ; un pavé qui a le bon goût de venir rider la surface de la belle endormie qu'est, parfois, la production littéraire française.
Ses onze chapitres d'une cinquantaine de pages chacun prennent diverses formes, ici un cours universitaire, là un compte-rendu d'enquête, ici un journal intime, là une biographie, ici un catalogue d'exposition, là une confession, ici encore un témoignage, nous baladent dans la France profonde, celle des villages et de leur clocher, et se jouent de plusieurs genres passant du polar à l'épopée, ne dédaignant pas de lorgner aussi du côté du roman fantastique, d'initiation, politique…
Le roman (?) s'articule autour d'un pivot, le chapitre 6, qui dévoile le journal intime de Fr. Rissin. La force centripète à l'oeuvre dans les 5 premiers chapitres nous a enfin amenés au plus près du bonhomme qui semble avoir finalement pris chair. Mais… Fr. est-il vraiment Francis ? Ce journal est-il une preuve suffisante et tangible de son existence ?
"Chapitre 6 Journal de Fr. Rissin
Entrée du vendredi 27 avril
Moi, je n'ai jamais été qu'une idée abstraite, une force invisible, un principe directeur, une puissance secrète, mais qui les faisait avancer, qui les faisait regarder plus loin. Je les ai aidés à ma manière."
À l'inverse, la force centrifuge des 5 derniers chapitres nous éloignent de lui, le dissolvent, le renvoient dans des limbes et on vient à douter qu'il n'en soit jamais sorti. C'est que F. R. (oui, ces initiales ne sont pas anodines) échappe au lecteur tout autant qu'à son créateur.
Une chose est sûre, cette chasse à l'homme providentiel, singulier et multiple,
"Quand je dis "Francis Rissin", je peux faire allusion à quelqu'un de particulier, mais je peux également faire allusion à quelqu'un d'autre, éloigné spatialement de celui-là. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. Il n'y a pas qu'un seul Francis Rissin. Il y en a au moins deux, même si je crois qu'il y en a beaucoup plus que ça en vérité, qu'il y en a des dizaines, des centaines – même si je crois que Francis Rissin est une foule innombrable."
dans un pays morose, au bord du découragement,
"La France naviguait à tâtons dans le noir, elle naviguait dans les ténèbres, les yeux aveugles, errant à la surface de l'abîme. Et puis le bon Dieu avait eu la bonne idée d'allumer la lumière."
est avant tout prétexte à une réflexion sur la frontière ténue, perméable, entre fiction et réel, une réflexion qui interroge également les modes de production de la fiction et ses effets sur le lecteur, grâce à l'intériorisation de commentaires sur l'écriture du texte littéraire lui-même et sur sa lecture.
La création littéraire offre d'infinies possibilités et l'espiègle Martin Mongin semble avoir décidé d'en explorer tous les recoins de façon ludique. Ce roman est un espace mouvant, sans cesse redessiné, dont la vue d'ensemble du point de vue du grand architecte, peut encore échapper :
"Plus haut, quelque part en lieu sûr, quelqu'un s'était chargé d'élaborer un plan, d'articuler les fins et les moyens. Plus haut, quelqu'un possédait la logique d'ensemble."
On sera sages d'emprunter avec circonspection les pistes balisées pour sortir de ce labyrinthe sans fin qui nous empêche d'accéder à la vérité, si tant est qu'elle soit envisageable. L'auteur n'a pas son pareil pour induire une attitude de vigilance critique chez le lecteur car "Francis Rissin" est un roman qui affiche, revendique même, son caractère énigmatique tout en nous refusant les moyens de le décrypter. Habile, d'autant que la mise en récit constitue une sorte de piège.
"What we need is not great works but playful ones... A story is a game someone has played so you can play it too" - Ronald Sukenick, "The Death of the Novel"
Et donc, avec Nicolas Sirac, le lecteur peut légitimement se demander
"[…] si Francis Rissin n'était pas en train de l'entraîner dans quelque chose qui le dépassait, quelque chose qui était beaucoup trop grand pour lui – si ce n'était pas Francis Rissin qui le traquait, depuis le départ."
"Francis Rissin" est une vaste entreprise métafictionnelle, parfaitement maîtrisée, mettant en scène d'anciennes règles romanesques pour mieux les subvertir et produire de nouveaux (en)jeux déstabilisants. La dimension ludique du processus permet la mise en place d'une forme de questionnement qui vise à ébranler le lecteur, la France n'étant pas la seule à "naviguer à tâtons dans le noir", croyez-moi !
L'élément qui m'a paru clair (il y en a au moins un... enfin, j'espère !) est ce tacite contrat de lecture par lequel l'auteur et le lecteur s'adonnent au jeu littéraire
"Il n'a évidemment plus jamais été question d'écrire un livre. Nous nous sommes seulement demandé ce que nous allions faire de ce nom que nous avions extirpé du néant, que nous avions fait descendre sur la Terre, et qui nous restait maintenant sur les bras – nous nous sommes demandé ce que nous allions faire de Francis Rissin."
Que vais-je faire de "Francis Rissin" ?
Je me le demande.
C'est incontestablement un roman adroit mais bavard, ambitieux mais par trop démonstratif, bien construit mais trop digressif, bref ! un roman qui a les qualités de ses défauts. Un roman qui fait immanquablement penser au texte exigeant des 700 pages (tiens !?) de "House of Leaves", 1er roman (tiens !?) de Mark Z. Danielewski, superbement traduit par Christophe Claro ("La maison des feuilles", Denoël) il y a… vingt ans.
Parce qu'il serait dangereux de conclure (et je ne m'y risquerai pas !), je résiste comme le biographe ou l'historien qui
"[…] ne doivent pas céder à la tentation de devenir sinon des devins ou des voyants, du moins des visionnaires. S'ils connaissent le fin mot de l'histoire, s'ils connaissent le lieu et l'heure du crime, ainsi que le nom de l'assassin, ils doivent faire comme s'ils l'ignoraient, ils doivent se couler dans le présent de leur objet d'étude, c'est-à-dire faire comme si le temps qui les séparait de lui ne s'était pas encore écoulé. Mais c'est une exigence à laquelle il est bien difficile de se tenir. Parce qu'une fois qu'on a parcouru la dernière page du livre, comment se la sortir de la mémoire, et comment lire une seconde fois le roman en faisant abstraction de sa chute ? Quand on connaît le fin mot de l'histoire, on a l'impression de le voir écrit partout en lettres capitales, dès les premières pages du premier chapitre."
Ou comme l'écrivait Julian Barnes dans "Arthur & George"
"How can you make sense of the beginning unless you know the ending? It's entirely logical when you reflect on it."
Hilarant et saturé de références, en plus d'être la radiographie politique d'une certaine France, "Francis Rissin" est un roman où le fictif et l'historique sont confondus d'une manière qui franchit l'illusion du réel et où le lecteur doit accepter de se donner sans réserve, ne pas chercher à tout comprendre dans l'instant (voire même plus tard !), et bien au contraire, se réjouir qu'il reste des zones d'ombre dans ce récit car
"Le monde n'est pas un roman expérimental. le monde n'est pas la somme de ce que vous avez laissé sur les réseaux sociaux pendant les dernières vingt-quatre heures. La vie de Francis Rissin est un livre qui n'a jamais été écrit, un livre qui n'existe pas, une épopée qui n'a jamais eu lieu. C'est à peine si nous l'avons jouée dans nos têtes. C'est un nom de treize lettres, de quatre syllabes, c'est tout. Derrière, il n'y a rien."
Même si
"Il faut laisser les créatures imaginaires vivre leur vie de leur côté, sinon elles mêlent leurs pensées aux vôtres, elles prennent progressivement le contrôle de votre esprit. le nom de Francis Rissin m'a poursuivi tout au long de mon existence."
vous êtes prêts à tenter l'expérience ? à courir le risque ?
1er roman,
Lu pour la session automne des #68premieresfois
Lien : https://www.calliope-petrich..
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critiques presse (1)
Liberation   24 septembre 2019
Dans Francis Rissin, premier roman du professeur de philosophie de 40 ans Martin Mongin, le lecteur n’a pas le code. Il va de mystère en mystère. C’est à la fois très abstrait et très concret.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   19 décembre 2019
INCIPIT
Catherine Joule, séminaire Textes et intertextes, cours du 3 septembre *** : «Approche centrée sur la personne», université de Paris IV-Sorbonne (enregistrement sonore), collection privée, fac-similé en possession de l'éditeur.

Il y a les livres qui existent, les livres qu'on peut facilement se procurer sur les étals des librairies, chez les bouquinistes ou dans les arrière-salles poussiéreuses des antiquaires de la rue de Sèvres - ces livres qui nous présentent lascivement leur dos coloré sur les étagères des bibliothèques, pour qu'on les caresse du bout des doigts. Il y a les livres qui existent, et les livres qui n'existent pas, les livres qui n'ont jamais été écrits, les livres imaginaires, les livres de romans.
Vous savez que certains auteurs se sont amusés à inventer des ouvrages de toutes pièces, et à les jeter négligemment dans les mains de leurs personnages. Les surréalistes ont abusé de ce procédé, tout comme Pierre Manon, Frédéric Balaire, ou encore François Rabelais, longtemps avant eux, avec son célèbre catalogue de la Bibliothèque de l'Abbaye de Saint-Victor, dans Pantagruel.
Madame Bovary est un livre qui existe. La Barre fixe, de Robert de Passevant (citée par André Gide dans Les Faux-Monnayeurs), on La Chrestomathie du désespoir, de François Merlin (citée par Louis Guilloux dans Le Sang noir), sont des livres qui n’existent pas – des livres dont vous pourrez seulement croiser le nom dans un autre livre, bien réel celui-là. Vous trouverez la liste de ces ouvrages inexistants dans le beau dictionnaire de Stéphane Mahieu, La Bibliothèque invisible, publié il y a quelques années aux éditions du Sandre. 
Parmi les livres qui existent, il y a aussi ceux qui ont disparu, les livres dont l’existence est attestée mais dont on n’a jamais retrouvé la trace – ces livres dont les longues listes des doxographes de l’Antiquité nous donnent un minuscule aperçu. Et puis il y a les livres dont nous ne savons rien, les livres dont nous ne savons même pas qu’ils ont été détruits ou perdus. Combien de livres disparus pour un livre qui arrive jusqu’à nous? «Les chercheurs d’or remuent beaucoup de terre, disait Héraclite, et ils ne trouvent pas grand-chose.» 
Il y a les livres qui existent et les livres qui n’existent pas; mais entre les deux, il y a encore la place pour certains livres d’un genre intermédiaire, qu’on serait bien en peine de classer dans l’une ou l’autre de ces deux catégories. Des livres qui existent à peine, des livres qui flottent dans les limbes de la thermosphère littéraire et qui se soustraient sans cesse à nos efforts pour les saisir. Des livres ontologiquement indécidables et qui subsistent pourtant à leur façon, comme une promesse, comme un rêve, comme un espoir. 
L’Approche de Francis Rissin est un livre de cette catégorie mitoyenne.
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hcdahlemhcdahlem   19 décembre 2019
C’est là que nous avons nourri le désir d’une vie pleine et rare, d‘une vie au contact des éléments et des matières, d’une vie en lien avec les forces qui avaient modelé ces plateaux s’étalant au-dessus de nous et qui bouillonnaient encore aux confins de l’univers. Nous ne nous satisfaisions plus de nos vies minuscules, nous voulions bâtir quelque chose de grand et de rare, pour l’avenir. Dans ces moments-là, Dieu lui-même eût été bien en peine de satisfaire nos appétits de titans.
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AbyssiniaAbyssinia   29 novembre 2019
Je crois que la folie a à voir avec l’impossibilité de parler à quelqu’un d’autre, l’impossibilité de partager ce qu’on a vu, ce qu’on a entendu, ce qu’on a compris. La folie a quelque chose à voir avec la solitude et le silence.
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gromit33gromit33   03 mars 2020
Et c'est là peut être le rêve de tout biographe : assister en direct à la naissance du Bien ou du Mal, aller les débusquer jusque dans le couffin ou le berceau, remonter cette série de causes et d'effets qui a pu engendre un saint d'un côté ou un tyran de l'autre, traquer le moment où un individu ordinaire s'engage, le plus souvent malgré lui, et inconsciemment, sur le chemin de sa gloire ou celui de sa damnation. p271
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AbyssiniaAbyssinia   28 novembre 2019
Comme disait ce type, la façon la moins incorrecte de ne pas être à l’heure, c’est encore d’être en avance.
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Video de Martin Mongin (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Martin Mongin
Dans cet épisode de Réelles fictions, Philippe Guazzo, libraire à Paris, parle de la fome atypique de Francis Rissin, de Martin Mongin. Il évoque par ailleurs la figure évanescente de ce fascinant personnage.
Réelles fictions est une série de podcasts qui présentent les cinq romans sélectionnés pour le prix Effractions. Ce prix récompense un roman qui entretient un lien fort avec le réel ; il est remis par la Bibliothèque publique d'information et la Société des Gens de Lettres pendant le festival littéraire « Effractions » en mars 2020.
Cet épisode a été préparé par Marina Zborowski. Lecture : Denis Cordazzo. Réalisation : Camille Delon et Renaud Ghys. Musique : Thomas Boulard. Merci aux éditions Tusitala, à Inès Carme et à Blandine Fauré. Cet épisode a été enregistré au Centre Pompidou et à la librairie le Comptoir des mots.
Suivre la bibliothèque : SITE http://www.bpi.fr/bpi BALISES http://balises.bpi.fr FACEBOOK https://www.facebook.com/bpi.pompidou TWITTER https://twitter.com/bpi_pompidou
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