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ISBN : 2823602380
Éditeur : Editions de l'Olivier (02/10/2014)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 47 notes)
Résumé :
Un recueil de treize nouvelles dans lesquelles l'auteur met en scène ces instants de non-retour qui influent sur nos vies : une jeune femme qui s'enfuit de chez elle, un père qui est rongé par un désir inconvenant, une mère qui délaisse son enfant...
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  14 août 2016
Première rencontre avec Alice Munro, cette femme alerte et malicieuse dont l'œil aiguisé nous promène autour de Toronto dans le Canada d'après guerre. C'est une écrivaine déjà âgée qui écrit et, phénomène moult fois constaté, ce sont les très anciens souvenirs qui remontent le plus facilement à la surface, ceux qui furent imprimés de façon indélébile alors que la mémoire avait encore si peu servi, qu'elle était encore toute neuve pourrait-on dire.
Ce recueil, qu'elle a annoncé être son dernier, regroupe quatorze nouvelles, dix présentées comme des fictions et les quatre dernières comme autobiographiques. Seules " Vue Sur le Lac " et " Dolly " font intervenir des personnages principaux de l'âge de l'écrivaine (environ 80 ans au moment de l'écriture de ce livre). Toutes les autres se passent peu après ou pendant la seconde guerre mondiale, vue du côté de l'arrière-pays canadien, ou bien encore vers la fin des années 1960.
Alice Munro y développe une perception très féminine et une étonnante acuité à sonder l'intériorité de ses personnages dans les petits riens de la vie. Il y a toujours un œil sagace et non dénué d'humour ou de dérision. Elle choisit délibérément de donner à ressentir et non à calibrer un scénario parfait, d'où, peut-être, un certain sentiment de queue de poisson, parfois, à la fin des nouvelles.
Ceci n'a rien de surprenant eu égard à son projet littéraire : traiter de gens simples et les regarder évoluer dans la vie, avec ses remous, ses passes calmes et ses coups de grisou, de temps en temps. Il n'y a pas de finalité, comme pour la vie, rien que la vie.
Une belle découverte en tout cas de mon point de vue, une façon bien à elle de mener le déroulé de ses nouvelles, preuve s'il en était besoin que l'on n'a pas encore exploré toutes les possibilités de ce genre narratif que l'on croit bien connaître. Intéressant, en somme, peut-être pas captivant, mais ce n'est que mon avis, rien que l'avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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AgatheDumaurier
  21 septembre 2017
Mon troisième recueil de nouvelles d'Alice Munro, et je ne me lasse pas. Chacun de ces courts récits est comme un diamant purement ciselé, sans un mot de trop, brillant pour la plupart d'un éclat froid et indifférent, comme la vie. Pas de réponse, pas de justice, pas de retour en arrière possible.
Il s'agit d'histoires de femmes (Alice Munro doit avoir la sagesse-peu partagée par nos amis les hommes-de savoir qu'elle ne peut pas se projeter de façon crédible dans un esprit masculin...) à un moment charnière de leur existence. Un départ, un nouveau travail, une rencontre, une coïncidence, et des vies banales peuvent être bouleversées. L'écriture et la structure des nouvelles rendent ces petits riens absolument fascinants.
Les quatre dernières "nouvelles" sont des textes que l'auteure nous annonce autobiographiques, et Alice, replongeant dans son enfance, perd un peu de sa distance assez glaciale. La petite peste de "Du côté de Castle Rock" reparaît, mais presque adoucie et mélancolique...et là l'écriture devient carrément sublime, à vous tordre le coeur : "de certaines choses on dit qu'elles sont impardonnables, ou qu'on ne se les pardonnera jamais. Mais c'est ce qu'on fait. On le fait tout le temps."
J'en suis toute retournée.
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Flodopas78
  08 septembre 2015
Tranches de vie : ainsi pourraient s'appeler les recueils de nouvelles de l'écrivain canadien, Alice Munro qui excelle à mettre en exergue les moments charnières d'une vie, ces moments fugitifs où tout bascule à cause d'un regard, d'un geste ou d'un enchaînement de circonstances qui font de l'existence une partition dont on ne maîtrise pas souvent les notes. Son regard clairvoyant nous plonge au coeur de l'âme humaine et sa difficulté à aimer en vérité, par peur parfois, par lâcheté, souvent. Les quatre dernières nouvelles, parmi les plus touchantes, forment un tout où Alice Munro évoque son enfance et sa relation compliquée avec sa mère.
Ces destins de femmes nous touchent car toutes essaient de trouver le bonheur dans une société canadienne en pleine mutation après la seconde guerre mondiale, dans cette espace semi-rurale où la modernité apporte son lot de confort et de solitude. La liberté semble à portée de main : elle se concrétise par l'accès à l'indépendance financière qui n'aboutit pas toujours à l'épanouissement rêvé.
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AdrianV
  09 mai 2016
Avec Alice Munro j'ai eu l'impression de vivre une vraie rencontre littéraire, un plaisir inattendu qui ne m'est pas si fréquent que ça.
Une de ces rencontres où on sent rapidement qu'il se passe quelque chose de puissant, mais qu'on met du temps à comprendre. Où on se dit qu'on arrivera jamais tout à fait à l'exprimer, parce que cette écriture est à la fois évidente et intime. Personnelle.
Où on se dit qu'il faut simplement que nos proches, et les internautes qui tomberont par hasard sur ces quelques mots enthousiastes, lisent ce livre, parce qu'on a pas envie de le limiter en le décrivant.
Ou alors en en disant très peu, en essayant de ne rien dévoiler:
Entre fine retenue et juste franc-parler, j'ai le sentiment d'avoir fait connaissance avec l'élégante voix des personnes discrètes.
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orenardmargueritte
  03 décembre 2014
14 nouvelles , livre mélancolique les héroïnes subissent...
Narration dense mais le livre m'a laissée triste et inquiète
Atmosphère froide de ce beau Canada
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critiques presse (4)
Chro   12 novembre 2014
Rien que la vie est un brouillard crépusculaire fait de quatorze nouvelles et d'autant de nuances de gris, qui conserve la magie narrative coutumière d’Alice Munro et montre la mélancolie des paysages canadiens à travers divers fragments d'existences.
Lire la critique sur le site : Chro
LaPresse   28 octobre 2014
Concision et densité, réalisme cru, ellipses surprenantes qui émaillent chaque nouvelle, Munro n'est jamais dans ce temps linéaire de beaucoup de romans où les héros ou héroïnes traversent des épreuves jusqu'au finale, mais dans ces instants en apparence anodins qui sont plus près de la mémoire qui réécrit nos existences, donc plus près de notre perception du réel.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaLibreBelgique   21 octobre 2014
Prix Nobel en 2013, Alice Munro signe avec "Rien que la vie" un recueil qu’elle a annoncé comme le dernier. Des détours et des tentations, des chemins tracés dont parfois on s’écarte, des trajectoires imprévues.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Telerama   01 octobre 2014
En quelques mots subtils, Alice Munro cerne les destins qui vacillent.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   25 août 2016
Tout ce qui s'est produit dans le courant des années soixante-dix, encore que dans la ville en question et dans d'autres petites villes qui lui ressemblent, les années soixante-dix n'aient pas été à l'image que nous nous en faisons aujourd'hui. […] Les garçons portaient les cheveux plus longs mais ils ne leur cascadaient pas jusqu'au milieu du dos et il ne semblait pas que l'atmosphère fût plus qu'à l'ordinaire à la libération et à la rébellion.
Mon oncle commença par me taquiner à propos de la prière d'avant le repas. Ou plutôt à propos du fait que je ne la disais pas. J'avais treize ans, j'allais vivre chez ma tante et lui pendant l'année que mes parents passaient en Afrique. Jamais de ma vie je n'avais encore incliné la tête au-dessus de mon assiette pour dire une prière.
« Seigneur, bénissez ce repas que nous allons prendre et nous-mêmes qui sommes vos serviteurs », dit Oncle Jasper tandis que je demeurais la fourchette en l'air, me retenant de mastiquer la viande et les pommes de terre que j'avais déjà en bouche.
« Surprise ? » demanda-t-il, après son « pour l'amour de Jésus. Amen ». Mes parents disaient-ils une prière différente, peut-être à la fin du repas ? questionna-t-il.
« Ils ne disent rien, voilà ce que je lui répondis.
— Rien, vraiment ? reprit-il, feignant l'ébahissement. Tu veux vraiment me faire croire ça ? Des gens qui ne remercient pas le Seigneur iraient en Afrique pour évangéliser les païens — réfléchis un peu ! »
Au Ghana, où mes parents étaient enseignants, ils n'avaient apparemment rencontré aucun païen. Le christianisme s'épanouissait à un point déconcertant tout autour d'eux, et jusque sur des affiches à l'arrière des autobus.
« Mes parents sont unitariens », dis-je, en m'excluant moi-même pour je ne sais quelle raison.
Oncle Jasper secoua la tête et me demanda d'expliquer ce mot. Ne croyaient-ils pas au Dieu de Moïse ? Au Dieu d'Abraham ? À coup sûr ils devaient être juifs. Non ? Ni mahométans ? Si ?
« C'est surtout que chacun a sa propre idée de Dieu », répondis-je avec peut-être plus de fermeté qu'il ne s'y était attendu. J'avais deux frères à l'université et rien n'indiquait qu'ils allaient devenir eux-mêmes unitariens, de sorte que j'avais l'habitude des discussions passionnées à propos de la religion — ainsi que de l'athéisme — autour de la table.
« Mais ils croient au devoir de faire le bien et de vivre dans le bien », ajoutai-je.
Erreur. Non seulement une expression incrédule se peignit sur le visage de mon oncle — sourcils levés, hochement de tête émerveillé — mais les mots qui sortirent de ma bouche avaient l'air déplacés, à mes propres oreilles, prétentieux et manquant de conviction.

HAVRE.
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Nastasia-BNastasia-B   10 août 2016
Comme si avoir commis l'adultère avec une paroissienne n'était pas assez grave, le pasteur, au lieu de se faire le plus discret possible et de s'éclipser afin de subir une forme de rééducation, ou d'aller prendre en charge une paroisse oubliée au fin fond de l'arrière-pays, avait apparemment choisi d'affronter l'opprobre du haut de la chaire. Il était allé au-delà de la confession. Tout n'avait été que grimaces, disait-il. Sa bouche avait formé les paroles de l'Évangile et les commandements auxquels il ne croyait pas tout à fait, et la plupart de ce qu'il avait prêché concernant l'amour et la sexualité, ses recommandations évasives, timides et convenues : grimaces que tout cela. Il était à présent un homme libre, libre de leur dire le soulagement que c'était de célébrer la vie du corps en même temps que celle de l'esprit.

QUITTER MAVERLEY.
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Nastasia-BNastasia-B   13 août 2016
Au long de l'automne et de l'hiver et du printemps qui suivirent, il n'y eut presque pas de jour où elle ne pensa pas à lui. C'était comme avoir le même rêve toujours parfaitement identique à la minute où l'on s'endormait. À la renverse sur le canapé, la tête appuyée sur le coussin, elle songeait qu'elle était entre ses bras. On aurait eu tendance à croire qu'elle ne se rappellerait pas son visage, mais il surgissait en détail, visage ridé et semblant assez fatigué, d'un homme d'intérieur, plutôt sarcastique. Et son corps n'était pas absent non plus, il présentait une usure raisonnable qui ne l'empêchait pas d'être apte et fonctionnel, et éminemment désirable.
Elle se consumait de manque, en sanglotait presque. Tout ce déploiement imaginaire disparaissait pourtant, se mettait en hibernation quand Peter rentrait à la maison. Les affections quotidiennes surgissaient alors au premier plan, avec une constance sans faille.

JUSQU'AU JAPON.
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Nastasia-BNastasia-B   23 août 2016
Elle avait existé, elle n'existait plus. Plus du tout, comme si elle n'avait jamais existé. Et les gens s'affairaient alentour, comme si ce fait scandaleux, on pouvait le surmonter, en prenant des dispositions raisonnables. Lui aussi se plia à la coutume, signa là où on lui dit de signer, disposant de ce qu'il convenait de faire des " restes " — comme on dit.
Quel excellent mot — " restes ". Comme quelque chose qui se dessécherait et tomberait en poussière, oublié au fond d'un placard.
Et il ne tarda pas à se retrouver dehors, à faire semblant d'avoir une raison aussi bonne, aussi ordinaire que quiconque, de mettre un pied devant l'autre.

QUITTER MAVERLEY.
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Nastasia-BNastasia-B   12 août 2016
Quand j'avais cinq ans mes parents produisirent de but en blanc un nourrisson, un garçon, dont ma mère dit que c'était ce que j'avais toujours désiré. D'où tirait-elle cette idée, je ne le savais pas. Elle la développa, y ajoutant une bonne petite dose de fioritures, toutes fictives mais difficiles à contredire.
Puis, un an plus tard, un nourrisson, une fille, fit son apparition, déclenchant une nouvelle effervescence mais sur un mode mineur, cette fois.
Jusqu'à l'arrivée du premier, je n'avais jamais eu conscience d'une quelconque différence entre ce que je ressentais et ce que ma mère disait que je ressentais. […]
Ce fut avec la venue de mon frère, […], quand elle se mit à me rebattre les oreilles de l'assertion qu'il était une espèce de cadeau qu'elle me destinait, que je commençai à comprendre qu'une bonne part des idées qu'elle se faisait de moi pouvait différer des miennes.

L'ŒIL.
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Videos de Alice Munro (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alice Munro
Margaret Atwood Talks About Alice Munro. When Margaret Atwood was in the red chair talking to George Stroumboulopoulos recently, she talked about her admiration for Alice Munro as both a writer and a person.
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