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ISBN : 2707317403
Éditeur : Editions de Minuit (22/02/2001)

Note moyenne : 3.38/5 (sur 135 notes)
Résumé :
La vie de Rosie Carpe commence à Brive-la-Gaillarde, entre son frère Lazare et ses deux parents Carpe qui sont encore, alors, dépourvus de toute espèce de fantaisie vénéneuse. Rosie conservera de Brive un souvenir confus et voilé de jaune, tandis que, pour son frère Lazare, le bonheur à Brive-la-Gaillarde gardera les couleurs d'un magnolia dont il est le seul à se rappeler la splendeur.

Ensuite, à Anthony, Rosie Carpe est adulte. Elle met au monde Tit... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Christw
  03 juin 2013
Lorsque ce roman est édité en 2001, Marie Ndiaye était depuis longtemps sous l'oeil bienveillant de l'intuitif et exigeant Jérôme Lindon. Travailleuse, elle poursuit un chemin médiatiquement discret qui la voit aboutir, avec ce récit ténébreux, à une production majeure (prix Femina) annoncée par ses ouvrages précédents. On sait que depuis, elle a obtenu le Goncourt pour Trois femmes puissantes et que Ladivine (2013) obtient une critique très élogieuse dans la presse spécialisée. Vingt-huit ans après son premier roman, avec quinze titres à son actif (sans compter les oeuvres théâtrales et pour la jeunesse), elle se place parmi les femmes de lettres francophones les plus lues et dont les qualités littéraires ne peuvent plus être ignorées.
"Âmes sensibles s'abstenir", lit-on dans le billet d'une lectrice impressionnée. Nous n'irons pas jusqu'à conseiller un âge minimum mais l'avertissement est de mise: aucune trace de mièvrerie romanesque ici. Les deux enfants Carpe partis à Paris pour poursuivre leurs études n'ont pas été armés par leurs parents, des gens conventionnels, sans chaleur, qui leur ont offert éducation et affection étriquées, pressés qu'ils étaient de profiter d'une vie jouissive au travers d'opérations boursières fructueuses. Très vite, Lazare le fils, en rébellion contre Brive-la Gaillarde, sillon de leur enfance, souvenir obstinément jaune, avec le magnolia obsédant et inodore, délaisse ses études et tourne mal. Il part en Guadeloupe pour se livrer à un commerce louche avec Abel, le mauvais conseiller. Marie-Rose, devenue Rosie, rate ses examens et accepte de travailler dans un hôtel miteux où elle intéresse immédiatement le sous-gérant concupiscent. Elle tombe sous le joug de cet homme qui propose de laisser filmer leur ébats par une sinistre marchande de vidéos pornographiques. Un enfant naît de cette relation trouble qu'elle n'ose fuir: Titi, maudit et jamais accepté par sa mère. Celle-ci subit son destin avec une passivité dérangeante: images bouleversantes d'un gosse qui lui tend désespérément les bras lorsqu'elle revient de marches folles pour le fuir. Désemparée, impuissante, Rosie, à nouveau enceinte accidentellement, emmène son fils afin de rejoindre Lazare en Guadeloupe, croyant naïvement à la réussite qu'il prétend dans ses lettres.
S'ouvre alors le long épisode au sud, éblouissement pénible, soleil, sueur et précarité, avec le nouveau protagoniste antillais Lagrand, sorte de Christ écorché, ami et vain sauveur de Lazare, devenu père entre-temps et auteur d'un crime odieux sur un touriste. La suite du récit est vue à travers ce Lagrand, apparemment stable et fort, mais possédé et meurtri par une relation fusionnelle brisée avec une mère internée. Il perçoit que Rosie, dont il est épris, laisse mourir Titi malade, "son misérable agneau", en négligeant de lui apporter des soins. La perspective de sa disparition semble alléger la jeune-femme et il emporte l'enfant à l'hôpital sans plus s'en soucier. Les parents qui ont tenté de faire du profit en participant aux embrouilles de Lazare sont ruinés, ce qui ne les empêche pas de vivre en Guadeloupe comme des nouveaux bourgeois aux crochets d'un bien nanti. Leur transformation sociale est désopilante, navrante et aucune honte face à l'échec de leurs enfants ne ternit leur insouciance.
Marie Ndiaye fait se retrouver ce petit monde dans un épilogue surprenant et doux amer, où s'écrit la destinée de Rosie et Lagrand.
Au terme du récit, deux réflexions émergent:
1- Il s'agit d'un roman âpre et prenant, qui crie la détresse, dénonce la culpabilité et où des enfants s'anéantissent d'avoir été mal aimés.
2- le destin est un enroulement absurde où les êtres semblent à peine conscients de ce qui se leur arrive en silence et en secret. le roman de Ndiaye déchiffre impitoyablement ce destin sans envergure ni postérité historique, où certains ont la chance, d'autres moins.
Le style de l'auteur d'ascendance sénégalaise s'avère très personnel et demande de se familiariser avec sa phrase longue et un peu syncopée. On lit "entrelacs de phrases pulpeuses et asymétriques" [1] pour la qualifier: on y trouve en effet la densité qui reflète les états d'esprit contradictoires et les situations difficiles, tendues, déconcertantes. L'introspection domine, se manifeste par des monologues intérieurs, des velléités de paroles contradictoires et non prononcées. La narration est exclusive, l'auteur bien cachée ne pointe jamais le bout du nez avec des discours explicatif, car tout est narration qui contribue à une forme d'envoûtement. Certains thèmes reviennent comme des arias de symphonie: la couleur jaune, nuance de trahison et de lâcheté, la blancheur presque insoutenable, la sueur, les gémissements des bêtes, comme autant d'obsessions qui hantent le récit. On rencontre peu de portraits physiques: l'intérieur prime, contribuant à la lenteur de la progression lancinante. Celle-ci alourdit le début du récit qui prend un rythme plus soutenu et passionnant quand Rosie se retrouve en Guadeloupe et qu'apparaît Lagrand.

Le livre refermé, il laisse une impression tenace colorée et poisseuse tandis qu'un soleil grave continue de luire: nous sommes de cette espèce-là qui peut être si triste et décadente, et c'est presque de la honte. Marie Ndiaye n'élude rien, sans pathos ni ostentation tandis que le charme de sa voix opère comme un hallucination étincelante.
[1] Marc Weizmann (Les Inrockuptibles, 6 mars 2001).

Lien : http://www.christianwery.be/..
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PiertyM
  29 mars 2019
Une histoire touchante d'une Rosie qui voudrait tant s'en sortir dans la vie mais c'est comme si une espèce de ciel d'airain se posait sur sa tête, et qui la condamnait à un éternel recommencement. L'écriture de Marie Ndiaye est percutante et impérative, en ce sens que, qu'on le veuille ou non, qu'on aime ou pas, il y a comme un charme qui vous pousse à ne pas abandonner Rosie dans les vicissitude de sa vie, avec un frère trompé dans les affaires louches, Titi, un fils indésirable qui lui rappelle les moments sombres, insolites de sa vie et Lagrand, un admirateur...
Un roman qui vous marque assurément!
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brigittelascombe
  15 novembre 2011
Coeurs sensibles s'abstenir!
L'univers de Rosie Carpe se trouve de l'autre côté du miroir, celui du moi détruit par l'indifférence parentale d'un couple de "taiseux", qui s'enfonce inexorablement dans un dédoublement de personnalité jusqu'à mettre son enfant en danger de mort.
Petite fille mal aimée, soeur admirative d'un "Lazare, mon frère" nul qui l'abandonne à son triste sort, jeune femme grugée et bafouée à laquelle il est plus que facile de faire prendre des vessies pour des lanternes, Rosie Carpe, sans le sou, engrossée "d'un saint enfant" car elle "ignore ce qui l'a rendue enceinte", débarque (pour réssusciter un Lazare idyllique) dans la brousse Guadeloupéenne, son Titi "ni gai", "ni pétulant", "ni léger", de six ans, sous le bras en se disant les filles comme moi,envahies d'enfants,l'état les soutient à bout de bras plutôt qu'elles deviennent folles et brutales".
Le reste est gris et glauque comme "les affaires" de Lazare, comme la poisse qui colle aux roses semelles de Rosie Carpe ou le sort poignant d'un Titi qui, toujours rattrappé in extrémis par de drôles d'énergumènes, se sort des griffes de l'inconscient Gros Minet.
Un roman fort (prix Fémina2001) sur une trame psychologique dure, qui prend aux tripes!
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nilebeh
  04 février 2015
Vie de Rosie Carpe,( auparavant Rose - Marie Carpe) née à Brive la Gaillarge, "montée" à Paris (en fait à Antony) avec son frère Lazare pour trouver une vie meilleure. Employée d'un hôtel minable, elle se fait faire un enfant par Max, marié, vaguement gentil d'abord puis qui la trouve hideuse et l'abandonne. Leur enfant Titi, pauvre petite chose blafarde et inerte est un objet de dégoût pour le père puis pour Rosie elle - même.
Mère et fils partent un jour pour la Guadeloupe où Lazare et leurs parents se sont installés pour, paraît -il, trouver la fortune et une vie idyllique. En fait, Lazare est un dépravé, alcoolique, velléitaire, qui se compromet dans des coups fumeux risqués et totalement improductifs. Un minable qui se prend pour un dur. de leur côté, les parents Carpe essaient de trouver jouvence et bonheur , Elle de plus en plus jeune, enceinte des oeuvres d'un certain Foret plus jeune qu'elle, Lui, dans une relation avec Lisbeth, fille métisse de Foret. Ce couple à quatre partage les mêmes lieux, les mêmes moments, de façon totalement absurde et immorale.
Quant à Rosie, plus ou moins recueillie par Lagrand, grand Guadeloupéen athlétique, parfaitement soigné dans son Lacoste blanc, elle reprend du poil de la bête dès lors qu'elle a abandonné Titi , de plus en plus faible, à une mort qu'elle croit certaine. Tandis qu'elle va au cinéma avec les deux immondes (Carpe et Foret), son fils se meurt auprès de Lisbeth. Lagrand arrivera à temps pour l'amener à l'hôpital.
Dernier chapitre, des années plus tard: Titi, miraculeusement sorti d'affaire, est devenu professeur. Son père est mort et il a donc épousé son ancienne amie Lisbeth qui lui a donné deux enfants. Quant au couple mère de Rosie (devenue Diane, anciennement Danièle, à Brive) - Foret, ils ont eu une fille qu'ils offrent comme friandise (payante) aux touristes vieillissants et repus qui passent leurs vacances à la Guadeloupe.
Peu de gens ragoûtants dans de livre, même le Noir Lagrand, pourtant plutôt sympathique, a ses moments abjects.
Meurtre, embrouilles, misère, crasse, vomi, sanies, la couleur du livre est plutôt sombre.
Le jeu des couleurs est intéressant: du blanc pur sur le Noir Lagrand, du jaune criard sur les tissus, les objets cités; seul Titi apporte un peu de joliesse, malgré "sa figure incolore".
L'évocation des touristes repus et niaisement bienveillants, le jeu sur l'identité (on change de nom en changeant d'endroit et de vie), les parcours lamentables de la plupart des personnages, les désillusions et la résignation à l'abject, les tentatives pour "devenir quelqu'un" ou changer de vie: beaucoup d'aspects du roman sont intéressants. Un monde assez noir au final sous une plume précise, qui développe des phrases charpentées, riches d'évocation et savoureuses.
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Norlane
  17 avril 2016
L'écriture de Marie N'Diaye, que j'ai découverte avec Trois femmes puissantes, a un pouvoir hypnotique : elle n'est pas facile, elle est faite de répétitions, mais elle est une musique envoûtante qui fait tourner page après page... L'histoire familiale de Rosie Carpe est glauque, racontée en 3 parties : l'arrivée en Guadeloupe avec l'espoir d'une nouvelle vie chez son frère, enceinte et trainant avec elle son 1er enfant, Titi ; la vie passée à Brive-la-Gaillarde et Paris, avec des parents d'une toxicité indéfinissable ; la vie en Guadeloupe de cette famille recomposée - décomposée (au sens "pourrie") sous le regard de Lagrand, adulte abandonné. Peu de lumière dans ce livre : Rosie Carpe n'est pas une héroïne romanesque qui prend sa vie en main, c'est une fille engluée dans un sentiment d'insignifiance ; l'atmosphère est moite. Peu de lumière mais un souffle littéraire indéniable.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
BookinistaBookinista   22 juillet 2012
Mais comme il était parfois presque consternant, presqu'humiliant, de se sentir ébranlé par Rosie Carpe qui avait tout - dénuement, enfants sans père, certaine rougeur de la peau du visage, l'oeil lavé comme déteint - d'une pauvre fille, d'une espèce misérable irrémédiable, fastidieuse, lassante (...).
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brigittelascombebrigittelascombe   15 novembre 2011
Car il était essentiel, se disait Rosie intraitablement, qu'un jour Titi pût demander des comptes, exiger d'obtenir un peu plus de l'existence, une forme de dédommagement,et alors il pointerait du doigt son visage flou,blême,pâteux,à jamais profané,ressassait-elle,par quelque-chose d'invisible et d'impérissable,et il réclamerait son dû et beaucoup plus que cela.
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brigittelascombebrigittelascombe   15 novembre 2011
Mais les frères reviennent toujours.Ils croient pouvoir supporter d'être oubliés et en fait ils ne le supportent pas et ils reviennent pour voir s'ils sont oubliés et le reprocher à tout le monde si c'est le cas.
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brigittelascombebrigittelascombe   15 novembre 2011
Une fille qui vous est devenue étrangère,reprit Carpe,si elle revient vous voir après des années et vous demande de l'aider ou je ne sais quoi,vous ne lui devez rien,je pense.
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haddiehaddie   27 octobre 2015
Titi n'avait pas bougé (...) il s’accrochait, obstinément, dans une résistance furtive mais infatigable aux desseins conçus pour lui ...
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Videos de Marie NDiaye (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marie NDiaye
Samedi 4 août 2018, dans le cadre du banquet d'été ?Dans la confusion des temps? qui s'est déroulé à Lagrasse du 4 au 10 août 2018, Marie Ndiaye lisait plusieurs textes, accompagnée de Jean-Yves Cendrey.
Le premier texte est extrait de Berlin mon garçon, une pièce que l?écrivaine vient d?achever et qui sera montée au printemps 2019 au Théâtre national de Strasbourg par Stanislas Nordey. le second est le début d?un projet en cours : un monologue, celui d?une femme qui a passé sa jeunesse à Oran et dont l?existence actuelle à Royan est rongée, travaillée par les réminiscences de ces années en Algérie
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