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ISBN : 2757841785
Éditeur : Points (12/06/2014)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 56 notes)
Résumé :
L'étoffe du diable.
La rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d'exclusion ou d'infamie. En furent notamment vêtus tous ceux qui, à un titre ou à un autre, se situaient aux marges de la société chrétienne ou bien en dehors : jongleurs, musiciens, bouffons, bourreaux, prostituées, condamnés, hérétiques, juifs, musulmans ainsi que, dans les images, le Diable et toutes ses créatures. Sans faire aucunement disparaître ces rayu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Bigmammy
  21 juillet 2015
Passionnante plongée dans les représentations mentales des hommes du Moyen-Âge, avec pour guide Michel Pastoureau, dont j'ai déjà adoré l'histoire de la couleur bleue et celle du cochon. Et il est bien vrai que nous avons bien du mal à nous imaginer dotés de l'outillage intellectuel de cette période si rude, ou la pensée magique prenait souvent le pas sur la connaissance, le plus souvent lacunaire et surtout pour nous, paradoxale ... Un livre court et dense, très facile à lire malgré son érudition, qui intéressera autant les férus d'histoire des civilisations que les couturières.
Nous voici donc confrontés à l'histoire des rayures et des tissus rayés. Nous apprenons que les surfaces, au Moyen-Âge, sont signifiantes. On classifie ainsi l'uni, le rayé et le semis auxquels sont conférés des valeurs positives ou négatives spécifiques. Le semé par exemple (fleur de lis, hermines ...) est toujours valorisant, solennel, majestueux, sacré, signe de pouvoir, attribut marial, symbole de fécondité, de souveraineté. A l'opposé, le tacheté sous-entend pustuleux, scrofuleux, bubonique, lépreux, bref, l'antichambre de la mort ...
Le rayé, c'est le passage d'un état à un autre. Le terme "varietas" désigne à la fois la tromperie, la méchanceté, la lèpre. La rayure horizontale est infamante, elle signifie servilité, pare les prostituées, les personnes en marge et même, en héraldique, elle indique la bâtardise. Parfois, la rayure indique seulement l'ambivalence, l'ambiguïté : le vêtement rayé est attribué à Caïn, Judas, et même à Joseph car croire en la conception naturelle de Jésus est une hérésie. La rayure est donc considérée comme transgression de l'ordre social. Elle distingue le maître du valet, le bourreau des victimes, les fous des sains d'esprit, les damnés des élus.
Jusqu'à l'explosion de la mode des rayures au XVIIIème siècle. Buffon réhabilite alors le zébre comme "le quadrupède le plus élégamment vêtu" ... et les 13 colonies insurgées de l'Amérique donnent le ton avec leurs "stripes". Cela devient une folie, aussi bien dans le textile, la décoration, le vêtement. Le statut visuel et culturel de la rayure se transforme radicalement pour évoquer la liberté et les idées nouvelles. La jeunesse, l'esprit sportif, le bord de mer comme la rayure horizontale des tricots de marins, la rayure devient chic.
Sauf pour de notables exceptions qui forment autant de rémanences : si aujourd'hui le banquier et le malfrat portent tous deux des costumes à rayures, ce ne sont pas du tout les mêmes. Au XIXème siècle, le costume rayé des bagnards a pour origine les colonies pénitentiaires américaines, il sera repris comme marque d'infamie pour les déportés victimes du nazisme.
La rayure joue le rôle de trompe-l'oeil, de mise en garde. Elle montre et cache à la fois, elle filtre entre interdiction et perméabilité : en signalisation routière, elle signale une barrière que l'on peut éventuellement franchir mais avec précautions.
La rayure est donc une marque culturelle, si rarement présente dans la nature (à part le tigre et le zèbre). Michel Pastoureau nous en instille toutes les différentes interprétations ... Difficile de regarder désormais une surface rayée sans y penser. Et pour moi, une explication historique de ma préférence pour les étoffes à semis comme le Liberty !

Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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LiliGalipette
  24 décembre 2010
Essai de Michel Pastoureau. Lettre P de mon Challenge ABC critiques Babelio.
Du costume des jongleurs ou des bourreaux au tristement célèbre pyjama rayé des détenus concentrationnaires, du pelage du tigre au cuir lustré du zèbre, de la marinière à la livrée domestique, des chasubles sportives à l'uniforme militaire ou sportif, de l'héraldique des blasons aux drapeaux nationaux et jusqu'au code de la route, Michel Pastoureau épluche la rayure et les tissus rayés. Il retrace l'histoire culturelle de la rayure qui "n'est pas une forme, comme le besant, l'étoile ou la rouelle, c'est une structure." (p. 29)
Du "caractère dévalorisant, péjoratif ou nettement diabolique de la rayure vestimentaire" (p. 11), l'auteur démontre comment "la rayure médiévale était cause de désordre et de transgression" avant que "la rayure moderne et contemporaine [se soit] transformée en instrument de mise en ordre." (p. 15)
La notion culturelle qui prétend que les rayures verticales agrandissent l'espace et que les rayures horizontales le tassent n'est pas tout. La rayure véhicule des traditions d'exclusion, de mise à l'écart voire de mise à l'index et de disctinction. Les porteurs de tissus rayés furent tour à tour exclus, diabolisés, puis reconnus et consacrés.
La rayure n'est jamais neutre: aujourd'hui encore elle singularise et elle frappe les esprits. Les frères Dalton et leur casaque jaune et noire, Coluche et sa salopette ou Picasso dans sa marinière sont autant de représentants divers de la rayure.
Ce court essai est très bien écrit, même si je reproche à l'auteur d'être un tantinet trop assertif voire péremptoire dans ses affirmations. Mais il défend avec conviction et documents à l'appui des idées clairement exprimées et parfois originales.
Lien : http://lililectrice.canalblo..
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Natacha79
  09 août 2013
Passionnant !
Etrange comme sujet d'étude que les rayures et tissus rayés à travers l'histoire. Mais au final j'ai dévoré ce livre dans la voiture, sur la route du retour de vacances provençales, entre Aigues-Mortes où je l'ai acheté dans la boutique du château et la maison. le travail d'enquête, d'analyse, les questionnements, les non-réponses... tout ce qui constitue la démarche scientifique d'un historien est relaté d'une façon très facile d'accès et surtout c'est passionnant ! L'auteur est chercheur au Centre des Hautes Etudes en Sciences Sociales; c'est donc du sérieux !
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mdhennin
  05 septembre 2014
Un livre d'une très grande érudition et pourtant d'une lecture extrêmement aisée. On le lit en savourant le verbe gourmand de l'auteur, comme si l'on assistait à une de ses conférences.
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jimpee
  12 septembre 2012
...Ce petit livre est intéressant mais je trouve que le propos est plus survolé que traité. J'aurais aimé avoir un peu plus d'exemples et de détails, entrer un peu plus dans le contexte pour mieux comprendre des contradictions apparentes. Certes, un livre de poche d'un grosse centaine de pages ne peut pas tout aborder, le faible nombre d'illustrations est ce qui pénalise le plus ce livre qui parle de l'image.
Lien : http://jimpee.free.fr/index...
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
moussk12moussk12   29 octobre 2017
Note 32
L'Allemagne connut aussi, à la fin du XVIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle, ses "bêtes de Guévaudan". En outre, depuis la dernière guerre, nombreuses sont en Angleterre et en France les apparitions de "félins mystères" (l'expression est de V. Campion-Vincent) présentant avec la "bête" certaines ressemblances et ayant parfois une robe rayée. Un colloque organisé par le CNRS et consacré à ces apparitions s'est tenu à Paris au mois de novembre 1990.
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moussk12moussk12   28 octobre 2017
Géométriquement et métaphoriquement, le lien est très fort entre les rayures horizontales du vêtement pénitentiaire et les rayures verticales que forment les barreaux de la prison. Se croisant à angles droits, rayures et barreaux semblent constituer une trame, une grille, une cage même, qui isole encore plus le prisonnier du reste du monde extérieur. Plus qu'une marque, la rayure est ici un obstacle.
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moussk12moussk12   28 octobre 2017
Il est un dernier domaine qui contribue lui aussi à mettre en valeur le lien qui existe entre la rayure et la punition, l'exclusion ou la privation : le lexique. En français moderne, le verbe rayer a le double sens de faire des raies et de retrancher, supprimer, éliminer. Rayer un nom dans une liste, c'est faire un trait sur ce nom, et exclure la personne qui le porte de ce à quoi donne droit la liste. La même idée se retrouve dans le verbe corriger, qui signifie à la fois rayer et punir et qui, dans cette seconde acception, a donné naissance à l'expression maison de correction, lieu d'enfermement où les fenêtres ont des barreaux et les détenus - parfois - des vêtements rayés. Le verbe barrer, qui est souvent synonyme de rayer, souligne très justement comment les barreaux sont des rayures et les rayures, des barrières.
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GabyHGabyH   29 mai 2014
Opposé à l’uni, le rayé constitue un écart, un accent, une marque. Mais, employé isolément, il devient illusion, gêne le regard, semble clignoter, s’agiter, s’enfuir.
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LiliGalipetteLiliGalipette   24 décembre 2010
"La rayure médiévale était cause de désordre et de transgression. La rayure moderne et contemporaine s'est progressivement transformée en instrument de mise en ordre." (p. 15)

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Vidéo de Michel Pastoureau
Une couleur ne vient jamais seule, de Michel Pastoureau
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