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EAN : 9782757841785
192 pages
Éditeur : Points (12/06/2014)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 83 notes)
Résumé :
L'étoffe du diable.
La rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d'exclusion ou d'infamie. En furent notamment vêtus tous ceux qui, à un titre ou à un autre, se situaient aux marges de la société chrétienne ou bien en dehors : jongleurs, musiciens, bouffons, bourreaux, prostituées, condamnés, hérétiques, juifs, musulmans ainsi que, dans les images, le Diable et toutes ses créatures. Sans faire aucunement disparaître ces rayu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
cmpf
  11 septembre 2020

Comme toujours avec Michel Pastoureau, on apprend beaucoup. Dans ce livre c'est l'histoire des rayures qui est racontée, depuis leurs débuts péjoratifs puisqu'ils sont réservés aux personnes à part, les fous, les prostituées par exemple jusqu'à aujourd'hui où elle évoquent les loisirs et surtout le sport. Si le tigre est rayé, cela souligne sa méchanceté. Quant aux tissus tachetés ils évoquent des maladies de peau.
Je n'avais jamais remarqué par exemple que les dessous et les pyjamas étaient rayés parce que perçus ainsi comme plus hygiéniques. Cependant le livre date un peu, presque trente ans ce qui le rend un peu dépassé pour le présent.
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Bigmammy
  21 juillet 2015
Passionnante plongée dans les représentations mentales des hommes du Moyen-Âge, avec pour guide Michel Pastoureau, dont j'ai déjà adoré l'histoire de la couleur bleue et celle du cochon. Et il est bien vrai que nous avons bien du mal à nous imaginer dotés de l'outillage intellectuel de cette période si rude, ou la pensée magique prenait souvent le pas sur la connaissance, le plus souvent lacunaire et surtout pour nous, paradoxale ... Un livre court et dense, très facile à lire malgré son érudition, qui intéressera autant les férus d'histoire des civilisations que les couturières.
Nous voici donc confrontés à l'histoire des rayures et des tissus rayés. Nous apprenons que les surfaces, au Moyen-Âge, sont signifiantes. On classifie ainsi l'uni, le rayé et le semis auxquels sont conférés des valeurs positives ou négatives spécifiques. Le semé par exemple (fleur de lis, hermines ...) est toujours valorisant, solennel, majestueux, sacré, signe de pouvoir, attribut marial, symbole de fécondité, de souveraineté. A l'opposé, le tacheté sous-entend pustuleux, scrofuleux, bubonique, lépreux, bref, l'antichambre de la mort ...
Le rayé, c'est le passage d'un état à un autre. Le terme "varietas" désigne à la fois la tromperie, la méchanceté, la lèpre. La rayure horizontale est infamante, elle signifie servilité, pare les prostituées, les personnes en marge et même, en héraldique, elle indique la bâtardise. Parfois, la rayure indique seulement l'ambivalence, l'ambiguïté : le vêtement rayé est attribué à Caïn, Judas, et même à Joseph car croire en la conception naturelle de Jésus est une hérésie. La rayure est donc considérée comme transgression de l'ordre social. Elle distingue le maître du valet, le bourreau des victimes, les fous des sains d'esprit, les damnés des élus.
Jusqu'à l'explosion de la mode des rayures au XVIIIème siècle. Buffon réhabilite alors le zébre comme "le quadrupède le plus élégamment vêtu" ... et les 13 colonies insurgées de l'Amérique donnent le ton avec leurs "stripes". Cela devient une folie, aussi bien dans le textile, la décoration, le vêtement. Le statut visuel et culturel de la rayure se transforme radicalement pour évoquer la liberté et les idées nouvelles. La jeunesse, l'esprit sportif, le bord de mer comme la rayure horizontale des tricots de marins, la rayure devient chic.
Sauf pour de notables exceptions qui forment autant de rémanences : si aujourd'hui le banquier et le malfrat portent tous deux des costumes à rayures, ce ne sont pas du tout les mêmes. Au XIXème siècle, le costume rayé des bagnards a pour origine les colonies pénitentiaires américaines, il sera repris comme marque d'infamie pour les déportés victimes du nazisme.
La rayure joue le rôle de trompe-l'oeil, de mise en garde. Elle montre et cache à la fois, elle filtre entre interdiction et perméabilité : en signalisation routière, elle signale une barrière que l'on peut éventuellement franchir mais avec précautions.
La rayure est donc une marque culturelle, si rarement présente dans la nature (à part le tigre et le zèbre). Michel Pastoureau nous en instille toutes les différentes interprétations ... Difficile de regarder désormais une surface rayée sans y penser. Et pour moi, une explication historique de ma préférence pour les étoffes à semis comme le Liberty !

Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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SheWolf
  24 décembre 2020
Drôle de titre pour un ouvrage d'art. Drôle de titre pour un ouvrage d'histoire. Ce livre est pourtant l'un et l'autre. Michel Pastoureau s'empare-là d'un sujet surprenant, les rayures et les tissus rayés. Dans notre monde où l'image se capture d'un doigt, en appuyant compulsivement sur un bouton, savons-nous encore qu'elle se construit ? L'image est devenue évidence immédiate à nos esprits contemporains, alors qu'il n'en est rien, nous avons simplement désappris, à l'investir, à la décrypter et à la lire pour y mettre ou y trouver du sens. Au Moyen-Age, l'iconographie est construite, savamment, pour délivrer un message consistant et toujours important. Au coeur de l'image, la couleur parle, la couleur dit et affirme. Non pas une humeur ou un choix, « j'aime beaucoup le rouge », « l'orange me sied peu au teint ». La couleur signifie socialement et symboliquement. Ainsi est sera-t-il aussi de la rayure. Il est d'abord nécessaire de s'accorder sur ce qu'est la rayure. Michel Pastoureau, avec érudition, précision et clarté, précise. Naissant du découpage du plan en un certain nombre de raies ou de bandes, la rayure se distingue pour l'oeil et l'esprit médiéval des raies ou des bandes se superposant sur un plan uni, pair. Quand la bichromie est équilibrée, il n'y a qu'un plan pour l'oeil médiéval. En revanche, quand le nombre de bandes est impair, il y a, pour l'homme du Moyen-Age, deux plans, la couleur dominante étant celle du fond. Impair, disruptive, clivante, la rayure est infamante, transgressive, impie, elle habille le traître Judas ou Ganelon, la prostituée, les comédiens, comme elle signera plus tard le statut du bagnard – rappelez-vous les Dalton dans Lucky Luke. Comment est-elle devenue l'uniforme du marin ? La « couleur » des bébés au maillot ou des culottes de coton des petites filles ? Michel Pastoureau suit, avec le flair du limier, l'évolution des moeurs, pour nous apprendre à voir, ce que nous ne voyons plus. Alors un zébre est-il blanc rayé de noir ou noir rayé de blanc ?
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LiliGalipette
  24 décembre 2010
Essai de Michel Pastoureau. Lettre P de mon Challenge ABC critiques Babelio.
Du costume des jongleurs ou des bourreaux au tristement célèbre pyjama rayé des détenus concentrationnaires, du pelage du tigre au cuir lustré du zèbre, de la marinière à la livrée domestique, des chasubles sportives à l'uniforme militaire ou sportif, de l'héraldique des blasons aux drapeaux nationaux et jusqu'au code de la route, Michel Pastoureau épluche la rayure et les tissus rayés. Il retrace l'histoire culturelle de la rayure qui "n'est pas une forme, comme le besant, l'étoile ou la rouelle, c'est une structure." (p. 29)
Du "caractère dévalorisant, péjoratif ou nettement diabolique de la rayure vestimentaire" (p. 11), l'auteur démontre comment "la rayure médiévale était cause de désordre et de transgression" avant que "la rayure moderne et contemporaine [se soit] transformée en instrument de mise en ordre." (p. 15)
La notion culturelle qui prétend que les rayures verticales agrandissent l'espace et que les rayures horizontales le tassent n'est pas tout. La rayure véhicule des traditions d'exclusion, de mise à l'écart voire de mise à l'index et de disctinction. Les porteurs de tissus rayés furent tour à tour exclus, diabolisés, puis reconnus et consacrés.
La rayure n'est jamais neutre: aujourd'hui encore elle singularise et elle frappe les esprits. Les frères Dalton et leur casaque jaune et noire, Coluche et sa salopette ou Picasso dans sa marinière sont autant de représentants divers de la rayure.
Ce court essai est très bien écrit, même si je reproche à l'auteur d'être un tantinet trop assertif voire péremptoire dans ses affirmations. Mais il défend avec conviction et documents à l'appui des idées clairement exprimées et parfois originales.
Lien : http://lililectrice.canalblo..
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Eclair
  17 janvier 2018
Rayer, barrer, tirer un trait...
La rayure semble tellement avoir envahi notre quotidien que l'on ne se rappelle plus - à moins d'avoir lu le brillant ouvrage de Michel Pastoureau- qu'elle était originellement portée par les individus qui étaient ostracisés (jongleurs, filles de mauvaise vie...) ou les Infidèles afin de les stigmatiser. La rayure est au Moyen-âge la marque du désordre. L'oeil médiéval habitué à la lecture par plans est dérangé par la rayure...
A partir de l'époque moderne, elle devient entre autres le synonyme de l'anglophobie car elle apparaît sur le drapeau des Etats-Unis qui se sont libérés de la tutelle de l'Angleterre. Les révolutionnaires français en feront quant à eux la marque du civisme et elle sera portée par les sans-culottes. Au XIXème siècle, la rayure marine passe des marins de profession aux baigneurs qui sont autorisés à s'encanailler en portant des costumes de bain rayés sur la plage car le blanc réservé au petit linge est transparent une fois dans l'eau ! Présente sur les tenues des sportifs (Juventus de Turin) ou de la marque Adidas, elle est associée également à la jeunesse et à la fraicheur. Les enfants, petits exclus, porteront aussi des tenues rayées car elles semblent moins salissantes (simple illusion bien sûr).
Symbole des bagnards et de la pègre...la rayure a aussi des aspects plus sombres, il ne faut l'oublier. Elle reste d'ailleurs associée encore aujourd'hui à la signalisation d'interdiction...
Pastoureau rappelle néanmoins que trop de rayures rendent fous comme en témoigne le film d'Hitchcock : "La maison du docteur Edwardes" (1945).
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   06 janvier 2020
La peinture flamande des XVè et XVIè siècles utilise parfois un procédé qui consiste à placer, en un endroit soit central, soit focal du tableau ou du panneau, un personnage en habits rayés, sur lequel le regard du spectateur s'accroche dès le contact avec l'œuvre. Quelquefois, ce personnage rayé fonctionne comme un véritable trompe-l'œil. Memling, Bosch, Bruegel et quelques autres sont particulièrement habiles à mettre ainsi en exergue non pas un des acteurs principaux de la scène ou de l'histoire, mais un comparse de troisième ordre dont le seul rôle est de détourner momentanément notre regard d'une zone du tableau pourtant essentielle et qui demande à se dévoiler lentement. Dans son célèbre portement de croix (1564), par exemple, tableau de très grandes dimensions comportant plus de cinq cent personnages, Bruegel a placé presque au centre de la composition un paysan anonyme et parfaitement anodin, marchant d'un pas pressé, couvert d'un bonnet et vêtu d'une robe à rayures obliques blanches et rouges. Parce que ces rayures forment un fort écart visuel avec ce qui les entoure, c'est d'abord vers ce paysan que se dirige l'œil du spectateur, et non pas vers le premier plan du tableau ou Jean et les saintes femmes tentent de soutenir la Vierge éplorée, et encore moins vers l'arrière-plan de la scène où le Christ, tombé sous le poids de sa croix, est perdu, comme oublié au milieu d'une foule indifférente.
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moussk12moussk12   29 octobre 2017
Note 32
L'Allemagne connut aussi, à la fin du XVIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle, ses "bêtes de Guévaudan". En outre, depuis la dernière guerre, nombreuses sont en Angleterre et en France les apparitions de "félins mystères" (l'expression est de V. Campion-Vincent) présentant avec la "bête" certaines ressemblances et ayant parfois une robe rayée. Un colloque organisé par le CNRS et consacré à ces apparitions s'est tenu à Paris au mois de novembre 1990.
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moussk12moussk12   28 octobre 2017
Géométriquement et métaphoriquement, le lien est très fort entre les rayures horizontales du vêtement pénitentiaire et les rayures verticales que forment les barreaux de la prison. Se croisant à angles droits, rayures et barreaux semblent constituer une trame, une grille, une cage même, qui isole encore plus le prisonnier du reste du monde extérieur. Plus qu'une marque, la rayure est ici un obstacle.
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moussk12moussk12   28 octobre 2017
Il est un dernier domaine qui contribue lui aussi à mettre en valeur le lien qui existe entre la rayure et la punition, l'exclusion ou la privation : le lexique. En français moderne, le verbe rayer a le double sens de faire des raies et de retrancher, supprimer, éliminer. Rayer un nom dans une liste, c'est faire un trait sur ce nom, et exclure la personne qui le porte de ce à quoi donne droit la liste. La même idée se retrouve dans le verbe corriger, qui signifie à la fois rayer et punir et qui, dans cette seconde acception, a donné naissance à l'expression maison de correction, lieu d'enfermement où les fenêtres ont des barreaux et les détenus - parfois - des vêtements rayés. Le verbe barrer, qui est souvent synonyme de rayer, souligne très justement comment les barreaux sont des rayures et les rayures, des barrières.
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GabyHGabyH   29 mai 2014
Opposé à l’uni, le rayé constitue un écart, un accent, une marque. Mais, employé isolément, il devient illusion, gêne le regard, semble clignoter, s’agiter, s’enfuir.
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Vidéo de Michel Pastoureau
Michel Pastoureau vous présente son ouvrage "Le taureau : une histoire culturelle" aux éditions Seuil.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2459181/michel-pastoureau-le-taureau-une-histoire-culturelle
Note de musique : YouTube Audio Library
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