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ISBN : 2818013445
Éditeur : P.O.L. (11/03/2011)

Note moyenne : 3.46/5 (sur 71 notes)
Résumé :

Un prince est debout, insouciant, tenant une coupe à la main. Derrière lui, sur un lit, gît un corps poignardé. Deux musiciens, dans un coin de la pièce, jouent du luth et de la guimbarde. À l'extérieur, derrière la porte, deux soldats montent la garde ; l'un est armé d'une grande épée et d'un écu, l'autre d'un filet de rétiaire et d'une lance gigantesque. Ils sont tous calmes, sereins, sauf... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Krout
  03 décembre 2018
Maudit soit Dostoïevski ! L'Idiot, beaucoup trop long. Et puis cette saga interminable sur la culpabilité. Je n'aime pas le mythe des surhommes, je vomis ces grands sanguinaires qu'ils s'appellent Mao, Staline, Hitler, Franco, Napoléon, Attila, César, Alexandre, Ramses II et la liste est longue dont il faudrait rétablir dans les livres d'histoire leur quota de morts, de viols, d'exactions en tout genre nécessaires à une seule chose : satisfaire leur ego surdimensionné. Je les maudits et plutôt que les encenser c'est cracher sur la tombe de ces plus grands criminels de l'Histoire qui serait honorable, ou mieux l'oubli définitif. Ah comme j'aurais maudit Raskolnikov, si jamais j'avais lu Dostoïevski. Mais je ne l'ai pas lu, rien : ce n'est pas un crime, il n'y aura pas châtiment !
Donc ici, cet anti-héro, je pourrais taire son nom afin de respecter son status, devait avoir tout pour me plaire dans un livre miroir dont j'ignore tout de la matière à refléter. Qu'à cela ne tienne j'aime assez ces jeux intellectuels et puis le répéterais-je assez : un livre doit pouvoir s'apprécier dans l'absolu ! Il serait somme toute logique de tresser un parallèle entre les deux ouvrages comme semble à première vue nous y inviter Atiq Rahimi. Cependant pour les motifs déjà invoqués j'ai laissé tomber Crime et châtiment et me suis concentré sur ce récit tortueux dans un Kaboul désenchanté jusqu'à la torture ainsi que sur les trop nombreuses citations de cet autre livre que d'aucuns, ne l'ayant jamais lu dans son entièreté pour la plupart, réfèrent comme 'Le Livre'. Je ferai juste remarquer que d'autres aussi bornés en réfèrent d'autres, jusqu'à ce petit et rouge, pour le même accessit. Ne comptez pas sur moi pour une révélation quelconque, une critique, un classement sur ces livres présentés chacun par leurs fans comme 'Le Seul Valable et Digne', pas tant d'être lu, pire, d'être enseigné.
Rassoûl car ainsi se nomme-t-il passe sa vie dans les fumeries d'opium et ensuite à se troncher la gueule. Au passage il tue plus par maladresse que par volonté, car de cela il semble dépourvu, une vieille maquerelle qui prostitue sa petite amie d'enfance à qui il n'a jamais déclaré son amour. Ensuite, après beaucoup de tergiversations, de lâchetés et d'errance, ce jeune Idiot...
Il y a pourtant bien crime dans ce récit d'Atiq Rahimi, un crime bien plus infâme que d'écourter de quelques semaines la vie d'une misérable. Ce crime n'est pas celui de Rassoûl mais perpétré, ou du moins excusé et par la même perpétué, par l'auteur, un crime contre la Vie : la désespérance ! Voilà ce que je ressens comme déjà cette désespérance m'avait gâché Singué Sabour par de trop longs passages et sans cesse ressassée.
De plus faire porter aux Russes l'écroulement de l'Afghanistan, bien que je sois loin de connaître l'histoire mouvementée de cette région me semble une fuite devant un désastre créé en premier lieu par des luttes intestines et le désir de vengeance de bergers bornés. C'est une faute grave mais courante de croire que la liberté est régie par des ennemis extérieurs, alors que seuls des démons intérieurs devant lesquels on s'efface petit à petit, au fil de nos pauvres lâchetés et médiocres renoncements peuvent arriver à une destruction aussi profonde d'une civilisation. le récit est ambigu, la dénonciation pas assez franche, dès lors toutes les interprétations sont possibles, comme dans cette mascarade de procès à coup de citations hors contexte tirées 'Du Livre'. Interprétations des plus confuses qui se veulent chacune force de loi au gré des intervenants. Arbitraire !
Alors je me réfère à ce sage dont j'ai oublié le nom, non pas que je ne puisse le prononcer par le diktat d'une quelconque croyance, mais bien que je l'ai oublié au point de me demander s'il a jamais existé, le plus important étant que j'ai retenu 'Sa Parole' :
" Ah là là,
quand Allah lit,
c'est l'hallali."
Cependant terminer ainsi serait réducteur, et pis pourrait donner à croire que je glisse dans le fatalisme et la désespérance. Il me faut absolument pointer ce passage clé, même s'il n'apparaît brièvement qu'à une dizaine de page de la fin du récit, sinon vous risquez fort de ne pas y accorder toute son importance p. 261 "Dans sa cellule, tout est obscur. Une mouche s'est posée sur sa main. Il souffle ; elle s'agite, s'envole. [...] Regarde-la, regarde avec quelle légèreté elle vit son monde." C'est un bien grand pari que ferait l'auteur de croire que les lecteurs vont l'interpréter en y ajoutant... libre des oripeaux d'une quelconque religion ou des affres de toute autre doctrine totalitaire. Aussi j'envoie Rahimi rejoindre Dostoïevski. Car s'il est des livres dont l'on peut facilement se passer, il en est par contre de bien plus dangereux qui méritent d'être clairement dénoncés, ils sont pourtant faciles à détecter : ce sont ceux dont la somme des exégèses, annotations, interprétations, rééditions commentées, extraits et citations dépasse de loin l'oeuvre intégrale originale, souvent une sorte de conte onirique sur des fondements plus ou moins historiques largement remaniés, toujours détournés ces Livres, soit disant bienfaisants, ont en commun d'être inéluctablement utilisés ensuite par une petite caste comme instrument de pouvoir et moyen d'asservissement.
Voulant terminer sur une note optimiste et me détachant un peu du roman je suis heureux d'apprendre qu'après que les Talibans aient procédé à des assassinats massifs des musiciens avec la volonté de les éradiquer, au nom de quoi, au nom de Qui ? Une petite note d'espoir voit le jour à Kaboul avec les nouvelles écoles de musique qui y fleurissent. Et aussi paraît-il pour la première fois quelques écoles où les filles peuvent apprendre à lire. Espérons juste que ce ne soit pas pour mieux les enfermer dans les sourates.
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Christw
  13 juin 2013

Le jeune Rassoul fracasse d'un coup de hache le crâne de nana Alia, vieille usurière qui contraint Souphia la bien-aimée à se prostituer. Son geste à peine accompli, Raskolnikov, le personnage de Crime et Châtiment, surgit à l'esprit du garçon. Dostoïevski avait en effet conduit son anti-héros au même acte ignoble, avec la bonne raison d'agir pour le bien, convaincu de transgresser à bon escient les limites morales. Il ne sera racheté que par l'aveu de son meurtre et la condamnation. Rassoul, son forfait commis, est rattrapé par le destin littéraire de Raskolnikov:
"…avant de commettre ce crime, au moment où il le préméditait, n'y avait-il jamais songé ? [...] Ou peut-être cette histoire, enfouie au tréfonds de lui, l'a-t-elle incité au meurtre." Il vit alors une douloureuse épreuve: tiraillé par la culpabilité, qu'en est-il pour lui de la vie si dans ce pays le rachat n'est pas possible ?
L'histoire se déroule en Afghanistan, après l'occupation russe, alors que la région, violemment anti-communiste, est plongée dans d'âpres luttes civiles et connaît un effondrement des valeurs. La loi est soumise à l'influence de la charia et les talibans restreignent autant le sentiment de liberté que durant l'occupation soviétique. Un meurtre est peu de choses en regard du crime de lire un auteur russe, stupidement assimilé au communisme. Tuer n'est rien, ne pas trahir est plus important, ne pas trahir Allah, son clan, sa famille, son clan, sa patrie, son ami... Quand Rassoul soucieux de se racheter décide de se livrer, il est dépossédé de son crime: quelle importance l'élimination d'une maquerelle sans scrupules aux yeux de la justice afghane ? Son père communiste et les livres russes constituent un meilleur motif de condamnation et Rassoul se voit accusé pour des motifs étrangers à son forfait. Connaîtra-t-il seulement la consolation de Raskolnikov: s'endormir en geôle, une bible sous l'oreiller ? Pas certain dans cet Afghanistan où même Allah est instrumentalisé. Et le suicide n'a pas de sens dans un pays où la vie semble ne plus avoir d'importance.
Dans un Kaboul ravagé par les explosions et la poussière où courent effrayés les tchadors bleu ciel, entre maisons de thé et fumeries de narguilé, le roman révèle un climat hostile et pesant, où le désespoir gagne aussi les combattants. Et où l'amour même se meurt.
Rahimi intègre dans le récit plusieurs extraits traduits de poèmes et de légendes afghanes qui traduisent une sensibilité particulière à l'Asie centrale. On regrette cependant que ni l'auteur ni les éditeurs (P.O.L, Gallimard) n'aient proposé une explication des nombreux mots persans[1]: quelques notes de bas de page auraient aidé le lecteur curieux. Faut-il tant sacrifier la compréhension à la couleur d'origine ? L'auteur s'explique bien sur son écriture et le rapport avec la langue persane dans cette vidéo:
http://www.youtube.com/watch?v=c¤££¤41De Dostoïevski38¤££¤
"Dans ma langue maternelle, je suis un auteur, en français je suis un écrivain.... L'écrivain cherche les mots, l'auteur est cherché par les mots."
Au-delà de l'intérêt considérable, mais finalement assez attendu, que constitue la situation humaine et sociale dans la région afghane, l'originalité du roman tient dans le pont que Rahimi jette entre l'orient et l'occident avec la convocation du roman de Dostoïevski. D'une lecture aisée, d'une plume adéquate et sans fioritures, il y manque sans doute l'escarbille littéraire qui en ferait un livre étonnant. Pour ma part, ce livre fait regretter la Pierre de Patience du Goncourt 2008[2], sans doute plus romanesque. On sait que Atiq Rahimi, écrivain afghan vivant en France, a perdu un frère là-bas: on songe évidemment à ce frère assassiné en découvrant l'histoire tragique de Rassoul.
Rahimi définit ainsi sa croyance religieuse: Je suis bouddhiste parce que j'ai conscience de ma faiblesse, je suis chrétien parce que j'avoue ma faiblesse, je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse, je suis musulman parce que je condamne ma faiblesse, je suis athée si Dieu est tout puissant.[3]
[1] Exemple: chaykhâna (maison de thé), sâqikhâna (fumerie), fiqh (loi),...
[2] À titre d'anecdote, ce prix avait fait écrire à La Tribune de Genève (11 nov 2008) que « le Goncourt avait donné pour le tiers-monde ».
[3] Source Wikipédia

Lien : http://www.christianwery.be/..
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Apoapo
  26 décembre 2018
J'ai déjà écrit, dans une autre note, au sujet de la capacité merveilleuse qu'a Rahimi d'opérer des synthèses – ponts, courts-circuits, jeux de miroirs – entre Orient et Occident. Dans ce roman, le plus long, complexe, abouti et proprement « romanesque » que j'ai lu à ce jour, l'auteur s'attelle à une transposition de Crime et châtiment de Dostoïevski dans l'Afghanistan de l'époque où, après la déroute soviétique, les talibans sont en passe de prendre le pouvoir et la guerre fait encore rage entre les factions et les tribus. La transposition est consciente dans l'esprit du protagoniste Rassoul, alias Raskolikov, dès l'instant où son arme s'abat sur la vieille femme ; et ce n'est pas un hasard : ce jeune homme, fils d'un communiste, a fait ses études en Union soviétique, s'est imbu de littérature russe. Son drame, c'est sans doute l'impossibilité d'être mû par les mêmes motifs, d'éprouver les mêmes remords, d'être jugé et condamné par la même morale que le Russe et surtout de servir d'objet sacrificiel à l'instar du personnage dostoïevskien. Plongé dans une société en guerre, dans le chaos, en manque de repères, se trouvant lui-même en état de « confusion éthique », submergé par les vapeurs narcotiques de la fumerie qui lui sert de refuge et quasiment de seul lieu de sociabilité, ses sentiments de culpabilité fluctuent autour de raisons diverses sans ancrage possible à des valeurs sûres : culpabilité à l'égard de son père décédé, incapacité d'assumer son rôle de protecteur de sa famille, de protéger sa fiancée, de se prendre en charge économiquement et socialement (dans la lutte armée). de plus, dans cette même société où être un assassin n'est plus un crime, en tout cas bien moindre que d'avoir eu un communiste pour père, voire que de posséder des livres en russe, ne s'est-il pas comporté en héros, en défenseur de son honneur, contrairement à ce qu'il pense ? Servirait-il en fin de compte involontairement de cette même conscience collective que, de façon erronée, par l'expiation, il a aspiré volontairement à incarner ? Ou bien son acte, entouré de multiples mystères, est-il en somme condamné à l'insignifiance parmi les tirs de roquettes, les règlements de comptes généralisés, le remplacement en cours du droit et de l'autorité ? le mutisme prolongé (et répété) du héros, doublé quelquefois d'une complète surdité au monde qui l'entoure n'est-il qu'emblème d'une incommunicabilité fondamentale qui ne peut se dénouer, dans la conclusion, que par un drame encore plus grand, lorsque Rassoul est enfin compris ?
Ce dernier questionnement, insensiblement, nous conduit à la position inverse de la proposition initiale. Car si jusque-là j'ai souligné un aspect de la synthèse Orient-Occident du roman, c-à-d tout ce qui, dans la transposition du roman de Dostoïevski ailleurs, a pu l'en différencier, l'en éloigner, le contextualiser, voici surgir l'aspect inverse et complémentaire : nous sommes revenus sur ce que le questionnement dostoïevskien a de plus universel, de plus intemporel : l'hypertrophie maladive des sentiments de culpabilité ne rend pas l'individu meilleur, elle le scinde du monde, le rend incapable de communiquer ni de faire le bien – tous les personnages secondaires sont pourtant là pour essayer de « réveiller » Rassoul – littéralement : le Messager –, de le reconduire au « droit chemin » – donc, en somme, la culpabilité rend un homme inutile et méchant. « Je suis un homme malade, je suis un homme méchant » : rappelons l'incipit du chef-d'oeuvre de Dostoïevski, Les Carnets du sous-sol...
À noter : lorsqu'on s'occupe de littérature migrante, l'on prête une attention spécifique à la question de savoir quelle part de l'oeuvre d'un auteur est (éventuellement) traduite ou auto-traduite – les trois premiers livres de Rahimi – et si, depuis qu'elle est rédigé directement dans la langue de l'immigration – dans son cas, depuis Syngué sabour – une évolution linguistique est décelable. Ce roman, qui suit celui-là de trois ans (2008-2011), il me semble légitime de supposer qu'il a été « conçu » en français : les heurts par « effets de prose venue d'ailleurs » - semblables aux « effets de traduction » lorsque la traduction est bonne -, sont en effets moindres que dans le roman précédent. J'ai failli en être presque déçu, ne serait-ce pour tout ce qui, dans cette oeuvre-ci m'a donné du plaisir.
À noter aussi que le texte de la quatrième de couverture me paraît extrêmement éloignée du roman : je peux très bien concevoir que, après lecture de celui-là l'auteur ait eu cette inspiration qui pourrait se transformer en nouvelle – voire même en un autre roman – dont Maudit soit Dostoïevski aurait été « l'inducteur ». Néanmoins je suis étonné de voir cette quatrième de couverture citée dans certaines critiques de ce livre.
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thedoc
  14 décembre 2015
Rassoul, comme son héros de « Crime et châtiment » a décidé de tuer. Tuer pour de l'argent afin de secourir sa famille et sa fiancée Souphia et débarrasser ainsi le monde d'un être nuisible. Sa victime, c'est la vieille usurière Nana Alia, personne vile et avare. Rassoul est prêt, il soulève la hache. Et là, il tressaille en se remémorant l'histoire de son auteur fétiche. « Maudit soit Dostoïevski ! ». La hache lui échappe et fend le crâne de la vieille Nana Alia. le sang coule, le crime est commis. Et là, au lieu de prendre l'argent et les bijoux de sa victime, Rassoul s'enfuit. Commence alors son histoire. Rassoul souhaiterait que son geste soit aussi symbolique et important que celui de Raskolinov. Mais Rassoul vit à Kaboul, dans les années 1990. C'est la guerre, c'est la folie des hommes et nous ne sommes pas dans « Crime et châtiment ».
Atiq Rahimi, à travers l'histoire de Rassoul, nous dépeint Kaboul, son Kaboul. L'auteur a connu la guerre de 1979 à 1984 mais son roman se déroule dans les années 1990. A cette époque, les soviétiques ont quitté l'Afghanistan mais la guerre fait toujours rage, opposant cette fois-ci les moudjahidin fondamentalistes et modérés. Dans un décor de guerre civile parfois irréaliste l'auteur nous fait suivre les déambulations de Rassoul et partager ses réflexions. Nous découvrons peu à peu sa vie, son passé d'étudiant en URSS, son histoire familiale et amoureuse. Et surtout, son amour pour la littérature de Dostoïevski. Tout est là pour nous rappeler le chef d'oeuvre de l'auteur russe : les prénoms des personnages nous remettent en mémoire les prénoms de ceux de « Crime et châtiment » ; Rassoul, sombre, ténébreux, orgueilleux et rongé par la culpabilité, en proie à des délires paranoïaques, nous fait penser bien sûr à Raskolnikov. Mais les ressemblances s'arrêtent là.
Alors que c'est par son crime que le héros russe réalise qu'il n'est pas un surhomme, Rassoul, lui, prend conscience de son anonymat et de sa banalité par son « non crime ». En effet, sans butin et sans cadavre, sans inquiétude de la part des proches de la victime, le crime de Rassoul est invisible. Et cet acte manqué le ramène à toute sa condition d'individu quelconque. D'ailleurs, que représente son crime au sein d'une ville où les héros et les martyrs (shahid ) se succèdent chaque jour ? le jeune homme a beau chercher de valeureuses raisons à son geste - trouver de l'argent, sauver sa fiancée du déshonneur -, il se rend compte que ce crime n'a servi à rien. Seul un procès et un châtiment pourraient lui rendre sa singularité.
Pour accompagner les réflexions de Rassoul, l'auteur le place dans un contexte nébuleux et toujours trouble. Divaguant d'un lieu à un autre, nous suivons Rassoul dans sa chambre poussiéreuse, nous parcourons les rues emplies des fumées des roquettes qui explosent, nous rêvassons dans les volutes de haschisch de la sâqikhana. Les lieux sont embrumés comme l'est l'esprit de Rassoul, privé en plus de sa voix. Et au final, nous en venons à nous interroger sur la réalité de ce crime. Rassoul a-t-il tué ? Et cette femme au tchadari bleu ciel que Rassoul croise sans arrêt, est-elle réelle ou est-ce une illusion ? le style de l'auteur, parfois lyrique, parfois obscur, colle tout à fait à l'ambiance de son histoire.
Dans cette réinterprétation de l'oeuvre littéraire de Dostoïevski, Atik Rahimi nous décrit un monde en proie au chaos et à l'obscurantisme, où la religion, les traditions et la morale de certains condamnent les autres à une vie sans liberté, où même la culpabilité ne sert plus à rien. Un monde où la raison a fui et où la folie est reine, un monde où finalement Rassoul semble être le plus sensé.
Enfin, avec ce roman, Atiq Rahimi nous raconte non seulement l'histoire de Rassoul mais également celle de son frère assassiné en Afghanistan alors que l'écrivain était en exil en France. La culpabilité de Rassoul, dans un pays où les criminels tuent sans remord, c'est la sienne.
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Thoxana
  28 avril 2011
Un beau texte qui narre les aventures d'un jeune Afghan assassin envahi de l'esprit de Dostoïevski - et tout particulièrement de son plus célèbre ouvrage "Crime et Chatiment".
Après avoir commis son meurtre, le héros traînera sa misère dans les rues de Khaboul, essayant de tout faire pour que son crime soit puni. Mais dans l'Afghanistan actuel, rien n'est simple. Pas même être jugé pour meurtre !
Outre les renvois au texte original, on découvre une philosophie, une poésie toute orientale qui imprègne ce livre. C'est à la fois très drôle et très touchant. A tel point qu'on ne sait finalement plus si on souhaite voir le meurtrier châtié pour son forfait (puisqu'il semble tellement l'espérer !) ou si on préfère le voir errer de page en page, désespéré de ne pas voir une sentence tomber.
A travers cette histoire, l'auteur nous conte aussi celle de son pays. Il y a suspicion à avoir fait ses études en Russie et à lire les ouvrages en Russe... Beaucoup de choses sont dites dans ce court roman que j'ai dévoré en quelques heures.
Un récit très profond sous des dehors humoristiques. J'ai adoré !!
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critiques presse (1)
LaPresse   14 juin 2011
À coup de paraboles, en suivant les méandres brumeux de la pensée de Rassoul/Raskolnikov, c'est toute la complexité et la fatalité d'un monde que nous donne à voir Atiq Rahimi.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
mimifasolamimifasola   12 juillet 2015
- Je me sens perdu....j'ai l'impression que je me suis perdu dans la nuit d'un désert où il n'y a qu'un seul repère: un arbre mort. Où que j'aille, je me vois sans cesse revenir au même endroit, au pied de cet arbre. Je suis las de refaire ce chemin interminable, minablement.

- Jeune homme, j'avais un frère. Il jouait la scène du théâtre de Kaboul, il était toujours joyeux.....il m'a appris une chose importante: prendre la vie comme une représentation sur scène...

- Mais je suis fatigué du rôle que je dois jouer. je veux en avoir un autre.

- Changer de rôle ne change rien à ta vie. Tu restes toujours sur la même scène, dans la même pièce, pour une même histoire. Imagine que le procès soit une scène ..à chaque représentation tu dois jouer un personnage différent: d'abord l'accusé, puis le témoin, ensuite le juge...Au fond il n'y a pas de différence...Tu connais tout. Tu...

- Mais quand on joue le rôle du juge, on peut changer le cours d'un procès.

- Non, tu es condamné à respecter les règles du jeu, tu répéteras les mêmes phrases qu'un autre juge a répétées avant toi...

- alors il faut changer la pièce, la scène, le récit....

- Tu seras viré!.. "NOUS SOMMES DES MARIONNETTES, ET LE CIEL, LE MARIONNETTISTE...NOUS JOUONS ET REJOUONS SUR LA SCÈNE D'EXISTENCE, PUIS NOUS RETOMBONS, UN A UN, DANS LA BOITE DU NÉANT".

Pages 211 --> 213.

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KroutKrout   29 octobre 2018
"Aujourd'hui, les mêmes qui prient ici dans la journée organisent le soir des cérémonies qu'ils appellent la danse des morts, tu sais ce que c'est la danse des morts ?"[...]
"Non tu ne sais pas. Je vais te le dire : on coupe la tête de quelqu'un et on asperge la plaie d'huile brûlante. Le pauvre corps sans tête s'agite, sautille. On appelle ça la danse des morts. Tu en avais entendu parler ? Non, tu ne savais pas !"
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mariechmariech   09 juillet 2011
Tu sais que si le péché existe , comme on dit , c'est parce que Dieu existe.
Oui , mais , aujourd'hui , j'ai l'impression que c'est l'inverse. Qu'Allah me pardonne! Si Il existe , ce n'est pas pour empêcher les péchés , mais pour les justifier.
Eh oui , hélas. Toujours nous nous servons de Lui , ou de l'Histoire , ou de la conscience , ou des idéologies ... pour justifier nos crimes , nos trahisons ,.. rares sont ceux qui , comme toi , ont commis un crime , puis en ont du remords.
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VALENTYNEVALENTYNE   16 février 2013
- Qu'est ce que vous lui voulez à ce monsieur le procureur ?
- Je suis venu me livrer à la justice.
- Ah désolé, il n'y a personne pour vous accueillir.
Etonné mais aussi énervé, Rassoul s'approche de lui et tente de parler sereinement, avec sa voix cassée : "Je ne suis pas venu pour être accueilli. Je suis venu.... " hausse la voix en articulant chaque mot " ....POUR ME RENDRE A LA JUSTICE !
- J'ai bien compris. Moi aussi je me rends tous les matins à la justice. Et ce jeune homme aussi.
- Mais moi, je viens pour être arrêté. Je suis un criminel.
- Alors revenez demain. Il n'y a personne aujourd'hui. " p198
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VALENTYNEVALENTYNE   16 février 2013
C'était un jour de printemps. L'Armée rouge avait déjà quitté l'Afghanistan, et les moudjahidin ne s'étaient pas encore emparés du pouvoir. Je venais de rentrer de Leningrad. Pourquoi j'y étais parti, c'est une autre histoire que je ne peux pas raconter ici, dans ce cahier. Revenons à ce jour où je te rencontrai pour la première fois. Il y a presque un an et demi. C'était à la bibliothèque de l'université de Kaboul, où je travaillais. Tu vins demander un livre, mais tu emportas mon coeur. Lorsque je te vis, ton regard, fuyant et pudique, m'intima de ne plus respirer, ton nom imprégna mon souffle : Souphia. (p 37)
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Videos de Atiq Rahimi (43) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Atiq Rahimi
Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008 pour « Syngué Sabour » explique ce qu?est, pour lui, l?exil à travers son parcours et son nouveau roman. Dans « Les porteurs d?eau » (Ed. POL), l?action se déroule uniquement le 11 mars 2001 et à plus de 7 000km de distance. le jour où les Talibans détruisent les deux Bouddhas de Bâmiyan en Afghanistan et où Tom, afghan exilé en France, commis-voyageur a décidé de quitter sa femme.
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