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EAN : 9782253134534
144 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (09/11/2011)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 57 notes)
Résumé :
Chil Rajchman a 28 ans quand il est déporté à Treblinka en octobre 1942. Séparé de ses compagnons à la descente du train, il échappe aux chambres à gaz en devenant tour à tour trieur de vêtements, coiffeur, porteur de cadavres ou "dentiste". Le 2 août 1943, il participe au soulèvement du camp et s'évade. Après plusieurs semaines d'errance, Chil Rajchman se cache chez un ami près de Varsovie. La guerre n'est pas finie. Dans un carnet, il raconte ses dix mois en enfer... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Under_the_Moon
  03 janvier 2015
Chil Rajchman a demandé à sa famille de publier son témoignage après sa mort. Bien que j'en ai lu plusieurs du même type, je me rends compte que même s'ils racontent en substance la même chose, chaque témoignage est différent et nous amène à considérer cette période sous un angle différent. Et celui-ci a provoqué une intense réflexion (pour moi du moins) tout au long de cette lecture, et bien après aussi.
Chil - un diminutif d'Ezequiel en yiddish, même si a priori on ne l'aurait pas deviné - est un jeune homme approchant la trentaine lorsqu'il est déporté au camp de Treblinka. Il n'y reste "qu' " un an car il fait partie de ceux qui ont pu s'échapper pendant la révolte. On se pas vraiment ce qu'il faisait avant la guerre, mais clairement son récit n'a rien à voir ni avec celui de Primo Levi, ni celui d'Eli Wiesel ni même Imre Kertesz. Entre autre parce que Chil Rajchman est parfois plus "cru" dans ses descriptions.
Ici, c'est bien le témoignage d'un adulte, mais pas celui d'un intellectuel. Lui est très débrouillard, ne cherche pas à analyser les évènements, il constate simplement et se détache tant bien que mal de ses émotions , c'est au lecteur que revient la charge d'analyser. Les "postes" qu'il a eu durant son internement à Treblinka l'ont toujours mis au plus près de la mort de ses semblables, son récit contient donc beaucoup d'explications sur "les bonnes façons de tuer et de dépouiller made in Nazis". C'est en partie ce qui fait qu'il m'a été impossible de lire ce livre d'une traite - alors qu'il n'est pas bien épais.
L'auteur parle très peu des rapports entre les détenus, à l'inverse, il s'attarde beaucoup sur la description des comportements sadiques/déviants/pervers des SS allemands et ukrainiens. Avec ses descriptions, on les voit moins comme des monstres que comme des lâches, des pauvres types que le système a valorisé et qui en viennent à se sentir mieux à Treblinka que chez eux car ils ne font pas face à la guerre mais sont constamment en position de toute puissance avec pillages autorisés à la clé (conversations rapportées par Chil Rajchman). On voit bien aussi dans ce témoignage comment le nazisme a constitué une mort de la pensée chez les individus, en organisant par exemple une sorte de culte du secret malsain. Que ce soit en empêchant les détenus de communiquer entre eux, en empêchant toute communication avec l'extérieur. Ou en faisant subir des choses tellement impensables (pour des gens équilibrés) qu'elles sont littéralement IN-croyables, y compris pour ceux qui les subissent. Ces traitements incroyables justement qui les empêchent de penser à eux. On le voit bien avec Rajchman qui fait ressortir son instinct de survie quasi animal durant son année de détention et devient un animal traqué lors de sa fuite. Ce n'est qu'une fois "sorti d'affaires" que vient le temps de penser et la dépression.
Finalement, je me suis demandée pourquoi nous lisons ces témoignages. Pas par masochisme ou curiosité malsaine. Mais peut-être parce que ce type de récit (qui n'est pas de la fiction) nous dit ce que c'est d'être humain quand les conditions ne le sont pas. Les témoignages des rescapés sont en eux-mêmes des actes de résistance. Que ce soit en nommant leurs compagnons d'infortune et en parlant de leurs vie "avant", ou en décrivant la bravoure dont certains ont fait preuve dans ce qu'ils savaient être les dernières minutes de leur vie. le simple fait que face au désespoir ambiant des hommes faméliques, apeurés et tabassés plus que de raison on trouvé en eux les ressources nécessaires pour planifier une révolte (et la faire) plutôt que de se pendre, rien que ça, c'est un hymne au courage. Et, il me semble que cela montre un autre visage des déportés : des visages de personnes qui ne sont pas des victimes.
Après la lecture des mots de la fin, qui sont absolument déchirants, on se dit que cela a dû également demander beaucoup de courage et un instinct de survie énorme aux rescapés pour réussir à fonder une famille après une telle expérience.
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M_a_r_c
  23 mars 2019
Nouvelle plongée dans l'insoutenable avec le témoignage de Chil Rajchman, déporté au camp d'extermination de Treblinka en octobre 1942 et qui parviendra à s'en échapper lors de l'insurrection d'août 1943 et à survivre à la fin de la guerre.
Durant les dix mois qu'il a passés à Treblinak, Chil Rajchman a exercé différentes tâches au sein du camp. Affecté à la « brigade » des vêtements tout d'abord, il a dû trier les vêtements que tous les Juifs arrivant à Treblinka devaient enlever avant d'être dirigés vers les chambres à gaz. « Coiffeur » ensuite, il devait couper les cheveux des femmes juste avant qu'elles n'entrent dans les chambres. Puis Chil Rajchman quitte le camp de Treblinka I et est envoyé dans la zone II, où il devient porteur de cadavres, qu'il doit extraire des chambres une fois le gazage terminé et transporter vers les fosses où ils sont enfouis ou vers les bûchers où ils sont incinérés. Chil Rajchman exercera aussi les fonctions de « dentiste », chargé, au passage des cadavres, de leur arracher leurs éventuelles dents en or.
Contrairement au camp le plus connu du IIIe Reich, Auschwitz-Birkenau, qui est un camp mixte (concentration et extermination), Treblinka est un camp d'extermination. Tous les Juifs qui y étaient déportés étaient immédiatement gazés. A l'exception des détenus nécessaires, comme Chil Rajchman, au fonctionnement du camp et à l'exécution des tâches les plus ignobles.
De l'entrée en fonction du camp, au mois de juillet 1942 à son démantèlement par les nazis en octobre 1943 et à sa reconversion en ferme, ce sont près d'un million de Juifs – hommes, femmes, enfants – qui ont été exterminés à Treblinka.
Dans son témoignage, Chil Rajchman raconte les mois qu'il a passés à Treblinka, les différentes fonctions qu'il y a exercées, les innombrables fois où il a failli, comme ses frères, être gazés. Même si, conformément à une certaine tradition juive, il surnomme volontiers les nazis « assassins », sont témoignage est factuel, presque sec. Il raconte comment les choses se sont déroulées, sans exprimer véritablement son ressenti personnel, sans accabler de sa haine les bourreaux de son peuple, sans crier à la – légitime – vengeance. Il témoigne, de manière neutre, comme le ferait un spectateur qui ne serait pas particulièrement investi, d'un point de vue émotionnel, de ce qu'il contemple. Attention toutefois, je ne prétends pas, en écrivant cela, que tel était le cas de Rajchman, j'affirme seulement que quelles qu'aient pu être ses émotions, son ressenti, il semble tenter d'en faire abstraction dans son témoignage pour rendre celui-ci aussi factuel que possible.
En cela, même s'il est plus court que d'autres témoignages de survivants des camps et spécialement de membres des « sonderkommandos » et même s'il peut paraître « sec », le récit de Chil Rajchman est d'une importance capitale pour tenter, une fois encore, de réaliser l'ampleur de ce que le régime nazi a infligé au peuple juif.
Rajchman explique, sans les commenter, en quoi consistaient ses différentes tâches, il raconte le comportement des SS et des gardes ukrainiens, les coups, les mises à mort arbitraires au sein des « brigades » de détenus qui permettaient à Treblinka de fonctionner comme centre de mise à mort massive.
Son témoignage, terrible, se lit en une seule fois, de la première à la dernière page, avec, toujours, cette question à laquelle je n'ai pas encore trouvé de réponse. Comment cela a-t-il pu arriver ? Comment des hommes ont-ils pu arriver à une haine telle d'autres de leur semblables pour leur faire subir ce que les nazis ont fait subir aux Juifs dans les camps de concentration et d'extermination ?
Le témoignage de Chil Rajchman est une lecture supplémentaire à ce sujet, mais pas plus que les précédentes elle ne m'apporte de réponse à ces questions qui me dépassent complètement.
L'horreur décrite par Rajchman m'a semblé tellement insondable, tellement irréelle (et pourtant, quoi qu'en disent certains, elle a bien existé et ce n'était pas un « détail de l'histoire », pour citer un individu dont la mort ne devrait heureusement plus tarder) qu'elle m'a fait douter de ces paroles d'Hannah Arendt dont son livre Eichmann A Jérusalem : « La leçon […] est simple et à la portée de tous […] elle est que, dans des conditions de terreur, la plupart des gens s'inclineront, mais que certains ne s'inclineront pas ; de même, la leçon que nous donnent les pays où l'on a envisagé la Solution finale, est que « cela a pu arriver » dans la plupart d'entre eux, mais que cela n'est pas arrivé partout. Humainement parlant, il n'en faut pas plus, et l'on ne peut raisonnablement pas en demander plus, pour que cette planète reste habitable pour l'humanité. » Des paroles pleines d'un indispensable espoir, auxquelles le soulèvement de Treblinka, en 1943, que vécu Rajchman, donnent tout leur sens, mais qui pourtant paraissent parfois dérisoires face à l'ignominie des crimes nazis.
Une horreur insondable donc, qui donne le vertige, mais un témoignage indispensable, comme ceux de tous les autres survivants. D'autant plus indispensable qu'à notre époque, les haines, les extrémismes qui ont rendu possible la Shoah refont un peu partout surface, que ce soit sur le Vieux Continent, à l'est, de l'autre côté de l'Atlantique… Des Poutine, des Trump, des Bolsonaro, des Francken plus près de nous, finiront, en alimentant les peurs et les haines, par permettre que l'Histoire se répète. La première guerre mondiale devait être « la der des Ders ». Après la deuxième guerre mondiale et la découverte de la Shoah, tous les peuples ont crié à l'unisson « Plus jamais ça ! ».
Le temps passe. le souvenir semble s'effacer chez certains… Il est urgent de ne pas oublier ce qui s'est passé il y a trois quarts de siècle en Europe. Il est urgent de ne pas permettre que cela se reproduise et de juguler les extrémismes de tous bords. Il n'est pas encore trop tard, mais il est temps !

Lien : https://livrelecteur.wordpre..
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nanek
  18 juillet 2019
Que dire après cette lecture... (livre laissé à l accueil d un camping)-je remercie d ailleur le donnateur,-
Il m attendait pour un voyage au coeur de l enfer organisé par des hommes contre d autres hommes femmes et enfants.
Je lui met à minima 750000 étoiles , pour ces vies arrachées dans une bestialité si récente à l échelle de l humanité.
Glaçante lecture dans cette chaleur estivale.
Encore un témoignage à partager et faire passer car l horreur pourrait se répéter si ce n'est déjà le cas ...
Triste réalité historique mais nécessaire pour contrer l effacement et les propos negationistes, comment inventer pareilles ignominies.
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akhesa
  01 avril 2018
Voici un témoignage direct comme il y en a peu malheureusement.Témoignage sur les horreurs perpétrées par les juifs sous la domination et la terreur nazies.Obligation de l'instinct de survie et non obligation de la volonté.
Témoignage qui donne des frissons
A lire
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emilie31
  22 septembre 2019
Comment vous parler de ce livre, de ce témoignage sans être prise à la gorge ? Il est des récits douloureux mais pourtant nécessaires, indispensables pour ne pas oublier et ce récit est l'un de ceux-là.
Chil Rajchman nous raconte l'horreur de ce cas que les nazis ont pris soin de détruire pour ne laisser aucune trace derrière eux… Ce récit est une des rares traces de ce camp d'extermination. Au fil des pages, Chil Rajchman, déporté à l'âge de 28 ans, nous raconte comment il devient tour à tour trieur de vêtements, coiffeur, dentiste, porteur de cadavres, nettoyeur de fosses.
« le 2 août 1943, il participe au soulèvement du camp et s'évade. Après plusieurs semaines d'errance, le jeune homme se cache chez un ami près de Varsovie. Dans un carnet, il raconte ses dix mois en enfer. À la Libération, il est l'un des 57 survivants parmi les 750 000 Juifs de Treblinka.. »
On a beau connaître l'Histoire et son horreur la plus profonde, on découvre dans ce livre écrit dans l'urgence les mécanismes de l'extermination des juifs par la politique des nazis. On est pris à la gorge, on est stupéfait de voir la barbarie humaine et son absence de limites. Ce récit est tellement insoutenable qu'il a fallu que je l'interrompe, que je reprenne mon souffle. Même si c'est la parole d'un vivant, il ne raconte que la mort, cette mort atroce, barbare, insoutenable…
Ces mots sont durs et pourtant ils devraient être gravés dans la pierre, ils devraient être lus par les générations actuelles :
« Oui, j'ai survécu et je suis libre, mais à quoi bon ? Je me le demande souvent. Pour raconter l'assassinat de millions de victimes innocents, pour témoigner d'un sang innocent, versé par ces assassins.
Oui, j'ai survécu pour témoigner de ce grand abattoir : Treblinka. »
En résumé : récit douloureux, poignant, insoutenable et pourtant qu'il faut lire et transmettre.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Under_the_MoonUnder_the_Moon   27 décembre 2014
(…) les malheureux survivants de cette première journée se sont regroupés pour la prière du soir. A la fin de l'office, ils récitent, en larmes, le kaddish, la prière des morts. (…) Je sors de mes gonds et leur crie :
"A qui s'adresse votre prière ? Vous y croyez encore ? En quoi croyez-vous, qui remerciez-vous ? Vous louez le Seigneur pour Sa clémence, vous Le louez de vous avoir pris frères et soeurs, pères et mères. C'est de ça que vous Le remerciez ? Non ! Ce n'est pas vrai. Dieu n'existe pas. S'Il existait, Il verrait notre détresse, Il Se ferait témoin de cette terrible injustice, le meurtre d'innocents, de bébés tout juste sorts du ventre de leur mère, de gens qui voulaient seulement travailler honnêtement et se rendre utile. Et vous, témoins vivants de cette horreur, vous rendez grâce, mais à qui ? "
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DocSebDocSeb   21 novembre 2011
Une jeune femme est assise devant moi. Je lui coupe les cheveux, elle me prend la main et me demande de me souvenir que, moi aussi, je suis juif. Elle sait qu'elle est perdue, mais souviens-toi, dit-elle, tu vois ce que l'on fait de nous. je te souhaite de survivre afin que tu puisse venger notre sang innocent, qui ne connaîtra pas le repos ...
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   29 décembre 2014
Au bout de quelques minutes, des assassins entrent et nous ordonnent de chanter une chanson, une jolie chanson.
(…)
J'ouvre la bouche, faisant semblant de chanter. Mais il faut chanter, nous en avons l'obligation pour satisfaire ces assassins, pour leur plaisir.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   28 décembre 2014
Une jeune fille qui doit avoir dix-huit ans surgit, elle invective les autres femmes : "Mais qu'avez-vous? Vous n'avez pas honte ? Pour qui pleurez-vous ? Vous devriez plutôt rire ! Afin que nos ennemis voient que nous n'allons pas à la mort en froussardes. Vous voyez bien qu'ils jouissent de nos larmes ! "
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   01 janvier 2015
La vie est très dure, nous sommes sales en permanence. Nous devons travailler de six heures du matin à six heures du soir. Après le travail, nous sommes si fatigués que nous nous effondrons à moitié morts à même le sol. Dans la baraque, il n'y a pas d'eau. (…) nous sommes enfermés dans notre baraque entourée de fils barbelés et surveillée par une garde spéciale.
(…) Nous sommes comptés trois fois par jour. Nous sommes frappés et cognés en permanence. Nous avons mal partout, mais nous ne déclarons jamais aucune maladie. Quand des nouveaux arrivent, ils ignorent qu'il ne faut pas être malade.
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