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Jean-Christian Bouvier (Traducteur)
ISBN : 287730230X
Éditeur : Editions Philippe Picquier (19/05/1998)

Note moyenne : 4/5 (sur 61 notes)
Résumé :
On retrouvera dans ces cinq récits la même atmosphère et le même goût pour les mises en scène fantastiques et obsessionnelles que dans La Proie et l'ombre : une logique implacable qui fait du crime une voie esthétique, où s'entremêlent perversions sexuelles, cruauté raffinée, manies et délires mentaux.
Sortie en juin 1995
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  03 mars 2016
La chambre rouge, ce petit recueil de nouvelles, de Ranpo Edogawa, est un petit bijou. Peu de personnages, ceux présentés sont complets et complexes. Intrigues sont habilement menées et brèves (je déteste ces « fausses » nouvelles presque aussi longues que les romans). de plus, la quatrième de couverture indique qu'il s'agit des meilleures nouvelles de l'écrivain et je peux facilement le croire : j'ai dévoré cette plaquette en un temps record.
La nouvelle « Chenille » est le parfait exemple de cette écriture typiquement japonaise. Délicate. Subtile. Toute en subtilité. Presque poétique. Une jeune femme est demeurée l'épouse modèle d'un militaire revenu amputé des quatre membres. le code d'honneur veut qu'elle se dévoue à son mari infirme, en d'autres mots, qu'elle fasse le sacrifice de sa vie pour celui que son mari a fait pour sa patrie. le dénouement est tout simplement édifiant.
J'ai moins aimé « La chaise humaine » qui, selon moi, mettait du temps à se dévoiler et à en arriver à l'intrigue. Mais « Deux vies gâchées » est une courte nouvelle policière, si on peut l'appeler ainsi. Pas très conventionnelle mais, même sans détective ou enquête, on y retoruve bien un crime et sa résolution. Très original. Il faut dire qu'Edogawa est l'auteur qui a intriduit le roman policier au Japon tout en y apportant sa touche personnelle.
« La chambre rouge » est audacieuse. Un homme raconte à un groupe d'individus dans un club privé les nombreux crimes parfaits qu'il a commis. Certains de ces crimes sont cruels, tous sont intelligemment pensés et menés. À donner des sueurs froides. Aussi, le dénouement est tout simplement époustouflant. « La pièce de deux sen » est la dernière nouvelle. Elle ressemble davantage à une nouvelle policière comme on est habitué d'en lire. Intéressante mais, selon moi, peut-être un peu trop longue.
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le_Bison
  06 février 2014
Ce soir, je t'entraîne dans « La Chambre Rouge ». N'aie pas peur, petite. Je saurai te protéger de ce monde subversif d'antan. Là-bas, tu y feras la connaissance d'un grand écrivain, maître fondateur de la littérature policière japonaise, pionnier à la manière d'un Conan Doyle ou d'un Edgar Allan Poe. La filiation avec ce dernier est assumé par l'auteur jusqu'à son nom de plume, Edogawa Ranpo.
Retour sur les années 20 et les premiers écrits de l'auteur en cinq courtes nouvelles. Cinq récits à la chute imprévisible, comme la chute de rein de cette femme croisée à la sortie de cette maison de plaisir. Cinq histoires, entre enquêtes policières et contes fantastiques, pour effrayer le coeur de midinette qui sommeille en chacun de nous – une midinette avec une chute de rein. Cinq légendes mêlant sirupeusement le sexe et la mort comme la nuit de folie passée avec cette midinette à la chute de rein impressionnante avant de l'étrangler après le coït final.
Imagine un soldat, héros de la Nation, décoré de la plus haute distinction. Plus de jambes, plus de bras, un visage déformé, un tronc humain. Et sa femme, encore jeune et belle. Il y a du sexe là-dessous, et ce n'est pas beau à voir. Tu sens cette passion malsaine monter dans ta sève ?
Imagine que j'ai une seconde passion, l'ébénisterie, que je construise un superbe fauteuil à l'occidental, beau bois, beau cuir, et que je m'installe à l'intérieur cloitré juste pour sentir les fesses de cette dame venues se relaxer sur la douceur de ce cuir. Tu sens ce voyeurisme malsain s'afficher sur ton sourire épanoui ?
Imagine que je t'avoue quatre-vingt-dix-neuf crimes avec un sang froid et une jouissance extrême en disant qu'au final l'ennui guette et qu'à la centième victime j'arrête. Tu sens cette peur malsaine nouer ta gorge ?
Imagine… Imagine encore. Tu as l'imagination malsaine, ce mélange de perversité et d'ignominie qui illumine si bellement ta pensée.
« C'est désormais à vous de me juger : suis-je un criminel pervers ou simplement un pauvre malade mental ? »
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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nebalfr
  17 mars 2018
Critique conjointe avec *La Chenille* de Maruo Suehiro et Edogawa Ranpo.
Je poursuis ma découverte des oeuvres d'Edogawa Ranpo, cette fois avec un bref recueil de nouvelles – même si ce que j'en avais lu jusqu'alors n'était clairement pas du genre à s'étendre inconsidérément. Toutefois, au-delà de cette question de format, je relève aussi que La Chambre rouge est également une bonne occasion de se pencher sur le versant eroguro de l'auteur, registre dont on en a fait le maître voire l'initiateur, mais c'était une dimension relativement discrète de mes lectures antérieures, privilégiant le policier bizarre, éventuellement épicé certes d'une pincée de perversion ; mais, ici, tout spécialement avec la nouvelle « La Chenille », qui ouvre le bal, c'est du frontal – comme en témoigne l'adaptation BD de ladite nouvelle par Maruo Suehiro, fan d'Edogawa Ranpo devant l'éternel, et qui y revient ici après notamment L'Île panorama… pour un résultat bluffant : j'avais jusqu'à présent bien aimé ce que j'avais lu de Maruo, mais sans jamais être véritablement enthousiaste – or, cette fois, si !

« La Chenille », la nouvelle d'Edogawa Ranpo, a tout d'une étape séminale du registre eroguro. N'en déplaise à l'habillage du recueil La Chambre rouge, et plus largement de cette série des oeuvres du premier grand maître du récit policier japonais, « La Chenille » n'a absolument rien d'un policier – il n'y a pas même à cet égard la vague ambiguïté (un peu artificielle par ailleurs) de courts romans tels que L'Île panorama ou La Bête aveugle. La nouvelle met en scène un couple bien singulier : le prometteur lieutenant Sunaga est revenu estropié de la guerre russo-japonaise – il est maintenant un homme-tronc, et défiguré, incapable d'entendre comme de parler, incapable de faire quoi que ce soit sans l'assistance de sa femme Tokiko. C'est elle qui constitue notre point de vue – l'épouse dévouée, hypocritement célébrée pour sa vaillance par un entourage réduit à peau de chagrin. Mais la souffrance de Tokiko se mue petit à petit en une forme de délectation au spectacle de la souffrance de son époux – sa position de supériorité lui autorise tous les sadismes. En même temps, les époux, au-delà de l'artifice du crayon en bouche pour dessiner quelques lettres mal assurées sur un bout de papier, ne peuvent plus guère communiquer qu'au travers d'une sexualité bestiale. La folie guette, et Tokiko a les pleins-pouvoirs…

C'est une nouvelle brillante – très noire, très dérangeante ; le malaise suinte littéralement de ces quelques pages, qui ont choqué en leur temps (les militaires, tout spécialement, n'appréciaient pas, on s'en doute), et conservent de quoi choquer aujourd'hui encore. La situation grotesque décrite par Edogawa Ranpo est compensée par la subtilité du portrait psychologique de Tokiko – qu'elle permet et justifie, en même temps. Difficile de rester indifférent face à cette scène outrancière et répugnante, qui noue le ventre… et ceci alors même que, sous la souffrance et la perversion, il demeure peut-être quelque chose de l'amour ?

L'adaptation en BD par Maruo, disponible dans une très belle édition au Lézard Noir, est brillante à son tour – voire plus que cela. Donnant davantage d'ampleur au court récit d'Edogawa Ranpo, le dessinateur, de son trait sûr et fin, et au fil de compositions parfaites, dresse, au-delà de la scène réitérée fondant le récit, abordée de manière frontale, aussi bien un tableau réaliste et fouillé du Japon de la fin de Meiji (puis peut-être de Taishô), qu'un portrait psychologique approfondi et subtil de Tokiko. La BD est beaucoup plus explicite que la nouvelle, aussi – mais le médium y est sans doute pour quelque chose ; encore que, pour le coup, le caractère ouvertement pornographique de la BD tranche sur la relative « propreté » des oeuvres finalement sages de Maruo que j'avais pu lire jusqu'alors, tout particulièrement L'Île panorama et L'Enfer en bouteille. Là aussi, le dessinateur en rajoute sur le texte initial, mais avec pertinence – notamment en inscrivant ses fantasmes dans le contexte culturel de l'époque, ainsi de la dégustation de bananes… À vrai dire, ces déviances participent de l'arrière-plan fouillé de l'adaptation, au même titre que les nombreuses allusions à la poésie ou aux spectacles populaires de ce temps, voire, pourquoi pas, aux publicités « modernes » qui parasitent les pages au même degré que la vaine et et d'autant plus répugnante propagande militaire, dont le terrible aboutissement perce à l'horizon – ce ne sont pas là des choses si différentes (Edogawa Ranpo se défendait, plus ou moins sincèrement, d'avoir écrit une nouvelle politique, mais je tends à croire que la BD l'est bien davantage). Et, bien sûr, l'ensemble est visuellement splendide : Maruo y retrouve la maestria de sa précédente adaptation d'Edogawa Ranpo, L'Île panorama (je ne parle que de ce que j'ai lu...), et va peut-être même au-delà – aussi parce que l'érotisme fondamentalement pervers et le tableau méticuleusement gore du récit lui permettent d'aller au bout de ses délires, le meilleur hommage que l'on puisse rendre à ce texte séminal du registre eroguro. C'est pour ainsi dire parfait : cette fois, oui, j'ai été plus que convaincu par le travail de Maruo.

Le recueil La Chambre rouge comprend toutefois quatre autres nouvelles, que l'on aurait bien tort de remiser de côté. Deux sont très bonnes, et valent bien « La Chenille », chacune dans son registre : « La Chaise humaine », et « La Chambre rouge ». « La Chaise humaine » est une nouvelle totalement surréaliste, absurde, absolument incroyable – et pourtant très bonne. Si elle revêt davantage des atours policiers, c'est sur un mode essentiellement pervers, où la délectation pour les crimes incongrus et les fantasmes les plus sordides l'emporte largement sur la mécanique bien huilée des enquêtes à résoudre, hors de propos ; on peut penser à La Bête aveugle. Ici, un homme a conçu un fauteuil dans lequel il peut se dissimuler au nez de tous ; l'artifice est d'abord supposé lui permettre de commettre des vols, mais le hideux ouvrier découvre bientôt que sa machine lui permet aussi de se repaître du contact charnel avec de jolies femmes, qui ne s'en rendent absolument pas compte ! Une expérience qu'il lui faut communiquer... à une femme. La folie absolue de ce récit participe bizarrement de sa réussite – mais aussi ses ultimes twists, qui parviennent à être inventifs dans le fond alors même qu'ils ont quelque chose de très mécanique dans le principe, pour le coup un trait commun à toutes ces nouvelles ; chose appréciable, ces ultimes astuces participent souvent, comme ici, d'une forme savoureuse de mise en abyme pouvant évoquer le très chouette court roman La Proie et l'ombre.

Ce qui se vérifie en tous points avec l'autre grande réussite du recueil : « La Chambre rouge ». Même si ce n'est pas sans poser problème : le lecteur un peu formaté, si les récits ne le sont pas nécessairement, voit arriver la chute (ou presque, car Edogawa Ranpo a littéralement plus d'un tour dans son sac) ; mais qu'importe, au fond – l'art du récit est là, et cet orateur tout juste introduit dans un cercle d'esthètes de la décadence, et qui révèle à ses confrères comment il a accompli quatre-vingt-dix-neuf meurtres parfaits, mais d'un genre bien singulier, fascine, répugne, réjouit et ravit. C'est très habile, bourré d'idées – presque trop ? Je ne le pense pas pour ma part, mais, dans la brève présentation du texte, l'auteur explique qu'on avait parfois trouvé dommage qu'il mette autant de bonnes idées dans un seul récit…

Les deux nouvelles restantes sont un bon cran en dessous, si elles demeurent d'une lecture agréable ; c'est surtout qu'il s'agit de récits moins matures, parmi les premiers publiés par l'auteur, et cela se sent. « Deux Vies cachées » (sans doute une erreur dans le titre français dans cette édition, il faudrait lire « Deux Vies gâchées »…) est une variation sur le crime commis en état de somnambulisme ; nous savons d'emblée que l'auteur entend retourner les clichés liés à ce thème, aussi voyons-nous très vite où il veut en venir, même s'il complique utilement son propos avec un second twist, lui aussi éminemment prévisible, mais qui convainc bien davantage, en rendant plus subtile la psychologie des protagonistes, jusqu'à une conclusion où, de manière finalement assez étrange, une forme de perversion resurgit à bon droit – noter au passage que cette nouvelle également, antérieure de cinq ans à « La Chenille », figure un « héros » rentré estropié de la guerre, même si pas dans les mêmes proportions que le lieutenant Sunaga.

Reste enfin « La Pièce de deux sens », qui fut en 1923 la première nouvelle publiée par Edogawa Ranpo, et dans laquelle il ne fait certes pas mentir son pseudonyme, empruntant ouvertement aux oeuvres d'Edgar Allan Poe, notamment « Le Scarabée d'or » et « La Lettre volée ». C'est un récit très tortueux, passablement puéril sans doute (car débordant d'idées très juvéniles), d'autant qu'il s'avère en définitive parfaitement futile – pourtant, ce dernier caractère contribue en fait à rendre la nouvelle plus sympathique ; c'est, littéralement, une blague… mais les blagues peuvent être douloureuses : à la fin du divertissement pointe quelque chose de plus subtil au plan psychologique, peut-être annonciateur de l'oeuvre à venir ?

Un bon recueil, donc – voire très bon, peut-être même plus encore. Mes premières lectures d'Edogawa Ranpo m'avaient régulièrement laissé un peu sceptique, mais j'ai l'impression que, plus je le lis, et plus je suis charmé. Je ne sais pas s'il en va de même pour les BD de Maruo Suehiro, mais La Chenille en tout cas est une splendide réussite, qui vaut largement le détour. Autant dire que je n'en ai pas fini, ni avec l'un, ni avec l'autre.
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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hellrick
  04 avril 2018
Edogawa Rampo (un pseudonyme crée à partir de l'anagramme d'Edgar Allan Poe) est sans doute le plus célèbres des auteurs policiers japonais quoique son oeuvre reste encore largement méconnue des Occidentaux. Ce court recueil, composé de cinq nouvelles, permet donc de découvrir la production diversifiée de Rampo (1894 – 1965), entre érotisme malsain, fantastique horrifique et intrigue policière.
On y découvre, notamment, le goût de l'écrivain pour la double « chute » : une fois parvenu à la conclusion du récit, le lecteur reçoit une surprise supplémentaire des plus déstabilisantes. Plusieurs nouvelles se révèlent ainsi, en réalité, des fumisteries organisées par le narrateur satisfait de sa bonne blague. Hélas, cette seconde chute, qui tient quelque peu du procédé, ne fonctionne pas toujours avec bonheur et tend plutôt à détruire la construction narrative précédemment élaborée. Heureusement celle-ci se montre souvent d'une grande qualité.
La première nouvelle, « La chenille » s'inscrit dans un style ero-guru (autrement dit dans l'érotisme grotesque) et traite des perversions d'un couple. Un militaire, Sunaga, revient de la guerre couvert de gloire mais complètement détruit et mutilé : amputé des quatre membres, sourd et muet, l'homme ressemble à une immonde chenille. Son épouse se sacrifie afin de pourvoir à ses besoins, qui se résument au sexe et à la nourriture. Peu à peu, la femme modèle verse dans la cruauté et comprend que l'infirme se trouve totalement à sa merci. Elle en fait une sorte d'instrument vivant capable de satisfaire ses penchants sadomasochistes. Une belle réussite et sans doute la nouvelle qui correspond le plus à ce qu'on imagine (à tort ou à raison, les lectures futures le confirmeront… ou non) du style de Rampo : un mélange de thriller, d'horreur quasi gore et d'érotisme fétichiste saupoudré d'une pincée de poésie morbide. Un style par la suite repris par de nombreux « pinku eiga » ou « roman pornos » cinématographiques. Mais ici la femme joue la tourmenteuse tandis que l'homme, plus entravé par son handicap que les demoiselles enchainées du bondage, souffre et jouit de sa souffrance.
« La chaise humaine » traite également de la perversion et d'une forme particulière de voyeurisme. Un talentueux ébéniste construit un imposant fauteuil à l'occidental destiné à prendre place dans le hall d'un luxueux hôtel. Il s'y aménage une cachette, d'abord pour commettre quelques larcins et disposer d'un point de replis, puis, simplement, pour le plaisir de sentir de jeunes femmes s'asseoir sur son « corps ». La chute se devine mais l'intrigue, bien menée, emporte l'adhésion par sa brièveté et son écriture soignée, entre frissons et érotisme allusif.
Plus axée sur le « policier », « la Chambre rouge » traite d'un oisif ayant décidé de commettre cent crimes parfaits. Ces derniers sont si habilement camouflés que les éventuels témoins louent sa prévenance et son apparente empathie. Avertir une femme âgée des dangers de la route n'est-il pas, par exemple, le meilleur moyen de la distraire afin qu'elle périsse dans un accident ? Pourtant, aux yeux des spectateurs, ne s'est-il pas admirablement comporté ? Notre esthète du crime avoue ainsi 99 assassinats avant d'avertir que le centième sera le dernier... de bonnes idées en pagaille (il fut d'ailleurs reproché à Rampo d'en avoir « gâchées » autant dans une seule histoire) pour un récit à la conclusion efficace.
Encore du suspense avec « deux vies cachées » qui traite d'un somnambule poursuivit par le remords d'avoir commis un crime durant son sommeil. A moins que la réalité ne soit plus complexe ? Si la chute semble évidente, la manière dont Rampo l'amène, au cours d'un dialogue, témoigne d'un talent certain pour les effets de surprise efficaces. Malgré son classicisme thématique, voici peut-être la nouvelle la plus réussie du recueil, empreinte de mélancolie et de regrets.
La dernière nouvelle s'avère, hélas, la moins intéressante et accuse sérieusement le poids des ans à l'image de certains récits Sherlock Holmes à présent ennuyeux. Novatrice à l'époque de sa rédaction, elle semble aujourd'hui laborieuse. Avec sa pièce de monnaie truquée comportant un improbable message code qui permet de retrouver 50 000 yens, magot dérobé par un génial « gentleman cambrioleur », le récit, franchement feuilletonnesque, annonce certains mangas (par exemple certains volumes de Détective Conan) basés sur un jeu de piste similaire. La chute tempère le peu de vraisemblance de l'histoire mais ne suffit pas à rendre l'ensemble passionnant, loin de là.
En dépit de ce bémol et du caractère forcément inégal des récits, LA CHAMBRE ROUGE constitue une lecture plaisante pour quiconque souhaite découvrir ce monument de la littérature japonaise.

Lien : http://hellrick.over-blog.co..
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nounours36
  14 mars 2014
Petit recueil de nouvelles ayant deux thèmes :la laideur, la perversion que l'on retrouve dans "la chenille", "La chaise humaine", Les autres nouvelles sont des enquêtes policières. Elles sont imprégnés du style de Sherlock Holmes et de Poe, et font intervenir le lecteur, par sa sensibilité, son empathie ?
Pour la perversion : Il faut écouter l'histoire de ce héros de guerre :Le lieutenant Sunaga dans "La chenille" qui me fait penser au soldat blessé du film "Johnny Got His Gun". Sa femme qui prend soin de son mari jusqu'à la folie, il ne reste à Sunaga que deux plaisirs en ce bas monde: la nourriture et le sexe...
"Deux vies cachés" reprend aussi le thème du soldat défiguré et marqué par la guerre. "Estropié à vie mais connaît le réconfort de la gloire" est ce de l'antimilitarisme ou une abnégation de l'individu ?
Ces petites nouvelles appartiennent aux premières oeuvres de Ranpo Edogawa, un ouvrage "agréable" pour démarrer dans le monde ténébreux de Ranpo Edogwa.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
AmbagesAmbages   21 juillet 2015
Au moment où elle met le pied sur le rail, une rame express arrive à toute allure... Rassurez-vous, la distance est suffisante et la grand-mère a largement le temps de passer sans même prendre conscience d'un éventuel danger. Mais imaginez maintenant qu'au moment où elle s'engage sur la voie quelqu'un se mette à hurler "Attention grand-mère !" ; la pauvre femme affolée ne sait plus si elle doit avancer ou reculer... Que faire ? Si le conducteur du tramway n'a pas le temps de freiner, ces quelques secondes d'hésitation peuvent lui être fatales... Je dois avouer qu'une brave femme en fit la douloureuse expérience. Vous me pardonnerez de sourire au souvenir de cette triste histoire, mais, comme je vous l'ai dit, ce fut une de mes plus belles réussites dans le genre.

Qui peut se vanter, en effet, d'avoir assassiné quelqu'un en lui criant "Attention !" ? Et ce, en toute impunité car il faudrait avoir l'esprit bien tordu pour trouver une intention homicide dans ce touchant témoignage d'altruisme envers une personne inconnue aperçue en danger dans la rue ; la victime elle-même a dû mourir en éprouvant une certaine gratitude pour la personne qui avait crié dans son dos !
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le_Bisonle_Bison   04 février 2014
Je voudrais d’abord vous dire que je me considère comme une personne tout à fait saine d’esprit, et je crois que les gens qui me connaissent partagent cette opinion. Mais qu’en sera-t-il lorsque vous m’aurez entendu ? Car au-delà de ce miroir rassurant que je présente aux autres et à moi-même, je ne sais pas, au fond, si l’homme qui vous parle en ce moment n’est pas fou, ou tout au moins gravement perturbé.
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EmniaEmnia   17 décembre 2016
Étant condamnée à vivre en recluse avec lui dans ce coin perdu de campagne, elle avait appris que le dégoût qu'il lui inspirait rendrait leur vie insupportable et que seule une passion démoniaque lui permettrait de le surmonter. Puisqu'ils étaient comme deux bêtes enfermées dans une cage, le choix quelle avait fait de laisser libre cours à ses pulsions bestiales était au fond naturel. C'est ainsi que, progressivement, elle en était venue à le considérer comme un jouet grandeur nature dont elle pouvait user et abuser. Gagnée par la force animale avec laquelle il exprimait sans honte ses instincts, elle ne lui cédait en rien et était elle-même devenue insatiable.

"La chenille"
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SachenkaSachenka   21 février 2016
Je ne suis donc pas venu, messieurs, rechercher votre amitié : votre attention me suffira.
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EmniaEmnia   17 décembre 2016
Le lieutenant Sunaga n'était plus qu'une énorme chenille jaune. Les quatre petites poches bourrelées de ses moignons se repliaient sur elles-mêmes en une cavité de peaux froissées. Il se servait de ces quatre ailerons de chair pour ramper sur les tatamis ; en jouant de la tête et des épaules, il réussissait parfois à se soulever sur ses fesses pour tourner tout autour de la pièce comme une toupie.
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La Chenille de Suehiro MARUO et Edogawa RANPO
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