AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782246512226
184 pages
Éditeur : Grasset (17/03/2004)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 25 notes)
Résumé :
En 1932, La Fontaine des Lunatiques avait ébloui et traumatisé la critique. C'est vrai qu'ouvrir un tel livre, c'est ne pas en revenir. Trois hommes vivent dans une grande maison à l'écart d'un village. Hugues, le fils de 18 ans, est d'une grande beauté. Son père, fou de musique, occupe ses nuits à jouer du piano. Dans sa chambre, le grand-père paralysé se tait. Sa mort et l'apparition d'une jeune femme enterrée depuis cinquante ans brisent les liens du père et du f... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  11 août 2012
«Silence et obscurité que ne venait troubler aucune voix de l'au-delà. Aucune présence surnaturelle. Aucune présence humaine. le monde avait oublié qu'ils étaient là, et les hommes qui habitaient la maison étaient sans souvenirs.»
«La Maison peu de gens l'avaient vue bien qu'elle ne fût située à guère plus de cinq kilomètres du village.
(...) On disait la Maison... et l'on faisait suivre ce mot si simple d'un silence qui lui donnait une signification étrange.»
Trois hommes vivent à l'écart d'un village, le village de Sabran, dans une grande maison «entourée d'une sorte de cercle magique», en compagnie d'une vieille servante, la mère Malon, qui va chercher les provisions une fois par semaine le samedi, «trop vieille et trop légère pour laisser derrière elle la moindre trace de son passage». Elle est leur seul lien avec l'extérieur.
M.Charles revenu de la ville, qui «aime éperdument la musique et a tout abandonné pour 
elle» vit là en compagnie de Hugues, son fils de 18 ans d'une grande beauté
«Il était beau. Ses cheveux châtains, bouclés et coupés au ciseau, dans lequel le brouillard s'était pris, scintillaient de mille gouttes d'eau. Dans son visage, que la flamme éclairait par saccades, seuls ses yeux bleus brillaient -- les yeux de sa mère, un peu relevés vers les tempes»
Il faut ajouter le grand-père qui , depuis 15 ans, est enfermé dans une vie végétative assisté par le dévouement de la vieille Malon. 

Hugues réussira difficilement à s'extraire de l'atmosphère de la Maison et de l'emprise du père pour tenter de vivre sa vie. Il y reviendra après avoir traversé de grandes épreuves, rappelé par une musique ensorcelante qui l'atteint au plus profond de lui-même.
Le lecteur est lui-aussi pris dans une atmosphère inquiétante, oppressante, où la folie rôde, que la belle écriture poétique de André de Richaud sait rendre fantastique. Ce livre étrange, mystérieux, à la beauté ténébreuse, comme en nous jetant un sort, tient en haleine jusqu'au bout.
A ce conteur fabuleux qu'est André de Richaud pourrait s'appliquer le beau poème en prose de Baudelaire «Les bienfaits de la lune» car on retrouve bien dans «La fontaine des lunatiques» ce que la Lune dit à l'enfant endormi qu'elle élit : «Tu subiras éternellement l'influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j'aime et ce qui m'aime : l'eau, les nuages, le silence et la nuit ; la mer immense et verte ; l'eau informe et multiforme ; le lieu où tu ne seras pas ; l'amant que tu ne connaîtras pas ; les fleurs monstrueuses ; les parfums qui font délirer ; les chats qui se pâment sur les pianos, et qui gémissent comme les femmes, d'une voix rauque et douce !
Pourquoi André de Richaud pourtant soutenu par Cocteau et Delteil et admiré par Camus, en particulier pour son premier roman «La Douleur», est-il tombé dans l'oubli ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          311
Shambalala
  13 juin 2015
J'avais découvert il y a quelques années sur les conseils d'une amie….ai été subjugué.
C'est un grand ! Un écriture magnifique, il faudra que je le relise car je l'ai dévoré.
Certains livres demandent plusieurs lectures, il en fait partie.
Un fruit sublime à déguster, à savourer, s'imprégner….tu accompagnes les personnages,ils te parlent,tu vis avec eux, dans des moments suspendus…magiques.
Curieusement André de Richaud fait partie de ces auteurs relativement méconnus…pourtant !
Tellement méconnu et oublié que….
Anecdote ( dans la préface « Cahiers rouges ») :
Il s'était retiré de tout, avait triché sur son âge , avait intégré une maison de retraite pour avoir le gîte et le couvert.
Il lit le journal, y voit sa nécro…
Ni une ni deux, il écrit « je ne suis pas mort » aussi sec, non mais !
Anecdote 2 :
J'ai lu aussi « la douleur » qui l'a fait connaître.Et reconnu par ses pairs ( Mauriac, Bernanos, Julien Green …)
C'est en lisant « la douleur » qu'Albert Camus décida d'être écrivain.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          125
blandine5674
  22 juin 2014
Dans une maison éloignée et cachée du village habitent 4 personnes : Hugues 18 ans, son père mélomane, son grand-père tétraplégique depuis 15 ans, une domestique.
Après un fait étrange au cimetière, lors de l'enterrement du grand-père, le fils ne pense plus qu'à fuir, tandis que le père construit un orgue en argile au sommet d'une montagne dans l'espoir que le vent interprétera le concerto de sa vie. (construction qui m'a fait penser au facteur Cheval)
Roman parfait : poésie, conte, fantastique, voyage initiatique et sensuel.
Ce livre se savoure par la prose magnifique. Difficile de se limiter pour les citations, il y en a tellement de belles.
Belle découverte grâce à Babelio.
Commenter  J’apprécie          90
JacquesBonhomme
  26 janvier 2020
Les cahiers rouges de Grasset. Goût de reviens-y des années trente imaginatives. Une pointe de névrose littéraire russe aussi?
Un conseil : ne pas lire la préface, ni la quatrième de couverture.
Diablerie. Hypnose forestière. Pluie.
Le grand-père n'est plus qu'un songe.
La vieille servante fonctionne.
Le père est fou, perdu dans l'harmonie.
Le fils est néophyte.
Et la jeune fille revient.
Diablerie. Hypnose forestière. Cercueil de plomb. Odeur de mer. Éclats de lumière. Éclatement du récit. Eau.
Hugues est parti.
Commenter  J’apprécie          82
TmbM
  15 février 2017
le fils, le père et le grand-père vivent isolés dans une vieille demeure à l'étrange atmosphère. Personne n'entre ni ne sort, si ce n'est Malon, la servante, seul lien vers l'extérieur, dévouée au grand-père végétatif, un peu perdue entre le père focalisé sur la musique et le fils, taiseux, qui rêve d'un ailleurs. Jusqu'au jour où un décès viendra perturber le quotidien de cette maison.
Planter le décor est suffisant. Entrer dans le détail et raconter l'histoire serait assez facile mais, à mon avis, n'aurait pas tellement de sens. En effet, l'intérêt du livre repose principalement sur son étrange ambiance teintée d'irrationnel. Pourtant, il y a une intrigue, des personnages malmenés, en pleine quête initiatique, confrontés à leurs démons. Mais ce roman est avant tout un conte mélancolique, une prouesse stylistique et l'oeuvre hautement poétique d'un romancier maudit injustement oublié.
Retrouvez cet article sur mon blog.
Lien : http://touchezmonblog.blogsp..
Commenter  J’apprécie          40

Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   10 août 2012
Le repas se termina par les fruits qu’aimait Hugues : les pommes dont le feu ne réchauffe que l’épiderme et dont l’intérieur est comme un marbre frais. Les poires presque liquides, sur lesquelles le couteau glisse comme sur du cuir, puis qui se crèvent par surprise. Les raisins qui ont passé un mois sur les claies, à la chair plissée, dont le sucre s’est concentré et qui, déjà, après avoir été les choses les plus naturelles du monde, les présents directs de la terre, sont devenus des sucreries précieuses, comme nées de l’art des hommes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200
nadejdanadejda   12 août 2012
Les grands arbres faisaient une voûte au-dessus de la rivière et on avait l’air d’être dans une crypte verte. Par les interstices des branches, le soleil passait et faisait des ronds jaunes sur l’eau. De grands iris d’eau se miraient, dorés dans l’eau claire. Les végétaux de toutes sortes envahissaient les rives : longues guirlandes allant d’un arbre à l’autre, pierres moussues, graviers blancs, et, au-dessus de tout cela, ce grand silence, ce grand silence du monde dont le bruit de l’eau qui coule mollement, révèle la majesté...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
lectrice45lectrice45   03 avril 2017
Il n’est pas vrai qu’un miracle éclate brusquement, sans aucune préparation, qu’un grand bouleversement arrive sans avoir été précédé de signes avertisseurs, mais il est vrai que nous ne prêtons aucune attention à ces signes, occupés que nous sommes aux petites choses de la vie. Un criminel regarde par une fenêtre la famille qui va être anéantie par l’arme qu’il a à la main. Les futures victimes continuent à manger si elles sont à table. Pourtant, lui, celui qui sait, remarque les changements de leurs visages qui sentent venir la mort. A leur insu, leur âme se prépare. Ils s’agitent sur leurs chaises, mangent plus vite ou ne mangent plus, suivant qu’ils veulent goûter jusqu’au dernier moment les choses de la vie ou qu’ils sont déjà résignés à mourir. Ainsi le romancier qui sait ce qui va se passer regarde avidement toutes les transformations qui s’opèrent sur le visage de ses héros. (p.76-77 édition Les Cahiers Rouges de Grasset).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
nadejdanadejda   10 août 2012
M. Danis jouait une pastorale de Scarlatti et le son, intercepté par les arbres, n’arrivait à Hugues qu’affaibli et morcelé. On aurait dit que cette nature sauvage filtrait la musique trop jolie et ne laissait arriver aux oreilles que les accords qui, n’étant pas de la pure arabesque, venaient directement du coeur et pouvaient aller au coeur. Ils étaient séparés par de grands silences où l’âme du musicien parlait mieux qu’à travers la plus riche dentelle de notes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   06 août 2020
M. Charles se demandait en tremblant s’il allait, une fois son père parti, retrouver la musique perdue. Toute son attention était requise par cette angoisse. Il en est d’ailleurs toujours ainsi : quand nous enterrons un être qui ne nous est pas indifférent – je ne parle pas de l’être aimé – si nous voulons bien faire un effort pour débarrasser notre esprit de toutes ses douleurs secondaires, nous ne trouvons, tous les voiles ayant été rejetés, qu’une toute petite momie ridicule, morte depuis longtemps et qui nous donnait l’illusion de la vie que parce que nous en avions besoin. Tous les voiles étaient à nous et non pas à l’être disparu. Il ne nous reste plus qu’à les ramasser au bord de la tombe, à leur enlever l’effroyable souillure de la mort et ensuite à nous promener, ces voiles sous le bras, à la recherche d’un être sain et beau que nous envelopperons de nouveau, qui mourra étouffé sans doute bien vite. Rien ne nous disant qu’il est mort, nous continuerons à vivre en sa compagnie.
Toute vie est suspendue à une mort. Nous attendons, craignons, désirons toujours la mort de quelqu’un. La haine est le désir de voir mourir son ennemi – avec tous les déguisements, tous les affadissements que peut prendre ce sentiment. L’amour n’est que la crainte de voir mourir l’être aimé – avec tous les émois que peut donner la crainte de sa décomposition.
(p. 74-75)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10

Video de André de Richaud (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de André de Richaud
André de RICHAUD – Une Vie, une Œuvre : 1907-1968 (France Culture, 1990) Émission "Une Vie, une Œuvre", par Jacqueline de Roux, diffusée le 3 mars 1994 sur France Culture. Invités : Maurice Baquet, Pierre Seghers, Pascal Mazzotti, Georges Abbé, Robert Morel, Léon Gabriel Gros et François Marie Lemonnier.
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Musique et littérature

Quel grand philosophe des Lumières s'est essayé à la musique, sans succès ?

Voltaire
Jean-Jacques Rousseau
Denis Diderot
D'Alembert

10 questions
336 lecteurs ont répondu
Thèmes : musiqueCréer un quiz sur ce livre