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Serge Morand (Autre)
EAN : 9782348054877
280 pages
La Découverte (04/02/2021)
4.33/5   112 notes
Résumé :
"Voir un lien entre la pollution de l'air, la biodiversité et la covid-19 relève du surréalisme, pas de la science !", affirmait Luc Ferry en mars 2020, accusant les écologistes de "récupération politique". Voilà un philosophe bien mal informé. Car, depuis les années 2000, des centaines de scientifiques tirent la sonnette d'alarme : les activités humaines, en précipitant l'effondrement de la biodiversité, ont créé les conditions d'une " épidémie de pandémies ".
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4,33

sur 112 notes
Quels sont les ingrédients d'une pandémie ?
A première vue, on pense : virus très contagieux, porté par un vecteur animal (rat, chauve-souris, moustique, pangolin), transmis à un être humain puis un autre et encore un autre, jusqu'à faire le tour de la planète.
Mais d'où sort-il, ce virus ? Fabriqué dans, échappé d'un laboratoire ? Ça reste à démontrer et ce n'est pas l'objet de ce livre, et de toute façon c'est beaucoup plus complexe que cela. L'émergence croissante et accélérée de virus et des zoonoses qu'ils transmettent est largement favorisée par la destruction de la biodiversité. Cette destruction est notamment provoquée par la déforestation, la fragmentation des habitats naturels (par la construction de routes par exemple), les monocultures qui elles-mêmes répondent à des enjeux liés à l'agro-business et au profit, le tout à une échelle exponentielle. Cette destruction provoque, quant à elle, en aval, une "vraie aubaine" pour les agents pathogènes, car "en modifiant dramatiquement les écosystèmes nous leur ouvrons un nombre infini d'opportunités de s'installer dans de nouveaux hôtes. Si vous ajoutez à cela l'urbanisation galopante [...] puis la globalisation effrénée des échanges et, enfin, le dérèglement climatique, vous avez là un cocktail absolument inédit dans l'histoire de l'humanité, qui crée la base écologique permettant aux maladies infectieuses de se répandre en un temps record n'importe où sur la planète" (D. Brooks, biologiste de l'évolution).
Les 61 autres scientifiques interrogés par M.M. Robin dans cet ouvrage ne disent pas autre chose, et certains le disent d'ailleurs avec beaucoup d'amertume, voire parfois de désespoir.
Parce que tout cela est connu (c'est en 1968 que sont abordés publiquement pour la première fois les liens entre perte de biodiversité et santé, lors d'une conférence de l'Unesco sur la biosphère à Paris), su, démontré, prévisible, prévu.
Pour tous ces chercheurs, la solution existe : préserver la biodiversité, maintenant et tout de suite.
Facile à dire.
Parce que c'est une solution sur le long terme. Et c'est là tout le problème.
La première réaction à la pandémie de Covid a été une réaction "à l'ancienne" : le confinement. Puis on a embrayé sur les vaccins. Tout cela c'est très bien (façon de parler), mais cela ne fait que parer au plus pressé, c'est la solution d'urgence, de facilité, à court terme, cela ne soigne que le symptôme et cela ne traite pas la cause. Les plus optimistes diront qu'une fois la crise passée, tassée, on envisagera les solutions à plus long terme. Mais qui ça, "on" ? les intérêts politiques et économiques (et l'individualisme) sont généralement très myopes, voire aveugles à l'horizon, et semblent avoir bien peu de capacité (de volonté) à penser plus loin : "les mesures que nous devrions prendre [...] impliquent un changement dans les relations que les humains entretiennent avec leur environnement, comme leur rapport à la faune sauvage, ou leur manière d'exploiter les forêts et les océans. Et c'est peut-être ce qui fait peur..." (D. Civitello, biologiste). Cela implique de considérer que l'humain fait partie de cette biodiversité, sans lui être supérieur, contrairement aux tenants de l'écomodernisme : "d'après ses adeptes, l'homme est au-dessus de toutes les autres espèces peuplant la Terre et ne fait pas partie de la nature, qui est « déchaînée et sauvage » [...]. Pour eux, l'utilité de la nature se mesure à l'aune de ce qu'elle nous apporte ou nous inflige : elle nous fait du bien ou du mal. C'est ainsi qu'est né le concept de "service écosystémique" qui réduit la nature à un pourvoyeur de services pour l'humanité".

Il serait temps aussi de mettre fin à la logique de "silos" qui a séparé, par exemple, les médecines humaine et vétérinaire au début du 20ème siècle, "une erreur monumentale" (J. Zinsstag, épidémiologiste) à l'origine de la résistance aux antibiotiques. Décloisonner non seulement les différentes disciplines scientifiques, mais plus largement mettre en lien sciences, économie, culture, puisque tout est lié et que le bien-être humain dépend de la santé des écosystèmes : "le fait de bénéficier de bonnes relations sociales, qui peut paraître relever de considérations abstraites, comme le respect, la confiance, le sens de l'éthique ou de la moralité, s'effondre lorsque l'environnement dysfonctionne ou se dégrade, conduisant à des conflits et à des violences contre les plus pauvres et les plus vulnérables" (S. Naeem, écologue et biologiste). Un effondrement causé par "l'uniformisation de la pensée, qui considère la diversité – biologique ou culturelle – non pas comme une richesse, mais comme un obstacle à un type de développement fondé sur l'extraction et la consommation exponentielle des ressources naturelles" (L. Maffi, linguiste et anthropologue).
Comme une biodiversité idéale, "La fabrique des pandémies" est un ouvrage très riche, dense, mais fluide à lire et très accessible, fondé sur des entretiens avec des scientifiques renommés dans leurs disciplines respectives, et étayé de références solides (pour autant que je puisse en juger).
Un beau travail d'enquête, et un récit bien construit. J'espère que ce livre deviendra un documentaire, qui pourrait avoir bien plus d'impact sur le grand public qu'un essai de 300 pages, aussi lisible soit-il. Un impact qui provoquerait une réaction radicale et nécessaire pour secouer l'infinie inertie des gouvernements. Sans ça (et je ne suis pas une optimiste), l'avenir d' "épidémie de pandémies" que nous annonce ce livre est bien peu réjouissant...
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Depuis une vingtaine d'années, des centaines de chercheurs préviennent qu'en précipitant l'effondrement de la biodiversité, les activités humaines ont créé les conditions d'une « épidémie de pandémie ». Puisque la destruction des écosystèmes par la déforestation, l'urbanisation, l'agriculture industrielle et la globalisation économique, est à l'origine des zoonoses, maladies émergentes transmises aux humains par des animaux, y renoncer s'avèrera plus efficace que de poursuivre une vaine course aux vaccins ou de confiner chroniquement les populations. Marie-Monique Robin a interrogé soixante-deux chercheurs du monde entier pour réaliser cette enquête.
(...)
Cet ouvrage est finalement très apaisant, au contraire des torrents d'informations souvent anxiogènes déversées quotidiennement. Il propose un tableau clair de l'origine des virus et surtout, montre que rien n'est irrémédiable mais qu'il est possible d'enrayer l' « épidémie de pandémie » qui s'annonce, en s'attaquant immédiatement aux causes. Par sa lucidité, il encourage à un certain optimisme, dans la mesure où les solutions sont à portée de mains… déterminées.
Si nombre des chercheurs interrogés portent un regard amer sur les décisions et les réactions politiques, ils désignent très clairement les responsabilités et proposent unanimement une solution aux risques viraux : préserver la biodiversité !

Compte-rendu de lecture (très) complet sur le blog :
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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Marie-Monique Robin nous présente cette enquête très intéressante sous forme d'entretiens avec moult chercheurs.
Le constat est là, si nous ne changeons pas notre rapport à la Nature, nous allons vivre des confinements chroniques. Trouver des vaccins, c'est bien. Mais préserver la santé humaine passe par une approche holistique en préservant la biodiversité et la santé de la Terre. Sinon les maladies contagieuses émergentes vont s'exprimer avec des fréquences inquiétantes. Pourquoi ? Car nous sommes entrain de détruire les équilibres des écosystèmes et leur effet dilution et de fabriquer des ponts pour les zoonoses avec la déforestation et l'élevage intensif.
Des solutions existent. A nous de faire les bons choix. Rapidement… Il y a urgence. Ne franchissons pas certains points limites. Envisageons d'autres solutions que la consommation et le PIB comme choix collectif.
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2020, émergence du covid. L'auteure retranscrit l'interview par skype d'éminents spécialistes. Cela donne une compilation décousue de références, documents scientifiques, compte rendu d'expérience, redondances, âpreté d'une thèse de doctorat. (rires.)
N'étant pas spécialiste en microbiologie un ouvrage de vulgarisation m'aurait sans doute mieux convenu.

J'en retiens un nombre important de pestes, anthrax, allergies, maladie de lyme et autres virus dont l'émergence est favorisée par la déforestation, les monocultures, l'urbanisation, le bouleversement des écosystèmes, le changement climatique.
Intéressant, la constitution de notre microbiote dès nos premières années, l'effet bénéfiques des nématodes dans nos intestins, l'insensibilité aux allergies chez des souris injectées de matières fécales d'enfants élevés dans des fermes traditionnelles!

Solution pragmatique, le contrôle des naissances qui ne peut être réalisé qu'en supprimant la pauvreté.
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Tant que l'économie aura priorité sur la santé humaine , les changements climatiques , l'agriculture et l'élevage intensifs continueront à nous faire subir des catastrophes climatiques et sanitaires . C'est ce que nous promet ce livre à travers les études faites par la communauté scientifique . le dégel du permafrost , la fonte des glaciers , les sécheresses et inondations atteignent la cote d'alerte , les Zoonoses ou prolifération des parasites animaux sont responsables de divers soucis qui chaque année prennent de l'ampleur :
-- PESTE AVIAIRE OU PORCINE
-- DENGUE
-- CHIKUNGOUNIA
-- MALADIE DE LA VACHE FOLLE
-- COVID
-- MOUSTIQUE TIGRE
-- FRELON ASIATIQUE
-- DISPARITION DE LA BIODIVERSITE
-- MORTALITE DES INSECTES BUTINEURS
-- ETC .....
Témoignent dans ce livre des scientifiques de diverses branches qui sont tous d'accord sur les menaces à venir . Tous , au travers des études réalisées , parfois préconisées et financées par différents états , ont remis leurs alarmantes conclusions mais l'on continue , au nom de la sacro sainte économie , à naviguer dans le mauvais choix qui rejette toute action contraire aux intérêts du capitalisme . Quel sera le prochain virus après le covid ? Combien seront nécessaires pour entrainer l'action qui , logiquement , devrait depuis longtemps découler de la réflexion . A trop repousser l'échéance , le choc dans le mur sera bientôt inévitable , pronostiquent de nombreuses études , suivies d'un étourdissant silence .
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
On savait. Mais les politiques font la sourde oreille, en continuant de promouvoir une vision technicise et anthopocentrée de la santé, qui fait la part belle aux intérêts des multinationales pharmaceutiques et de l’agrobusiness, lesquelles partagent les mêmes actionnaires et fonds de pension, dont les dirigeants sont lobotomisés par la recherche de profit à cours terme. Ce grand aveuglement collectif est entretenu par la balkanisation des disciplines scientifiques et des instances ministérielles, qui fonctionnent en “silos“, sans aucune connexion entre elles.
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Les épidémies de zoonoses et de maladies à transmission vectorielle sont liées aux pertes de biodiversité, mesurés par le nombre d’espèces sauvages menacées ou par la densité du couvert forestier. Donc, si on résume : plus de biodiversité signifie plus de pathogènes, mais moins de biodiversité signifie plus d’épidémie infectieuses. 
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N’ayons pas peur de dire que nous avons besoin d’une science des solutions qui contribue à résoudre les graves problèmes contemporains. Cela implique que les scientifiques sortent de leur tour d’ivoire pour Parker aux politiques,aux journalistes, aux professionnels de l’éducation ou aux entreprises. …
Tout les hommes et femmes de science qui ont accepté de me confier leurs paroles ont ainsi salué le courage et l’engagement des citoyens.ne.s qui, partout dans le monde, bricolent,expérimentent, essayent des alternatives locales, visant à renverser le globalisme. L’histoire nous enseigne que les changements sociaux majeurs, comme l’abolition de l’esclavage ou le droit de vote des femmes, sont toujours survenus grâce aux citoyens qui se sont levés et on dit : Ça suffit! …Et de citer Eleanor Roosevelt : « où commencent les droits de l’homme universel ? Tout près de chez nous, en des lieux si près et si petits qu’ils ne figurent sur aucune carte du monde… »
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En 1998, peu après sa création, Terralingua a été contactée par World Wildlife Fund (WWF), qui venait d'établir une carte mondiale de 866 écorégions, pour définir les priorités dans sa stratégie de conservation des espèces végétales et animales. Il n'y avait pas d'humains sur cette carte ! Nous l'avons donc complétée en y portant les 6 800 langues parlées alors sur les cinq continents, dont 32 % en Asie, 30 % en Afrique, 19 % dans le Pacifique, 15 % dans les Amériques et 3 % en Europe. Près de la moitié de ces langues sont parlées par moins de 10 000 locuteurs. La nouvelle carte montrait clairement que les écorégions riches en biodiversité végétale et animale étaient également celles où il y avait la plus grande diversité linguistique, mais aussi culturelle. (...) Les langues sont une ressource pour la nature, dans ce sens qu'elles sont les véhicules de savoirs essentiels pour pouvoir vivre en harmonie avec l'environnement ; elles sont aussi une sentinelle, car si elles disparaissent, cela signifie que les écosystèmes auxquels elles sont liées sont en train de s'effondrer.
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Le cocktail qui favorise les émergences de maladies infectieuses est bien identifié, documenté et expliqué : la déforestation, pratiquée à large échelle dans les pays du Sud pour implanter des monocultures de soja, qui nourriront les animaux des élevages industriels européens ou de palmiers à huile qui alimenteront les réservoirs de nos voitures ; la fragmentation des forêts tropicales et espaces naturels, causée par le développement du réseau routier, des barrages et des exploitations minières, mais aussi par l’urbanisation ; et la globalisation, qui encourage le déplacement de milliards d’humains, d’animaux et de marchandises d’un bout à l’autre de la planète. Toutes ces activités provoquent le dysfonctionnement, voire la destruction, des services écosystémiques, ce qui menace la santé des humains, des animaux et des plantes. 
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Videos de Marie-Monique Robin (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marie-Monique Robin
Marie-Monique Robin est journaliste et réalisatrice, lauréate du prix Albert-Londres (1995), auteure notamment de "La fabrique des pandémies. Préserver la biodiversité, un impératif pour la santé planétaire" (La Découverte, 2021), également le titre d'un documentaire sorti après le confinement. Elle montre les liens entre maladies émergentes et équilibres écosystémiques.
Barbara Demeneix est biologiste et professeur au Museum national d'Histoire naturelle de Paris. Elle a publié "Comment les énergies fossiles détruisent notre santé, le climat et la biodiversité" (Odile Jacob, mai 2022).
Elles sont les invitées d'Olivia Gesbert.
#climat #environnement #écologie
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