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EAN : 9782234089990
Éditeur : Stock (19/08/2020)

Note moyenne : 3.19/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Il était une fois. Comme dans tous les grands romans, c’est-à-dire qui sollicitent notre part d’enfance, cela commence par : « Il y avait autrefois dans la salle à manger des grands-parents, un sabre de modèle inconnu, que je n’ai jamais manié, jamais soupesé, pas même caressé. »
Le revoilà, Samuel Vidouble, le narrateur, coincé dans une maison, poussiéreuse mais encore hantée par les fantômes d’une famille provinciale, calviniste, « sans histoires, sans... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
ChtiBaboun
  16 septembre 2020
Quelle facette du nouveau livre d'Emmanuel Ruben mettre en avant. Sabre est un roman multiforme et protéiforme.
Comme dans son précédent roman Sur la route du Danube , Emmanuel Ruben prend prétexte d'un objet pour nous faire voyager dans le monde, la géographie,  l'histoire mais aussi la littérature  .
L'objet de Sur la route du Danube était  le vélo et le Danube. Objet qui nous a permis  tout en remontant le Danube de réfléchir à  l'histoire des Balkans, de la MittelEuropa  ou encore de ka place des migrants dans nos sociétés.  Emmanuel Ruben était  lui même  sur le vélo.
Pour Sabre il a pris son double littéraire,  Samuel Vidouble( !! ) pour nous raconter l'histoire d'un sabre familial jadis accroché  dans la maison familiale et alpestre des grands parents.
Cette recherche du sabre et de son histoire est le prétexte  à la mise en perspective de ce roman multiforme.
Emmanuel Ruben nous entraîne dans une saga familiale truffée de secrets, de non dits.
Cette saga familiale  qui déclenchera grâce à une imagination débordante, une histoire vraie-fausse ou rêvée  de Victor Vidouble de Saint Pesant. C'est drôle et enlevé.
Si ce n'était que cela, le roman serait déjà réussi . Mais il est plus .
Sous les traits de Samuel Vidouble,  Emmanuel Ruben nous parle de lui. de ce prof d'histoire géographie confronté aux mondes d'aujourd'hui mais aussi à sa jeunesse iséroise  et à cette famille originaire des montagnes alpines et d'un monde rural entrain de disparaitre.
La recherche du sabre l'a conduit dans les pas violents de la Révolution, des champs de bataille de l'Empire. C'est violent,  sanguinolant et les victoires sont souvent des défaites.
On croisera Bernadotte, Bonaparte, De Gaulle. On voyagera à Dieppe, Moscou, Alger ou encore  Berlin.
Il sera difficile de dénouer le vrai de la fiction mais est ce important  ?
On s'aperçoit  que les chimères et les réalités de l'histoire disent une grande part de la réalité de notre époque.
" Et, tandis qu'ils obtempéreront sans broncher, tu saisiras  sur le bureau la grande équerre jaune des profs de maths, histoire de te donner une contenance,  mais, croisant le regard de Salie au premier rang, tu reposeras l'éq'uerre aussitôt,  penseras une dernière fois à cet enfant seul le soir, dans la salle à manger de ses grands parents, les yeux rivés  vers ce sabre fêlé,  ce bijou de famille qui le croisait, pointait les ténèbres  et lui indiquait, telle l'aiguille d'une  boussole intime, la source infinie du péril "
Un livre remarquable alliant histoire, réflexion  mais aussi drôlerie et imagination.


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sylvaine
  02 septembre 2020
SabreEmmanuel Ruben publié chez Stock.
Attirée par la première phrase:« Il y avait autrefois dans la salle à manger des grands-parents, un sabre de modèle inconnu, que je n'ai jamais manié, jamais soupesé, pas même caressé» je me suis plongée dans ce roman. Samuel de tout gosse a été fasciné par le sabre accroché au dessus du poêle. Il a écouté béat les aventures de V.V R.L l' aïeul vénéré Victor Virouble Roi des Lives.narrées par les anciens. Alors lorsqu'après les obsèques de son grand-père il constate la disparition du sabre son monde s'effondre... ou presque!
Comment reconstituer l'histoire familiale sans lui? Où le chercher? Au près de qui obtenir des informations? Et puis l'idée lumineuse surgit: " Les hommes d'hier n'étaient pas comme aujourd'hui traqués par toutes ces machines qui pourront retracer dans le futur chacun de nos mouvements, chacun de nos faits et gestes, ces machines où nos pensées, nos peurs, nos mensonges, nos erreurs seront gravés pour l'éternité – alors, je crois qu'ils inventaient beaucoup, et le meilleur moyen de leur rendre hommage, je le sais désormais, ce sera d'inventer à mon tour" (p45).
Tout semblait sourire à la lectrice que je suis , une bonne histoire, un auteur à l'imagination foisonnante, une région que je connais mal... Malgré toute ma bonne volonté je n'ai pas adhéré à ce récit. le désintérêt suivi d'un profond ennui m'ont conduit bon an mal an à la fin de cette escapade en la bonne ville de D***.
Merci aux éditions Stock pour ce partage
#Sabre #NetGalleyFrance
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ulysse13003
  15 octobre 2020
Décidé à éviter en cette période de sinistrose la littérature doloriste dont les auteurs encombrent depuis quelques années les plateaux de la Grande Librairie et font le bonheur de mes contemporain.e.s, j'optai en ce mois de septembre pour le picaresque "Sabre" : un titre sobre et annonciateur d'action, une jaquette élégante frappée d'une carte aux noms mystérieux, il n'en fallait pas plus au lecteur de Rackham le Rouge pour empocher ce livre.
L'histoire commençait bien : le narrateur, la trentaine, assiste aux obsèques de son grand-père et découvre, intrigué, que le sabre qui ornait depuis des lustres le salon de la maison familiale, a disparu. A qui a-t-il appartenu ? Sur quel champ de bataille a-t-il servi ? Samuel Vidouble - le narrateur, double de l'auteur -, mène son enquête pour exhumer la geste guerrière de ses oncles, ressusciter leur péan et retrouver le fil de cette lame d'acier. Un tel a fait la Résistance, tel autre la guerre d'Algérie... Peine perdue, Tante Esther, qui tenait une librairie où l'on vendait aussi des soutiens gorge, lui confie que les exploits de ses ancêtres ne sont qu'affabulation.
Samuel retrouve la trace d'un certain Victor Vidouble, un nobliau qui assiste au début de la Révolution française, avant d'errer à travers l'Europe. C'est là que le roman perd, je trouve, de son intérêt. Personnage purement fictif ou ancêtre de Samuel, Victor nous donne le tournis, il accumule les aventures et traverse les époques mais son personnage insaisissable devient une silhouette sans chair ni âme qui, surtout, n'a plus aucun lien avec le narrateur ni sa famille.
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Agrippine34
  17 octobre 2020
Magnifique ! Très bien écrit, les mots et expressions sont justes, les métaphores très bien choisies, cela fait plaisir de lire un roman bien écrit. L'auteur connaît bien ses personnages ce qui fait qu' on y reconnait nous aussi des figures de notre enfance. le thème est original, l'histoire d'un objet, le sabre, non comme un documentaire mais au travers des histoires racontées par les grandes personnes. On se laisse guider par l'auteur dans des périples qu'il connaît bien, ce qui fait qu'on est toujours à la lisière entre le vrai et l'imaginaire. Un bon moment passé en compagnie de ce livre.
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antigoneCH
  30 août 2020
Pour ce roman, lu dans le cadre du Prix Fnac 2020, auquel j'ai participé pendant l'été cette année en tant qu'adhérente, et dont les résultats ont été publiés dernièrement, la déception a été au rendez-vous. J'ai abandonné sa lecture page 168 (sur 384) avec le sentiment que j'avais déjà assez perdu mon temps… Pourtant, l'intrigue ne commençait pas si mal. Un jeune homme se souvient du sabre qui trônait dans le salon de son grand-père, dans son enfance. Il se souvient que cette arme l'inquiétait beaucoup mais le fascinait également. A l'époque, personne ne voulait répondre aux questions de l'enfant quant à sa provenance et à sa présence incongrue dans cette maison. Ce sabre a disparu aujourd'hui, et le grand-père vient juste de décéder. Avec l'aide de sa tante Esther, ancienne libraire, le voilà en quête de l'objet, mais également du passé de leur famille et de leurs secrets. Ces deux personnages, ainsi que sa famille, sont très attachants. Malheureusement, l'auteur s'embourbe dans de nombreuses digressions, laissant l'imaginaire l'emporter très loin, refaire l'histoire, etc. J'ai aimé ce qui avait lieu dans un présent très réel mais le reste m'a très vite ennuyé. La fantaisie n'a pas toujours bonne presse auprès de moi. Ce roman est qualifié en quatrième de couverture d'invention géographique drolatique et de voyage baroque à la poursuite de chimères… Il plaira certainement aux adeptes du genre.
Lien : https://leslecturesdantigone..
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critiques presse (3)
LeMonde   13 octobre 2020
Dans une quête à la fois historique et romanesque, Samuel Vidouble, le narrateur de « Sabre », explore les légendes du folklore familial. Un bel hymne à l'imaginaire.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Liberation   21 septembre 2020
[Emmanuel Ruben] surprend à nouveau en cette rentrée littéraire avec un vrai roman picaresque qui nous entraîne, via un sabre surgi de l’enfance, sur les champs de bataille de contrées imaginaires mais aussi bien réelles, jusqu’aux guerres napoléoniennes au côté d’un narrateur qui se veut son double et qui, d’ailleurs, se nomme Vidouble.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeSoir   24 août 2020
Dans « Sabre », le double de l’écrivain Emmanuel Ruben retrace ou réinvente le destin glorieux d’un ancêtre ambitieux.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Agrippine34Agrippine34   17 octobre 2020
Ce sabre, il me faudra le dessiner à coups de mots - les mots qui survivent aux hommes à peine mieux que les choses ont sur le dessin l'avantage de s'accommoder des biffures et des repentirs, des accrocs et des tâtonnements de la mémoire.
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Charybde2Charybde2   15 août 2020
Hier encore, j’ai rêvé que je maniais un sabre, en courant à reculons, dans la nuit. C’est un rêve fugitif qui me hante depuis des années, qui revient tous les mois, dont je ne vois jamais la fin. Je ne vois jamais le visage de l’ennemi contre lequel je me bats, j’ignore s’il s’agit d’une bataille ou d’un duel – parfois, je vois tomber d’un arbre des feuilles mortes, je tente en vain de les trancher, mais mon geste n’est jamais assez rapide et je ne fais que tracer dans l’obscurité les cicatrices d’une signature incertaine. J’ai longtemps cherché à interpréter ce rêve, je l’ai raconté à des amis, des médecins, des psychanalystes. Et puis un jour j’ai compris l’origine de mes hantises et toute cette histoire m’est revenue en mémoire.
Il y avait autrefois, dans la salle à manger des grands-parents, un sabre de modèle inconnu, que je n’ai jamais manié, jamais soupesé, pas même caressé. Des soirées entières, je m’étais contenté de le décrocher du regard, de le brandir en rêve, jusqu’au jour où j’ai cherché des yeux le reflet de sa lame et constaté sa disparition. Suspendu jadis au-dessus d’un vieux poêle en fonte, le sabre veillait sur nos repas, veillait sur nos soirées. L’entouraient, à droite, une copie naïve de L’Angélus de Millet, à gauche, la photo agrandie d’une falaise effrayante – le Pan Ferré – qui surplombe la ville, masque le soleil, barre l’horizon et menace de s’effondrer à la moindre secousse sismique. L’Angélus et le poêle en fonte sont restés fidèles au poste. La falaise aussi, quoique un peu bancale sous son verre, apparaît dans l’encadrement de la porte dès que l’on se dirige vers la salle à manger. Sous cette falaise se trouverait une grotte surnommée la Belle Judith – on raconte qu’elle aurait servi de refuge aux camisards pendant les guerres de Religion, et durant la dernière guerre mondiale, aux maquisards.
Selon la saison, l’heure ou le point d’observation, certains voient dans cette falaise la tête encastrée d’un cachalot, l’échine perchée d’un stégosaure ou le visage bouffi du dernier Napoléon rapetissant sous son bicorne – le Napoléon ventru, boudeur, ténébreux, assailli de mélancolie qui se laisse embarquer pour Sainte-Hélène à bord du Northumberland et dicte bientôt à Las Cases ses mémoires. Je n’ai jamais vu le visage de Napoléon dans cette falaise. Ni le gros bicorne noir. Ni la tête de cachalot. Ni l’échine de stégosaure. Mais son nom de Pan Ferré, encore lisible aujourd’hui sur les cartes, m’a toujours porté à rêver. Que suggérait ce pan ? L’idée d’un bouc ailé, d’une bête sacrée, d’une sorte de divinité gauloise, pétrifiée par quelque sort énigmatique ? Et pourquoi ferré ? À cause de l’éclat glacé de tout ce calcaire jurassique, qui le hissait à plus de 2 000 m d’altitude ? À cause de la nudité étincelante, au soleil, de son sommet ? À cause des neiges, des nuages, des glaces ou des éclairs que magnétisait cette cime perchée dans le ciel comme un immense aimant tellurique ?
De la copie naïve de L’Angélus, ce tableau morbide et glaçant qui glorifiait la vieille éthique protestante du travail, je revois les sombres couleurs pastel, le trident d’une fourche plantée dans les entrailles de la terre, son manche dressé vers le ciel, la roue d’une brouette, un panier d’osier rempli de patates, les gros sabots de bois, les mains jointes, les visages recueillis, le chapeau bas, les sillons de la terre labourée, les meules de foin, le petit clocher perdu dans les lointains, les nuées de corbeaux dans le ciel, l’atmosphère d’attente et de piété triste et paysanne – j’ignore pourquoi, j’ai toujours cru que cette peinture crépusculaire ne célébrait pas le début ou la fin d’une journée, ni l’annonciation de l’enfant Jésus ou le Saint-Esprit mais la fin d’une vie, la fin d’une ère, la fin d’un monde, un enterrement.
À la place du sabre, on peut apercevoir aujourd’hui, sur le mur jauni de la salle à manger, la trace plus pâle des deux crochets qui le soutenaient naguère. Où était-il passé, ce sabre ?
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Charybde2Charybde2   15 août 2020
J’ai donc l’œil rivé sur cette main. C’est une grande poigne rêche et déformée par le maniement des outils, le travail de la terre, le gel, le contact de l’eau vive, une grande poigne comme je n’en aurai jamais, une grande poigne que je n’ai jamais serrée, qui n’a jamais fait que m’effleurer, la caresse n’était pas son genre, disait Suzette, mais qui devait agir comme un étau lorsqu’il serrait la main des villageois au marché ou celle de ses coreligionnaires sur le perron du temple. Et je me dis alors que ce sont tous les linéaments d’une vie qui pourraient se lire dans les phalanges fissurées par le froid tels de petits rochers, dans les ongles ébréchés, striés, terreux, noircis à vie par le brou de noix, au long des rides cisaillant la peau tannée par le soleil ou des veines saillantes couleur de marbre ou de glace, à travers la broussaille encore noire des derniers poils, à travers les écorchures de la veille et les cicatrices du siècle dernier, à travers toutes ces tavelures brunes ayant pullulé dans les dernières années comme du lichen – oui, tous les linéaments d’une vie passée à remuer la terre, à décortiquer des noix, plumer des poulets, décapiter des canards, dépiauter des lapins, tailler des haies, chercher des sources, entretenir des écluses, des levées, des rigoles, des roubines, des canaux de drainage et d’irrigation.
Si je demandais quel était le métier de l’homme que j’avais toujours connu à la retraite, passant ses journées sur sa Mobylette bleu Vosges ou derrière sa brouette, dans son potager du Perré, on me disait : il travaillait aux eaux, manière de taire qu’il n’était qu’un ouvrier municipal, d’abord éboueur ou balayeur de rues, exerçant plus tard ce métier énigmatique qui faisait de lui une sorte de sourcier, de devin, de magicien.
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Charybde2Charybde2   15 août 2020
Oui, une seule chose était certaine : Auguste Vidouble n’avait jamais brandi ce sabre au front. Avant que la grande lame de la faucheuse ne l’emporte à son tour, les seules lames qu’il avait brandies, c’étaient celles des faux et des faucilles, des couteaux, des haches et des sécateurs. Placé comme ouvrier agricole dès l’âge de quatorze ans, il mania quantité d’outils jusqu’à la veille de sa mort, faucha manuellement l’herbe de son potager, n’opta jamais pour la traditionnelle tondeuse à gazon ou pour ces petits tracteurs que s’offraient ses voisins, qui sautillent sur la moindre motte, disait-il, et vous donnent l’air de faire du rodéo ou d’avoir transformé votre pré carré en Paris-Dakar. Pas assez de terre, disait-il, juste un lopin de rien du tout, alors, une tondeuse à gazon qui coûte la peau des fesses, à quoi bon ? Mais je crois surtout qu’il aimait ce geste antique et chorégraphique, de faucher le foin et les mauvaises herbes, et dans les dernières années de sa vie, en revenant de la rivière, on pouvait l’apercevoir de loin – petite silhouette engoncée dans le bleu de sa salopette, petite silhouette arc-boutée sur sa faux, petite silhouette qui se balançait derrière la haie de trembles.
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Charybde2Charybde2   15 août 2020
J’inventerai, donc : on invente toujours en racontant, et il faut imaginer beaucoup, mentir énormément, pour qu’elle nous revienne, la prétendue, la sacro-sainte vérité. J’ai dit que nombre de légendes circulaient en ce temps-là. Mais il y avait des choses dont on ne parlait pas. Jamais. Des tabous. Et je savais qu’il me serait difficile d’évoquer la disparition du sabre depuis la mort du grand-père. Comme si le sabre faisait partie de cet héritage dont on ne parlait pas, de ce pognon dont on ne parlait pas, de tous ces secrets de famille, ces testaments sibyllins, ces trésors cachés et ces vieilles convoitises, ces mésalliances et ces amours adolescentes, ces maisons perdues, ces sources taries, ces cabanes abandonnées aux ronces et aux orties – comme si évoquer le sabre c’était évoquer le défunt, profaner son souvenir, exhumer sa dépouille. Alors que la mort en général, les sépultures, la maladie, étaient les sujets de prédilection des conversations, en ville, parler de ses morts ne se faisait pas.
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A l'occasion du Salon "Le Livre sur la place" à Nancy, Emmanuel Ruben vous présente son ouvrage "Sabre" aux éditions Stock.
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