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ISBN : 2743646489
Éditeur : Payot et Rivages (06/03/2019)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 8 notes)
Résumé :
A l'été 2016, Emmanuel Ruben entreprend avec un ami une traversée de l'Europe à vélo. En quarante- huit jours, ils remonteront le cours du Danube depuis le delta jusqu'aux sources et parcourront 4 000 km, entre Odessa et Strasbourg.
Ce livre-fleuve est né de cette odyssée à travers les steppes ukrainiennes, les vestiges de la Roumanie de Ceaușescu, les nuits de bivouac sur les rives bulgares, les défilés serbes des Portes de Fer, les frontières hongrois... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
ChtiBaboun
  03 avril 2019
Sur la route du Danube est un grand récit d'arpentage. Emmanuel Ruben à quatre cordes à son arc.
Il est un géographe doublé d'un écrivain.  Comme si cela n'était pas suffisant il est aussi  dessinateur et cycliste émérite.
La corde dessinateur ne servira pas le long de cet d'arpentage car Emmanuel Ruben à pris le parti de profiter de cet arpentage de 45 jours et d'être entièrement dans l'instant et le quotidien.
Quel est donc cet d'arpentage ?
Avec un ami russe - ukrainien , Vlad ,ils ont décidé de remonter le Danube à  vélo de son delta à sa source.
Soit 2 900klms depuis Odessa en Ukraine jusqu'à la source du Danube en Allemagne.
Emmanuel Ruben enfant du Rhône et maintenant gardien de la maison Julien Gracq  aux bords  de Loire, est fasciné par les fleuves.
Voici ce qu'il en dit :
" La vue, même éphémère, même fugace, d'un fleuve aux flots vifs nous apaise ou nous dynamise et redonne sens à nos efforts : comme lui nous savons que nous sommes mortels, mais comme lui nous espérons nous élargir avec l'âge,  chaque année nous gagnons en sérénité  ; comme lui , nous nous souvenons de notre source sans nous languir pour autant  de l'avoir désertée  ; comme lui, chaque épreuve  nous élargit .....
Le fleuve ne vient pas les bras vides jusqu' au rivage, il apporte les preuves de son labeur ; il arrive les bras chargés d'allusions, qu'il offre comme un présent  au continent qui le retient et comme un défi  à  la mer qui le délivre  ; chaque jour, il repousse son terme et chaque jour le delta s'agrandit.
Ce récit d'arpentage est donc une grande déambulation le long du Danube et à travers  10 pays qui constitue le bassin versant du Danube.
Ce qui fait la force de ce récit c'est l'imbrication de la géographie,  de l'histoire, des paysages et des hommes.
Surtout les hommes et les femmes que rencontrent Emmanuel Ruben
Au travers de ces rencontres , on comprend mieux cette Europe Centrale multi ethnique qui nous apporte les parfums du Moyen Orient et de l'Asie
On comprend aussi que ces parfums orientaux ont comme autres noms guerre, migrants , réfugiés et que le Danube est un melting pot humain incroyable et que si ce melting pot existe c'est que les hommes ont divisé ces régions sans tenir compte de l'entité Danube.
Comment un fleuve peut il être une frontière entre trois pays alors que ces rives et ses plaines alluvionnaires font vivre les mêmes groupes d'homme
Cette reflexion nous ramène à  l'Europe d'aujourdh'ui qui est le calque de l'histoire. Les frontières ou les limes comme le dit Emmanuel Ruben restent les mêmes.  On les habille au fil des siècles de nom de pays différents, mais le bassin du Danube reste la porte d'entrée de l'Europe et son creuset.
Que cette région fut le lieu des guerres contre l'empire ottoman, le lieu des guerres de l'ex Yougoslavie ou aujourd'hui  avec la Hongrie , la porte d'entrée dans l'espace Schengen.
Comme le dit Emmanuel Ruben nous restons sur le vieux schéma politico économique du Rhin, axe du charbon et de l'acier.
Dorénavant l'axe européen suit les rives du Danube.
Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans parler de l'extase géographique.  En quelques lignes Emmanuel Ruben nous décrit le mieux qu'il soit le sentiment que je peux ressentir dans un lieu
" Je ressens ce que j'appelle l'extase géographique,   qui est ma petite éternité matérielle,  éphémère,  mon épiphanie des jours ordinaires : oui, l'extase géographique,  c'est le bonheur soudain de sortir de soi, de s'ouvrir de tous ses pores, de se sentir traversé par la lumière,  d'échapper quelques instants à  la dialectique infernale du dehors et du dedans"
Ce récit d'arpentage est tout cela avec une ouverture de toutes ces pores sur ce Danube,fleuve des hommes , de tous les hommes.
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EvelyneSagnes
  04 mai 2019
Réécrire l'Europe ?
Echappé belle ! L'expression se trouve à la page 303, en italique, au centre du récit. C'est Vlad qui la prononce à la suite d'un accident de bécane et c'est la première rencontre entre le narrateur Samuel Vidouble alias Emmanuel Ruben et le cycliste, futur compagnon d'équipées. C'est avec lui en effet qu'il parcourt les quelque 4000 km depuis le delta du Danube jusqu'à sa source.
Quand on y réfléchit, cette idée d'échapper, déclinée aussi en échappée ne serait-elle pas un fil possible pour lire ce roman dont la densité déborde les limites… du genre, - Histoire ? géographie ? poésie ? géopolitique ? récit d'arpentage ? Tout cela à la fois en réalité. L'auteur donne une définition de Sur la route du Danube dans l'épilogue : « Un objet hybride entre le roman-fleuve, le manuel d'évasion – sorte d'usage de l'Europe à bicyclette – et l'atlas géopolitique. »
Emmanuel Ruben, le « géographe défroqué », comme il se nomme, se délivre ainsi du carcan imposé de catégories bien définies et entraîne le lecteur dans ce courant qui charrie connaissances précises et documentées, rencontres humaines, descriptions poétiques. Au rythme des étapes à bicyclette avec Vlad, parfois à la limite de leurs forces, le plus souvent racontées avec humour. Mais à contre-courant ! Puisqu'il s'agit de remonter le fleuve et pour de bonnes raisons : « Descendre un fleuve, c'est aller vers la mort. […] C'est pour échapper à cette mer inéluctable que nous avons entrepris ce voyage à rebrousse-poil. […] Viktor nous fait croire quelques instants qu'il est un lieu, sur terre, où le temps peut être réversible. Ce lieu, ce peut être la source, mais c'est aussi le delta, où le fleuve hésite sur le seuil de l'oubli.»
« La petite reine » est au coeur du récit. Ce n'est pas seulement un moyen de locomotion. Ou plutôt c'est bien une manière de se déplacer qui ne saurait trouver meilleure alliée : une façon quasi philosophique d'envisager le voyage. Prendre le temps, le temps de regarder, de s'arrêter et donc de rencontrer les paysages et les gens, les « petites gens », celles qui sont la réalité profonde de la vie du pays traversé. Dans ce livre, le cyclisme est une métaphore de la littérature, de l'écriture (à moins que ce ne soit l'inverse ?) ; Emmanuel Ruben établit un lien organique entre les deux : « […] Je pédale donc je suis. […] retranscrivant chaque coup de pédale par une virgule, chaque arrêt par un point au risque d'écrire des phrases trop longues : le cyclisme, comme la littérature, est un art du détour et de la digression, mais c'est aussi un art du continu – remonter un fleuve à vélo, c'est éprouver ce continuum, car un fleuve, c'est la continuité anarchique de la nature dans la discontinuité ordonnée du monde, lequel est, ne l'oublions pas, tout entier l'oeuvre de l'homme, ce que les géologues ont fini par admettre en parlant d'anthropocène. »
Il ne s'agit pas pour autant d'un texte abstrait, l'occasion de développer des théories littéraires ou historiques, au demeurant passionnantes. La manière dont sont parcourus les 4000 km est justement garante d'un récit vivant, fait de petites histoires, de surprises agréables ou pas, de découvertes. Passer ainsi les frontières est une aventure chaque fois différente. Et Emmanuel Ruben partage avec Julien Gracq (dont il dirige la Maison à Saint-Florent) « cette obsession du partage, ce tropisme des lisières ». Traverser l'Europe, c'est avant tout en effet franchir des frontières, géographiques mais pas seulement. C'est une aspiration profonde à échapper à un monde, à s'évader. « Vlad avait toujours su que la petite reine lui permettrait de s'enfuir. » Entre parenthèses, Vlad est un personnage qui mériterait beaucoup plus que ces quelques allusions !
Pour l'auteur aussi, partir sur son vélo, c'est depuis toujours un besoin : « J'avais besoin de paysage, besoin de lumière, besoin de voir un peu d'eau se refléter sur les coques des bateaux, besoin de m'évader corps et âme dans ces reflets. » Car pédaler sur son vélo, c'est « la matrice de toutes [ses] passions, passion plus dévorante que l'écriture, passion plus dévorante que le dessin, mais passion libératrice pour l'esprit, passion inspirante […]. Une aspiration de l'ordre du nécessaire, voire du vital.
L'échappée belle… Parce qu'elle n'est pas seulement fuite mais attente, voire retrouvailles, réelles ou imaginaires, « résurgence de l'enfance ». le récit est peuplé de souvenirs historiques et personnels, écho d'autres voyages, et aussi retour au temps où il inventait le monde. En effet, il est une échappée de son enfance qui irrigue son imaginaire et donc son écriture : « Il y a des jours comme celui-ci où je me souviens que de neuf à quinze ans, j'ai été zyntarien, citoyen chimérique allongé jour et nuit sur un empire de cartes imaginaires. »
Echappée belle encore parce qu'il y a dans ce « récit d'arpentage » une « passion pour l'histoire d'un vieux continent, l'Europe » : « Oui, autant l'avouer, le vrai sujet n'est pas le Danube, mais l'Europe. » Une étiquette lui irait, s'il en faut une : « Ecrivain européen de langue française. »
La force du texte réside dans la manière dont Emmanuel Ruben a réussi à allier une forme d'érudition incontestable avec une histoire personnelle, la sienne d'abord, celle des habitants qu'il rencontre ensuite. Les personnages restent dans la mémoire du lecteur parce qu'ils sont vrais, décrits avec émotion, des individus, qui sont aussi citoyens d'un pays.
Un regard lucide sur l'Europe d'hier et d'aujourd'hui, un regard attentif et sans a priori, un regard de poète lorsqu'il prend le temps de décrire magnifiquement paysages ou lieux, avec leurs mouvements, leurs couleurs, leurs lumières.
Réécrire l'Europe… C'est le titre de l'épilogue. Et au-delà encore Emmanuel Ruben affirme : « Ce voyage m'a appris ce que c'est d'être un homme, ce que c'est d'être mortel – c'est-à-dire fragile, vulnérable, mais têtu, obstiné, persévérant dans son être. » Par procuration, le lecteur apprend cela aussi.
L'échappée, en matière de course cycliste, c'est le moment où un coureur se détache du peloton. Belle image pour un auteur dont les livres sont autant de visions au-delà des clichés.
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MarcoPolo85
  25 avril 2019
C'est en 2016 que Emmanuel Ruben part avec son ami Vlad depuis les steppes d'Europe de l'Est jusqu'à la Plaine d'Alsace via les Balkans, Budapest, Vienne, la Bavière et la Forêt Noire.
Emmanuel nous raconte ces peuples qui s'égrènent le long du fleuve. Il raconte les histoires de ces souabes, de ces lipovènes, de ces magyars et bien d'autres encore dans la Grande Histoire mouvementée de l'Europe.
Il évoque ces écrivains serbes, bulgares, roumains qui ont construit leurs oeuvres dans une dimension universelle.
Entre deux étapes éreintantes le long de cette grande voie cyclable, il parle de cette nouvelle Europe où le populisme prend une place de plus en plus gênante. On y croise les migrants d'hier, et ceux d'aujourd'hui.
Par la plume de Emmanuel Ruben, on voit un Danube qui rit et qui pleure en même temps, un Danube qui rassemble comme il sépare. On y entend le clapotis de l'eau comme on entend les canons de Napoléon, les notes de Strauss, ou encore les bombardements de l'Otan sur la Serbie.
Dans cette Eurovélo 6, c'est tout un monde bigarré que l'on peut voir si on s'y arrête un tantinet soit peu.
Vous, qui voulez arpenter les presque 2900 kilomètres de ce grand fleuve, n'oubliez pas de mettre dans vos sacoches du Ruben.
Et les autres, comme moi, qui ne feront pas ce périple, n'hésitez pas à dévorer "sur les routes du Danube", car là vous allez goûter à ce "pays mouvant, sans racines, sans mémoire, sans identité, sans idéologie, un archipel inachevé..."
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Claire45
  10 avril 2019
Emmanuel Ruben, écrivain européen de langue française comme il se définit lui-même, remonte le Danube à vélo avec son ami Vlad, d'Odessa à la source du fleuve. On découvre avec eux les conditions météorologiques et les difficultés de la route mais surtout des paysages magnifiques. C'est l'occasion à chaque étape de comprendre le sens des noms de lieux, de visiter musées, sites et monuments historiques - souvenirs de l'empire romain aux guerres contemporaines - de goûter aux mets et boissons locaux, surtout de rencontrer les gens. Une vue de l'Europe actuelle loin du pays imaginaire , la Zyntarie, que l'auteur avait tracé enfant.
Lecture indispensable à la veille des élections européennes pour qui aime la littérature et les voyages.
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JoyeuxDrille
  19 avril 2019
Entre récit, carnet de voyage et autofiction, un périple le long du Danube, le plus majestueux fleuve d'Europe. D'Odessa jusqu'à la Forêt-Noire, on suit deux amis cyclistes aux personnalités très différentes qui traversent un continent en effervescence, en proie aux nationalismes et aux questions territoriales. Mais, c'est aussi un voyage éminemment enrichissant sur le plan culturel et historique.
Lien : https://appuyezsurlatouchele..
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critiques presse (2)
LeSoir   13 mai 2019
Un voyage à vélo de 48 jours et 4.000 kilomètres dont l’écrivain a tiré un livre aussi majestueux que le cours du fleuve bleu (ou pas) : Sur la route du Danube.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeDevoir   29 avril 2019
En plus de 600 pages au verbe généreux, en 10 pays, on y suit la remontée cycliste et littéraire d’un fleuve-frontière en même temps qu’une descente dans les entrailles de l’Europe.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
pchionpchion   20 juillet 2019
Et pourtant j'ose espérer qu'il y a, en Bulgarie comme ailleurs en Europe, des hommes et des femmes ordinaires capables de contredire par leurs gestes la brutalité de nos lois scélérates ; l'instrumentalisation de la prétendue crise migratoire ne prouve pas seulement la barbarie de la demi-civilisation occidentale, comme l'appelait Elisée Reclus, elle jette surtout l'opprobre sur nos politicards qui sont prêts à se saisir de n'importe quel sceptre pour se maintenir au pouvoir et agiter le spectre de leurs murs, de leurs barbelés, de leurs lois, autant de fétiches de l'Occident, ces terres du couchant qui s'enfoncent de nouveau au cœur des ténèbres.
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Charybde2Charybde2   03 mars 2019
Sur le marché de Sanzhiika, j’achète une pastèque que j’arrime au porte-bagages et perds Vlad de vue ; je le retrouve un quart d’heure plus tard, tombé sous le charme d’une jolie brune qui pétrit énergiquement une pâte feuilletée – ses seins se balancent sous son tablier – et fait frire des beignets tout en poursuivant une conversation téléphonique – l’appareil coincé entre l’oreille et l’épaule gauches – dans une langue énigmatique. Comme nous n’avons jamais entendu de tels accents, qui rappellent le turc ou le tatar par moments, avec quelque chose de plus chantant, de plus rieur, et parfois des sons gutturaux proches de l’hébreu, le tout entrecoupé de nombreux mots empruntés au russe, nous lui demandons d’où elle vient. Taline est arménienne. Nous lui disons que sa langue est belle ; elle nous retourne le compliment. Elle n’est pas la seule caucasienne du marché ; en face aussi, le vendeur de kebabs est arménien, dit-elle, et son voisin géorgien. Quelques centaines de mètres plus loin, parvenus au bord de la plage, nous constaterons que ce n’est pas seulement le Caucase ou le pourtour de la mer Noire qui s’est donné rendez-vous ici, dans cette petite bourgade balnéaire : guinguettes ouzbeks où l’on sert du plov à toute heure, cuisine du Caucase, grillades azéries, mets tatars, alphabet géorgien ou arménien sur les enseignes, premières plaques minéralogiques moldaves… Et nous croiserons même, un peu plus loin, des motards lettons : dire qu’ils avaient parcouru près de deux mille bornes plein sud pour tremper leurs pieds dans une mer plus froide que la Baltique ! Trente ans après la chute du Mur, l’URSS n’est pas tout à fait morte et enterrée : elle survit dans les paysages urbains, dans les infrastructures balnéaires et dans les trajectoires – économiques ou touristiques – des uns et des autres.
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Charybde2Charybde2   03 mars 2019
Nous avons longtemps hésité, Vlad et moi, lorsque nous avons planifié notre itinéraire, ces derniers mois. Dans quel aéroport atterrir si l’on veut remonter le Danube jusqu’aux sources ? De quelle ville partir ? De Constanța, en Roumanie ? Ce serait l’option la plus facile, car l’Euro-Velo 6, cette piste cyclable de l’Atlantique à la mer Noire, qui n’existe que sur la toile et ne va guère plus loin, sur le terrain, que Budapest, s’achève en théorie dans le grand port roumain. Partir d’Istanbul ? Ce serait la version la plus folle, la plus osée… Mais Istanbul se situe loin du delta, loin du kilomètre zéro tandis qu’Odessa et Constanța sont les deux aéroports les plus proches de Sulina, où le Danube finit officiellement son marathon transeuropéen. En fait, oui, nous aurions dû partir d’Istanbul, pour prendre la même route que les guerriers ottomans, la même route que ces réfugiés syriens, kurdes, afghans, irakiens que nous avons la bêtise d’appeler des migrants. Mais Vlad est ukrainien, passionné d’histoire ancienne, et il m’a assez bassiné avec les Scythes, les Sarmates, les Coumans, les Huns, les Petchenègues, les Avars, pour ne pas choisir l’itinéraire des invasions barbares. Et puis, partir d’Odessa, c’était pour lui l’occasion de rendre une ultime visite à sa grand-mère octogénaire, la dernière survivante de la famille qui sût encore quelques mots de serbe : les ancêtres de Vlad étaient des émigrés serbes envoyés peupler la Nouvelle Russie à l’époque de Catherine II.
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Charybde2Charybde2   03 mars 2019
Ici, dans cette lumière aquatique, je ressens ce que j’appelle l’extase géographique qui est ma petite éternité matérielle, éphémère, mon épiphanie des jours ordinaires : oui, l’extase géographique, c’est le bonheur soudain de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores, de se sentir traversé par la lumière, d’échapper quelques instants à la dialectique infernale du dehors et du dedans. Pourquoi aimer autant les fleuves et les rivières, pourquoi les aimer davantage que la mer ? La mer, trop frontale, trop vaste, trop calme ou trop violente, nous renvoie toujours à la mort alors que la vue, même éphémère, même fugace, d’un fleuve aux flots conséquents nous apaise ou nous dynamise et redonne sens à nos efforts : comme lui, nous savons que nous sommes mortels, mais comme lui nous espérons nous élargir avec l’âge, chaque année nous gagnons en sérénité ; comme lui, nous nous souvenons de notre source sans nous languir pour autant de l’avoir désertée ; comme lui, chaque épreuve nous élargit ; ici le Danube est un vieillard las, divisé, amoindri, qui s’apprête à mourir mais sa vie était tellement nourrie qu’il y a encore du feu dans son souffle et de l’ardeur dans son regard ; il scintille de toutes les crêtes de ses vagues et il roule ses épaules nues de fleuve, indifférent aux frontières, indifférent à la steppe qui trace la limite extrême de son désir, heureux de savoir que là-bas, bientôt, toujours plus loin vers l’est, la mer saura mettre un terme à ses épreuves.
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Charybde2Charybde2   03 mars 2019
À l’aéroport d’Odessa, seul un militaire armé d’une dague et d’un revolver nous rappelle que nous avons atterri dans un pays en guerre. Je le toise de la tête aux pieds. C’est la deuxième fois que je reviens en Ukraine depuis l’Euromaïdan et chaque fois je me demande comment cette armée de soldats mal fagotés, équipés à la va-comme-je-te-pousse, pourra se défendre contre la Russie de Poutine, la troisième puissance militaire du monde. Tous les hommes croisés dans le hall de l’aéroport me demandent si j’ai besoin d’un taxi, alors je désigne la grande boîte en carton que je traîne derrière moi et je dis :
– Velosiped !
– Quoi, un Français venu jusqu’ici avec une bicyclette en pièces détachées ?
– Mais pour aller où ? Jusqu’à Vladivostok ou jusqu’à Sakhaline ?
– Jusqu’à Strasbourg, messieurs.
– Vous avez à peine foutu les pieds ici que vous rebroussez chemin ? Tous ces efforts pour rentrer au bercail ?
– Non, tous ces efforts pour remonter le Danube, messieurs.
– Vous allez rouler à contresens de Napoléon, d’Hitler et de l’expansion européenne, mon pauvre ami ! Et vous avez bien raison quand on pense comment toutes ces aventures ont terminé : la bérézina vous pend au nez !
Oui, c’est pour traverser l’Europe à rebrousse-poil que nous avons débarqué dans cet ancien port russe puis soviétique, aux avenues tracées au cordeau par un Français, et qui n’a d’ukrainien que la langue écrite, celle qui se lit partout mais ne s’entend nulle part, tout le monde parlant, bien sûr, le russe. Oui, nous sommes venus remonter les flots danubiens, tels des Argonautes des temps modernes, des bouches de la mer Noire aux sources de la Forêt-Noire. Pour pédaler à contre-courant des vents dominants et de la plupart de nos congénères. Avec pour horizon un rêve d’enfance enfoui parmi les neiges et les épicéas du Wurtemberg. Mais pour l’instant : chut ! pas question de dévoiler ce qui nous attire là-bas car dans un roman d’arpentage, où l’on devine déjà le début et la fin de l’histoire, il faut bien ménager un peu de suspens.
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Videos de Emmanuel Ruben (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emmanuel Ruben
À l'occasion du festival international 2019 du livre et du film "Etonnants Voyageurs" de Saint-Malo, rencontre avec Emmanuel Ruben autour de son ouvrage "Sur la route du Danube" aux éditions Rivages.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2288196/emmanuel-ruben-sur-la-route-du-danube
Notes de Musique : Youtube Audio Library.
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