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EAN : 9782226190901
112 pages
Albin Michel (01/04/2009)
  Existe en édition audio
3.51/5   1496 notes
Résumé :
Sauvage, révolté, Jun promène ses quinze ans dans les rues de Tokyo, loin d'une famille dont il refuse de parler.
Sa rencontre avec un maître du sumo, qui décèle un
« gros » en lui malgré son physique efflanqué, l'entraîne dans la pratique du plus mystérieux des arts martiaux. Avec lui, Jun découvre le monde insoupçonné de la force, de l'intelligence et de l'acceptation de soi.
Mais comment atteindre le zen lorsqu'on n'est que douleur et violen... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (192) Voir plus Ajouter une critique
3,51

sur 1496 notes

Eric76
  26 juin 2017
C'est mal parti pour Jun ! Il commence son existence dans un coin perdu de l'immense Tokyo avec des parents inaptes. le père toujours absent finira vite par tirer sa révérence de manière spectaculaire. Quant à sa maman, les gens la surnomment « l'ange ». C'est qu'elle est pétrie de bonté et de gentillesse, cette maman au sourire éternelle ! Mais elle préfère les dispenser sans retenue à tous les autres, plutôt qu'à son propre fils, ce petit maigrichon taciturne. Mortifié, notre jeune amputé de l'amour préfère s'en aller clochardiser dans les rues interminables de Tokyo, vivoter en vendant à la sauvette des colifichets de mauvais goût.
Des autres et de lui-même, surtout de lui-même, il a une haine viscérale.
Puis il y a ce vieil homme à l'allure bizarre qui le pointe du doigt, et lui dit : « je vois un gros en toi » ! Vous en conviendrez : une phrase énigmatique pour un maigrelet du genre de Jun ! Mais le vieil homme sait que Jun le famélique a toutes les qualités requises pour devenir un sumo. Toujours aussi persifleur, rageur, sauvage, mais intrigué par-dessus tout, il consentira à accompagner le vieil homme.
C'est l'histoire de la renaissance d'un jeune homme qui avait perdu toute espérance et toute foi en l'avenir ; d'une sorte de « perroquet enfermé dans sa cage à préjugés », qui apprend à se connaître, à construire à partir de lui et lui seul ; qui se transcende pour essayer de devenir un de ces combattants du ring qui « lâche sa foudre sur ses adversaires » ; qui à l'issue de son apprentissage fait enfin la paix avec lui-même et les autres.
Un joli conte, comme tous ceux du cycle de l'invisible… Car ils sont Invisibles, fugaces, ces moments de grâce qui changent la vie des hommes quand ils parviennent à les attraper, qui leur permettent de ne plus errer ou tourner en rond.
Après avoir fermé ce livre, je me suis senti plus léger, plus serein, et j'avais le sourire aux lèvres… C'est déjà beaucoup, je trouve !
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le_Bison
  10 novembre 2016
Quatre du matin, c'est l'heure où je découvre ce livre, sortant nu de sous la couette (précision pour mon fanclub féminin qui aime les grosses bêtes à poil). Je me regarde, beurk, et je vois le gros qui sommeille en moi. Pas sûr que « sommeille » soit le verbe exact puisque je suis réveillé, allongé sur mon canapé aux couleurs automnales, ton « taupe ». Je me taperai bien une bière, à défaut d'autres plaisirs, peut-être que ça fait grossir la bière, mais si peu. Bref, je ne vais pas m'allonger plus longtemps sur le divan, puisque c'est un canapé, et que je tourne les pages de ce roman guère plus léger qu'un sumo qui ne pouvait pas grossir. Je découvre pour la première fois Eric-Emmanuel Schmitt, il faut bien une première fois, tu te souviens de ta première fois… N'hésites pas à venir t'allonger sur le divan pour me parler de ta première fois, je suis tout ouïe, j'écoute, je parle pas, mais j'écoute.
Voilà donc un vieux qui, sourire aux lèvres, jambes flageolantes, odeur de naphtaline, dis au petit Jun « Je vois un gros en toi ». Putain, mais Jun, c'est moi ! Parce que c'est vrai que je suis gros. Surtout devant le miroir, ô mon beau miroir, si bien que j'enlève mes lunettes pour ne pas voir ce que je vois. Jun, un être presque asocial qui a du mal à se sentir à l'aise dans la collectivité. Putain, mais Jun, c'est moi ! Jun, un ado qui erre dans les rues de Tokyo, à vendre des revues pornos ou des canards en plastique pour le bain qui a beaucoup émoustillé la blonde amarrée aux mots, à en faire frétiller, nul doute, son majeur tout en élevant sa spiritualité bouddhique devant l'autel de ses seins, saints coin-coin. Jun, un type qui méprise sa putain de vie, autant que ma putain de vie.
D'ailleurs, les sumotoris me fascinent, ce mélange de graisse et de force physique, ce sex-appeal qui fait tourner les têtes des jeunes et émoustillantes japonaises, le kimono à demi-ouvert. Rien que pour ça, je me serais bien vu en sumotori. le sumo, entre sport et spiritualité, des traditions ancestrales dans un monde connecté si moderne, des règles simples mais un tel respect, du lieu, des autres, des Dieux. Mais le sumo n'est qu'une excuse pour parler confiance en soi, pour évoquer la voie à prendre dans sa vie, les chemins de traverse au détour d'une putain de vie. Un peu de bouddhisme, un peu de zen, une bière, une belle nuit de lecture.
Cinq heures du mat, Paris s'éveille, les poubelles s'amoncellent, le dernier métro de Tokyo a vu ses passants éméchés s'engouffrer pendant que la ligne 13 prend du service. Dans quelques minutes, je plongerais à nouveau dans le sous-sol métropolitain, il me reste une heure de sommeil, mon premier roman d'EES achevé. Une fois démarré, je n'ai pu le lâcher. Mine de rien, un inconnu que tu croises dans la rue et qui te traite de gros, ça fait réfléchir à ta putain de vie. Et si je sortais maintenant, profiter de cet instant de répit où je me retrouve seul, avec la lune, avec le silence. Et si je me taisais…
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jeunejane
  21 octobre 2022
Jun vit dans la banlieue de Tokyo, seul au monde, croit-on. Il vend des babioles sur le trottoir et croise à peu près chaque jour un homme qui lui déclare à chaque fois " Je vois un gros en toi".
Cet homme, Shomintsu, a une école de Sumos et va prendre Jun sous sa protection. Jun n'est pas insensible aux combats de Sumos, il les observe, admire le champion.
Le maître le forme mais Jun ne grossit pas. S'ensuit alors une formation à l'acceptation de sa personne, à l'initiation au boudhisme zen , le shinto au Japon.
On se rend compte en lisant qu'un Sumo, ce n'est pas seulement un lutteur mais aussi un homme qui a une force mentale en lui.
Un petit livre de 100 pages d'un accès facile.
On peut le lire simplement comme une histoire ou comme une rencontre avec une philosophie.
Un livre qui donne envie d'aller se documenter sur les Sumos et l'origine de ce sport de lutte, culte du Shinto qui a ses origines au Japon.
Il me reste un livre à découvrir dans le cycle de l'invisible : Madame Pylinska et le Secret de Chopin.
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ordinary_reader
  29 novembre 2016
Un petit livre-transition parfaitement bienvenu entre deux révisions... Bon déjà, ça ne mange pas de pain, et c'est facile à lire.
Un roman initiatique gentiment sympathique, mais j'ai davantage apprécié la seconde partie de l'intrigue que la première.
Un adolescent vivant dans la rue va, à la faveur d'une rencontre, apprendre à s'accepter et renaître à lui-même. Mais on ne devient pas un sumo du jour au lendemain, surtout dans le cas de Jun !...
Un récit qui parle de remise en question, de dépassement de soi, de quête d'identité, de cheminement spirituel, mais aussi d'abandon, de courage, de confiance, de consolation et d'amour.
(dès 13-14 ans)
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joedi
  02 octobre 2017
Jun a quinze ans, il vit dans la rue loin d'une famille dont il refuse de parler. Sur les trottoirs de Tokyo, il vend des sextoys or, un vieil homme chaque jour s'arrête et lui dit «Je vois un gros en toi». Jun se moque car il est maigre, il traite le vieux de tortue. Mais le vieux sait ce qu'il fait, il entraîne des sumos et veux sortir Jun de la rue ...
Belle écriture d' Eric-Emmanuel Schmitt.
Challenge Petits plaisirs 2017 – 102 pages
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Citations et extraits (196) Voir plus Ajouter une citation
Eric76
Eric76  
Car il faut vous préciser qu'à l'époque, je souffrais d'allergie. J'étais devenu intolérant à la terre entière. Y compris à moi. Un sujet captivant pour la médecine si elle s'était penchée sur mon cas : je faisais de l'allergie universelle. Rien ne m'attirait, tout me répugnait, vivre me provoquait des démangeaisons, respirer mettait mes nerfs en pelote, regarder alentour me poussait à m'éclater la cervelle contre les murs, observer les humains me filait la nausée, subir leur conversation couvrait ma peau d'eczéma, approcher leur laideur me secouait de frissons, les fréquenter m'ôtait le souffle ; quant à les toucher, à cette seule idée, je pouvais m'évanouir.
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le_Bison
le_Bison  
Si j’avais une certitude, c’était que je n’irais jamais voir un match de sumo, le sommet de ce que je haïssais au Japon, le pic du ringard, le Fuji-Yama de l’horreur.
- Des tas de lard de deux cents kilos en chignon, quasi nus, un string de soie dans le cul, qui s’agitent sur une piste en cercle, merci ! Suffit pas de me glisser une invitation, faudrait me payer pour que j’aille voir des sacs de graisse se foutre sur la gueule.
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le_Bison
le_Bison  
Tokyo, quatre heures du matin… Peut-être le seul moment où la vie humaine s’offrait un répit, où la ville de goudron, de pierre, de béton dont les échangeurs routiers s’étageaient et s’enroulaient telles des lianes, redevenaient une forêt où les animaux allaient boire, se nourrir. Rats et corbeaux fonçaient sur les détritus, les rats lâchant les entrailles de la terre, caves, tuyaux, parkings, gaines, pour s’aventurer dans les rues désertes, les corbeaux abandonnant leurs perchoirs, tours, antennes, piliers électriques, pour déchiqueter de leur bec puissant les corps organiques en décomposition.
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rosytta
rosytta  
- Le gros en moi, ça y est je le vois : le gros, ce n'est pas le vainqueur des autres, mais le moi qui marche devant moi, qui me guide, m'inspire. ça y est, je vois le gros en moi. Maintenant, je vais maigrir et entreprendre des études pour devenir médecin.
Son visage se tendit de plaisir.
- Merci, maître, de m'avoir remis sur le chemin, de m'avoir montré que j'étais capable d'y marcher.
- Tu as raison, Jun. Le but, ce n'est pas le bout du chemin, c'est le cheminement.
- Voilà. Je ne veux pas triompher, je veux vivre.
- Bien vu. La vie n'est ni un jeu ni un match, sinon il y aurait des gagnants.
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joedi
joedi  
Au fur et à mesure que chaque lutteur tentait d'éjecter son adversaire du cercle de jeu, je luttais, moi, contre mes préjugés, puis les éjectais un par un. Non, je ne pouvais pas mépriser des individus qui dévouent leur vie au combat, qui sculptent leur corps, qui prouvent autant d'ingéniosité que de force ; car la masse n'induisait pas la suprématie ; parfois la technique, l'agilité, l'astuce octroyaient la victoire au plus léger.
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