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Les Cités obscures tome 5 sur 12
EAN : 9782203012899
125 pages
Casterman (30/11/-1)
4.04/5   161 notes
Résumé :
Constant Abeels est fleuriste, savoir transmis depuis des générations dans la famille. Pourtant celui ci décide de se tourner vers le progrès et après avoir rénové sa boutique, il va mettre en vente des fleurs en plastique.

Le professeur Dersenval, "l'homme de la dersenvalisation", éminent scientifique qui soigne ses patients à cure d'électricité.
Celui ci est épaté par les fleurs en plastique et le progrès quelle signifie. Il explique ses proj... >Voir plus
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Dans le cadre des rééditions entamées en 2007, ce tome est le sixième dans le cycle des cités obscures, après La route d'Armilia, et autres légendes du monde obscur. Cette histoire est initialement parue en 1992, écrite par Benoît Peeters et illustrée par François Schuiten. Il s'agit d'une bande dessinée en couleurs. L'édition de 2008 bénéficie d'une préface de 14 pages, textes de Peeters, dessins de Schuiten.

Dans cette introduction, Benoît Peeters développe sa vision des différentes phases de modernisation de Bruxelles, en consacrant 2 pages au voûtement de la Senne, puis 2 au palais de Justice, puis 2 à la Jonction (entre 2 gares, celle du Nord et celle du Midi), puis 2 à la Maison du Peuple, puis 1 à la place des Martyrs, 1 aux façades, et enfin 1 en guise de conclusion. Il rend ainsi explicite la source d'inspiration principale pour "Brüsel" : le phénomène de bruxellisation, c'est-à-dire les bouleversements urbanistiques d'une ville livrée aux promoteurs au détriment du cadre de vie de ses habitants, sous couvert d'une "modernisation" nécessaire (source wikipédia).

-
- "Brüsel" (105 pages) - Constant Abeels (fleuriste de son état) habite Brüsels. Il est en train de transformer son échoppe. Il doit rouvrir le lendemain et il vendra dorénavant des fleurs en plastique, matière d'avenir qui ne nécessite pas d'entretien, qui ne fane pas et qui ne se désagrège pas. Il est interrompu dans son rangement par le professeur Ernest Dersenval, célèbre inventeur de l'éclateur tournant et du circuit oscillant. Sa boutique se trouve au beau milieu d'une zone qui doit faire l'objet d'une requalification urbaine intense : tout le quartier doit être rasé pour faire place à des projets immobiliers ambitieux. Sa locataire vient l'avertir que l'eau a été coupée. Ne pouvant régler le problème par téléphone, Abeels décide de se rendre au Palais des trois Pouvoirs pour régler le problème avec l'administration. Il tombe sur une fonctionnaire aguichante qui sabote le service où elle travaille : mademoiselle Tina Tonero. Pour couronner le tout, Abeels souffre d'une vilaine toux dont les quintes le font cracher du sang. Il va falloir qu'il consulte un médecin.

La découverte de cette histoire plonge le lecteur dans une sensation de déprime inexorable. Comme le personnage principal de After Hours de Martin Scorcese (1985), Abeels voit sa vie devenir le jouet de forces extérieures incontrôlables, imprévisibles, arbitraires, le ballotant d'une mésaventure à l'autre, sans espoir d'un retour à la normalité. Cette lecture peut vite s'avérer anxiogène du fait de l'impossibilité pour le personnage principal de retrouver un semblant d'emprise sur son quotidien. Les dessins toujours très précis et très méticuleux de Schuiten apportent une consistance telle à l'environnement d'Abeels que le lecteur constate à chaque page la preuve matérielle de ses déboires, sans échappatoire.

Le choix de composition de l'ouvrage est assez audacieux. En plaçant le dossier sur la bruxellisation en introduction, Peeters et Schuiten expliquent leur tour de magie narrative, avant de le réaliser. Ils montrent au lecteur leurs sources d'inspiration, les faits qu'ils ont intégrés à leur récit. du coup, la lecture de certains passages semble presque redondante, le lecteur connaissant à l'avance certains événements ou certaines répliques. Quand Freddy de Vrouw s'offusque qu'on ait confié la construction du Plais des trois Pouvoirs à un architecte n'ayant construit qu'une colonne et une demi église (Joseph Poelaert, 1817-1879), la surprise est éventée puisque cette information figure déjà dans l'introduction. Il se produit donc un étrange phénomène, le lecteur connaissant déjà l'anecdote réelle, mais pouvant aussi mieux apprécier la résonnance induite par l'histoire réelle, dans le récit "Brüsel". En particulier, ce n'est qu'avec la connaissance des méthodes de travail de Poelaert que le lecteur saisit l'humour de la répartie de Tina, relative aux plans du palais. Les lecteurs les plus motivés pourront d'ailleurs compléter leur culture sur le phénomène de bruxellisation en regardant le dossier B - Bruxelles : révélations secrètes (1995, un film de Wilbur Leguebe, Peeters et Schuiten).

Sur le plan de l'urbanisme, ce tome est donc dédié à Bruxelles, et Schuiten (né dans cette ville) la dessine avec un respect et une précision exceptionnels. le lecteur reconnaît les façades de la ville, les styles architecturaux, les modes de décoration intérieure, etc. Peeters augmente le niveau de couleur locale en intégrant le juron "Potferdom" (variation typiquement bruxelloise de "nom de dieu"). Schuiten dessine aussi bien l'échoppe un peu vieillotte d'Abeels (années 1930 ou 1940), que les projets architecturaux pharaoniques de de Vrouw, gratte-ciels futuristes à l'apparence rétro assumée, avec science-fiction des années 1950 (les voiries passant au travers des immeubles au vingtième ou trentième étage).

C'est toujours une expérience sensorielle inégalable que de laisser son regard se promener dans les cases de François Schuiten, pour visiter des endroits à la présence physique incomparable, qu'il s'agisse du vieux quartier où se trouve le magasin d'Abeels, ou du quartier neuf où se dressent déjà des tours hostiles. Les intérieurs sont tout aussi aboutis dans leur représentation, que ce soit les bureaux où travaille Tina Tonero (et cet ordinateur préhistorique, qualifié de cerveau automatique) ou les couloirs stériles de cet hôpital en cours d'achèvement. Schuiten a l'art et la manière pour doser les éléments réalistes et les éléments fantasmagoriques, atteignant un équilibre parfait. Il peut tout aussi bien s'agir d'une scène d'extérieur, quand par exemple Abeels s'élève dans les airs à bord d'une nacelle (pour rejoindre la cabine d'un dirigeable), avec une vue plongeante sur sa pauvre maison perdue au milieu d'un chantier, que d'une scène d'intérieur (la montagne d'archives au Palais, ou les piles de linge dans l'hôpital). À chaque fois, le lecteur est à la frontière entre le rêve et le réel, entre une réalité affligeante et un merveilleux enchanteur. Comment ne pas succomber à la poésie de Tina et Constant jouant avec les aiguillages ferroviaires, comme des enfants jouant au train électrique ?

Au fil des pages, il devient également apparent que Schuiten a choisi de rendre hommage à Edgar P. Jacobs, en particulier dans la manière dont il figure la désorientation des personnages, par de petites arabesques au dessus de leur tête. de son côté, Peeters continue de rendre hommage à Franz Kafka (en particulier à l'individu étant le jouet de l'arbitraire d'une société aux règles absconses comme dans le Château). La mise en scène des médecins comme autant de charlatans, tous experts, mais incapables de s'entendre, encore moins de guérir un patient évoque Molière et le malade imaginaire.

Au fur et à mesure de l'avancée du récit, le lecteur ressent pleinement le désarroi, l'impuissance et la perte de maîtrise de Constant Abeels, incapable de retrouver un îlot de normalité, de redevenir constructif et productif, balloté d'une situation ubuesque à une autre. le lecteur ressent l'impotence d'Abeels dans tout ce qu'elle a d'incapacitant. Alors qu'il se voulait un moteur du progrès avec la vente de fleurs en plastique dans son magasin, il se retrouve une victime de ce même progrès qui nécessite la destruction de sa maison et de son magasin. Alors qu'il s'en remet aux mains des médecins, il devient une victime d'une politique hygiéniste hors de tout contrôle. Cette volonté d'assainissement et de salubrité de l'habitation, de promotion d'une architecture scientifique en s'inspirant du modèle hospitalier et des sanatoriums se manifeste sous une forme destructrice et néfaste. le mouvement de résistance auquel il participe brièvement est dérisoire. L'hôpital ultra moderne dans lequel il est admis se révèle être une coquille vide, une construction démesurée dont l'ampleur dépasse ses concepteurs, inaboutie au point de ne jamais devenir fonctionnelle (rappelant en cela l'un des thèmes de "La tour").

Avec une habilité consommée, Peeters sait opposer l'intelligible (les progrès de la science) au sensible (le vécu néfaste d'Abeels), la réalité aux apparences, faisant naître de ces décalages un malaise qui va croissant. Alors qu'au début le lecteur a l'impression de ne suivre que les mésaventures déprimantes d'un pauvre individu de bonne composition, il prend peu à peu conscience que l'urbanisme de Brüsel formate la vie de Constant Abeels, comme celui de Samaris conditionnait celle de Franz Bauer, ou celui d'Urbicande conditionnait celle d'Eugen Robick. Prendre conscience de cet aspect de la narration permet au lecteur de prendre un peu de recul et de détecter les piques d'humour ironique. Par exemple, l'image de couverture correspond à une scène dans laquelle les promoteurs se promènent dans une maquette géante de la Brüsel future. Ils se croient maîtres de l'urbanisme et des destinées des habitants en déplaçant des immeubles, alors que cet urbanisme façonne leur vie à leur insu.

Les dessins exquis de François Schuiten plongent le lecteur dans une ville livrée aux promoteurs pour un récit anxiogène où le personnage principal ne fait que subir avanie après avanie. La force de la narration est telle que le lecteur lui aussi subit de plein fouet cette sensation de perte de contrôle, devenant à son tour victime d'un récit désespéré. Il faut un peu de recul pour apprécier à sa juste valeur, ce nouveau tour de force narratif de Schuiten et Peeters dans lequel l'évolution de la vie de Constant Abeels est l'expression de l'évolution de la ville sur le plan urbanistique.
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François Schuiten et Benoit Peeters abordent dans ce tome 5 des "Cités Obscures", les progrès et leurs excès.
Tout débute avec un fleuriste qui va proposer bientôt à sa clientèle, des fleurs en plastique. Lui même croit fortement dans cette matière. Plus besoin d'arroser ou de soin pour les plantes. Il est pour le progrès et voit dans ce dernier, l'évolution incontournable de toute chose et de l'espèce humaine.
Dans le même temps, le maire de la ville de Brüsel veut transformer sa cité pour rivaliser avec celle de Pâhry. Il a des idées grandioses, mais pour cela, sa ville doit être radicalement bouleversé dans sa physionomie. du passé table rase, place à l'innovation.
Mais cette joie et l'envoler lyrique de ces changements vont se transformer en cauchemar pour la municipalité : les malversations, les coûts exhorbitants... font la part belle à l'inquiétude et au désastre.

L'album fait référence à la ville de Bruxelles et de ces nombreuses transformations depuis son passage en capitale vers 1830. En un peu plus d'un siècle, la ville subit des changements urbains importants, dû à l'augmentation de sa population et des évolutions technologiques (trains, moyens de locomotion urbains, ...) et économique.

Ce livre présente une belle leçon de notre monde moderne, de ces avantages, de ces inconvénients.
François Schuiten nous ravit avec ses dessins modernes et d'une imagination sensée.
A cela, le scénario ajoute une belle histoire d'amour entre notre fleuriste et une femme, un peu anarchiste envers le progrès. Un vrai pied de nez.
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Quel plus triste épithète pourrait-on accorder à Brüsel que cet "obscur" qui qualifie les cités qu'explorent, album après album, François Schuiten et Benoît Peeters, et leurs lecteurs avec eux ? En réalité, ou en tout selon la vision qu'en ont les membres de son conseil échevinal, Brüsel est une cité radieuse, une ode architecturale au progrès, un condensé urbanistique de technologie et d'hygiénisme. Menée tambour battant par M. de Vrouw, un homme d'affaire qui clame trop son honnêteté pour qu'on y croit vraiment, la modernisation de Brüsel est un chantier colossal. Autour d'un hôpital gigantesque se dresseront tours modernes et axes de circulation en tous sens, et toutes altitudes. Là s'épanouiront les populations, attirées par la modernité ... à moins que tout cela ne soit qu'un rêve. Car si les grues, bulldozers et autres machines de construction se mettent rapidement à l'ouvrage, quelques menus grains de sable vont enrayer la machine. A la suite de Constant Abeels, fleuriste auquel le progrès intime de s'intéresser aux fleurs en plastique, le lecteur découvre le revers de cette modernité si ardemment désirée. La ville moderne déshumanise ceux qui la construisent et ceux qui y vivent, et ce qui semble un projet démesuré est en réalité, et plus simplement, totalement fou. Alors, l'homme croyant pouvoir dépasser sa propre condition, court à sa perte, accélérée par Dame Nature, tandis que l'amour, lui, jaillit miraculeusement dans ces méandres de béton.

C'est un dégât des eaux qui amène Constant Abeels à se présenter aux locaux de l'administration municipale de Brüsel. En chemin, une violente averse le détrempe. Pris d'un coup de froid, Constant est aussi dérouté par l'information qu'on lui donne : son dossier récemment numérisé a été perdu dans les limbes de l'informatique. Désespéré, car sa boutique nouvellement aménagée devait rouvrir sous peu, Constant succombe au mal en lui. Premier - et longtemps unique - patient du nouvel hôpital, le pauvre homme est en butte avec un système tout entier, dans lequel ni son corps, ni son activité professionnelle ne sont considérés. C'est grâce à Tina, une jeune femme rencontrée au guichet administratif, qu'il parvient à s'en sortir, extrait littéralement de la ville immonde qui croule sous son propre poids. Et ainsi clôt-on une histoire marquée par les eaux, symboles de vie et de force, et convoquées là comme châtiment quasi biblique, à ceci près que les eaux ne sont pas divines car tombées du ciel, mais chthoniennes car venant des profondeurs souterraines. L'eau emporte ainsi les rêves de progrès, ne se laissant, dans cette histoire, point dompter, comme le fut la rivière Senne dans la Bruxelles réelle.

Cependant, de la tuile inaugurale au déluge final, l'exploration du double tentaculaire de la capitale belge permet d'interroger la notion de progrès, matérialisé ici par le gigantisme des constructions et caractérisé par le détachement désormais total entre l'Homme et la nature. Les fleurs en plastique de Constant Abeels en sont la preuve la plus accablante. L'homme veut vivre en hauteur, se déplacer aux mêmes altitudes que les oiseaux, soigner le corps sans le connaître, croire qu'il est sain de ne plus côtoyer animaux, ni rien qui, par sa présence, pourrait rendre l'homme malade. En réalité, et la condition de Constant Abeels le montre bien, c'est ce détachement forcené de l'homme qui le rend malade physiquement, et fou psychologiquement, à l'exemple du professeur Dersenval, avalé, lui et sa science, par la monstruosité de son projet. Partant, ce progrès malgré l'Homme est doublement contre-nature : contre celle du progrès, et contre la nature entendue comme environnement originel de l'Homme. Ce progrès-là, que la ville moderne et infiniment verticale matérialise, nie son essence en oubliant l'homme. Produit du culte que lui vouent les scientifiques (le progrès pour lui-même) et de l'opportunité tant politique (pour les échevins) que financière (pour M. de Vrouw) qu'il représente, le progrès ainsi fait ville n'est pas qu'une abstraction, mais sert aussi des intérêts bien humains, cependant que son application laisse sur le carreau tant de pauvres hères.

Ce récit si critique d'une urbanisation réalisée à marche forcée trouve évidemment sa source dans l'histoire même de Bruxelles. Qu'on songe seulement à l'enfouissement de la Senne ou aux constructions d'après-guerre qui provoquèrent des déplacements d'habitants, ou encore, plus simplement, à l'apparition du néologisme "bruxellisation" qui désigne la destruction d'un patrimoine populaire pour laisser place à des constructions de promoteurs immobiliers. Dans Brüsel, le promoteur de Vrouw étend rapidement son entreprise de destruction ; la population, elle, est largement invisibilisée dans le récit, est n'est que partie négligeable des discussions qui ont lieu entre de Vrouw et les échevins. Certains, c'est vrai, s'émeuvent du sort de certains bâtiments, ou de certains quartiers, mais il suffit d'une phrase au ton péremptoire pour les réduire au silence. Ce gigantisme urbanistique, réalisé au nom du profit financier, du progrès pour les habitants ou du gain d'image auprès des autres cités obscures, ne rencontre sur sa route qu'une résistance minime, personnifiée par Tina, elle-même membre d'une organisation qui souhaite saboter ce délire architectural. Pourtant, c'est bien cette infime résistance, ce bon sens citoyen qui, couplé à la rébellion de la nature, prendra le meilleur sur les forces obscures, qu'elles soient politiques ou financières. Porté, ou plutôt poussé par la Nature, l'Homme redevient alors le maître de son destin. Science sans conscience n'est que ruine de l'âme, disait le Gargantua rabelaisien. A l'âme, Schuiten et Peeters ajoutent la cité, miroir bâti de la pensée de l'Homme.
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Pour connaître Bruxelles, il faut lire et regarder Brüsel [Casterman]. Et ainsi mieux connaître et comprendre Schuiten et Peeters, dont les Cités obscures présentent souvent une architecture et un urbanisme, poussées jusqu‘au décor fantastique.

La préface fournit les données objectives : le « voûtement de la Senne », opération monstrueuse pour cacher l'insalubre, au nom du Progrès et de l'Hygiène Publique. Les Gares et leurs réseaux qui traversent et transpercent la Cité. La¨Maison du Peuple qui n'a rien à envier aux bâtiments de l'Est, etc..

Travaux pharaoniques, inutiles, hypocrites et dispendieux, minés par la corruption et les scandales. C'est la face souterraine (au même titre que les réseaux souterrains, ferrés et autres, dans la ville) de la dimension mégalomaniaque d'une ville type Léopold II, hantée par un Congo plus grand qu'elle veut dévorer. Urbanisme délirant et expansionnisme forcené vont de pair.

Le point de départ de cet album vertigineux : un modeste inventeur de fleurs artificielles, animé à son échelle d'un plan déraisonnable, remplacer le végétal par du plastique. Il rencontre plus ou moins par hasard, d'autres inventeurs délirants qui, veulent créer une Cité gigantesque, à la mesure de leurs délires.

Tout dans cet album repose sur le thème du modernisme et de l'urbanisation galopante : expulsion des habitants, destruction des habitats traditionnels, pour le bénéfice des promoteurs et des politiciens qui leur servent les plats. Contre eux des groupes occultes se révoltent et pratiquent agitation et sabotage.

Les vues aériennes sont symptomatiques des ambitions et des appétits démesurés, et sur le terrain, les discours officiels, au nom du progrès et du bien-être de la population, développent de risibles langues de bois auxquelles nos oreilles sont trop souvent habituées et résignées. Pourtant les dérèglements quotidiens nombreux, soulignés dans l'album, mettent les habitants dans des situations cocasses à forte coloration comique et satirique.

En fait, sans réhabiliter le passé, les auteurs Schuiten et Peeters contestent le présent, et l'illustrent par les divers registres de la maladie : toux constante du « fleuriste », sans doute atteint de tuberculose, mais aussi des ambitions médicales affichées, avec des hôpitaux dispendieux et inefficaces sans souci du patient et de sa santé. le corps social est gangrené par un modernisme à tout crin, et les dirigeants - financiers et Cie, en proie à des maladie mentales liées à la démesure de projets de longue durée et qui n'aboutissent pas.

Au final, un album très intéressant qui ajoute au plaisir de lire et d'apprécier les vignettes, une réflexion pertinente sur les lieux, leur évolution, et leur traitement architectural et urbain.
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Suite de mon exploration des cités obscures. C'est à Brüsel que ma lecture m'entraîne. Toutes le villes sont des rêves. En refermant les portes de cette cité je me suis souvenue des villes invisibles d'Italo Calvino. Et j'ai relu à cette occasion mon commentaire de lecture. Comment n'ai je pas fait ce montage plus tôt? Oui j'ai l'univers de Schuiten et Peeters parce que cet espace ne m'est pas inconnu. J'aime Perec et Cavilno, j'aime les miroitiers du temps. Jeu de mots, d'espaces, de passages. Brüsel c'est autre elle même, cette drôle d'échappée belle.
Une architecture d'un devenir. Un possible. Un ailleurs. Un conditionnel opérant.
Folle envie de poursuivre mon exploration.

Astrid Shriqui Garain
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Regardez ces feuilles, hier bien vivantes, aujourd'hui à l'agonie et qui demain ne formeront plus qu'un épais tapis boueux... Un jour, grâce à vous, c'en sera fini de ce spectacle désolant. Nos campagnes seront vertes douze mois sur douze!
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"Similia similibus" comme le disait Hippocrate. Je recommanderais pour ma part une ingestion de broyat de poumon de renard.
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Le plastique c'est fantastique
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