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EAN : 9782290343142
93 pages
Librio (01/06/2004)
3.68/5   4428 notes
Résumé :
Le Malade Imaginaire, Argan, est un notable. Il mène ses affaires avec succès, tient table ouverte, a des domestiques, un train de maison et des moyens.

Au début de la pièce, Argan est furieux de constater qu’il dépense de très grosses sommes pour satisfaire son vice. Névrotiquement hypocondriaque, il ne peut résister au désir éperdu de consulter des médecins, de posséder les médicaments pour maladies supposées possibles ou existantes ou en lui.
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Critiques, Analyses et Avis (145) Voir plus Ajouter une critique
3,68

sur 4428 notes
Quel bonheur de relire une pièce de Molière qui, contrairement à certaines, est et demeure rafraichissante, drôle et caustique. (Dernièrement, j'ai relu plusieurs pièces de Momo, pas toutes avec le même bonheur, certaines sentent, à mon goût, beaucoup trop la naphtaline et ne jouissent que d'une réputation traditionnelle à défaut d'intérêt réellement contemporain.)

Ici, notre héros, Argan, homme d'âge mûr hypocondriaque, naïf et crédule (à la façon d'un Monsieur Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme), se fait prescrire à longueur de journées des remèdes bidon par son médecin Purgon, dont il prend tout de même au préalable le soin de négocier le prix en bon gros marchand de tapis qu'il est.

Sa fille, belle — évidemment — et amoureuse d'un bellâtre par dessus le marché, reçoit la demande en mariage d'un jeune médecin, Thomas Diafoirus, lui-même fils de médecin, parti qui ne peut que séduire son grand malade de père. Vous vous doutez bien que le jeune toubib est un indéfinissable crétin demeuré au dernier degré, d'où quelques tirades absolument tordantes.
Et, bien évidemment, Molière ne serait pas tout à fait satisfait s'il n'adjoignait pas à sa décoction théâtrale une petite belle-mère intéressée pour pimenter le tout.

Je laisse aux chanceux qui découvrent la pièce pour la première fois, le bonheur et la saveur des répliques et de la chute. Sachez encore simplement que cette pièce est l'occasion pour son auteur de tirer à boulets rouges sur la médecine d'alors qui, sous des atours de respectabilité et de science, était selon lui un réel charlatanisme.

Quand, quelques siècles plus tard, on voit encore la façon de procéder de certains médecins (homéopathie comme gage de sérieux, anti-inflammatoires à gogo quand une seule séance de kinésithérapie suffirait, etc., etc., etc.), pour ce qui est du médical, (et je préfère ne pas évoquer la question du coût ni celle de la pharmacie de peur de paraître en vouloir à ses beaux messieurs et belles dames de la Médecine), on se dit que la requête du bonhomme Molière ne devait pas être tout à fait injustifiée, surtout à l'époque où le niveau de formation et de savoir des médecins était encore à un stade embryonnaire.

En tout cas, cette pièce reste pour moi l'un des " must " de Molière (Voyez comme je la maltraite la langue de Molière !) mais ce n'est là que mon avis, probablement un peu malade lui aussi, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Une comédie plutôt féroce comme Molière savait si bien les écrire. Il se moque sans vergogne des médecins de son époque... Une comédie savoureuse, une de mes pièces préférées du grand auteur.
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J'avais déjà lu cette pièce il y a fort longtemps et quel plaisir j'ai eu à la redécouvrir ici, tombant par hasard sur ce dernier en faisant un peu de rangement dans "Mes" bibliothèques. Ici, vous l'aurez compris, Molière se moque effrontément de la médecine, et, parfois, à raison.
Argan est un homme honorable, gentilhomme, père de deux jeune filles, ayant deux épouses et qui aurait donc tout pour être heureux. Mais non, puisque ce dernier est ce que l'on pourrait qualifier d'hypocondriaque. En effet, ce dernier se complaît dans le fait de se faire plaindre et s'en remet éternellement aux médecins.
Sa fille aînée, Angélique, elle ne rêve que d'une chose : épouser l'homme qu'elle aime et non pas le prétendant que son père a pris soin de choisir à sa place, et qui n'est autre que le neveu de son médecin, et un futur médecin lui-même. Voilà la bonne affaire s'était dit très égoïstement Argan que d'avoir un médecin pour gendre...
Mais heureusement qu'il reste des âmes pures dans cette famille pour éviter ce qui pourrait s'avérer être un désastre et ne faire, cette fois encore, plus de mal que de bien, mais non pas du mal physique mais du mal dans les âmes et dans les coeurs !

Une comédie qui reste toujours d'actualité car malheureusement, certaines personnes (non pas les médecins mais des gens mal intentionnés) n'hésitent pas à vous faire croire n'importe quoi en échange de quelque rétribution bien entendu. Comme le disent si bien les personnages de la pièce de Molière, certaines fois, ce ne sont pas les remèdes qui soulagent mais le malade lui-même s'il veut bien s'en donner la peine. Attention, je ne critique absolument pas la médecine (bien au contraire), je dis simplement qu'il faut faire attention. Une comédie absolument superbe, à lire et à relire...mais surtout à voir je pense !
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« Lorsqu'il commença les représentations de cette agréable comédie, Molière était malade d'une fluxion de poitrine qui l'incommodait beaucoup et à laquelle il était sujet depuis quelques années. le 17 février 1673, jour de la quatrième représentation du « Malade Imaginaire », il fut si fort travaillé de sa fluxion qu'il eut de la peine à jouer son rôle. Il ne l'acheva qu'en souffrant beaucoup, et le public connut aisément qu'il n'était rien moins que ce qu'il avait voulu jouer. En effet, la comédie étant faite, il se retira promptement chez lui, et à peine eut-il le temps de se mettre au lit que la toux continuelle dont il était tourmenté redoubla sa violence... »
( Témoignage de la Grange, 1682 )
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L'avantage du théâtre, pour moi qui lis doucement, c'est qu'étant plus aérées que les romans, les pièces se lisent plus vite !
Argan est un malade imaginaire, il est bien portant, mais hypocondriaque, et, anxieux, il compte ses sous, car les médecins coûtent cher ; la couverture maladie n'existe pas, à cette époque !
Donc, il veut marier sa fille Angélique à un futur médecin, qu'il aura ainsi à portée de main ! Mais celui-ci est un perroquet, savant mais benêt, qu'Angélique n'aime pas. Elle a une inclination pour Cléante.
De plus, Béline, la deuxième femme d'Argan, est ce qu'on appellerait aujourd'hui une perverse narcissique ( je connais trop bien ), qui, câline superficiellement, mais attend qu'Argan meure pour récolter tous ses biens !
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Ces trois drames ( manipulation des médecins-mariage forcé-conjointe perverse ) sont démêlés avec maestria par Toinette, la servante savante et astucieuse, et Béralde, le frère d'Argan, qui essaye de lui ouvrir les yeux, et le distraire de ses trois obsessions par des intermèdes, ballets musicaux, bien à propos.
Quiproquos, émotion, et ce que j'appelle «  humour molièresque », c'est-à-dire soit que l'un des personnages, parti dans son idée, n'écoute pas l'autre, soit que l'interlocuteur répète, quelque soit l'argument le même mot ( « Le poumon ! », dit TOINETTE ), ainsi que simulations ou déguisements... permettent au spectateur ou au lecteur de passer un bon moment !
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L'objectif de Molière est, pour moi, triple.
1) Il vise les médecins, incompétents et ridicules. En 1643, Louis XIII est mort de maux d'estomac dans des souffrances horribles. Les médecins actuels, après avoir examiné ses os, sans doute, et analysé les rapports, ont diagnostiqué une maladie de Crohn, maladie qui fut décrite en 1932. Comme l'explique Béralde, les clystères et saignées précipitent le malade vers la mort,alors que Louis XIII, par exemple, aurait pu connaître la victoire décisive du jeune Condé à Rocroi, et peut être même tenir son royaume encore quelques années sans l'intervention des médecins. J'en ai parlé à mon docteur de quartier, admirant les progrès faits en quelques siècles ! Elle m'a dit qu'à l'époque, même sans l'intervention des médecins, le roi ne s'en serait pas sorti.
2) Molière vise aussi les mariages forcés, qui, heureusement,sont passés de mode !
3) Il vise aussi les femmes ( ou hommes ) intéressées, comme Béline, qui, elles, existent toujours !
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Autrement, je vois qu'on peut mettre Molière, au même titre que Rabelais et Voltaire, comme examinateur pointu de la société, c'est-à-dire, au rang des philosophes et des sociologues : point n'est, à mon avis, besoin de mots pompeux et de théories fumeuses pour faire partie de ces gens là : il suffit d'examiner ce qui se passe avec un oeil critique : tout blacksheep est, pour moi, un philosophe !
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Je lis cette pièce par rapport au programme de mon élève de première, comme j'avais lu Gargantua, qui m'a d'ailleurs inspiré mon troisième livre, PANURGE, qui devrait sortir pour mon anniversaire !
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Peut-on espérer que la politique évolue, dans quelques siècles, comme la médecine :
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BERALDE ( parlant des médecins, mais on peut actuellement les remplacer par les hommes politiques ) :
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–- Entendez-les parler : les plus habiles gens du monde ; voyez-les faire : les plus ignorants de tous les hommes !
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Molière… Je ne suis pas du genre à avoir envie de le lire par plaisir (en tous cas, pas pour le moment, et ce depuis 24 ans). Mais il était au programme de mon cours de Français. Donc je l'ai quand même lu, dans la foulée des Fourberies de Scapin, et c'était agréable. J'ai souri plusieurs fois de bon coeur. Bon coeur ? Attendez, j'ai comme des pincements dans la poitrine… Et à bien y réfléchir, j'ai un peu de mal à respirer. Mon dieu, ça y est, j'ai attrapé le virus !
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Citations et extraits (85) Voir plus Ajouter une citation
MONSIEUR PURGON: Je viens d'apprendre là-bas, à la porte, de jolies nouvelles: qu'on se moque ici de mes ordonnances, et qu'on a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit.

ARGAN: Monsieur, ce n'est pas.

MONSIEUR PURGON: Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d'un malade contre son médecin.

TOINETTE: Cela est épouvantable.

MONSIEUR PURGON: Un clystère (1) que j'avais pris plaisir à composer moi-même.

ARGAN: Ce n'est pas moi.

MONSIEUR PURGON: Inventé et formé dans toutes les règles de l'art.

TOINETTE: Il a tort.

MONSIEUR PURGON: Et qui devait faire dans des entrailles un effet merveilleux.

ARGAN: Mon frère.

MONSIEUR PURGON: Le renvoyer avec mépris!

ARGAN: C'est lui.

MONSIEUR PURGON: C'est une action exorbitante.

TOINETTE: Cela est vrai.

MONSIEUR PURGON: Un attentat énorme contre la médecine.

ARGAN: Il est cause.

MONSIEUR PURGON: Un crime de lèse-Faculté, qui ne se peut assez punir.

TOINETTE: Vous avez raison.

MONSIEUR PURGON: Je vous déclare que je romps commerce avec vous.

ARGAN: C'est mon frère.

MONSIEUR PURGON: Que je ne veux plus d'alliance avec vous.

TOINETTE: Vous ferez bien.

MONSIEUR PURGON: Et que, pour finir toute liaison avec vous, voilà la donation que je faisais à mon neveu, en faveur du mariage.

ARGAN: C'est mon frère qui a fait tout le mal.

MONSIEUR PURGON: Mépriser mon clystère!

ARGAN: Faites-le venir, je m'en vais le prendre.

MONSIEUR PURGON: Je vous aurais tiré d'affaire avant qu'il fût peu.

TOINETTE: Il ne le mérite pas.

MONSIEUR PURGON: J'allais nettoyer votre corps et en évacuer entièrement les mauvaises humeurs.

ARGAN: Ah, mon frère!

MONSIEUR PURGON: Et je ne voulais plus qu'une douzaine de médecines, pour vuider le fond du sac.

TOINETTE: Il est indigne de vos soins.

MONSIEUR PURGON: Mais puisque vous n'avez pas voulu guérir par mes mains,

ARGAN: Ce n'est pas ma faute.

MONSIEUR PURGON: Puisque vous vous êtes soustrait de l'obéissance que l'on doit à son médecin,

TOINETTE: Cela crie vengeance.

MONSIEUR PURGON: Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je vous ordonnais,

ARGAN: Hé! point du tout.

MONSIEUR PURGON: J'ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l'intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l'âcreté de votre bile et à la féculence de vos humeurs.

TOINETTE: C'est fort bien fait.

ARGAN: Mon Dieu!

MONSIEUR PURGON: Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours, vous deveniez dans un état incurable.

ARGAN: Ah, miséricorde!

MONSIEUR PURGON: Que vous tombiez dans la bradypepsie,

ARGAN: Monsieur Purgon.

MONSIEUR PURGON: De la bradypepsie dans la dyspepsie,

ARGAN: Monsieur Purgon.

MONSIEUR PURGON: De la dyspepsie dans l'apepsie,

ARGAN: Monsieur Purgon.

MONSIEUR PURGON: De l'apepsie dans la lienterie,

ARGAN: Monsieur Purgon.

MONSIEUR PURGON: De la lienterie dans la dyssenterie,

ARGAN: Monsieur Purgon.

MONSIEUR PURGON: De la dyssenterie dans l'hydropisie,

ARGAN: Monsieur Purgon.

MONSIEUR PURGON: Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie."
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TOINETTE.- Ah, Madame !
BÉLINE.- Qu’y a-t-il ?
TOINETTE.- Votre mari est mort.
BÉLINE.- Mon mari est mort ?
TOINETTE.- Hélas oui. Le pauvre défunt est trépassé.
BÉLINE.- Assurément ?
TOINETTE.- Assurément. Personne ne sait encore cet accident-là, et je me suis trouvée ici toute seule. Il vient de passer entre mes bras. Tenez, le voilà tout de son long dans cette chaise.
BÉLINE.- Le Ciel en soit loué. Me voilà délivrée d’un grand fardeau. Que tu es sotte, Toinette, de t’affliger de cette mort !
TOINETTE.- Je pensais, Madame, qu’il fallût pleurer.
BÉLINE.- Va, va, cela n’en vaut pas la peine. Quelle perte est-ce que la sienne, et de quoi servait-il sur la terre ? Un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement, ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours, sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatiguant sans cesse les gens, et grondant jour et nuit servantes, et valets.
TOINETTE.- Voilà une belle oraison funèbre.
BÉLINE.- Il faut, Toinette, que tu m’aides à exécuter mon dessein, et tu peux croire qu’en me servant ta récompense est sûre. Puisque par un bonheur personne n’est encore averti de la chose, portons-le dans son lit, et tenons cette mort cachée, jusqu’à ce que j’aie fait mon affaire. Il y a des papiers, il y a de l’argent, dont je me veux saisir, et il n’est pas juste que j’aie passé sans fruit auprès de lui mes plus belles années. Viens, Toinette, prenons auparavant toutes ses clefs.
ARGAN, se levant brusquement.- Doucement.
BÉLINE, surprise, et épouvantée.- Ahy !
ARGAN.- Oui, Madame ma femme, c’est ainsi que vous m’aimez ?
TOINETTE.- Ah, ah, le défunt n’est pas mort.
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Monsieur, je suis votre serviteur.

TOINETTE
Je vois, monsieur, que vous me regardez fixement. Quel âge croyez-vous bien que j'aie?

ARGAN
Je crois que tout au plus vous pouvez avoir vingt-six ou vingt-sept ans.

TOINETTE
Ah! ah! ah! ah! ah! j'en ai quatre-vingt-dix.

ARGAN
Quatre-vingt-dix!

TOINETTE
Oui. Vous voyez en effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.

ARGAN
Par ma foi, voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans!

TOINETTE

Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands et beaux secrets que j'ai trouvés dans la médecine. Je dédaigne de m'amuser à ce menus fatras de maladies ordinaires, à ces bagatelles de rhumatismes et de fluxions, à ces fièvrotes, à ces vapeurs et à ces migraines. Je veux des maladies d'importance, de bonnes fièvres continues, avec des transports au cerveau, de bonnes fièvres pourprées, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies formées, de bonnes pleurésies avec des inflammations de poitrine: c'est là que je me plais, c'est là que je triomphe; et je voudrais, monsieur, que vous eussiez toutes les maladies que je viens de dire, que vous fussiez abandonné de tous les médecins, désespéré, à l'agonie, pour vous montrer l'excellence de mes remèdes et l'envie que j'aurais de vous rendre service.

ARGAN
Je vous suis obligé, monsieur, des bontés que vous avez pour moi.

TOINETTE
Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l'on batte comme il faut. Ah! je vous ferai bien aller comme vous devez. Ouais! ce pouls-là fait l'impertinent; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin?

ARGAN
Monsieur Purgon.

TOINETTE
Cet homme-là n'est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade?

ARGAN
Il dit que c'est du foie, et d'autres disent que c'est de la rate.

TOINETTE
Ce sont tous des ignorants. C'est du poumon que vous êtes malade.

ARGAN
Du poumon?

TOINETTE
Oui. Que sentez-vous?

ARGAN
Je sens de temps en temps des douleurs de tête.

TOINETTE
Justement, le poumon.

ARGAN
Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux.

TOINETTE
Le poumon.

ARGAN
J'ai quelquefois des maux de coeur.

TOINETTE
Le poumon.

ARGAN
Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.

TOINETTE
Le poumon.

ARGAN
Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c'étaient des coliques.

TOINETTE
Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez?

ARGAN
Oui, monsieur.

TOINETTE
Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin.

ARGAN
Oui, monsieur.

TOINETTE
Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir?

ARGAN
Oui, monsieur.

TOINETTE
Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture?

ARGAN
Il m'ordonne du potage.

TOINETTE
Ignorant!

ARGAN
De la volaille.

TOINETTE
Ignorant!

ARGAN
Du veau.

TOINETTE
Ignorant!

ARGAN
Des bouillons.

TOINETTE
Ignorant!

ARGAN
Des oeufs frais.

TOINETTE
Ignorant!

ARGAN
Et, le soir, de petits pruneaux pour lâcher le ventre.

TOINETTE
Ignorant!

ARGAN
Et surtout de boire mon vin fort trempé.

TOINETTE
Ignorantus, ignoranta, Ignorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros boeuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.

ARGAN
Vous m'obligerez beaucoup.

TOINETTE
Que diantre faites-vous de ce bras-là?

ARGAN
Comment?

TOINETTE
Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.

ARGAN
Et pourquoi?

TOINETTE
Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter?

ARGAN
Oui; mais j'ai besoin de mon bras.

TOINETTE
Vous avez là aussi un oeil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place.

ARGAN
Crever un oeil?

TOINETTE
Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt: vous en verrez plus clair de l'oeil gauche.

ARGAN
Cela n'est pas pressé.

TOINETTE
Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui doit se faire pour un homme qui mourut hier.

ARGAN
Pour un homme qui mourut hier?

TOINETTE
Oui: pour aviser et voir ce qu'il aurait fallu lui faire pour le guérir. Jusqu'au revoir.

ARGAN
Vous savez que les malades ne reconduisent point.

BERALDE
Voilà un médecin, vraiment, qui paraît fort habile!

ARGAN
Oui; mais il va un peu bien vite.

BERALDE
Tous les grands médecins sont comme cela.

ARGAN
Me couper un bras et me crever un oeil, afin que l'autre se porte mieux! J'aime bien mieux qu'il ne se porte pas si bien. La belle opération, de me rendre borgne et manchot!

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MONSIEUR PURGON : Je viens d'apprendre là-bas, à la porte, de jolies nouvelles : qu'on se moque ici de mes ordonnances, et qu'on a fait refus de prendre le remède que j'avais prescrit. [...]
Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d'un malade contre son médecin. [...]
Un clystère que j'avais pris plaisir à composer moi-même. [...]
Inventé et formé dans toutes les règles de l'art. [...]
Et qui devait faire dans les entrailles un effet merveilleux. [...]
Le renvoyer avec mépris ! [...]
C'est une action exorbitante. [...]
Un attentat énorme contre la médecine. [...]
Un crime de lèse-Faculté qui ne se peut assez punir. [...]
Je vous déclare que je romps commerce avec vous. [...]
Que je ne veux plus d'alliance avec vous. [...]
Mépriser mon clystère ! [...]
Je vous aurais tiré d'affaire avant qu'il fût peu. [...]
J'allais nettoyer votre corps et en évacuer entièrement les mauvais humeurs. [...]
Mais, puisque vous n'avez pas voulu guérir par mes mains... [...]
Puisque vous vous êtes soustrait de l'obéissance que l'on doit à son médecin... [...]
Puisque vous vous êtes déclaré rebelle aux remèdes que je vous ordonnais... [...]
J'ai à vous dire que je vous abandonne à votre mauvaise constitution, à l'intempérie de vos entrailles, à la corruption de votre sang, à l'âcreté de votre bile et à la féculence de vos humeurs. [...]
Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable.

Acte III, Scène 5.
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ARGAN
Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt. Trois et deux font cinq. "Plus, du vingt-quatrième, un petit clystère insinuatif, préparatif, et rémollient, pour amollir, humecter, et rafraîchir les entrailles de Monsieur. Ce qui me plaît, de Monsieur Fleurant mon apothicaire, c’est que ses parties sont toujours fort civiles. "Les entrailles de Monsieur, trente sols". Oui, mais, Monsieur Fleurant, ce n’est pas tout que d’être civil, il faut être aussi raisonnable, et ne pas écorcher les malades. Trente sols un lavement, je suis votre serviteur , je vous l’ai déjà dit. Vous ne me les avez mis dans les autres parties qu’à vingt sols, et vingt sols en langage d’apothicaire, c’est-à-dire dix sols ; les voilà, dix sols. "Plus dudit jour, un bon clystère détersif, composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat, et autres, suivant l’ordonnance, pour balayer, laver, et nettoyer le bas-ventre de Monsieur, trente sols ;" avec votre permission, dix sols. "Plus dudit jour le soir un julep hépatique, soporatif, et somnifère, composé pour faire dormir Monsieur, trente-cinq sols ;" je ne me plains pas de celui-là, car il me fit bien dormir. Dix, quinze, seize et dix-sept sols, six deniers. "Plus du vingt-cinquième, une bonne médecine purgative et corroborative, composée de casse récente avec séné levantin, et autres, suivant l’ordonnance de Monsieur Purgon, pour expulser et évacuer la bile de Monsieur, quatre livres." Ah ! Monsieur Fleurant, c’est se moquer, il faut vivre avec les malades. Monsieur Purgon ne vous a pas ordonné de mettre quatre francs. Mettez, mettez trois livres, s’il vous plaît. Vingt et trente sols. "Plus dudit jour, une potion anodine , et astringente, pour faire reposer Monsieur, trente sols." Bon, dix et quinze sols. "Plus du vingt-sixième, un clystère carminatif , pour chasser les vents de Monsieur, trente sols." Dix Sols, Monsieur Fleurant. "Plus, le clystère de Monsieur réitéré le soir, comme dessus, trente sols." Monsieur Fleurant, dix sols. "Plus du vingt-septième, une bonne médecine composée pour hâter d’aller, et chasser dehors les mauvaises humeurs de Monsieur, trois livres." Bon vingt, et trente sols ; je suis bien aise que vous soyez raisonnable. "Plus du vingt-huitième, une prise de petit-lait clarifié, et dulcoré, pour adoucir, lénifier, tempérer, et rafraîchir le sang de Monsieur, vingt sols." Bon, dix sols. "Plus une potion cordiale et préservative, composée avec douze grains de bézoard , sirops de limon et grenade, et autres, suivant l’ordonnance, cinq livres." Ah ! Monsieur Fleurant, tout doux, s’il vous plaît, si vous en usez comme cela, on ne voudra plus être malade, contentez-vous de quatre francs ; vingt et quarante sols. Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt. Soixante et trois livres quatre sols six deniers. Si bien donc, que de ce mois j’ai pris une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit médecines ; et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze et douze lavements ; et l’autre mois il y avait douze médecines, et vingt lavements. Je ne m’étonne pas, si je ne me porte pas si bien ce mois-ci, que l’autre. Je le dirai à Monsieur Purgon, afin qu’il mette ordre à cela. Allons, qu’on m’ôte tout ceci, il n’y a personne ; j’ai beau dire, on me laisse toujours seul ; il n’y a pas moyen de les arrêter ici. (Il sonne une sonnette pour faire venir ses gens.) Ils n’entendent point, et ma sonnette ne fait pas assez de bruit. Drelin, drelin, drelin, point d’affaire. Drelin, drelin, Drelin, ils sont sourds. Toinette. Drelin, drelin, drelin. Tout comme si je ne sonnais point. Chienne, coquine, drelin, drelin, drelin ; j’enrage. (Il ne sonne plus, mais il crie.) Drelin, drelin, drelin. Carogne, à tous les diables. Est-il possible qu’on laisse comme cela un pauvre malade tout seul ! Drelin, drelin, drelin ; voilà qui est pitoyable ! Drelin, drelin, drelin. Ah ! mon Dieu, ils me laisseront ici mourir. Drelin, drelin, drelin.
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Vidéo de  Molière
MOLIÈRE – Variations sur les fêtes royales, par Michel Butor (Genève, 1991) Six cours, parfois coupés et de qualité sonore assez passable, donnés par Michel Butor à l’Université de Genève en 1991.
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