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EAN : 9782746511156
144 pages
Éditeur : Le Pommier (22/09/2016)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 10 notes)
Résumé :
« Sous la forme d’une humble monnaie, ce livre veut rendre à Hergé une partie des trésors qu’il m’a donnés : enchantement de l’enfance, rêves de jeunesse, méditations pendant l’âge mur et cette belle amitié dont je crois que, comme son œuvre, elle n’aura pas de fin. »
Ces études et portraits, parus en 2000, reviennent augmentés de nouveaux textes et de photos émouvantes ! La mise en pages a été entièrement repensée.
Voici comment Michel Serres évoque ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Apoapo
  16 juillet 2019
Je n'ai pas aimé le style de ce livre, composé de dix articles parus entre 1970 et 1997, et traitant autant des rapports d'amitié entre l'illustre philosophe des sciences et l'immortel dessinateur que de l'analyse de certains de ses albums : L'Oreille cassée, Les Bijoux de la Castafiore, Tintin et les Picaros, Tintin au Tibet. Je n'apprécie pas que, parti d'une idée intéressante et à peine effleurée – qu'Hergé puisse être considéré comme « Le Jules Verne des sciences humaines » – cet hommage à l'ami disparu se transforme, par accumulation et redondances, en une espèce d'hagiographie. J'aime les analyses des oeuvres au plus près du texte, et j'ai horreur que des idées intéressantes – et à peine développées – se retrouvent noyées dans une accumulation et redondance de métaphores, pour le seul plaisir de la belle phrase surprenante, de l'image poétique. C'est un reproche que je fais à des auteurs que j'aime, comme Roland Barthes, par exemple.
Je vais donc m'efforcer de retenir, et de noter en citation, uniquement ces idées intéressantes :
- Hergé, dans les voyages qu'il nous fait faire, et dont les paysages nous suivent dans notre mémoire, que nous nous rendions à « Shanghai ou au Tibet, en Écosse ou au Proche-Orient », « part du musée d'Ethnographie et non du muséum d'histoire naturelle ». Ainsi, certains de ses albums peuvent se lire comme de traités de sciences humaines, et c'est ce que Michel Serres va réaliser ici.
- Ainsi, L'Oreille cassée est considérée comme une « ethnographie du fétiche », au-delà du concept, déjà utilisé par Diderot, mais popularisé par Charles de Brosses (1709-1777) et abondamment étudié par Marx (valeur d'usage/valeur d'échange) et par Freud. le même opus peut être lu aussi comme un voyage initiatique « à la recherche des origines », dont le retour constitue une critique de la société de la « substitution », du toc, du remplaçable, et en fin de compte de la société du spectacle.
- Les Bijoux de la Castafiore, analysé dans « Rires : les bijoux distraits ou la cantatrice sauve » - l'article le plus long (pp. 62-91) et plus abouti – constitue un petit traité de théorie de la communication, ou plutôt un catalogue des « parasites », ou défauts de communication étudiés largement par cette théorie. « Parasites » comme personnages, chacun représenté par son animal-totem (cf. cit. infra) et aussi « parasites » comme instances de communication défectueuse. Il est aussi question du théâtre classique, avec la centralité de l'escalier dans ce seul ouvrage qui se passe à huis-clos, et en conclusion, très très rapide, du rire entendu comme une « chaîne » - je pense qu'il s'agit aussi d'un concept tiré de la théorie de la communication.
- Tintin et les Picaros, se présente d'abord comme un essai sur « Le picaresque aujourd'hui ». Il s'ouvre sur une très belle analyse du personnage de Tournesol à travers l'ensemble de l'oeuvre d'Hergé. On a souvent remarqué son « épaississement » au cours des années, de « petit inventeur pour concours Lépine » à physicien nucléaire. Mais Serres prend très au sérieux la grande crise d'amnésie (Objectif Lune) provoquée par l'expression du Capitaine Haddock : « faire le zouave », comme une dénonciation de la collusion de la science avec le militarisme, qui provoquerait une véritable crise de conscience chez le savant, qui, après l'expédition lunaire, se consacrera à la culture des roses et à l'invention de patins à roulettes motorisés, et en viendra enfin, dans ce dernier album terminé, aux plantes médicinales, à la pharmacopée comme remède contre l'ivresse – remplacement de l'alcool par l'opium. Cet article aborde plus que tout autre la question de la société du spectacle, même si Guy Debord n'est pas nommément cité. Il est d'abord question du factice dans la nutrition, sans doute pour développer la métaphore de l'écoeurement. Ensuite sont rappelés les multiples renvois de ce dernier opus aux Sept Boules de cristal, lorsque, dans le music-hall, Alcazar est le lanceur de poignards Ramon Zarate et Haddock essaie de percer le mystère de la transsubstantiation de l'eau en vin. La société du spectacle, c'est bien sûr le coup monté par Sponsz-Esponja, le nez-à-nez Haddock-Tapioca par écran télévisé interposé, mais c'est aussi le Club Méd qui remplace les guérilleros – qui ont déjà remplacé les Arumbayas et leurs ennemis Biberos – c'est le coup d'État de carnaval, ce sont les Turlurons de Séraphin Lampion : « Le masque de ressemblance masque le masque de la différence. Haddock et Tintin sont jumeaux, ils ne sont plus que des Dupondt. » (p. 102), ce sont enfin les deux mêmes militaires, dans le même bidonville, avec juste des uniformes différents.
- Dans « La plus précieuse des raretés », au sujet de Tintin au Tibet, la découverte la plus rare, c'est l'inversion nécessaire à l'éthique du scientifique social. le monstre, l'abominable, l'inhumain s'avère être le meilleur, le lointain s'avère être le proche et le prochain. Sont convoqués le récit biblique du Bon Samaritain et Diogène le Cynique. Enfin est supposé (cf. cit. infra) le retournement entre l'ethnologue et son « sujet » d'observation : « Dites : qui allons-nous rencontrer, en Occident, au retour de l'Himalaya ? Des bêtes abominables qui chassent les misérables » (p. 129).
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Alzie
  03 mars 2017
Michel Serres, c'est bien connu, est l'homme qui réconcilie tous les hémisphères (droit et gauche, nord et sud) avec science et bienveillance. C'est celui qui - observez son regard pétillant de malice -, ne dédaigne pas non plus le recours à la plus extrême drôlerie. Il suffit pour s'en convaincre de lire ou relire son étude des "Bijoux de la Castafiore" ("Rires: les bijoux distraits ou la cantatrice sauve", 1970), qu'on retrouve ici (illustrée par les cases de la BD), aux côtés d'une autre, inédite celle-là et tout aussi jubilatoire, sur la contribution d'Hergé à la théorie du fétichisme dans "L'Oreille cassée". Messager transdisciplinaire de par sa double formation, scientifique et philosophique, vaquant des sciences exactes aux sciences humaines, cet infatigable voyageur dans l'espace et dans le temps, est devenu sur le tard l'ami et visiteur fidèle de Georges Rémi (1907 - 1983), RG. La "tintinophilie" de Michel Serres a fait depuis le tour du monde. "Hergé mon ami" est le fruit d'une collaboration parfaite entre les éditions Moulinsart et le Pommier qui témoigne de cette amitié ; l'entente profonde du penseur et de l'artiste devenus deux "amis de vieillesse", à l'image de la couverture aux couleurs du "Lotus bleu" renvoyant au lien indéfectible que Tintin reporter et Tchang nouèrent un jour sur les bords du Yang Tsé-Kiang. Plusieurs textes sont rassemblés : "Le Jules Verne des sciences humaines", "Hergé portrait", "Genèse de l'art neuf", "Hergé ethnologue" et quelques autres parus entre 1983 et 1997. Une très belle composition où l'air de la "Gazza ladra" n'étouffe pas celui des plus hautes cimes du Tibet ( "La plus précieuse des raretés", 1994). Ode à la douceur de l'amitié, aux voyages, à RG et sa bande... dessinée, qui n'exclut pas non plus Fanny sa coloriste. La mise en regard des textes avec les extraits des oeuvres citées forment un ensemble esthétique d'une lumineuse unité ; diffusant et le savoir sophistiqué du savant et sa mémoire reconnaissante d'éternel enfant des bords de la Dordogne envers le créateur bruxellois et son héros positif rassurant. Ses aventures l'avaient très tôt conquis et détourné de ses peurs, à l'aube de la seconde guerre mondiale car Michel Serres a découvert L'oreille cassée dans sa version hebdomadaire en 1939 ("Case mémorable", 1985). Son écriture, alliance subtile entre les mots de la science et ceux de la poésie, fait évidemment le reste dans ce livre que je qualifie simplement de très beau.

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Gantelet2000
  25 décembre 2018
Livre en réédition, avec quelques ajouts. Mise à part une jolie anecdote en début de livre, Serre délaisse son ami Hergé pour très vite se lancer dans une étude des bandes dessinées de Tintin, et particulièrement L'oreille cassé, les bijoux de la Castafiore, Tintin et les picaros et Tintin au Tibet. Ces études se révèlent parfois difficiles à suivre pour un lecteur moyen mais passionnantes par ailleurs. On peut enfin regretter que les illustrations reprenant les cases de la bande dessinée soient parfois très (trop !) petites alors que la place était disponible sur ces pages...
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Achillevi
  11 décembre 2016
Un recueil d'articles consacré à plusieurs oeuvres d'Hergé cherchant à dégager au fil des albums une philosophie de la communication. Très compliqué et rapidement ennuyeux.
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critiques presse (1)
BDGest   08 novembre 2016
C’est le lecteur, peu importe qu’il ait dépassé les fatidiques soixante-dix-sept ans maintenant, qui s’exprime pour dire merci tout bonnement.
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
AlzieAlzie   12 février 2018
Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées. Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse ; la santé, la joie de vivre n'excluent pas les coups ; bien au contraire, nous n'existons que de souffrances vaillantes contre l'adversité ; les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux, une puissance dévastée, mais toujours debout. Avant le premier coup de corne, comment savoir si le torero se conduit avec courage ? Il n'y a de vrai vivant que déchiré. Les cicatrices renforcent. Il n'y a de vérité que falsifiée. Le faux plaide pour le vrai. Il n'y a de bonté que tentée. Quelle vertu sans tribulations ? Il n'y a de bon système que cassé. Si tout marche, rien ne marchera. Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche : il n'y a de vrai dieu que blessé.

L'Oreille cassée
Le vivant, le vrai, p. 50
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ApoapoApoapo   16 juillet 2019
« Bref, toute l'histoire de l'ethnologie ou de l'anthropologie suit ce même chemin, des colonies à l'antiracisme, celui, justement, qui va de Tintin au Congo à l'amitié du héros avec Tchang et Zorrino.
Si Hergé a droit au titre d'expert en sciences humaines, il le doit au parcours de tous les savants de ces disciplines qui, à la même époque, travaillaient sur ces mêmes sujets. Ce trajet fut le sien : mêmes sources troubles, même chemin somptueux, mêmes résultats sublimes. Le procès intenté à Tintin au Congo devrait alors se généraliser à Frazer, Durkheim, Lévy-Bruhl, Marcel Mauss... tous nos maîtres en humanité.
Je rêve parfois d'un retournement : qu'un groupe d'Amérindiens, d'Aborigènes australiens ou de bergers des Pyrénées viennent, en ces hauts lieux, étudier les mœurs et la sexualité des professeurs à Oxford, Harvard ou au Collège de France. Un tel retournement, une telle symétrie, Hergé les suggère à la dernière case de Tintin au Tibet, où le yéti, abominable homme des neiges, comme on sait, mais doué d'une bonté hospitalière transcendante, contemple, de sa solitude glacée, dos courbé pour que nul ne voie ses larmes, la caravane abominable dans les neiges, quitter ce haut pays, après lui avoir volé son nouvel ami. Quelle barbarie que la nôtre ! » (p. 138)
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AlzieAlzie   10 décembre 2016
Le lointain devient le prochain
Pour son cycle mondial de voyages extraordinaires, j'ai déjà décoré Hergé du titre de "Jules Verne des sciences humaines" ; je me suis trompé, je l'avoue. Car ces sciences placent une telle distance entre l'homme qui étudie les autres et ces autres qu'il étudie, que l'écart ne se comble jamais, que la réciproque n'advient pas. Tintin, au contraire, réduit la distance et fait de l'éloigné ou du chassé un proche.
Il invente donc l'action ou le voyage humanitaires, tels que nous les pratiquons. Vivrons-nous assez pour que les sciences sociales remplacent une objectivité, souvent inhumaine, par cette inaccessible bonté, verrons-nous donc naître des sciences humanitaires ? (p. 121)
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ApoapoApoapo   16 juillet 2019
« Supprimons les media. Reste la Société comme groupe nu. Voulez-vous classer les sauvages ? D'abord les émetteurs non récepteur : le savant (la science), sourd et distrait, prend la carte pour la tarte et le whisky pour la pluie de printemps ; il se moque de l'émeraude ; la cantatrice émet (aux abris!) sans recevoir pour une autre raison : elle prend la parole et la musique et ne sait pas la rendre ; l'assureur, à son tour, n'entend pas l'opéra et préfère la bière. La patrouille des pies, leur totem. Suivent les récepteurs non émetteurs : le vieux marin, qui hume le joli mois de mai lorsque l'ordure pue, qui sourit à Miarka et se laisse mordre, qu'on fiance à son corps horrifié, qui danse au sortir de la Fleur et chante sa douleur au pied qui, par chance, s'en va au départ de la belle ; les gens de maison et les gens du voyage, accusés de voler sans pouvoir se défendre ; les silencieux ; les opprimés, ceux de l'ombre. La patrouille des hiboux, leur totem. Qui marche dans les combles et ulule à la nuit. Les vecteurs en troisième, qui reçoivent n'importe quoi, émettent n'importe quoi, journalistes, opérateurs, la patrouille des guêpes, leur totem. Comme un vol, un essaim, issu du nid natal. Ceux qui n'émettent ni ne reçoivent, enfin, mais bégaient, contrepètent, font du bruit, cassent les véhicules, et symbolisent le pouvoir : les Dupondt, la patrouille des perroquets, leur totem. Tout ce beau monde roule dans l'escalier en série régulière. » (pp. 85-86)
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AlzieAlzie   10 décembre 2016
La bonté de l'abominable
Voici. Bien au chaud dans nos maisons, nous aimons nous poser, après de bons repas, des questions très compliquées au sujet de l'éthique : si elle existe, pourquoi se perd-elle, comment l'enseigner... alors qu'il n'y en a qu'une et qu'elle est toute simple, mais terrible.
Tintin au Tibet dit le plus limpidement du monde la morale la plus forte et la plus profonde qui ait jamais été dite sous le ciel et pour les hommes : que l'abominable est bon et qu'il se conduit comme aucun civilisé ne le ferait, avec douceur et charité. (p. 116)
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Certains les nomment génération Y ou "digital natives", les jeunes, (nouvelles ?), générations nous battent à plate couture devant un écran. Moi j'ai préféré les désigner sous le terme générique de ........?........

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