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Dominique Vitalyos (Traducteur)
EAN : 9782877306225
201 pages
Editions Philippe Picquier (16/10/2002)
3.68/5   246 notes
Résumé :
Qui meurt dîne, La Colère des aubergines, Folie de champignons, Festin pour un homme mort... : quelques titres de ces récits donnent un avant-goût de leur saveur. Les histoires racontées, pleines d'odeurs de cuisine, puissamment évocatrices des rapports et des conflits entre les membres d'une maisonnée indienne, soulignent bien sûr le rôle déterminant qu'y jouent la nourriture et celles qui la préparent. Des femmes croquées sur le vif y livrent des instants de bonhe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (61) Voir plus Ajouter une critique
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"Le père de Priti, debout à une extrémité de la table, un sourire satisfait aux lèvres, les regardait manger tout en se frottant les mains avec componction, et pensait : "De toute leur vie, ils n'oublieront pas cette noce."

Quel goût peuvent bien avoir les aubergines, quand elles sont en colère ?
Quelque chose comme doux-amer...?
C'est sucré par la nostalgie, épicé par une pointe d'humour et une pincée d'ironie, et salé de quelques larmes.
"La colère des aubergines" est un recueil de "récits gastronomiques" - une petite curiosité littéraire assez agréable à déguster avec votre tisane vespérale.

Que sait-on vraiment de l'Inde, cet immense pays arrosé par les sept rivières sacrées, où le système de castes est toujours en vigueur, où la polygamie a toujours existé, où les vaches ont la cote et les divinités sont aussi nombreuses que les jours du calendrier ?
Que sait-on vraiment de la cuisine indienne, mis à part le souvenir d'un oesophage en flammes après la première petite boulette épicée dans un resto indien, qui a irrémédiablement discréditée la suite de la dégustation ?
Personnellement, je n'en savais pas grand-chose...

Mais Bulbul Sharma nous parle de tout ça : du rôle important du repas dans le quotidien de ce pays, des coutumes et des rituels pour préparer des mets aussi délicieux que le "laddu", le "purri", le "khîr", ou carrément le "gulab jamun" (si vous préférez le sucré). Des épices aussi variés que la cardamome, le carvi et le fenugrec, dont déjà les noms ont un goût d'exotisme. Mais elle parle aussi d'hommes et de femmes.

Un plat - une histoire. Sharma nous fait visiter la société indienne moderne; elle nous invite à fouiller les cuisines et à s'asseoir à la table avec les autochtones, pour ainsi dire, et c'est là où le bât blesse un peu...
Donc, je poserais une dernière question:
Comment lire "La colère des aubergines" ? Si on lit le livre avec nos yeux d'occidentaux, on peut facilement s'offusquer de ces castes omniprésentes, de la position de la femme dans la société, du destin de gens sans famille, de ces sempiternels mariages arrangés.
Mais ce serait dommage, d'autant plus que telle n'était pas l'intention de l'auteur. Sharma ne dénonce rien, elle se contente de nous présenter les tableaux de la vie en Inde avec un regard aiguisé, ironie et humour. Alors, il faut peut-être renoncer pour un court moment à notre "occidentalisme" et ses impératifs, et profiter simplement de ces personnages hauts en couleur et de leurs déboires, parfois drôles, et parfois touchants.
Après tout, la vie ici, on la connait. Pourquoi ne pas faire un petit tour en Inde, pour apprendre comment cela se passe là-bas ? Pour côtoyer les hommes en costume, les jeunes femmes en sari et leurs belles-mères, les prêtres qui bichonnent leur voiture et les jeunes qui veulent partir étudier à l'étranger. Et qui se retrouvent tous autour de la même table, pour le meilleur ou pour le pire.

Une lecture reposante et agréable, en fin de compte. Un monde tellement différent, avec des états d'âme tellement proches des nôtres. Les petites tragi-comédies de la vie, avec les recettes en prime.
___________________________________________

Aubergines "bharta"

2 aubergines rondes, moyennes
1 oignon haché
1/2 cuillère à café de graines de coriandre écrasées et grillées
1 piment vert épépiné et haché fin
1 grosse tomate en petits morceaux
1 cuillère à soupe d'huile

Faites grilles les aubergines sur une flamme, en les tournant lentement pour que la peau soit bien calcinée. Puis trempez-les dans l'eau froide pour les peler. Ecrasez bien. Faites chauffer l'huile, ajoutez les graines de coriandre, puis l'oignon haché. Faites frire légèrement, ajoutez les tomates. Joignez-y ensuite les aubergines, mélangez tous les ingrédients et laissez cuire quelques minutes.
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Il y a plusieurs stades dans la connaissance de la cuisine indienne. Au premier niveau, c'est un continent immense et complexe. Au deuxième niveau on comprend qu'après avoir jeté dans un liquide gras et chaud des épices presque au hasard on peut rapidement faire cuire à peu près n'importe quoi et obtenir un curry maison acceptable. La lecture de ce (forcément délicieux) recueil permet peut-être d'accéder au troisième niveau.

Treize nouvelles dont les péripéties sont minimes, pour décrire des facettes de la société indienne, toujours incluant la gourmandise, parfois la quête du raffiné, voire du parfait. Peu ou pas d'action, ce sont plutôt des portraits de groupe (avec femme), des analyses de relations souvent intrafamiliales, parfois carrément étranges à mes yeux. C'est que, si en tant que français, donc gourmand, je partage avec Bulbul Sharma ce goût de la cuisine et des repas en commun, certains fonctionnements indiens me sont absolument étrangers.

L'Inde de ce recueil a des aspects modernes, on y fait fortune aux États-Unis, la technologie de pointe y est connue, les jeunes bonzes font des études et chaussent des baskets, semblent assez matérialistes. Elle a des aspects proches de la Nature comme je m'y attendais : la végétation et les animaux sont très présents et respectés. Mais ensuite les choses se gâtent, qu'on veuille bien excuser les lignes suivantes où mon point de vue occidental, républicain et laïque va ressembler à un jugement de valeur. La révérence permanente devant la religion et les traditions me gène déjà un peu. le statut non discuté de l'homme qui commande (tout en obéissant à sa mère) et de la femme qui trime me perturbe, on parle de dot, on envie l'homme qui a eu six épouses, tout en se moquant de lui, sa richesse le lui a permis. La hiérarchisation entre possédants et domestiques, les différences de richesse et de statut qui semblent naturelles et inamovibles me choquent, mais elles me semblent incompréhensibles et presque insupportables quand je réalise que les castes sont encore présentes et leurs limites parfois infranchissables. Et je crains qu'il ne s'agisse d'un constat sans ironie, pas d'une peinture forcée pour inciter à la réflexion.

Malgré tout cela, dans la bonne humeur ou dans la guerre domestique, ce livre très vivant peut être enthousiasmant ; à sa lecture j'imaginais des odeurs presque à chaque page, je me sentais saliver ou désespérer de mes propres envies de goinfre. Bulbul Sharma m'a attrapé par la langue, le nez, l'estomac et finalement par bien des parties du cerveau, pour un plaisir gourmand.
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Recueil de nouvelles autour de la gastronomie indienne, ce livre nous plonge dans le quotidien des repas pris par les indiens.
Fascinée et captivée par cette culture, j'avais hâte de découvrir les secrets de fabrication des mets particulièrement épicés ou sucrés préparés par des hommes ou des femmes dont nous partageons quelques instants de vie.

J'ai une réelle passion pour les ouvrages qui évoquent les plats cuisinés. J'aime bien lorsqu'un auteur nous fait partager son repas ou la conception d'un plat.

Par contre, autant j'ai pris du plaisir à lire ces nouvelles, autant après quelques jours, les histoires évoquées sont devenues vagues.

À découvrir pour les amoureux des livres de recettes !
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Ce recueil est composé de 13 nouvelles, chacune avec un titre qui font sourire ou saliver avec leurs métaphores culinaire. Et que l'auteur clôt avec une ou plusieurs recettes indiennes qui peuvent donner des idées.

Ces nouvelles narrent les destins de femmes très différentes. Leur vie est vue à travers le prisme de leur rapport à la nourriture ou à la cuisine : du rituel pour les fêtes (comme Divali), au jeûne, ou à la nourriture qui sert à compenser l'affection d'un mari donne à sa maîtresse plutôt qu'à sa femme, ... et bien d'autres cas encore à découvrir dans le cercle très fermé que constitue la famille indienne.

Si la nourriture exprime ce que les personnages ou les mots ne peuvent exprimer par pudeur (typiquement indienne, et asiatique), Bublbul Sharma aborde aussi des sujets plus profonds et plus graves qui touchent la société indienne : diaspora aux Etats-Unis ou en Angleterre, traditions aux dépends des femmes (veuves) qui sont souvent perçues comme de vulgaires biens de consommation (moins importantes que des vaches qui elles sont sacrées !) utilisables jusqu'à ce qu'elles deviennent trop vieilles. Une vision si archaïque qui n'a pas permis aux personnages de dépasser...la cuisine !

Il me semble avoir lu des histoires semblables chez Jhumpa Lahiri, mais avec des situations plus travaillées - peut-être à cause de son statut d'expatriée ?
Un recueil qui ne me laissera pas une goût impérissable.

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J'avais beaucoup aimé "La vie troublée d'un tailleur pour dames", une écriture rafraîchissante et pleine de fantaisie.
"La colère des aubergines", emprunté un peu par hasard, est surprenant : c'est un livre de cuisine ! Un livre de cuisine agaçant d'ailleurs, car il n'y a pas une seule recette sans au moins un ingrédient introuvable : allez donc chercher de la poudre de mangue ou du "lait concentré séché"(à part en Inde, ou probablement à Londres où vit Bulbul Sharma).
Mais bien sûr, "La colère des aubergines" est également un recueil de nouvelles, dont chacune des recettes est l'héroïne tour à tour.
Toutes racontent avec brio des histoires de famille, des scènes domestiques drôles ou grinçantes. Souvent grinçantes d'ailleurs, car l'autrice épingle assez férocement le système des castes, l'exploitation des plus pauvres ("Comment pourrais-je me marier ? Qu'est-ce que la famille penserait de moi ?" s'exclame Bala, la parente pauvre et corvéable à merci, lorsqu'un amoureux fait sa demande), le snobisme et le racisme de la bonne société indienne ("Pas laide, elle a juste la peau un peu foncée.")
Quant à la place des femmes, elle est évidemment centrale dans les nouvelles, car la cuisine est leur domaine, leur fierté, leur dignité. Centrale, mais pas meilleure pour autant : "Enfants et serviteurs avaient droit à une demi-ration, les femmes un peu plus, et les hommes adultes recevaient de généreuses quantités de tout."
Fierté placée aussi dans la dot qu'elles apportent à leur belle-famille : "Madame Kumar avait apporté une dot substantielle, qui avait financé l'éducation de son mari dans une université étrangère prestigieuse ainsi que l'acquisition de son premier costume, de sa montre Rolex et de sa voiture."
Aptitudes culinaires, capacité à produire des fils, poids des traditions, auxquels la modernité ajoute son lot d'injonctions : être mince, rester jeune, avoir un type de beauté occidental ("Vous, les jeunes, vous n'avez plus aucune force dans les bras depuis que vous vous épilez à la cire.")
Une écriture rafraîchissante et pleine de fantaisie ? Euh… finalement, assez percutante et désespérante, aussi.
Traduction impeccable de Dominique Vitalyos.
Challenge ABC 2022/2023
Challenge Globe-Trotter (Inde)
LC thématique de novembre 2022 : "Videz vos PAL !"
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
- Mais quand on est vieux, il est normal d'avoir l'air vieux [...]. Les gens vous respectent, vous touchent les pieds.
[...]
Elle aussi était contente d'être vieille car à présent elle se sentait en sécurité. Les hommes, dans les maisons où elle travaillait, la laissaient tranquille, et elle pouvait dormir la porte ouverte. En avait-il fallu du temps, pour vieillir ! Des années de combat contre les mains qui cherchaient à la toucher, à la pincer, dans les cuisines et les couloirs de toutes les maisons où elle avait vécu. Si vous vous plaignez auprès des patronnes, elles n'aimaient pas cela et vous regardaient avec suspicion, comme si vous l'aviez cherché.
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Curry d'aubergines au Yaourt
500 grammes d'aubergines longues ou rondes coupées en petits morceaux
1/2 cuillère à café de poudre de coriandre
1/2 cuillère à café de poudre de cumin
1/2 cuillère à café de poudre de curcuma
1 tasse de yaourt battu
1 cuillère à soupe d'huile
Faites chauffer l'huile, mettez-y à frire les épices en poudre pendant seulement quelques secondes avant d'ajouter les aubergines en morceaux. Couvrez et laissez cuire jusqu'à ce que les aubergines soient tendre (environ dix minutes). Vous pouvez ajouter un petit peu d'eau et remuer en cours de cuisson pour que les épices se mélangent bien. Retirez du feu et ajoutez le yaourt battu juste avant de servir. Se mange chaud ou froid avec riz, nan ou chapati.
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Tu sais, je crois qu'ils ont peur d'avoir l'air vieux, ajouta-t-elle après coup. Raha hocha la tête.
- Mais quand on est vieux, il est normal d'avoir l'air vieux, répondit-il. Les gens vous respectent, vous touchent les pieds. Pour moi, tous ce que je gagnais à être jeune, c'était des claques de mon père, de mes oncles. Ils me giflaient sans raison chaque fois qu'ils me croisaient. Toute la journée on me commandait, d'aller chercher ci, d'aller chercher ça. "Envoie le au puits... à l'étable... aux champs...au marché... c'est lui le plus jeune". Je dormais dans la pièce la plus petite de la maison près de l'étable, avec mes frères. On ne mangeait qu'après mon grand père, mon père et mes oncles. Parfois ma mère rajoutait de l'eau au dâl, parce qu'il n'en restait pas assez pour nous tous. Si nous protestions, elle disait : "Ceux sont des adultes, eux. Ils ont besoin de manger plus que vous". J'avais hâte de vieillir. Maintenant tout le monde me traite avec respect. Personne n'ose élever la voix contre moi et même Monsieur et Madame me disent vous, dit Raha avec un sourire satisfait. Au marché des légumes, les vendeurs me servent en premier, et les garçons attendent. Pour rien au monde, je ne voudrais redevenir jeune"
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Vinod termina le jus aigre de phalsa jusqu'à la dernière goutte sous le regard inébranlable et vigilant de sa mère, puis s'avança pour en découdre avec le thé de son épouse. Son estomac se révoltait, son corps se figeait comme une mule sur le qui-vive. Pourtant, Vinod, à la façon d'un automate, tendit la main vers la tasse en attente. Il se commanda de sourire, retint son souffle et avala d'un traiyt le liquide couleur de cendre, sans quitter du regard le visage de nirmala. "Comme elle est belle et combien je l'aime", pensait-il tandis que le thé entamait sa descente à travers sa gorge, traçant derrière lui un sillon de tannin amer qui persisterait jusqu'au dîner.
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Sa nourriture très simple, sans garniture ni couleur, nous était toujours particulièrement chère parce que c'était sa façon à elle de nous caresser sans se polluer les mains.

(dans "Dida le dit avec des choux-fleurs")
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Vidéo de Bulbul Sharma
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