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L'échiquier du mal (Folio SF) tome 1 sur 2

Jean-Daniel Brèque (Traducteur)
EAN : 9782070415878
688 pages
Gallimard (11/10/2000)
4.03/5   1071 notes
Résumé :
Ils ont le Talent. Ils ont la capacité de pénétrer dans notre esprit pour nous transformer en marionnettes au service de leurs perversions et de leur appétit de pouvoir. Ils tirent les ficelles de l'histoire. Sans eux le nazisme n'aurait peut-être jamais existé, et nombre de flambées de violence, tueries, accidents inexpliqués n'auraient peut-être pas ensanglanté notre époque. Car ils se livrent aussi entre eux une guerre sans merci, selon des règles empruntées à ce... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (70) Voir plus Ajouter une critique
4,03

sur 1071 notes

Un livre que vous lirez les yeux écarquillés. Je n'irai pas jusqu'à affirmer que vous vous rongerez les ongles jusqu'au sang, mais il y a quand même quelques pages flippantes…

Le récit est simple et tordu à la fois. Vaguement complotiste, aussi. Dans l'air du temps, quoi ! et en même temps vieux comme le monde… Il part du principe que certaines personnes, dotées de pouvoirs télépathiques exceptionnels, peuvent dominer et contrôler les pensées de leurs congénères. Des hommes aussi différents que Raspoutine, Hitler, Khomeini, ou Ghandi auraient pu utiliser ce don…

L'histoire commence dans l'enfer de Sobibor ou deux officiers SS jouent aux échecs avec des juifs aux esprits contrôlés et transformés en pions humains. le jeune Saul Laski est l'un d'eux. Il échappera par miracle à la domination mentale de l'Oberst Wilhelm von Borchert.

Nous nous retrouvons ensuite dans les États-Unis des années quatre-vingt. Devenu psychiatre, Saul Laski passe son existence à traquer son ancien tortionnaire qu'il croit toujours en vie, même si entre temps il est forcément devenu un vieillard. Une série de meurtres inexpliqués à Charleston le remet sur sa piste.

Un flic obèse et une black croiront à son histoire aussi improbable que fantastique, et l'aideront dans sa traque.

En passant, Dan Simmons brosse un portrait peu flatteur de l'Amérique de Carter et de Reagan. Un pays toujours traumatisé par la guerre du Vietnam ; des communautés qui se regardent en chien de faïence ; une élite décadente…

Une histoire construite de manière originale comme une partie d'échec. L'ouverture pour ce premier tome. le milieu de partie et la finale pour les trois tomes qui suivent. D'ailleurs le jeu d'échec est une des obsessions de ces hommes dotés du Talent.

Un juif âgé, une jeune black, un flic obèse… C'est une sympathique et intrépide bande de pieds nickelés qui va s'attaquer à ces vampires de l'esprit sans foi ni loi. Car il n'y a pas que l'Oberst à être doté de ce talent nuisible… Sans trop en prendre conscience, ils vont mettre le doigt dans un engrenage infernal.

À la toute fin de ce premier tome, l'un des trois héros se retrouve en très mauvaise posture. On est tellement inquiet pour lui qu'il vous prend cette envie irrésistible de se jeter sur le tome suivant pour savoir ce qui lui est arrivé.

J'ai résisté héroïquement. Preuve indubitable que personne ne contrôle mon esprit…

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Lu trois fois, ce titre est mon préféré de Dan Simmons, le scénario est simplement génial et pour ce qui me concerne entre sans hésiter dans un top cinq en littérature fantastique.

Ils ont le Talent, c'est ainsi qu'ils se distinguent du reste de l'humanité, le "talent" d'asservir les volontés et de transformer leurs victimes en marionnettes dociles au service de leur perversité.

Ne cherchez pas de gentils parmi eux, ce sont des prédateurs nés à l'âme aussi noire que leurs desseins, ils agissent dans l'ombre et influent de temps en temps sur le cours de l'histoire.

Jusqu'à ce jour ils se faisaient discrets, certes, certains faits divers sanglants leur sont imputables par marionnettes interposées, mais qui pourrait le savoir ?

Ils se connaissent, ils se toisent, et s'il leur arrive parfois de s'affronter dans des combats mortels opposant leurs volontés, ils évitent le plus souvent de se rencontrer entre pairs, cela dit cela pourrait changer, car ils possèdent aussi un instinct de compétition viscéral...

Le récit est sombre et assez souvent dérangeant, nous sommes à la limite du genre "horreur", c'est même parfois carrément glauque...

Nous sommes aux Etats-unis dans les années 80, Saul Laski, rescapé d'un camp d'extermination a rencontré l'un d'entre eux quarante ans plus tôt et a depuis consacré sa vie à le retrouver de façon obsessionnelle.

Si vous n'êtes pas trop sensible et si vous avez le coeur bien accroché vous serez sûrement comblé par le talent (d'auteur) de Dan Simmons qui nous propose le genre d'histoire dont on ne ressort pas tout à fait indemne, c'est fort, et même très fort.

En rapport avec le titre, les échecs sont souvent évoqués dans cette histoire, mais rassurez vous, il n'est pas nécessaire de connaître les règles pour apprécier pleinement ce roman. Les trois parties de cette histoire portent les titres des différentes phases du jeu d'échecs, à savoir, "Ouverture", "Milieu de partie" pour le tome un et "Finale" pour le tome deux.

La première scène qui voit se dérouler une partie entre deux vampires psychiques sur un échiquier à taille humaine avec des "pièces" humaines est déjà en soi un moment de lecture marquant, comme dirait Kirzy, quel incipit !

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Ces deux tomes sont de pures merveilles : une galerie de personnages fascinants qui nous emportent dans leurs violences, leurs passés de meurtriers ou de victimes.

Les uns, tels des reptiles, sont cachés parmi nous et s'infiltrent dans nos cerveaux afin de nous manipuler et de nous "pousser" à les servir de quelque façon que ce soit.

Les autres, ont déjà subi ce viol mental et tentent par "tous les moyens" de retrouver leurs tortionnaires et de les supprimer de la surface du globe.

On assiste alors à une course-poursuite sanglante où le "talent" monstrueux de ces hommes et de ces femmes se déchaîne, transformant des quartiers entiers en zones de guerres.

Ce "pouvoir" a déjà été décrit et utilisé de nombreuses fois dans la littérature de science-fiction et le lecteur pourra se demander où est l'originalité là-dedans...

Elle est dans "tout le reste". On se délecte de ces individus à la violence froide qui se réunissent entre eux, comparant avec délectation leurs exploits respectifs, "festins" macabres, médiatisés ou non. Une aristocratie du mal qui se joue du reste de l'humanité entre Vienne et le Sud des Etats-Unis, entre thé et petits-fours, entre Ségrégation et Seconde Guerre Mondiale.

Dan Simmons fait preuve de tout son talent dans la peinture chirurgicale des affrontements, des corps qui souffrent, se criblent, se délitent. Il est dans le détail mais aussi dans la construction, avec des actions et des récits parallèles, des flash-backs, des histoires qui s'imbriquent dans le temps et l'espace.

Bref, un plaisir presque coupable à la lecture de cette brutalité, de cette animalité qui en vient à soulever de nombreuses questions en nous :

cette fascination qui nous empêche de poser ces tomes et nous les fait enchaîner sans reprendre notre souffle, n'est-elle pas un miroir de ce qui se passe dans le récit ? A savoir, des prédateurs qui sentent encore la charogne de leurs tueries passées mais qui attirent à eux les moutons, invariablement, obstinément, terriblement.

L'odeur du sang nous attire, tout aussi sûrement.

Proie potentielle qui rêve de devenir le chasseur.

Victime sur le point de basculer dans le camp du bourreau.

Génial. Horriblement génial.

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Une claque littéralement ...

Simmons plonge le lecteur dans un monde tellement bizzare , que l'on ne peut que se sentir un peu mal à l'aise...

Il va trés loin dans la description de la cruauté mentale , de la manipulation , il repousse les limites trés loin ...

On pouvait craindre une sorte de roman à la King , classique .

Simmons en livre ici l'opposé total .

Oui ce livre fait peur , et non il n'y a pas de monstres ou autres bétises de ce genre .

Il fait peur parceque le lavage de cerveau présent ici peut étre une réalité quand l'on voit les nazis , les communistes , les nationalistes , les souverainistes et autres endoctrinés .

Oui ce livre fait peur , parceque d'un coté il est trop réel .

Ce réalisme nous saute au visage , nous laisse muets , pétrifiés nous lecteurs qui avons entre les mains un ouvrage aussi puissant et effrayant .

Simmons fait a peine moins fort qu'Hyperion avec cet opus , et se place définitivement au sommet du genre .

A ne pas mettre entre toutes les mains .

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Certains hommes ont un Talent : celui de pouvoir entrer dans la tête des autres et de les manipuler aussi facilement qu'une marionnette. Toutes les explosions de violence inexpliquées, toutes les folies destructrices, qui fascinent depuis longtemps les hommes, leur sont dues.

C'est à une situation de ce genre que doit faire face le shérif Gentry : trois de ces personnes Talentueuses se réunissent pour discuter de leurs dernières performances, avant de se trahir mutuellement. Résultat : neuf meurtres dans la même nuit, de personnes sans liens les unes avec les autres, sans aucun mobile apparent. de quoi s'arracher les cheveux ! Il recevra dans son enquête le soutien de Saul Laski, ancien déporté qui a subi les attaques de l'un d'eux, qu'il poursuit désormais dans l'espoir de se venger.

L'idée de base est intéressante, mais sa réalisation souffre de plusieurs points faibles : d'abord, la surpuissance des méchants. On ne comprend pas très bien pourquoi ils n'utilisent pas leur Talent contre nos héros, ce qui pourraient régler leur problème en cinq minutes. Si quelques tentatives d'explication sont données pour nous expliquer que c'est difficile, elles ne tiennent pas la route puisqu'elles ne s'appliquent, visiblement, pas au reste du monde.

J'ai un peu de mal aussi à croire à l'existence du mal pur : à mon sens, chaque individu a de bonnes (ou surtout de mauvaises) raisons de « mal » agir. Ce qui n'est pas le cas de nos méchants, qui n'ont aucune raison particulière de se conduire comme ils le font : ils font le mal uniquement parce qu'ils ont la possibilité d'être maléfiques.

Point de vue de l'écriture, quelques soucis aussi. D'abord le côté thriller américain : les personnages secondaires meurent d'une seule balle tirée par un trou de serrure, tandis que les personnages principaux peuvent courir en évitant une centaine de balles, qui leur arrachent un poil de nez ou leur éraflent un ongle, mais qui, par chance, ne touchent jamais un organe vital. Et enfin, les dialogues sonnent faux, principalement quand on arrive aux noirs de banlieue : leur faire dire « mec » à la fin de chaque phrase et leur faire ignorer quelques mots compliqués (une faux, ...) ne suffit pas à les rendre crédibles. J'ai d'ailleurs eu l'impression que le récit baigne dans une atmosphère raciste assez désagréable : souvent du fait des personnages, mais l'auteur n'est pas exempt de fautes non plus.

Assez déçu donc, surtout au vu du plébiscite reçu par ce livre.

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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation

Gentry était retourné dans le Sud, avait enseigné pendant deux ans au Morehouse College d'Atlanta, puis avait pris un poste de veilleur de nuit pour travailler à son livre sur le rôle du Bureau des affranchis pendant la Reconstruction. Il n'avait jamais achevé son livre, mais s'était surpris à apprécier son travail bien qu'ayant d'énormes problèmes à conserver un poids conforme au règlement. En 1976, il s'était établi à Charleston et y avait été engagé comme officier de patrouille. Un an plus tard, il refusait un poste de maître assistant en histoire à l'université de Duke. Gentry appréciait le caractère routinier du travail de police, les contacts quotidiens avec les ivrognes et les fous, et l'impression qu'aucune journée de flic ne ressemblait à la précédente. Un an plus tard, il se surprit lui-même en se présentant au poste de shérif du comté de Charleston. Il en surprit beaucoup d'autres en remportant l'élection haut la main. A en croire un journaliste local, Charleston était une ville étrange, amoureuse de sa propre histoire, et l'idée d'avoir un historien comme shérif avait séduit l'imagination des électeurs.

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Je connaissais bien ce type de femme vaincue par la vie [...] C'était un satellite en quête d'un monde autour duquel orbiter. N'importe quel monde ferait l'affaire, à condition qu'il lui épargne la longue ellipse glacée de l'indépendance. Un frère paraplégique était un don de Dieu pour une telle femme; elle aurait pu se consacrer à un mari et à des enfants, mais un frère impotent lui offrait beaucoup plus d'excuses pour éviter les tracas et les obligations inhérentes à une vie normale.

Toujours prévenantes, toujours effacées, ces femmes sont en fait des monstres d'égoïsme. Pendant qu'elle se répandait en éloges sur son frère disparu, je percevais le fétichisme pervers que lui inspiraient bassinet et chaise roulante, l'admiration qu'elle se vouait à elle-même, qui avait sacrifié pendant plus de trente ans sa vocation d'épouse et de mère pour soigner avec amour un cadavre à peine mobile et constamment puant.

Je connaissais bien Anne Bishop : sa vie était un long suicide masturbatoire. En y pensant, j'eus honte d'être du même sexe qu'elle. Souvent lorsque je rencontre des loques dans son genre, j'ai envie de les forcer à s'enfoncer les deux mains dans la bouche jusqu'à ce qu'elles s'étouffent dans leurs vomissures, et que c'en soit fini.

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La violence moderne me désespère. Sa nature impersonnelle, son caractère routinier qui l'a rendue accessible au plus grand nombre, me désespèrent. J'avais un poste de télévision, mais je l'ai revendu au plus fort de la guerre du Viet-Nâm. Ces tranches de mort aseptisées- que l'oeil de la caméra rendait encore plus distantes-ne signifiaient rien à mes yeux.

Mais je pense qu'elles signifiaient quelque chose pour les veaux qui m'entourent.

Lorsque la guerre a pris fin, ainsi que la comptabilité macabre détaillée chaque soir sur les écrans, ils en ont redemandé encore et encore, et les écrans de cinéma et les rues de cette chère nation mourante leur ont fourni une provende médiocre. C'est une dépendance que je connais bien.

Ils ne comprennent rien.

Lorsqu'on se contente de l'observer, la mort violente est une tapisserie de souillure, de tristesse et de confusion. Mais pour ceux d'entre nous qui goûtent au Festin, la mort peut être un sacrement.

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" Œufs aux bacon avec toasts, ça vous va ? " demanda-t-elle. L'air embaumait le café chaud.

" Formidable, mais pas de bacon pour moi. "

Natalie serra le poing et fit mine de se taper sur la tête. " Bien sûr. C'est à cause de votre religion ? "

" Non, à cause de mon cholestérol. "

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Mr Thorne m'aurait apporté le journal du matin sur le plateau, mais j'avais appris depuis longtemps que la lecture des folies et des scandales de ce monde ne sert qu'à profaner le lever du jour.

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