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Éric Chédaille (Traducteur)
EAN : 9782859406554
720 pages
Phébus (22/04/2000)
4.18/5   96 notes
Résumé :
Un vieil historien ronchon, unijambiste et condamné au fauteuil roulant, plaqué au surplus par sa douce, s'occupe à trier des archives de famille pour tenter de conjurer comme il peut la mort qui guette au prochain tournant - ou à celui d'après si l'on veut rester optimiste. C'est ainsi qu'il va tomber sur des lettres laissées par sa grand-mère, une jeune femme des années 1860 qui parcourt l'Ouest sauvage à la suite de son prospecteur de mari - et dont la vie; passé... >Voir plus
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Si vous avez lu la Vie obstinée de Stegner vous vous souvenez du personnage principal. Ce vieux ronchon ! Vous savez ce personnage qu'on adore détester.
Ici c'est Lyman. Il a été amputé et est cloué dans un fauteuil roulant. Son fils pragmatique et anxieux, ne rêve que de le placer à la maison de retraite de Menlo Park, « là où l'on met les vieux au vert ». C'est mal connaître Lyman. Historien et professeur émérite il a un projet, vivre dans la maison de ses grands parents et y rédiger le récit de leurs vies « pour éviter d'avoir à trop se pencher sur la sienne ».
A partir de lettres, de coupures de presse et de beaucoup d imagination, Lyman va retracer un peu plus d'une vingtaine d'années d'un couple de pionniers.
Susan, la grand-mère, quaker, bourgeoise, fière et artiste mariée à un ingénieur réaliste, taciturne, doué et sérieux définitivement peu doué pour les affaires.
Une vie dans l'Ouest entre 1870 et 1890 à l'époque où tout était à construire, des mines à évaluer, des canaux à percer, des terres à irriguer, souvent avant l'arrivée du train. Une vie de privations, de déménagements, d'espoirs et des déboires. Une vie où Susan emportait sa tradition avec elle dans l'inconnu culturel. Deux personnes qui vécurent debout, ensemble.
C'est beaucoup plus qu'une histoire de l'Ouest ou un livre d'aventures. C'est plus qu'une échappatoire, c'est la quête personnelle d'un biographe qui s'efforce de descendre à la racine d'un malheur non expliqué. L'histoire est rédigée avec le recul temporel de Lyman. Il s'agit de découvrir comment ce couple si dissemblable resta soudé l'un à l'autre, « dévalant la pente de leur avenir ». C'est aussi pour Lyman la volonté farouche de prouver qu'il est capable de mener de front une oeuvre ambitieuse au nez et à la barbe de sa famille condescendante.
Le récit entrelace la vie au XIXème siècle et les démêlés de Lyman avec son entourage à la fin des années soixante. Très belle réussite ces passages de paix armée avec sa famille et surtout ses querelles avec son assistante improvisée la jeune Shelly, si énervante et si aguichante à la fois. Elle l'emmène là où il ne veut plus aller.
Lisez jusqu'au bout ce pavé qui fut couronné du prix Pulitzer en 1972 jusqu'à la suprême récompense. Une scène superbe s'installe subrepticement à pas feutrés et dynamite tabous et bon goût.
Stegner ose tout. Il alterne mélancolie, doute et mauvaise foi jubilatoire. Un grand sentimental qui ne veut pas se l'avouer.
Il joue de sa dextérité pour faire de son lecteur sa victime consentante.



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Wallace Stegner : Angle d'Équilibre.

Je continue l'exploration de ce formidable auteur américain Wallace Stegner découvert sur le Groupe avec le très beau « La Vie Obstinée ». J'invite les lecteurs qui n'ont pas lu les différentes chroniques autour de ce dernier livre à utiliser la loupe de recherche.
Wallace Stegner est un auteur Américain injustement méconnu en France né en 1909 dans l'Iowa et mort en 1993. On peut le ranger dans la catégorie des auteurs naturalistes, écologue plutôt qu'écologiste militant, féru d'écosystèmes, de flore et de faune dont il est un magnifique laudateur et expert. Il est très connu aux États Unis où il fut l'inspirateur de belles pointures de la littérature US, comme Jim Harrison qui le considérait comme la figure centrale de la littérature de l'Ouest. Enseignant chercheur à l'origine, il passe rapidement à la littérature et à son enseignement.
« Angle d'Équilibre » est l'un des livres phare de sa carrière, paru en 1971, couronné par le Prix Pulitzer, il a été rangé dans la sélection des 100 romans du siècle par le New-York Times. Ce n'est pas rien.
« La Vie obstinée » que nous avons été plusieurs à chroniquer, est le plus accessible d'emblée, son dernier livre que je n'ai pas présenté ici « En lieu sûr « est une émouvante réflexion sur le thème peu réjouissant de la fin de vie. On qualifie souvent Wallace Stegner, à juste titre, comme l'écrivain de la « Clairvoyance désenchantée ». « Angle d'équilibre » répond parfaitement à cette définition.
On y retrouve les spécificités de l'auteur et ses thèmes récurrents.
Un vieil historien ronchon, Lyman, unijambiste et cloué dans un fauteuil roulant, plaqué par sa femme partie avec le chirurgien qui l'a amputé (!) , vit seul dans sa maison, avec l'aide d'une aide-ménagère d'abord, puis de la fille de celle-ci , Shelly, hippie en recherche et en perdition, qui tente de de se ressouder à une vie « normale ».
Lyman, dont la seule activité physique est de faire deux fois huit pas avec ses cannes dans son jardin, entreprend avec son aide Shelly, à travers une masse d'archives familiales de faire revivre l'histoire de sa grand-mère, Susan, femme moderne avant l'âge, quaker ,artiste également puisqu'elle écrit et dessine avec brio pour les grands magazines de l'époque qui s'arrachent ses textes et dessins, (c'est elle qui souvent va faire bouillir la marmite familiale) friante de littérature, de poésie, de mondanités mais mariée à Oliver un ingénieur des Mines (de charbon mais pas d'or) ombrageux, amoureux réservé et silencieux de sa femme, utopiste dans sa façon de concevoir son travail, à la fois géographe et responsable de l'organisation structurelle des mines pour des entrepreneurs fortunés et véreux (pléonasme !) et peu scrupuleux . Ces deux-là vont faire leur vie dans l'Ouest bien loin de ce que la grand-mère Susan, pouvait rêver et projeter, entre 1870 et 1900. Tout était à faire alors, et Susan va passer sa vie en Terre Inconnue, de maisons basiques en villes champignons, déménageant souvent, là où il y avait du travail. A partir de lettres, de coupures de journaux, de vieilles photos, mais aussi de déductions personnelles, Lyman reconstruit et dépeint avec brio la vie romanesque de sa grand-mère, féministe frustrée et dépouillée de tout ce qu'elle aurait voulu semer dans sa vie, mais au fond incapable de décoller de la vie poussiéreuse et miteuse que lui offre son mari, habile et ingénieux dans le travail, mais piètre financier et propre à se faire gruger pour finir pauvre et ruiné.
Ce livre de 700 pages est magnifique. Si l'humour propre à l'auteur est moins présent que dans les deux autres livres précédemment cités, c'est une splendide et puissante fresque de l'Ouest américain, où se croisent de multiples personnages, émouvants, attachants, humains, féroces, sans foi ni loi, en recherche de travail et de bonheur, de stabilité et d'aventure. le livre est une sorte de dyptique où se fondent astucieusement la vie propre de l'auteur à celle reconstruite de sa grand-mère. Pourquoi est ce que je parle de sa grand-mère plutôt que de son grand père, parce que c'est d'elle dont l'auteur se sent le plus proche, comme s'il retrouvait chez elle, le double, en positif, de la femme et de l'épouse qu'il a eu mais qui ne l'a pas aimé. L'habileté qu'a cet auteur inclassable de peindre, par son écriture désenchantée l'âme humaine, d'une abyssale mélancolie, nostalgique, et d'une étonnante sensibilité, est à la fois délicieuse, tout en finesse et tellement poignante. Je me suis immergé dans cette histoire qui m'a conduit dans cet Ouest américain ou Wallace Stegner avec sa palette de sentiments, d'ombres et de lumières, de doutes et d'effets en trompe l'oeil , d'interrogations sur la Vie nous prend par la main, car au fond le Vieil auteur ronchon que l'on retrouve au fil de son oeuvre, c'est bien sûr toujours lui.
Dépaysement intelligemment équilibré, quand la littérature romanesque parle sous tous les angles de philosophie, de féminisme, et des grandes questions de l'existence.
Ne laissez pas cet auteur au fond de votre fameuse PAL, vous passerez, je m'y engage, un formidable moment de lecture.
« Qu'est-ce que tu entends par « Angle d'Équilibre « m'a telle demandé lorsque je rêvais que nous parlions de mon aïeule, et je lui ai répondu que c'était l'angle qu'épouse un homme ou une femme qui finit par renoncer. (…) ce n'est pourtant pas ce que j'espérais découvrir lorsque j'ai commencé de mettre le nez dans la vie de ma grand-mère. Je pensais alors et je le pense toujours, qu'une autre sorte d'angle était observable au long de ces années qui la virent vieillir et vieillir encore jusqu'à atteindre le grand âge, et durant laquelle mon grand-père suivit un chemin parallèle. Fierté, amour propre, ces deux êtres vécurent à la verticale, et c'est seulement par l'illusion oculaire de la perspective que l'on peut prétendre qu'ils se sont rejoints ».
Humainement recommandé.
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ANGLE D'ÉQUILIBRE de WALLACE STEGNER
Lyman Ward est cloué sur son fauteuil, unijambiste et devant se faire aider pour toutes les tâches pratiques les plus intimes. Il est grognon, un peu acariâtre, d'autant que sa femme l'a largué après 30 ans de vie commune,qu'il croyait réussie, et est partie vivre avec un chirurgien esthétique. Sa plus grande activité étant de faire deux fois huit pas par jour, ce qui l'épuise, il va trouver à s'occuper dans sa bibliothèque où s'entassent des centaines de lettres de sa grand mère Susan. Étant historien il va s'attacher à trier, classer et tenter de retracer la vie de cette femme étonnante. Fille de quaker, habituée au raffinement, aux salons, elle va se marier avec un ingénieur Oliver, qu'elle n'a vu qu'une fois rapidement et qui reviendra cinq ans plus tard lui demander sa main et avec qui elle partira à la conquête de l'Ouest. Voyages incessants, conditions précaires, elle endurera tout avec stoïcisme et abnégation. Tout est consigné dans les lettres qu'elle envoyait régulièrement à son amie de coeur. de déception en échecs, son mari dont l'honnêteté absolue est un handicap en ces temps de conquêtes sauvages, Susan ne lâchera jamais Oliver dans cet ouest des années 1860 et ce milieu minier qui est celui décrit dans ce roman. Alternativement avec l'histoire de Susan et Oliver, Wallace STEGNER nous fait vivre au jour le jour la vie de Lyman, dont certains voudraient bien le caser dans un lieu médicalisé, qui lutte pour rester indépendant et trouver un intérêt à sa vie.
Prix Pulitzer 1971, c'est un magnifique roman, dans lequel on retrouve la finesse d'écriture et le style élégant avec ce questionnement permanent chez STEGNER, comment fait on pour continuer à supporter cette vie.
Mon livre préféré chez STEGNER.
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Lyman Ward, historien, 58 ans, handicapé et plein d'amertume, retrace en 1970 la vie de ses grands-parents paternels. Oliver Ward et Susan Burling étaient on ne peut plus différents; ils se sont pourtant aimés, et ont à leur façon participé à la conquête de l'Ouest américain.
Susan était une artiste, illustratrice, écrivaine, quaker gentiment snob et victorienne jusqu'au bout des ongles. Oliver était un scientifique, sérieux, mutique, intelligent mais non brillant, fiable à 200 % et très démuni face aux relations humaines.
La naissance de leur amour m'a fait rêver : Alors qu'elle est à plat-ventre sur un précipice pour contempler une chute d'eau, il lui tient les chevilles pour l'assurer; quand elle se relève, elle est amoureuse.
Elle le suivra dans des endroits impossibles, bravera la misère, la honte, le malheur, perdra ses amis, son côté frivole, aura honte de lui et honte d'avoir honte, mais jamais ne cessera de l'aimer.
Lui, pourtant, ne saura pardonner sa seule et terrible erreur : ils finiront leur vie ensemble, mais étrangers.
En une économie de mots juste parfaite, Wallace Stegner nous déroule toute la complexité de la nature humaine, qui ne change jamais, quelle que soit son époque.
On trouve dans ce roman une profonde réflexion sur l'amour, sur toutes les formes d'amour, et le point de vue du petit-fils historien nous serre souvent la gorge.
On trouve aussi différents styles de narration, entre les lettres de Susan et le quotidien des années 1970.
On trouve encore une belle interrogation sur la magnanimité, notion plus ardue qu'il n'y parait.
Enfin un dénouement mystérieux, aux deux époques, de petits pièges dans lesquels on tombe à pieds joints, pour se frapper après devant tant de naïveté.
Dans la droite lignée d'Autant en emporte le vent, avec la même puissance romanesque, le même souffle intemporel et la capacité de nous soustraire au monde réel.

Quelques mots d Hubert Nyssen dans ses merveilleux carnets : « J'achève la lecture infiniment jouissive et délibérément lente des 700 pages d'Angle d'équilibre au moment où Christine commence à lire dans sa version orginale – Angle of Repose – ce roman de Wallace Stegner qui reçut le prix Pulitzer en 1972. Mais pourquoi, bon dieu – cela m'obsède – jamais un article, jamais une voix avant celle de Frédérique, n'avaient attiré mon attention sur cet auteur considérable qui est de la génération de mon père (du coup, extravagances de l'imagination…) et qui est mort en 1993 d'un accident d'automobile, comme Camus, comme Sebald ? Quand Christine sera suffisamment avancée dans sa lecture, je la harcèlerai de questions sur le style car les traductions d'Eric Chédaille (évidemment, son nom ne figure pas sur la couverture du livre !) en font voir la surprenante richesse, et nous ne sommes plus au temps où l'on traduisait Dostoïevski comme s'il avait écrit à la manière De Chateaubriand. Dans le style de la traduction de Chedaille, je sens, pressens et espère celui de Stegner. »
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Un vieil historien ronchon et amputé s'isole de tout et de tous dans la maison de sa famille, malgré les récriminations de son fils qui voudrait le voir moins isolé, voire dans une maison de retraite, pour y compulser toutes les lettres de sa grand-mère, et tenter de retracer sa vie. ll faut dire qu'elle a eu une vie à laquelle peu de choses l'avaient préparée: élevée dans l'Est, elle ne rêvait que d'un salon brillant où de grands causeurs auraient discuté littérature et peinture, et voilà qu'elle épouse un ingénieur et se retrouve dans l'Ouest, de villes minières en campements divers!
Un monde dur, peuplé de gens dont elle se trouve séparé par ses préjugés, elle fera de son mieux pour le soutenir, allant jusqu'à faire vivre la famille de ses dessins et articles envoyés aux journaux de l'Est, à chaque fois que l' honnêteté de son époux se révèle une pierre d'achoppement sur la voie, sinon de la fortune du moins d'un revenu régulier.
C'est un très grand roman, un classique, qui s'attache à être aussi réaliste que possible et qui offre de très beaux portraits de personnages.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Je me la représente avec netteté. Vue d'ici, elle paraît terriblement peu adaptée. Elle était toujours très soucieuse de sa mise.[...]Et elle vivait à une époque où les femmes s'enveloppaient de yards de satin, de serge, de taffetas, de bombasin, que sais-je encore, avec tournures, jabots plissés et manches gigot, le tout soutenu par une armature de baleines. Une femme d'aujourd'hui résidant sur un site minier, fût-elle mariée à l'ingénieur en chef, passe sa vie en jeans et sweat-shirt. Grand-mère ne faisait pas la plus petite concession aux endroits qu'elle habitait. J'ai une photographie d'elle montant à cheval dans ce qui a tout l'air d'un costume de cour, et une autre prise au bord de la Boise dans les années 1880, un canot de construction locale à ses pieds, une tente à l'arrière-plan et son troisième bébé sur l'épaule. Et qu'y porte-t-elle? Une robe longue, de singalette ou quelque chose d'approchant, à col montant, taille pincée, triple empiècements et manches bouffantes. Plus un chapeau de paille.
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Cependant, il y a chez elle un côté impudique que je n'aime guère. Elle est un membre adhérent de cette génération libérée, et même si je ne suis pas du genre à demander à tout bout de champ : "N'y a-t-il donc rien de sacré à vos yeux?", je m'interroge sur un état d'esprit pour lequel rien ne justifie un jugement différé et qui ne soit pas ironique. Prenez par exemple votre serviteur. Je l'ai surprise une ou deux fois en train de m'observer de l'air de me trouver un rien risible. Eh bien, cela me navre. Je revendique d'être au moins pitoyable, grotesque ou effrayant.
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La vérité sur mon fils, c’est qu’en dépit d’un bon fond, d’une intelligence certaine, d’une culture étendue et d’un allant de bulldozer, il est aussi brutal qu’un coup de pied dans les tibias. Il se montre péremptoire même avec la sonnette de la porte d’entrée. Il n’a pas le timbre bref et interrogatif. Son pouce presse le bouton une première fois, recommence après dix secondes et, une seconde plus tard, l’enfonce sans plus le relâcher. C’est de cette manière qu’il m’a sommé ce midi.
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Et pas un mot de ce grand plongeon dans le sexe, partant d’une virginité si absolue qu’elle n’en connaissait probablement pas le vocabulaire ni encore moins la physiologie et les affects. Pas la moindre allusion, même à Augusta, sur ce qu’elle éprouva dans la chambre de Brevoort House, uniquement éclairée par le tremblotement du réverbère à gaz de la rue, quand le quasi-inconnu auquel elle était mariée toucha les agrafes de sa robe ou posa sur son sein une main chargée à six mille volts.
Si j’étais un moderne écrivant sur une jeune femme moderne, il me faudrait dépeindre sa nuit de mariage avec une odieuse précision. L’usage du pays et de l’époque exigerait une description, de préférence au « second degré », des préliminaires, de la lubrification, de la pénétration et de l’orgasme. Ici en revanche, pour me conformer aux lieux communs sur l’amour victorien, il me faudrait faire avorter ledit orgasme et conclure l’affaire par des larmes et de tristes paroles consolatrices. Mais allez savoir. J’ai pas mal confiance en Susan Burling et en celui qu’elle épousa. J’imagine qu’ils se tirèrent d’affaire sans avoir besoin de recourir au moindre adjuvant et moins encore de rendre publics leurs secrets intimes.
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C'est comme si son esprit était une flasque où l'on venait de verser une mesure de nostalgie, une d'insatisfaction et une autre de lassitude, plus un trait d'amertume.
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