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Éric Chédaille (Traducteur)
EAN : 9782859406554
720 pages
Éditeur : Phébus (22/04/2000)
4.13/5   72 notes
Résumé :
Un vieil historien ronchon; unijambiste et condamné au fauteuil roulant, plaqué au surplus par sa douce, s'occupe à trier des archives de famille pour tenter de conjurer comme il peut la mort qui guette au prochain tournant - ou à celui d'après si l'on veut rester optimiste. C'est ainsi qu'il va tomber sur des lettres laissées par sa grand-mère, une jeune femme des années 1860 qui parcourt l'Ouest sauvage à la suite de son prospecteur de mari - et dont la vie; passé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Perlaa
  26 juin 2021
Si vous avez lu la Vie obstinée de Stegner vous vous souvenez du personnage principal. Ce vieux ronchon ! Vous savez ce personnage qu'on adore détester.
Ici c'est Lyman. Il a été amputé et est cloué dans un fauteuil roulant. Son fils pragmatique et anxieux, ne rêve que de le placer à la maison de retraite de Menlo Park, « là où l'on met les vieux au vert ». C'est mal connaître Lyman. Historien et professeur émérite il a un projet, vivre dans la maison de ses grands parents et y rédiger le récit de leurs vies « pour éviter d'avoir à trop se pencher sur la sienne ».
A partir de lettres, de coupures de presse et de beaucoup d imagination, Lyman va retracer un peu plus d'une vingtaine d'années d'un couple de pionniers.
Susan, la grand-mère, quaker, bourgeoise, fière et artiste mariée à un ingénieur réaliste, taciturne, doué et sérieux définitivement peu doué pour les affaires.
Une vie dans l'Ouest entre 1870 et 1890 à l'époque où tout était à construire, des mines à évaluer, des canaux à percer, des terres à irriguer, souvent avant l'arrivée du train. Une vie de privations, de déménagements, d'espoirs et des déboires. Une vie où Susan emportait sa tradition avec elle dans l'inconnu culturel. Deux personnes qui vécurent debout, ensemble.
C'est beaucoup plus qu'une histoire de l'Ouest ou un livre d'aventures. C'est plus qu'une échappatoire, c'est la quête personnelle d'un biographe qui s'efforce de descendre à la racine d'un malheur non expliqué. L'histoire est rédigée avec le recul temporel de Lyman. Il s'agit de découvrir comment ce couple si dissemblable resta soudé l'un à l'autre, « dévalant la pente de leur avenir ». C'est aussi pour Lyman la volonté farouche de prouver qu'il est capable de mener de front une oeuvre ambitieuse au nez et à la barbe de sa famille condescendante.
Le récit entrelace la vie au XIXème siècle et les démêlés de Lyman avec son entourage à la fin des années soixante. Très belle réussite ces passages de paix armée avec sa famille et surtout ses querelles avec son assistante improvisée la jeune Shelly, si énervante et si aguichante à la fois. Elle l'emmène là où il ne veut plus aller.
Lisez jusqu'au bout ce pavé qui fut couronné du prix Pulitzer en 1972 jusqu'à la suprême récompense. Une scène superbe s'installe subrepticement à pas feutrés et dynamite tabous et bon goût.
Stegner ose tout. Il alterne mélancolie, doute et mauvaise foi jubilatoire. Un grand sentimental qui ne veut pas se l'avouer.
Il joue de sa dextérité pour faire de son lecteur sa victime consentante.

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SagnesSy
  11 novembre 2018
Lyman Ward, historien, 58 ans, handicapé et plein d'amertume, retrace en 1970 la vie de ses grands-parents paternels. Oliver Ward et Susan Burling étaient on ne peut plus différents; ils se sont pourtant aimés, et ont à leur façon participé à la conquête de l'Ouest américain.
Susan était une artiste, illustratrice, écrivaine, quaker gentiment snob et victorienne jusqu'au bout des ongles. Oliver était un scientifique, sérieux, mutique, intelligent mais non brillant, fiable à 200 % et très démuni face aux relations humaines.
La naissance de leur amour m'a fait rêver : Alors qu'elle est à plat-ventre sur un précipice pour contempler une chute d'eau, il lui tient les chevilles pour l'assurer; quand elle se relève, elle est amoureuse.
Elle le suivra dans des endroits impossibles, bravera la misère, la honte, le malheur, perdra ses amis, son côté frivole, aura honte de lui et honte d'avoir honte, mais jamais ne cessera de l'aimer.
Lui, pourtant, ne saura pardonner sa seule et terrible erreur : ils finiront leur vie ensemble, mais étrangers.
En une économie de mots juste parfaite, Wallace Stegner nous déroule toute la complexité de la nature humaine, qui ne change jamais, quelle que soit son époque.
On trouve dans ce roman une profonde réflexion sur l'amour, sur toutes les formes d'amour, et le point de vue du petit-fils historien nous serre souvent la gorge.
On trouve aussi différents styles de narration, entre les lettres de Susan et le quotidien des années 1970.
On trouve encore une belle interrogation sur la magnanimité, notion plus ardue qu'il n'y parait.
Enfin un dénouement mystérieux, aux deux époques, de petits pièges dans lesquels on tombe à pieds joints, pour se frapper après devant tant de naïveté.
Dans la droite lignée d'Autant en emporte le vent, avec la même puissance romanesque, le même souffle intemporel et la capacité de nous soustraire au monde réel.
Quelques mots d Hubert Nyssen dans ses merveilleux carnets : « J'achève la lecture infiniment jouissive et délibérément lente des 700 pages d'Angle d'équilibre au moment où Christine commence à lire dans sa version orginale – Angle of Repose – ce roman de Wallace Stegner qui reçut le prix Pulitzer en 1972. Mais pourquoi, bon dieu – cela m'obsède – jamais un article, jamais une voix avant celle de Frédérique, n'avaient attiré mon attention sur cet auteur considérable qui est de la génération de mon père (du coup, extravagances de l'imagination…) et qui est mort en 1993 d'un accident d'automobile, comme Camus, comme Sebald ? Quand Christine sera suffisamment avancée dans sa lecture, je la harcèlerai de questions sur le style car les traductions d'Eric Chédaille (évidemment, son nom ne figure pas sur la couverture du livre !) en font voir la surprenante richesse, et nous ne sommes plus au temps où l'on traduisait Dostoïevski comme s'il avait écrit à la manière De Chateaubriand. Dans le style de la traduction de Chedaille, je sens, pressens et espère celui de Stegner. »
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Taraxacum
  09 juin 2016
Un vieil historien ronchon et amputé s'isole de tout et de tous dans la maison de sa famille, malgré les récriminations de son fils qui voudrait le voir moins isolé, voire dans une maison de retraite, pour y compulser toutes les lettres de sa grand-mère, et tenter de retracer sa vie. ll faut dire qu'elle a eu une vie à laquelle peu de choses l'avaient préparée: élevée dans l'Est, elle ne rêvait que d'un salon brillant où de grands causeurs auraient discuté littérature et peinture, et voilà qu'elle épouse un ingénieur et se retrouve dans l'Ouest, de villes minières en campements divers!
Un monde dur, peuplé de gens dont elle se trouve séparé par ses préjugés, elle fera de son mieux pour le soutenir, allant jusqu'à faire vivre la famille de ses dessins et articles envoyés aux journaux de l'Est, à chaque fois que l' honnêteté de son époux se révèle une pierre d'achoppement sur la voie, sinon de la fortune du moins d'un revenu régulier.
C'est un très grand roman, un classique, qui s'attache à être aussi réaliste que possible et qui offre de très beaux portraits de personnages.
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MIOP
  09 février 2012
La découverte de l'?uvre de Wallace Stegner (1909-1993) aura été, si l'on en croit quelques critiques, au premier rang desquels Michel Polac, l'une des bonnes surprises de cette fin de siècle.
Découverte chez nous bizarrement tardive, si l'on sait qu'une bonne part des romanciers américains qui gravitent aujourd'hui autour du pôle de Missoula (Montana), et Jim Harrison le premier, considèrent Stegner comme leur maître - en tout cas comme leur initiateur à une certaine vision du monde (une sorte de stoïcisme moderne, si l'on veut). Angle d'équilibre (1971) est le plus célèbre roman de Stegner : c'est celui qui lui a valu le prix Pulitzer - et c'est, à ses propres yeux et à ceux de la plupart de ses lecteurs, son roman à la fois le plus ambitieux et le plus abouti.
On ajoutera : l'un des plus émouvants aussi, car Stegner (ses lecteurs français le savent aujourd'hui) n'est jamais aussi grand que lorsqu'il évoque les fins de partie. Un vieil historien ronchon, unijambiste et condamné au fauteuil roulant, plaqué au surplus par sa douce, s'occupe à trier des archives de famille pour tenter de conjurer comme il peut la mort qui guette au prochain tournant - ou à celui d'après si l'on veut rester optimiste.
C'est ainsi qu'il va tomber sur les lettres laissées par sa grand-mère, une jeune femme des années 1860 qui parcourt l'Ouest sauvage à la suite de son prospecteur de mari - et dont la vie, passée au milieu de paysages grandioses, ne sera qu'une suite (plutôt mouvementée) de dégringolades et de désillusions... Où Stegner revient, une fois de plus, à la vieille question : comment faisons-nous pour vivre, pour tenir debout, alors que ce monde - riche pourtant de merveilles - ne cesse de mettre à bas nos rêves, et nous avec ? le New York Times, dans un palmarès resté célèbre, a rangé Angle d'équilibre parmi " les cent plus grands romans du siècle ".
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keisha
  28 août 2013
"N'ayant point d'avenir à moi, pourquoi ne me tournerais-je pas vers le tien?"
Souffrant d'une grave maladie invalidante, dont la cause probable ne sera abordée qu'une fois au cours du roman (faut être vigilant), Lyman Ward a dû être amputé (et sa femme est partie avec le chirurgien...). Il se lance dans la rédaction d'une biographie de sa grand mère, Susan Ward, à partir de documents divers, dessins et articles, et surtout les lettres envoyées à sa grande amie Augusta. D'ailleurs ce roman est directement fondé sur les lettres d'une certaine Mary Hallock Foote.
Susan, jeune dessinatrice prometteuse de l'est des Etats Unis, épouse dans les années 1870 Oliver Ward, un ingénieur qui ne trouvera de travail que dans l'ouest du pays, encore peu habité et développé. Écartelée entre le milieu intellectuel laissé derrière elle et sa fidélité et son amour pour son mari, Susan sera une "dame" dans cet ouest rude. Qu'on se l'imagine en robe longue, col montant, taille serrée, jupon, et toujours un carnet de croquis.
Lyman a connu ses grands parents (qui vécurent jusqu'à des quatre-vingt dix ans) et cherche à comprendre ce qu'ils ont pu ressentir au fil de leur existence commune (ou pas, car ils furent séparés de longs mois quand Oliver travaillait dans un endroit peu propice à l'installation d'une famille), au long de petites réussites, mais surtout de "désirs émoussés, d'espoirs ajournés ou abandonnés, d'occasions ratées, de défaites acceptées, de chagrins endurés."
En plus d'une belle évocation de l'ouest américain en cours de développement, un beau portrait de femme. Ne pas s'attendre à des événements toujours extraordinaires, quoiqu'il y eut des drames. Stegner est bien sûr suffisamment habile pour entremêler deux récits, passé et présent, ne laissant pas ignorer quand Lyman Ward imagine ce qu'il ne connaît pas avec certitude (à l'époque de Susan Ward, on n'étalait pas au grand jour certains aspects de sa vie privée, comme il regrette que le fassent les jeunes femmes de 1969). Les dialogues justement entre Lyman et la jeune femme qui l'aide à classer les documents m'ont d'ailleurs plus fait ressentir un décalage temporel que la vie dans les campements miniers en 1880...Peace and Love, c'est loin tout ça.
Wallace Stegner (1909-1993) est un des "écrivains de l'ouest" et évidemment un incontournable. Belle finesse dans l'étude psychologique et la description de la nature.
Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
TaraxacumTaraxacum   31 mai 2016
Je me la représente avec netteté. Vue d'ici, elle paraît terriblement peu adaptée. Elle était toujours très soucieuse de sa mise.[...]Et elle vivait à une époque où les femmes s'enveloppaient de yards de satin, de serge, de taffetas, de bombasin, que sais-je encore, avec tournures, jabots plissés et manches gigot, le tout soutenu par une armature de baleines. Une femme d'aujourd'hui résidant sur un site minier, fût-elle mariée à l'ingénieur en chef, passe sa vie en jeans et sweat-shirt. Grand-mère ne faisait pas la plus petite concession aux endroits qu'elle habitait. J'ai une photographie d'elle montant à cheval dans ce qui a tout l'air d'un costume de cour, et une autre prise au bord de la Boise dans les années 1880, un canot de construction locale à ses pieds, une tente à l'arrière-plan et son troisième bébé sur l'épaule. Et qu'y porte-t-elle? Une robe longue, de singalette ou quelque chose d'approchant, à col montant, taille pincée, triple empiècements et manches bouffantes. Plus un chapeau de paille.
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TaraxacumTaraxacum   01 juin 2016
Cependant, il y a chez elle un côté impudique que je n'aime guère. Elle est un membre adhérent de cette génération libérée, et même si je ne suis pas du genre à demander à tout bout de champ : "N'y a-t-il donc rien de sacré à vos yeux?", je m'interroge sur un état d'esprit pour lequel rien ne justifie un jugement différé et qui ne soit pas ironique. Prenez par exemple votre serviteur. Je l'ai surprise une ou deux fois en train de m'observer de l'air de me trouver un rien risible. Eh bien, cela me navre. Je revendique d'être au moins pitoyable, grotesque ou effrayant.
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AxelinouAxelinou   17 novembre 2018
La vérité sur mon fils, c’est qu’en dépit d’un bon fond, d’une intelligence certaine, d’une culture étendue et d’un allant de bulldozer, il est aussi brutal qu’un coup de pied dans les tibias. Il se montre péremptoire même avec la sonnette de la porte d’entrée. Il n’a pas le timbre bref et interrogatif. Son pouce presse le bouton une première fois, recommence après dix secondes et, une seconde plus tard, l’enfonce sans plus le relâcher. C’est de cette manière qu’il m’a sommé ce midi.
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malaikatmalaikat   07 janvier 2009
C'est comme si son esprit était une flasque où l'on venait de verser une mesure de nostalgie, une d'insatisfaction et une autre de lassitude, plus un trait d'amertume.
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sweetiesweetie   19 juillet 2017
Il était en avance sur son époque. Son horloge était réglée à l'heure de l'Ouest. Il attendait des trains non encore partis, sur des quais non encore construits, devant des voies non encore posées. À l'instar de maint pionnier, il avait entendu sonner l'horloge et l'histoire s'était trompé dans le décompte des coups. L'espoir avait toujours des longueurs d'avance sur le fait, le possible obscurcissait les contours du réel.
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