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EAN : 9782367490861
144 pages
Cohen et cohen (26/08/2021)
3.96/5   12 notes
Résumé :
Au tournant du millénaire, la journaliste Paula Goldmann est amenée à rencontrer Pavel Stein, un cinéaste singulier, connu pour ses œuvres autour de la mémoire, du manque et de l’absence.
Une relation inattendue s’installe.
Lorsque Stein lui envoie un billet d’avion pour le Tibet, où il est parti se ressourcer dans un monastère, la vie de Paula bascule.
Vingt ans plus tard, elle se penche à nouveau sur ce passé demeuré si présent. Elle a pour c... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique

Il faut quelques pages et un peu de lâcher-prise pour oublier que le texte est issu d'une plume masculine. Néanmoins la magie opère, grâce à la sensibilité de l'auteur qui se glisse sans forfanterie dans la peau et l'esprit d'une jeune femme qui ressent un besoin urgent de confier un épisode important de sa vie à des pages blanches.

Vingt ans plus tôt, une rencontre professionnelle tendue avec Pavel Stein, cinéaste hanté par les séquelles de ce qu'il refuse de nommer la Shoah, aboutit contre toute attente à une relation amoureuse qui défie les divergences de point de vue et la différence d'âge.

Le destin inéluctable inscrira cet amour intense dans la brièveté, et dans l'intensité, laissant des traces indélébiles dans l'histoire de la jeune femme , qui se doit d'exorciser le sortilège qui a tant compté dans son histoire personnelle.

Gérald Tenenbaum a la bosse des maths mais pas seulement. Il possède aussi un talent incontestable pour coucher sur le papier des récits profonds et subtils. Plus, il parvient avec adresse à mêler littérature et science mathématique avec une parfaite harmonie, et la délicatesse d'une érudition qui s'insinue dans l'écrit sans prétention ou affectation.

Ses romans mériteraient une plus grande diffusion.

Merci à lui de m'avoir fait une fois de plus confiance.


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« L'affaire Pavel Stein », Gérald Tenenbaum (Cohen&Cohen 140p)

Se forcer à terminer un livre dans lequel on a du mal à entrer ? Pourquoi pas, s'il n'est pas trop long, et si quelques aspects éveillent malgré tout la curiosité… Ecrire une note de lecture sur un livre que l'on n'a pas vraiment compris ? Pour le seul plaisir, à son tour, de l'écriture ? Comme un élève peut parfois éprouver, tout de même, un peu de satisfaction personnelle à rédiger une dissertation sur un sujet un peu barbant ? Avec le risque de se trouver confronté à ses pauvres limites intellectuelles ? Bref, on ressent mon manque d'enthousiasme.

Une jeune journaliste, Paula Goldmann, un peu en rade affective, responsable d'une rubrique culturelle sur une radio juive, doit interviewer un cinéaste et écrivain juif très connu, Pavel Stein, bien plus âgé qu'elle ; c'est elle la narratrice en « Je » de cette histoire (écrite par un homme, Gérald Tenenbaum, par ailleurs grand mathématicien). Cette rencontre l'interpelle, la secoue, et elle craque pour l'homme autant que pour la pensée qu'il développe (une réflexion sans doute profonde sur le vide, la mémoire et l'absence qui m'a semblée totalement hermétique), mais sans pourtant vouloir s'engager trop vite. Elle reçoit plus tard un billet d'avion l'invitant à le rejoindre juste un week-end au Tibet. Pavel Stein y fait un séjour de rupture philosophique et de ressourcement dans un monastère bouddhiste, l'occasion pour lui, témoin et penseur juif, de se confronter à une pensée orientale dans laquelle il se retrouve. Non seulement on est à l'aube du passage à l'an 2000, source de beaucoup de fantasmes, mais l'armée chinoise se prépare à investir les monastères tibétains pour briser une culture qui lui échappe. L'intellectuel fait face à des matérialités diverses et brûlantes : la shoah inscrite si profondément, au-delà même de la mémoire, dans l'identité de celui qui se vit dans sa judéité, et celle d'un pays envahi et d'un peuple aujourd'hui soumis mais en résistance non-violente. Il y a donc dans ce petit roman des moments poignants, ceux qui évoquent des réalités terribles, même à mots pesés, et d'autres où il m'a complètement échappé, lorsqu'il s'élève dans les sphères éthérées d'une pensée philosophique et religieuse qui me sont étrangères. Sous la plume assez obscure du mathématicien Gérald Tenenbaum, de sa narratrice et du cinéaste écrivain (qui lui aussi s'exprime en son nom propre), l'amour, la vie, la mort, la résistance deviennent des équations mathématiques à x inconnues, d'autant plus complexes et inaccessibles à des lecteurs qui ne baignent pas dans une culture juive… ou bouddhiste. Quant aux deux rebonds de la fin, je les ai trouvés un peu faciles ou factices.

Très anecdotiquement, j'ai cherché avec un peu de mesquinerie, et j'ai d'abord cru déceler la faute d'écriture de cette plume masculine qui s'immisce dans un « je » féminin : pourquoi la narratrice s'interroge-t-elle à tant de reprises sur la tenue vestimentaire qu'elle doit porter avant telle ou telle rencontre ? Puis, observant avec attention un rituel que je connais bien, celui de ma compagne en train de se préparer avant de partir au travail le matin, et je me suis dit…

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Quelques mois avant le passage à l'an 2000.

Paula Goldmann, jeune journaliste responsable de la rubrique cinéma-théâtre sur J-Médias, une chaîne thématique diffusée sur le web et sur les ondes hertziennes, se rend à la projection du dernier film de Pavel Stein, Les Cent Vingt jours de Sodome. L'homme est écrivain, auteur de pièces de théâtre, cinéaste. Ses films parlent de la mémoire, de l'absence de ceux qui ont été exterminés pendant la deuxième guerre mondiale et il a construit son oeuvre autour du vide, du manque.

Même si Paula est touchée par le film de Stein, elle est agacée par le comportement de l'homme et ne peut s'empêcher de l'attaquer verbalement par une question provocatrice. Énervée par la réplique du cinéaste, elle quitte les lieux puis ne le ménage pas dans son article. Quelques mois plus tard, elle reprend contact avec lui pour une interview. de façon inattendue, une relation amoureuse commence entre ces deux solitaires. Lorsque Pavel part au Tibet dans un monastère pour ce que Paula imagine être une retraite temporaire, un séjour pour se ressourcer, et qu'elle le rejoint pour quelques jours à son invitation, elle n'imagine pas qu'il s'agit de leur dernière rencontre. Vingt ans plus tard, elle se souvient et déroule le fil de la mémoire pour tenter de comprendre ce qui s'est passé à Lhassa.

Avec ce résumé, je présente une vision très partielle de ce roman.

Oui, c'est une histoire d'amour, tragique puisqu'interrompue, mais toujours présente dans l'esprit de Paula et on comprend pourquoi dans les dernières pages. Pavel Stein est malade, il s'est trouvé à Lhassa au moment où la Chine a envahi le Tibet. Il a écrit des messages à Paula pour lui raconter l'évolution de la situation mais ne les a pas envoyés. C'est un ami commun qui les ramène à Paula, alors que Pavel a disparu et que personne ne sait où il est.

Mais ce n'est pas que cela, le roman développe aussi les thèmes favoris de son personnage masculin : l'absence, le vide. Dans leurs vies personnelles, aussi bien Paula que Pavel en ont été les victimes et leur rencontre va aussi s'appuyer, de façon paradoxale, sur le vide et l'absence.

Finalement, en lisant ce livre, j'ai eu l'impression d'un tourbillon qui ramènerait sans cesse les mêmes évènements, sous des formes différentes. Ainsi, les deux héros trouvent dans le cours de leur existence l'occasion de réfléchir à ce qu'ont vécu ceux qui les ont précédés et qui ont été emportés dans la tourmente de la Shoah, même si Pavel refuse absolument ce terme pour évoquer l'extermination des Juifs. C'est par exemple ce qui se produit lorsque Pavel assiste dans son monastère à l'invasion de l'armée chinoise. le dilemme des tibétains de Lhassa face aux assaillants et leurs choix lui évoquent la destinée des juifs du ghetto de Varsovie. C'est un passage très poignant du livre.

J'ai été surprise au début de ma lecture par la narration à la première personne. En effet, c'est Paula qui s'exprime, une jeune femme qui évoque des sujets très intimes. Comment un auteur masculin allait-il s'en sortir ? Mais finalement, très vite, j'ai oublié mes premières réticences et je me suis laissée porter par la narration et ses allées et venues dans le temps, au fil des souvenirs de Paula.

Je n'oublie pas que Gérald Tenenbaum est un mathématicien reconnu, il joue avec la présence des nombres au cours de son récit. Dans un premier temps, je me suis agacée de certaines phrases et puis j'ai finalement compris que l'histoire s'appuyait sur la succession des nombres premiers, en ordre décroissant à partir de 101. Je me suis alors amusée à les retrouver dans le texte, en savourant l'habileté de l'auteur à les placer dans le déroulement de l'intrigue, sans nuire à sa cohérence et à son sérieux.

Bref, un roman que l'on doit lire et relire pour percevoir la richesse des niveaux de l'intrigue, au fil des différents récits qui s'entremêlent.


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Quel merveilleux roman cela aurait pu être s'il avait fait l'objet d'un véritable travail d'édition !

Pourquoi donc l'auteur a-t-il abandonné l'éditrice Héloïse d'Ormession qui l'avait si bien accompagné dans des livres qui vous transportaient dans un monde à la fois féerique et bien réel, avec des personnages meurtris par l'existence à la recherche désespérée pourtant, sans toujours s'en rendre compte eux-mêmes, de raisons de continuer à vivre ?

Dommage pour un ouvrage aussi audacieux (la mise en scène d'un personnage principal féminin par un auteur masculin, à une époque où l'accusation d'appropriation culturelle vient rapidement sur les lèvres témoigne d'un courage auquel on aurait envie de faire honneur).

Il aurait fallu, ici, la pression d'un éditeur bienveillant, mais attaché à son métier, qui ne consiste pas seulement à corriger les fautes d'orthographe et à faire imprimer l'ouvrage, par exemple pour donner plus de résonnance et de profondeur à une fin inattendue et dont l'idée à la fois forte et originale est pleine d'un riche potentiel, ou pour limiter le nombre de formules, certes magnifiquement exprimées, et souvent surprenantes, mais dont l'accumulation finit par faire "cliché"(ex : "un texte pour lecteurs pressés que les éditeurs estampillent roman par terreur de l'imprévu" ; ou "c'est dans leurs cycles que les femmes trouvent la force de refaire perpétuellement le monde, de le réinventer" : formules qui ne restent à mon avis magiques que si l'on en use modérément...)

Peut-être, à l'occasion d'une réédition, un joyau pourrait émerger de la gangue de ce minerai un peu brut ?

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Une forme d'urgence dans la lenteur

Gérald Tenenbaum aime les mots. Par son écriture, il les oblige, ou plutôt il leur offre la possibilité de donner le meilleur d'eux-mêmes. Il les tisse, les tresse, pour en faire des phrases subtiles, délicates, poétiques dans un texte qui pourrait sembler éthéré. Mais il prend tout son sens lorsqu'on le laisse monter en nous, nous effleurer, nous combler de son phrasé profond et secret. Parce qu'il s'agit de cela, chapitre après chapitre, l'auteur nous conte une histoire, nous murmure des confidences. Il le fait par la voix d'une femme Paula. Dans le cadre de son travail de journaliste, elle rencontre Pavel Stein, un cinéaste surprenant. Un lien ténu mais solide les relie. Ils se comprennent à fleur de peau, à fleur de mots….. L'absence et les silences « habités » les rapprochent car chacun ayant une personnalité, disons originale, ne peut se contenter de l'ordinaire…..

Quand un homme écrit en tant que personnage féminin, on cherche souvent les failles, les petites erreurs, mais pour ce roman, cela ne m'est pas venu à l'esprit. Paula était présence dans les pages. Ses réflexions, ses émotions, son analyse des événements étaient fines, « féminines »…. L'auteur s'effaçait derrière elle.

Ce récit nous parle de rencontres, de transmission, de la place de nos croyances, de ce qu'elles nous apportent, de ce qu'on y recherche. Sont évoqués aussi les luttes de pouvoir, les choix des hommes et des femmes, leurs décisions qui peuvent modifier le cours d'une vie.

J'aime beaucoup lire les textes de Gérald Tenenbaum. J'apprécie la place qu'il donne aux chiffres, aux nombres, existences singulières, en filigrane de ce qu'il présente. Face à la prose, ils expriment une forme de rationalisation dans un contexte où les lettres créant les mots, dominent, s'échappant pour suivre leur vie, leur destinée…. Pour certaines personnes, les mathématiques renvoient une image très "matérielle", alors qu'elles peuvent inviter, comme dans ce recueil, au voyage vers l'autre, mais également en soi.

Cette lecture est une parenthèse enchantée où chaque mot se savoure, dans un rythme qui peut paraître calme mais où tout se vit intensément.


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Citations et extraits (2) Ajouter une citation

Vous savez, nous avons des arbres au Liban. Des cèdres. Et ces cèdres sont un peu comme vos sapins, ils résistent aux années qui passent, ils insistent, ils persistent… Sauf qu'au Liban les saisons successives déposent sur leurs écorces une couche blanche, qui défigure les troncs élancés préfigure la victoire finale du temps sur l'aspiration foliaire.

il était mignon quand il se croyait intelligent.

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La mémoire, pour moi, c’est comme un tremblement, voyez-vous, un aller-retour entre ce qu’on a vécu et ce qu’on vit, voire entre ce qu’on aurait pu et ce qu’on pourrait encore vivre.

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Vidéo de Gérald Tenenbaum
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