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EAN : 9782253073802
256 pages
Le Livre de Poche (22/08/2018)
  Existe en édition audio
3.84/5   2496 notes
Résumé :
1949 : Josef Mengele débarque à Buenos Aires. Caché sous divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie. L’Argentine de Perón est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et il doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.

« C’est l’histoire d’un scorpion.
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Critiques, Analyses et Avis (436) Voir plus Ajouter une critique
3,84

sur 2496 notes
On ne sort pas indemne d'une telle plongée en enfer.

Affronter l'histoire de l'ange de la mort d'Auschwitz, c'est comme regarder le diable en face, le mal absolu, la négation de l'Homme. J'ai pensé très fort à ceux qui l'ont croisé, pour leur plus grand malheur, Violette en particulier, tous ceux qui ne sont plus là maintenant pour témoigner.

Olivier Guez nous emmène à la chasse au nazi dans l'Amérique du sud complaisante de l'après guerre où se cache le sinistre Mengele, mais aussi un nombre impressionnant de ses compatriotes, dont Barbie ou Eichmann. Il nous détaille réseaux et complicités. Mengele s'est abrité derrière ce mur de solidarité et de silence et a survécu grâce à l'armée d'avocats et la fortune de sa famille dans des dictatures peu regardantes. Incroyable qu'il ait pu revenir se balader en Europe et visiter ses parents !

L'auteur nous livre ce récit avec un style dépouillé et une structure simple. Il est précis sur les faits et la seule concession faite au romancier c'est quand Il entre dans le cerveau de son personnage arrogant, dépourvu d'émotion et de regret seulement préoccupé de sa personne, imbu de lui-même.

c'est la chronique de l'inhumanité incarnée, un discours raciste porté jusqu'à la tombe, la rencontre entre une idéologie mortifère et un psychopathe, un homme froid qui ne se réfugie pas dans l'excuse de l'obéissance aux ordres.

Inquiétant que personne n'ait songé à trahir quelqu'un de si détestable. Ces ambiguïtés et ces silences en disent long sur les fidélités fondées sur des convictions partagées. le Mal n'est peut-être qu'endormi…

Les contingences géopolitiques, la guerre froide, puis les conflits du Proche Orient, ont ralenti la justice internationale, et Mengele est mort bêtement à la plage . Toutefois, s'il n'a pas été jugé comme Eichmann, il a vécu dans une prison à ciel ouvert, de plus en plus mal au fur et à mesure de ses changements d'identité, misérable paranoïaque se brouillant avec tout le monde, ressassant son passé et justifiant ses crimes.

Les prix littéraires me laissent perplexe la plupart du temps, je ne vois pas trop les raisons de leur subite promotion. Pour ce récit simple et fort, j'approuve le choix du jury. Au moment où des nazis entrent au Bundestag, Olivier Guez interpelle notre présent à la lumière d'un passé terrible.

Méfions nous, les vieux démons mutent comme les virus, leurs habits neufs ne sont que des leurres.

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Josef Mengele est souvent considéré comme l'un des pires criminels nazis, « le symbole de la cruauté nazie », pour le président du tribunal de Yad Vashem, le procureur général du procès d'Eichmann. Un tortionnaire de la pire espèce qui, comme Klaus Barbie et beaucoup d'autres, a bénéficié d'aides et de complicités pour se cacher en Amérique latine. A commencer par celle de l'argentin Peron, favorable aux nazis, qui rêvait pour son pays d'une destinée exceptionnelle, quand les Soviétiques et les Américains se seraient anéantis à coups de bombes atomiques.

Mengele a aussi été soutenu financièrement par sa famille, des riches industriels de Günzburg en Bavière qui ne souhaitaient pas qu'il soit arrêté parce qu'ils risquaient d'être associés à lui. Mais après une période relativement sereine, Mengele a vécu constamment sur le qui vive, dans la peur d'être pris et jugé, et probablement exécuté comme Eichmann qu'il a croisé dans son exil. Car Mengele est surtout un lâche, un sociopathe narcissique et paranoïaque dont la monstruosité s'est épanouie avec la guerre.

Mais tout ça, on le sait plus ou moins, alors pourquoi écrire encore un livre, un roman de surcroît, sur un criminel nazi ? On espère pour les bonnes raisons. Pour ne pas oublier. Pour que ça ne recommence jamais. Pour rendre hommage aux victimes de Mengele et à leurs familles parce qu'il n'y a pas eu de procès pour leur donner la parole, " un procès nécessaire pour analyser L Histoire et l'assumer pour le présent " comme l'a écrit le Die Ziet après le procès Barbie.
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Josef Mengele était médecin dans le camp d'extermination d'Auschwitz. Ce chercheur zélé affectionnait particulièrement les expériences sur les jumeaux et les nains. Il collectionnait les yeux bleus, qu'il épinglait tels des papillons sur les murs de son bureau.
Comme de nombreux criminels nazis, Mengele est parti se cacher en Amérique du Sud après la guerre, où il a bénéficié du soutien de pairs également en exil, et de l'aide financière de sa famille - des riches industriels - restée en Allemagne.
Comment et pourquoi, à la fin des années 40, le gouvernement argentin acceptait de recueillir ces hommes et éventuellement leurs proches, leur épargnant ainsi les procès qu'ils auraient dû affronter en Europe ?

Olivier Guez explique cela dans cette biographie romancée parfaitement documentée, en exposant le contexte politique argentin : dans sa mégalomanie, Juan Perón entendait profiter de la Guerre froide qui opposait l'est et l'ouest pour tirer son épingle du jeu et créer un IVe Reich, aidé en cela par de jeunes et fringants fascistes, brillants scientifiques, issus d'Allemagne ou d'Italie, et dont le bel avenir promis en Europe avait été fauché en plein vol...

J'ai parfois peiné dans ma lecture, le contexte géopolitique est assez complexe (Guerre froide, conflit israélo-palestinien), d'autant que les personnages sont nombreux (noms allemands, et parfois plusieurs pseudonymes pour un même individu)... Quoi qu'il en soit, le portrait de ce criminel en fuite lâche et geignard est saisissant. On espère que sa frousse et sa paranoïa croissantes l'ont autant torturé qu'un procès et quelques années de détention ? Car des remords, il ne semble pas en avoir eus...

Parfois ardu, mais passionnant.
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L'humanité génère et recèle de ces monstres qui font vaciller notre raison et notre espoir. Ceux-ci croissent et prospèrent, souvent dans les périodes d'instabilité et de cahot, puis disparaissent dans la fuite et la mort.
Joseph Mengele était de ces rebuts dégénérés à qui le nazisme avait offert un champ inespéré d'expérimentation de l'horreur et du mal absolu.
Olivier Guez fait le récit détaillé et passionnant, même si romancé, de la course du monstre déchu et chassé... Aidé dans sa fuite par des gouvernements sud-américains d'une écoeurante complaisance, une famille complice d'ignominie et des réseaux pilotés par les nazis et leurs affidés. du beau linge sale à l'odeur pestilentielle des charniers humains de le seconde guerre mondiale. Pouah!
Au moins, Mengele a-t-il connu la peur abjecte du fugitif et la terreur de tomber entre les mains du Mossad et des chasseurs de prime!... Malade d'avoir bouffé sa moustache de trouille, un comble pour ce démon de la rampe d'Auschwitz.
L'humanité génère et recèle de ces monstres qui font vaciller notre raison et notre espoir. À nous de les empêcher de nuire lorsque c'est encore possible, mais aussi de ne jamais les oublier ni eux ni leurs forfaits. de ne pas oublier, non plus, le cahot et le désespoir qui ont permis leurs exactions. Yougoslavie et Rwanda ne sont pas si loin, qui sont venus nous rappeler l'horreur toujours aux aguets.
Votre livre, Olivier Guez, m'a fait serrer les poings et m'a étreint le coeur. Ne pas oublier est à ce prix et je ne saurai trop vous en remercier.
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Olivier Guez nous propose ici de découvrir comment Mengele a disparu des écrans radars à la fin de la guerre.

Il nous parle de sa deuxième vie en exil, tout en la reliant avec le passé, la décryptant à la lumière des évènements de sa première vie dans l'Allemagne nazie, car les deux sont intriquées, imbriquées, l'une expliquant l'autre.

On approfondit le rôle joué par Perón, et d'autres dictateurs d'Amérique du Sud, tel Stroessner au Paraguay. Perón recueille tous les nazis et comparses, « veille personnellement au déroulement de la grande évasion », constituant « un Quatrième Reich fantôme » (P 39 à 41)

Il pense que la guerre froide va dégénérer et que la troisième guerre mondiale est proche, donc il a toutes les cartes en mains pour tenir le monde….

Mengele vit comme un roi à Buenos Aires alors que l'entreprise familiale, à Günzburg, prospère allègrement, réjouissant l'économie allemande, sans jamais être inquiétée, elle emploie tellement de salariés…

Mais la vie de château ne dure qu'un temps, les consciences s'éveillent et la chasse aux nazis commence, avec Eichmann notamment. Il doit fuir au Paraguay, puis au Brésil. Lui qui a terrorisé tant de déportés, tremble à l'idée d'être découvert, le moindre bruit le fait sursauter, il se cache dans des maisons de plus en plus précaires, va jusqu'à se faire construire un blockhaus, d'où il regarde au loin avec ses jumelles pendant des heures. Il est surarmé, se déplace avec une meute de chiens dressés évidemment.

Ce mec (désolée, je ne peux pas dire cet homme, tant il est abject) est vraiment un minable qui manipule tout le monde, y compris ses proches, passe son temps à se plaindre et à gémir, demande de l'argent à tout le monde : famille, autres exilés… son comportement avec son fils est révoltant…

Il est dans le déni : Auschwitz était un camp de travail et il veillait au bon fonctionnement, fier de sa mission. Il n'a rien fait de mal donc pourquoi se sentirait-il coupable ? Voici ce qu'il pense au moment de l'arrestation d'Eichmann selon Olivier Guez :

« Honte aux Allemands, ramassis de mauviettes et de lâches, nation de boutiquiers médiocres aveulis par des dirigeants de pacotille, vendus aux plus offrants, aux marchands du temple : ils ont lâché Eichmann ! ils lui ont tiré une balle dans le dos, alors qu'il n'avait fait que son devoir et que nous nous étions contentés d'obéir aux ordres, au nom de l'Allemagne, pour l'Allemagne, pour la grandeur de notre chère patrie. » P 137

Jamais, pas une seule seconde il n'éprouve le moindre regret, la moindre compassion, pour les êtres qu'il a envoyé à la mort, torturé pour ses pseudo expériences scientifiques, et il ne renoncera jamais à son rêve d'une race aryenne pure, ni à son führer bien-aimé.

Il va se comporter de façon abjecte, dans les actes comme dans la pensée, jusqu'à la fin, et pas une seconde, en lisant ce roman, je n'ai éprouvé la moindre compassion pour lui. Je me demanderai toujours comment des médecins peuvent faire des choses aussi abominables au nom de la science…

Olivier Guez cite, au passage, des extraits particulièrement émouvants du livre de Nyizli, qui fut « le scalpel de Mengele », publié sous le titre « Médecin à Auschwitz ».

Le style est percutant, le livre bien documenté, avec une bibliographie très intéressante si l'on veut en apprendre davantage. Ce roman se dévore.
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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critiques presse (8)
ActuaBD
13 janvier 2023
Adaptation réussie du roman d’Olivier Guez, prix Renaudot 2017, ce récit cauchemardesque signé Matz nous emmène sur les traces d'un des plus célèbres fugitifs nazis, mort au Brésil en 1979.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
Sceneario
06 octobre 2022
Si l’on est parfois perplexe devant certaines adaptations de romans en BD, il faut bien avouer que La disparition de Josef Mengele est une réussite, et gageons qu’Olivier Guez lui-même reconnaitra l’apport de celle-ci à son excellent livre !
Lire la critique sur le site : Sceneario
Telerama
31 août 2018
Dans cette formidable enquête romancée, Olivier Guez suit un homme dont les contours deviennent ceux d’une ombre sinistre qui ne renie rien, peste et rumine contre tous ceux qui s’en sont bien tirés. Et qui mourra sans avoir été jugé.
Lire la critique sur le site : Telerama
LePoint
08 novembre 2017
Avec "La Disparition de Josef Mengele", Olivier Guez reconstitue l'exil latino du SS, paria qui fut pacha.
Lire la critique sur le site : LePoint
Culturebox
27 octobre 2017
Plonger dans l’après seconde guerre mondiale pour suivre la vie de l'un des pires criminels nazis évanoui dans la nature, c'est le sujet de "La disparition de Josef Mengele" d'Olivier Guez.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeMonde
25 septembre 2017
Le romancier s’est battu trois ans avec le médecin nazi. Trois ans de traque posthume et d’écriture pour donner le roman, âpre et sec, de ses années de fuite.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix
22 septembre 2017
Olivier Guez retrace le parcours en Amérique du Sud de Josef Mengele, l’un des bourreaux d’Auschwitz parti se cacher à la fin de la guerre.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeJournaldeQuebec
28 août 2017
En revenant sur le passé d’un tortionnaire SS, ce roman, qui s’inscrit dans la rentrée littéraire, nous est carrément rentré dedans.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (257) Voir plus Ajouter une citation
Rolf Mengele est un jeune homme tourmenté. A chaque fois qu'il se présente, l'accueillent un silence gêné, des regards embarrassés. Mengele, comme... ? Oui, Mengele. Le fils de Satan. Maudit patronyme, sa croix et sa bannière, jamais il n'oubliera sa consternation et son chagrin le jour où il a découvert en lisant les journaux, peu après l'enlèvement d'Eichmann, que l'oncle badin qui lui racontait des histoires de gauchos et d'Indiens à l'hôtel Engel était [en réalité] son père, le médecin tortionnaire d'Auschwitz. Funeste famille : élevé par sa mère, devenu avocat à Freibourg, Rolf fuit le clan de Günzburg. Il méprise le silence des Mengele sur les crimes de son père et leur dédain pour ses victimes. Leur solidarité tribale, leur cupidité, leur lâcheté lui sont odieuses. Rolf se revendique de gauche, en lutte contre le capitalisme et le fascisme, les Mercedes, l'hypocrisie et la conscience tranquille de la bonne société ouest-allemande. Rolf est un enfant contestataire de l'après-guerre, que ses cousins Dieter et Karl-Heinz surnomment 'le communiste'. Un rebelle, mais un rebelle fragile, empêtré dans ses contradictions, torturé par ce père encombrant et venimeux.
(p. 190)
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Le monde découvre peu à peu l'extermination des Juifs d'Europe. De plus en plus de livres, d'articles, de documentaires sont consacrés aux camps de concentration et d'extermination nazis. En 1956, malgré les pressions du gouvernement ouest-allemand qui demande et obtient son retrait de la sélection officielle du Festival de Cannes au nom de la réconciliation franco-allemande, 'Nuit et brouillard', d'Alain Resnais, bouleverse les consciences. 'Le Journal d'Anne Frank' connaît un succès croissant. On parle de crime contre l'humanité, de solution finale, de six millions de Juifs assassinés.
Le cercle Dürer [éditeur allemand en Argentine] nie ce chiffre. Il se félicite de l'entreprise d'extermination mais n'évalue qu'à 365 000 le nombre de victimes juives ; il dément les meurtres de masse, les camions et les chambres à gaz ; les six millions ne sont qu'une falsification de l'Histoire, une énième manigance du sionisme mondial afin de culpabiliser et d'abattre l'Allemagne après lui avoir déclaré la guerre et infligé des destructions épouvantables, sept millions de morts, ses plus belles cités rasées, la perte de ses terres ancestrales à l'est.
(p. 82-83)
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Mengele a un geste d’irritation, on l’interrompt rarement. « Mon devoir, lui dit-il droit dans les yeux, mon devoir de soldat de la science allemande : protéger la communauté organique biologique, purifier le sang, le débarrasser de ses corps étrangers. » Il devait classer, trier et éliminer les inaptes qui arrivaient par milliers tous les jours au camp. « J’ai essayé de désigner le plus grand nombre de travailleurs afin d’épargner un maximum de vies. Les jumeaux avec qui j’ai fait progresser la science me doivent aussi la vie », ose-t-il. Rolf le regarde de travers. Mengele essaie d’expliquer son principe de sélection : dans un hôpital militaire, tous les blessés ne sont pas opérables. Certains doivent mourir, c’est la guerre, ainsi sont régies les lois de la vie, seuls les plus forts subsistent. À l’arrivée des convois, il y avait tant et plus de morts vivants. Qu’en faire ? Auschwitz n’était pas un asile mais un camp de travail, dit Mengele : mieux valait leur épargner d’énièmes souffrances en les éliminant immédiatement. « Crois-moi, ce n’était pas facile tous les jours. Tu comprends ? » Non, Rolf ne comprend pas, absolument pas, mais il ne contredit pas son père. S’il le laisse parler, Mengele va peut-être enfin lâcher un aveu, un regret. « J’ai obéi aux ordres parce que j’aimais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission. Je n’avais pas le choix. Je n’ai pas inventé Auschwitz ni les chambres à gaz et les fours crématoires. Je n’étais qu’un rouage parmi d’autres. Si certains excès ont été commis, moi, je n’en suis pas responsable, je… » Rolf se lève et tourne le dos à son père, il n’écoute plus. Il se masse le crâne en regardant par la fenêtre des gamins jouer au ballon.. (P. 205)
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Mengele est amer ce jour-là. Il s'apitoie sur son sort, comme toujours, sans remords ni regrets, et déverse son fiel sur des quadrupèdes et sur les baobabs de la forêt vierge qui murmure et chante mais ne l'écoute pas. Arrivé dans une clairière, il s'assoit sur un tronc, la tête entre les mains, et songe à ses confrères d'Auschwitz, vingt médecins SS affectés au camp. Horst Schumann stérilisait hommes et femmes en les irradiant aux rayons X avant de castrer les premiers et de soumettre les secondes à une ovariectomie. Carl Clauberg implantait des foetus d'animaux dans le ventre de ses cobayes humains et les stérilisait en leur injectant des substances à base de formol dans le système génital. Le pharmacien Victor Capesius chapardait les prothèses dentaires encore saignantes des déportés assassinés pour les vendre à l'extérieur du camp. Friedrich Entress inoculait le typhus aux détenus et les éliminait par injections intracardiaques de phénol. August Hirt injectait des hormones aux homosexuels et assassinait pour établir une typologie du squelette juif. Et tous les autres qui sévissaient dans les camps (trois-cent cinquante professeurs d'université, biologistes, médecins) et avaient participé au programme T4 d'euthanasie qu'étaient-ils devenus ? Quelques-uns s'étaient donné la mort ou avaient été condamnés après guerre lors d'un des procès de Nuremberg mais la plupart étaient passés entre les mailles du filet, avaient réintégré leur famille et la société civile puis repris leur carrière, Mengele le savait et il en était malade.

Pages 153-154
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Injecter, mesurer, saigner, découper, assassiner, autopsier : à sa disposition, un zoo d’enfants cobayes afin de percer les secrets de la gémellité, de produire des surhommes et de rendre les Allemandes plus fécondes pour peupler un jour de paysans soldats les territoires de l’Est arrachés aux Slaves et défendre la race nordique. Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l’homme nouveau : une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après-guerre.
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Vidéo de Olivier Guez
Vous ne la connaissez pas, pourtant elle a tenu le monde entre ses mains. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Gertrude Bell a dessiné les frontières de l'Orient, dans ce désert sauvage où tout a commencé : le pays entre les deux fleuves, le Tigre et l'Euphrate. Aventurière, archéologue, espionne, parlant l'arabe et le persan, elle fut la femme la plus puissante de l'Empire britannique, mais aussi une héroïne tragique. Idéaliste comme son ami et frère d'âme Lawrence d'Arabie. Impérialiste et courageuse comme le jeune Winston Churchill. Enfant aimée et incomprise d'une riche famille victorienne. Amoureuse éperdue. Et une énigme pour nous : celle des femmes que l'Histoire a effacées. Olivier Guez lui rend sa gloire et nous offre une épopée flamboyante : de la découverte de gigantesques gisements pétroliers aux jeux de pouvoir cruels entre Britanniques, Français et Allemands, des négociations sous les tentes bédouines aux sables de Bagdad où se perdent nos rêves. Le roman de Gertrude Bell dessine la vaste fresque de la première mondialisation, quand le plus grand empire de tous les temps s'approprie une contrée mythique et maudite, terre d'Abraham, du déluge et de Babel, tombeau d'Alexandre le Grand : la Mésopotamie.
Romancier, essayiste, ancien journaliste, Olivier Guez est notamment l'auteur de la disparition de Joseph Mengele (Grasset, 2017, prix Renaudot). Il a reçu le César allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, un héros allemand. Il vit à Rome.
En savoir plus : https://www.grasset.fr/livre/mesopotamia-9782246818953/
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