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EAN : 9782330017736
160 pages
Éditeur : Actes Sud (02/03/2013)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Pour la collection "Essences", Lyonel Trouillot s'est prêté au jeu des réminiscences olfactives. Sans précision de lieu ni d'époque, une mère parle à sa fille. Fugitive marquée au fer d'une fleur de honte, elle revisite les parfums violents de ses haltes et de ses errances. Un voyage dans le souvenir de cités délabrées, de paysages désertiques, de musiques barbares, de corps défaits et de rêves interdits qui fait naître en elle, comme après chaque épreuve, dans la p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Fleitour
  05 juillet 2019
Ce sublime chant au delà des cités délabrées raconte l'espoir des femmes..
Parfois il suffit d'un parfum, d'une odeur pour que la vision du monde change, une odeur de route peut-être, "une odeur de route à prendre dans le matin clair". le livre de Lyonel Trouillot raconte l'essentiel, ce que François Cheng appelle la vie, la vie est rayon d'or malgré les ténèbres. le langage déployé dans ce petit livret que Lyonel Trouillot a nommé, le "Doux parfum des temps à venir". Ce parfum est peut-être plus chatoyant et encore plus pur dans le ciel Haïtien que les mots de François Cheng.

La vie pour Lyonel Trouillot est plus charnelle et plus sensuelle que l'or. le rayon d'or de la femme qui parle est un premier souffle, "le premier souffle que la maman a tenu dans ses bras et qu'elle a senti sur sa peau".
La narratrice, femme et mère, parle à sa fille d'une odeur de route à prendre, puis ajoute quand tu es née, j'ai vu "cette promesse, sortie de moi". Tout au long du récit, de ses révélations, coule l'amour d'une mère pour son enfant, lui prodiguant conseils et encouragements car ici commence ta vérité

Il lui faut revenir sur ce qu'une mère parfois embellit. "Je t'ai dit que les rois m'apportèrent de la myrrhe, que les hommes de ma vie étaient des princes, je t'ai menti". "Je t'ai encore menti car ils ont donné ma nudité en spectacle à la foule", je suis une femme marquée par la colère des hommes. Mais maintenant que tu as pris l'habitude d'aimer la vie, je peux te dire la vérité. Viens nous n'avons qu'une nuit pour en finir avec la fable.
"Demain tu mettras mes yeux face à la mer et suivras ton chemin vers ton parfum de femme. Demain tu partiras."

Cette femme raconte toutes ses désillusions et pourquoi cette fleur posée sur sa peau cette fleur de honte est l'odeur de la haine.
La h aine est partout présente, "son odeur je l'ai prise dans les alcôves des rois, à la forge de l'artisan et le taudis du miséreux". Il te faudra vaincre la haine.

L'Aube approche, j'ai fait mon temps. "Tu m'aideras à m'installer face à la mer", tu marcheras seule vers la conquête de ton essence. Il lui faut la mettre en garde, l'instruire car les mères ont cette sagesse là.
"Mon seul legs est que tu adviennes, et chasses où que tu ailles la haine dont tu m'as préservé". L'enfant est le plus beau cadeau du monde, car il porte la vie et jamais la haine. C'est une psalmodie vibrante et bouleversante au coeur de l'essence de la vie, une prière camusienne, puissante.

Viens la promesse imaginé par l'enfant à sa mère, puis tu iras au sommet de la plus haute montagne et tu ouvriras le coffret de parfum qui libère "le paradoxe du parfum c'est qu'il libère ce qu'il capture". "Tu ouvriras le coffret et tu déverseras sur le monde l'odeur de fruit pur et de rosée franche, cette odeur de route à prendre dans le matin clair avec laquelle tu es née. "

Oui semble-elle dire, je vais mourir, mais je vivrai en toi, ne me cherche pas, je suis déjà le parfum qui libère et que tu portes, le "Doux parfum des temps à venir".
Quand ce cadeau m'a été donné je n'imaginais pas toutes ses résonances, ce dialogue formulé et lu par le père. C'est à moi, Lyonel, de te dire ce que ta maman aurait voulu écrire en nous quittant, que toujours malgré les épreuves, la promesse de l'enfant à naître renverserait les montagnes.
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nadejda
  15 octobre 2014
« Nous n'avons qu'une nuit pour en finir avec la fable » dit une mère à sa fille
Car cette mère va mourir à l'aube et avec une grande douceur et une profonde humanité elle tient à passer le relais à sa fille, lui dire la vérité car elle lui a menti pour lui faire aimer la vie, que cet amour la grandisse et demeure en elle malgré l'adversité.

Mais avant que sa fille puisse devenir « maîtresse de son parfum » il lui faut affronter cette vérité, qu'elle sache que si sa mère a été « marquée de la fleur de la honte », marquée par la colère des hommes », si elle a du affronter « la violence des hommes et celle des éléments, si elle a respiré l'odeur de la haine », elle en a aussi été préservée grâce à la naissance de sa fille, par le parfum qu'elle répandait :
« Tu es née avec une odeur de fruit pur, de rosée franche,
une odeur de route à prendre dans le matin clair.
Et j'ai chassé en moi toute idée de défaite. »
Que peut dire de plus beau une mère à sa fille et quelle plus belle preuve d'amour peut-elle lui donner ?
« N'oublie pas, mon amour.
Le paradoxe du parfum, c'est qu'il libère ce qu'il capture.
Capture la vie et libère-la.
Capture les odeurs de la vie et libère-les.
Qu'elles jaillissent de tes paumes, de tes hanches,
de tes yeux vifs à tout saisir,
mourants lorsque tu t'abandonnes. »
et tâches à ton tour d'offrir et de libérer et « répandre l'odeur du don » que « Pour l'instant nous (l')appellerons le doux parfum des temps à venir. »
Ce texte est à apprendre par coeur pour se le dire et redire.
Il m'a procuré la même émotion que celui du poète espagnol José Agustin Goytisolo mis en musique et chanté par Paco Ibanez : Palabras para Julia (http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/10/jos_agustn_goyt.html)
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wellibus2
  21 novembre 2015
Le principe de cette collection, c'est l'évocation par les odeurs, les parfums. Une contrainte littéraire que Lyonel Trouillot sublime dans ce texte généreux et engagé d'une cinquantaine de pages où résonne une vibrante voix féminine.
Comment le qualifier, ce texte ? Il s'agit d'un testament et d'une poésie. Quelques chapitres, une narration en strophes. Une balade et un chant. Un chant d'adieu dédié à la vie dans lequel ces parfums racontent les lieux mais aussi les temps et les âges, les émotions et les sentiments.
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Sando
  17 mars 2013
Une mère parle à sa fille. Ce sont ses derniers mots, leur dernière nuit ensemble, avant qu'elle n'aille rejoindre l'éternité dans les profondeurs de la mer. Elle lui raconte la vérité sur son passé, sa vie d'errance placée sous le sceau de la fleur de la honte, que des hommes envieux ont gravé pour toujours dans sa chair. Il y a de la tristesse dans sa voix lorsqu'elle parle de ces hommes orgueilleux et hypocrites, qui cultivent en eux l'odeur de la haine et ont oublié depuis longtemps celle de l'amour. Il y a de la nostalgie aussi dans le souvenir de cette jeunesse exaltée et insouciante, passée dans des terres arides et désertiques. Mais surtout, il y a de l'amour, beaucoup d'amour dans la voix de cette mère, lorsqu'elle évoque l'arrivée de sa fille, son odeur « de fruit pur, de rosée franche » et la joie de sa présence, de son soutien. Une vie qui s'achève sans regrets, mais avec la volonté de transmettre un héritage plus précieux que toutes les richesses du monde…
Dans ce texte court mais d'une extrême beauté, Lyonel Trouillot nous rapporte les dernières volontés et les derniers conseils d'une mère à sa fille. Construit comme une poésie, par des strophes et un souci du rythme, certaines phrases reviennent et résonnent comme une douce mélopée, pleine de tristesse, de mélancolie, d'amour et d'espoir pour cette fille qui porte en elle l'odeur de la liberté et la force de l'avenir. Cette nouvelle collection chez Actes Sud, baptisée « Essences », remplie à merveille son objectif avec ce texte très évocateur, qui respire le désir de liberté et de partage. On ne peut être que touché par la pureté du style et la mélodie des mots. Lyonel Trouillot m'a profondément émue, jusqu'à me donner la chair de poule, par la puissance de son langage. Une collection à découvrir et à suivre de près…
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MarianneL
  16 novembre 2013
Ce recueil de poèmes paru en 2013 dans la jeune collection Essences d'Actes Sud compose un récit à deux versants, qu'une mère en fin de vie confesse à sa fille, l'enfance idyllique qu'elle lui a racontée, contrée du mensonge, et puis la vérité crue et brutale.
«Ici commence la vérité
Mes yeux morts face à la mer.
Toi maîtresse de tes routes et de ton parfum.»
Les premiers poèmes sont comme une mer étale recouvrant des eaux troubles, qui s'ouvre tout à coup pour laisser voir l'abîme, de la misère, de la violence et de l'infamie. Au bout de son parcours, la voix de cette femme dit enfin l'indicible, puis l'amour de sa fille qui de l'infamie l'a lavée, et l'espoir qu'elle emporte pour sa fille d'une vie aux parfums plus cléments.
«La vérité.
Les guerres.
Les petites.
Celles qu'on dit d'intérieur,
tueuses de corps et d'âme
dans des maisons plus tristes que la mort.
La vérité.
La violence des nuits d'amour qui n'eurent d'amour
que la force sauvage de l'étreinte
avant l'ennui et la routine.
Les enfants endormis sans rêve,
déjà vaincus par le principe de ressemblance au passé qui les engendra.
Si tristes, les enfants.»
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critiques presse (1)
Lhumanite   24 juin 2013
Dans la petite collection « Essences », qui vient de se créer chez Acte Sud, Lyonel Trouillot nous rappelle que c’est par la poésie qu’il est entré en écriture et donne un texte simple et émouvant où le parfum allie à la sensualité toute la densité d’une vie.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
FleitourFleitour   06 juillet 2019
N'oublie pas, mon amour.
Le paradoxe du parfum,
c'est qu'il libère ce qu'il capture.
Capture la vie et libère-la.
Capture les odeurs de la vie et libère-les.
Qu'elles jaillissent de tes paumes, de tes hanches,
de tes yeux vifs à tout saisir,
mourants lorsque tu t'abandonnes.
p 56
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nadejdanadejda   15 octobre 2014
Je n’ai pas voulu qu’en plus des autres privations
ton enfance soit sans berceuse.
Et les soirs de grand froid, en mal de couverture,
je t’ai couchée dans un lit de mots.
Commenter  J’apprécie          230
martineden74martineden74   12 septembre 2020
Un jour,
dans une grande ville ou dans un bourg,
mais qu’importe le lieu,
des hommes m’ont prise pour une vache ou pour
une esclave.
Ils me levèrent de ma couche,
m'ont traînée sur une place,
et, comme pour l ’exemple,
ils ont donné ma nudité en spectacle à la foule
et marqué mon épaule de la fleur de la honte.
Sache-le désormais.

je suis une femme marquée par la colère des hommes.

Mon amour,
je n'ai pas honte de la fleur sans odeur incrustée
dans ma chair.
Je n'ai pas honte de mes souffrances.

Que la honte soit le lot de qui impose la souffrance.
Je n'ai pas honte de ma nudité
livrée à la criée publique,
car tout corps révélé à sa propre beauté devient
en sa splendeur la matière
même de l'amour.

Pour qui la honte ?

Honte à ces hommes et aux lois auxquelles ils obéissent.
Honte aux juges et aux doctes.
Honte aux femmes qui leur furent soumises et attendirent dans leurs maisons
le retour de l’époux racontant ses prouesses.
Honte aux enfants qui m'ont chassée avec des rires et des pierres.

J’ai pardonné aux femmes et aux enfants.
La victime applaudit quelquefois son bourreau.

Mais je ne pardonne pas au bourreau.
Peut-être lui ai-je pardonné la violence du fer et du feu
et le plaisir qu’il prit à torturer ma chair,
mais je ne lui pardonne pas sa peur.
La peur est un mauvais parfum.
Il y avait tant de peur dans les yeux du bourreau.
Plus forte que la mienne
elle m’a donné des forces,
et passée la brûlure du fer,
je me suis sentie plus libre qu’auparavant.
+ Lire la suite
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lilianelafondlilianelafond   20 juin 2017
“Notre dernière nuit sera la plus loquace.

Ayant toujours vécu au bord des précipices,
nous nous serons peu parlé.
Et rarement dans le vrai

De fuite en fuite
nous n'eûmes jamais de paix que le temps de l'escale.

À nos corps fatigués
les haltes imposaient le silence.
Parfois, malgré la fatigue, tu posais une question.
et je te répondais.
Conteuse sur commande,
je t’ai dit les paroles qui te conduisaient au sommeil.”
+ Lire la suite
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martineden74martineden74   12 septembre 2020
Une essence chasse une autre essence.
Quelle essence vaincra la haine ?
Je te laisse ce coffret vide où tu rangeras tes trésors.
Et lorsque tu auras trouvé le doux parfum des
temps à venir
tu le cacheras dans le coffret.
Tu iras au sommet de la plus haute montagne
et tu ouvriras le coffret.
Le paradoxe du parfum, c’est qu'il libère ce qu'il capture.
Tu ouvriras le coffret
et déverseras sur le monde
cette odeur de fruit pur, de rosée franche,
cette odeur de route à prendre dans le matin clair
avec laquelle tu es née
à laquelle tu ajouteras toutes les trouvailles de ton fait,
une odeur de bonne semence pour le triomphe
de la récolte,
quand le pain amènera le rire,
quand, de jour comme de nuit,
la rivière arrosera les plantes qui pousseront partout avec des coquetteries
de jolies filles
habillées pour leur première sortie,
dans les cheveux des hommes et des femmes d’État,
dans les mains des nouveau-nés
comme un pari gagné sur leurs lignes de chance,
dans les armoires, entre deux vieilleries
pour appeler les vieux linges à leur vitalité.
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Vidéo de Lyonel Trouillot
À Haïti, la population est en colère et réclame la démission de son président Jovenel Moïse. Les manifestions de ces dernières semaines ont engendré plusieurs dizaines de morts. le pays peut-il sortir de la crise ? Pour en parler Guillaume Erner reçoit Lyonel Trouillot, écrivain haïtien.
La Question du jour de Guillaume Erner - 12 novembre 2019 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/saison-26-08-2019-29-06-2020
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