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ISBN : 2246807522
Éditeur : Grasset (21/08/2013)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 589 notes)
Résumé :
Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage. » Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’éta... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (158) Voir plus Ajouter une critique
Marple
  19 janvier 2014
Ce roman foisonnant de vie, d'amour, de trahison, de mensonge, de réussite et de déchéance m'a complètement bluffée, alors même qu'il ne m'attirait pas du tout au départ. Comme quoi les cadeaux-livres non choisis débouchent parfois sur de belles découvertes... Merci Père Noël.
Pour entrer dans l'histoire, il m'a fallu passer outre les quelques lubies agaçantes de l'auteure : les phrases à rallonge vaguement philosophiques, les notes de bas de page sans intérêt sur les personnages et événements secondaires, et l'abus de '/' façon mail professionnel... Mais ça valait vraiment le coup !
Parce que l'histoire de Nina la belle et de ses deux Sam, Samuel et Samir, est bien plus qu'un roman sur l'éternel triangle amoureux, qu'un énième livre sur les difficultés d'intégration, ou qu'une théorie sur la réussite, ses privilèges et ses pièges... En fait, c'est la question de l'identité qui est posée ici : est-ce une question de religion, de statut, d'argent, de relations, d'éducation ? Comment échapper à l'engrenage du mensonge ou à la séduction éphémère des puissants ?
Cette question fondamentale est abordée non pas avec les gros sabots d'un donneur de leçons, mais sous une forme légère et romanesque, toute de finesse et d'hésitations. L'invention de nos vies a été pour moi un vrai plaisir et m'a donné envie de vivre pleinement ma vie plutôt que vouloir l'inventer...
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Sando
  26 août 2013
Samir Tahar semble avoir tout réussi dans la vie. Enfant des cités, il s'est battu pour se faire une place et pour sortir de la misère. Malgré de brillantes études d'avocat, il peine à trouver du travail et pense que la consonance arabe de son nom y est pour quelque chose. de Samir, il devient Sam et se trouve engagé, sur un malentendu, dans l'un des cabinets les plus réputés de Paris. Son patron, un juif altruiste et paternaliste l'envoie aux Etats-Unis pour tenir les rênes de sa succursale. Là-bas, il fera un bon mariage avec Ruth Berg, la fille, juive, de l'une des plus grandes fortunes du pays. Tous le pensent juif et ignorent qu'il a bâti sa réputation sur un mensonge, une dissimulation. Rien ne semble pouvoir ébranler l'assurance de ce prédateur au charisme indéniable, magnétique qui a su s'inventer une histoire et duper ceux qui l'entourent. Mais deux personnes connaissent la vérité : Samuel et Nina, ses amis de jeunesse qu'il n'a pas vu depuis des années. La belle Nina, pour laquelle il a éprouvé une violente passion quand il avait vingt ans, mais qui a choisi de rester avec Samuel par faiblesse, par pitié, par culpabilité… Alors, quand elle reprend contact, il saute sur cette occasion de la reconquérir. A quarante ans, Sam ne doute de rien, alors même qu'il a tout à perdre si son secret est révélé…
Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, tant les ficelles et les enjeux qui se tissent entre les différents personnages sont nombreux, complexes et réservent bien des surprises. Karine Tuil nous plonge avec eux dans la spirale infernale du mensonge, des faux-semblants et de la dissimulation. Jusqu'à quel point peut-on se faire passer pour ce que l'on n'est pas ? Où se trouve la vérité quand on joue la comédie en permanence? Peut-on renier sa famille, sa culture, ses amis sans se perdre soi-même ? Quel est le prix à payer pour réussir ? Un roman qui pose la question de l'identité, de l'appartenance à une communauté, du racisme. Un livre sur la réussite, le succès, la richesse et la performance, où tout n'est que représentation et duperie. Karine Tuil nous emmène aux sommets de la gloire pour mieux nous montrer la déchéance provoquée par la chute de ces personnages prisonniers de leurs propres mensonges, de leurs ambitions et de leurs rêves de prospérité. Une chose est sûre, personne ne ressortira indemne ! Un roman magistral, parfaitement orchestré qui se lit avec une certaine avidité tant on est pris par l'engrenage qui emprisonne les différents personnages. Une lecture addictive et captivante, bref, j'ai adoré !
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Magenta
  24 septembre 2013
Attention coup de coeur!!!
Quelle superbe écriture! Un roman qu'on ne lâche pas et qui risque de trotter longtemps dans nos têtes.
Des personnages forts, même dans leur faiblesse. Complexes alors qu'ils cherchent et revendiquent la simplicité. Attachants malgré leurs défauts.
L'imposture, les faux-semblants, la séduction, les manipulations, tout ce que l'homme est capable (ou se sent obligé...) de faire pour "sortir du lot".
Un roman bien écrit, un vrai point de vue sur l'état du monde et son cynisme ambiant, criant d'actualité.
Un livre qui amène à se poser des questions sur nos choix, sur nos petits arrangements et nos valeurs... Un très très bon moment!
Un roman magistral!!!
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latina
  10 mai 2019
Choquée/bousculée/trimballée d'un sentiment à l'autre/je me sens exsangue après la lecture de ce roman délirant, violent, psychologiquement déstabilisant.
Tiens, voilà que j'imite la façon d'écrire de Karine Tuil. Faut croire qu'elle m'a aimantée, cette auteure au style truculent, extrêmement vivant, sinueux comme les contours des sentiments et des émotions.

J'ai adoré suivre l'histoire de ces deux hommes si dissemblables, au destin soi-disant établi et uniforme et puis soudain qui dérape.
L'un (Samuel) est un juif qui pense avoir tout échoué, alors qu'il vit avec Nina, une femme superbe. Ecrivain raté, dépressif, vindicatif, jaloux, introverti, incapable de confiance en lui mais si sensible...
L'autre (Samir) est un musulman qui renie tout pour grimper dans l'échelle sociale, quitte à se faire passer pour un juif. Gagnant, manipulateur, charmeur, rien ne lui résiste, surtout pas les femmes.
Ces deux amis se sont d'ailleurs partagé Nina il y a 20 ans, mais c'est Samuel qui vit avec elle depuis longtemps.
Le moment où cela chavire ?
Lorsque ces trois personnes se retrouvent, après des années.
Lorsqu'un membre de la famille de Samir se déploie et se fait menaçant.

De Paris à New-York, des cités effroyables aux lofts luxueux, tout est permis, tout est violenté, tout est analysé, tout est renversé, perturbé, broyé.
Les années s'escaladent et forment une montagne de non-dits.
Les thèmes s'entrechoquent : racisme, religion, recherche de sa propre identité, influence de la famille, création littéraire, positionnement dans l'échelle sociale, règne de l'apparence et du tape à l'oeil face au moi profond, mensonge, manipulation, désir sexuel...

Alors je n'ai qu'un seul conseil : Karine Tuil, continuez à inventer des vies !
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Ode
  14 février 2015
Ce roman est un choc. Choc d'écriture, d'abord. Et choc dans la dénonciation de la violence qui nous entoure.
Cela commence par un triangle amoureux entre étudiants en droit : le brillant Samir aime Nina qui finalement choisit Samuel, l'écrivain raté. Alors Samir quitte tout, de leur cité pourrie jusqu'à ses origines, pour réinventer sa vie en empruntant la biographie d'orphelin de Samuel. Devenu Sam Tahar, il mène une brillante carrière d'avocat aux États-Unis et épouse Ruth, héritière juive de renom. Sa seule religion est la réussite, comme pour exorciser le passé, son enfance miséreuse avec sa mère femme de ménage et son demi-frère. Or si l'habit fait le moine, c'est pour un temps seulement. Lorsque 20 ans après leur rupture, Nina le recontacte, il est loin d'imaginer qu'un petit grain de sable puisse enrayer la belle machine de son mensonge…
Au-delà de l'histoire, la plume de Karine Tuil est déjà une aventure d'une force incroyable. Il faut s'accoutumer à ses phrases désintégrées qui font parfois une page, avec une accumulation d'impressions en apparence décousues mais qui s'organisent en un souffle redoutable, et avec un recours fréquent au slash pour qualifier/nommer/préciser au mieux le ressenti des personnages, plus des notes de bas de page pour étoffer la biographie des figures secondaires. Ce n'est pas Samuel, mais bien elle, « cet écrivain à la langue heurtée, aux phrases déstructurées, dont les mots s'enchainent avec une puissance qui emporte tout, saccage ce qui était construit, révèle ce qui était dissimulé, souille ce qui était pur, ébranle ce qui était calme. » (p. 252).
Cette histoire se reçoit comme un coup de poing. La violence y est partout : dans les cités, dans les stéréotypes sur les origines, dans la manière de traiter les femmes, dans les rapports entre les faibles et les puissants, dans le diktat de l'apparence… Jusqu'à ce que parfois, les rôles s'inversent. Karine Tuil étudie la colère comme moteur de réussite, tel Samuel qui ne trouve l'élan d'écrire que lorsqu'il est au fond du trou. Mais aussi la colère comme terreau de destruction, avec le demi-frère de Samir, en échec scolaire et social, qui se laisse entraîner vers le terrorisme islamique, parce que ces gens-là semblent les seuls à vouloir lui accorder de l'importance. Dois-je souligner que les terribles événements de janvier 2015 donnent encore plus de poids à cette saisissante fiction qui ose aborder le mal des banlieues ?
Dans ce livre, le destin frappe fort, faisant voler en éclats les artifices pour hisser/rabaisser chacun à sa nouvelle place dans l'existence. Loin d'un message de résignation, c'est plutôt un message d'espoir où chacun réapprend à vivre libéré du mensonge, preuve qu'il n'est pas besoin d'inventer sa vie pour lui donner un sens.
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critiques presse (6)
LaPresse   06 octobre 2016
Violence sociale, quête d'identité, la romancière française a creusé dans les thèmes qui la hantent et puisé à même les peurs et dérives de notre époque pour écrire cet ample et sombre récit aux multiples couches.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Bibliobs   18 octobre 2013
Si l'auteur de « la Domination », 41 ans, déjà sélectionnée trois fois pour le Goncourt, signe ici le meilleur de ses romans, c'est qu'elle y a mis beaucoup d'elle-même.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LesEchos   18 septembre 2013
Il faut saluer l’enthousiasme, la fougue, le tempérament, l’ambition, de Karine Tuil qui, sur près de 500 pages, fait se lever un maelström de sujets : le cynisme de l’époque, la quête d’identité, l’ambition et ses perversions, le succès et son envers, la frénésie sexuelle, le terrorisme, la corruption, Wall Street – on en passe...
Lire la critique sur le site : LesEchos
LeFigaro   30 août 2013
On a le sentiment que ce livre résonne avec l'actualité - on pense à l'affaire DSK ou à ces jeunes Français convertis à l'islamisme et au terrorisme -, en vérité, c'est l'actualité qui résonne avec la littérature. Signe d'un grand roman.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeFigaro   21 août 2013
Ce roman va bien au-delà de la question identitaire: il embrasse le monde, l'interroge, l'explique, le décortique.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LePoint   05 août 2013
On pourrait dire de L'invention de nos vies qu'il raconte un triangle amoureux. On pourrait dire qu'il est un roman social, magnifiquement contemporain dans sa façon de sonder les rapports de classe au XXIe siècle, terrible dans sa description d'un monde de prostitution généralisée.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
SeraphitaSeraphita   31 juillet 2014
L’obligation de réussir – cette menace qui pèse sur vous dès la naissance, cette lame que la société vous place sous la gorge, qu’elle maintient fermement jusqu’à la suffocation et ne retire qu’à l’heure de la proscription, ce moment où elle vous met hors jeu, vous disqualifie, c’est l’heure du grand nettoyage, on élimine comme on dérode ! – ce qu’il y a de jouissif dans ce bannissement dont on ne sait jamais s’il est provisoire ou définitif, cet instant où l’on est admis dans la confrérie des finis/des ratés/des has been, ceux que l’âge ou l’échec ont marginalisés, les sans-papiers et les sans-grade, les petits et les simples, les inconnus et les ternes, ceux qui pointent aux Assedic, se lèvent tôt, dont le nom ne vous dit rien, ceux que l’on ne prend pas au téléphone, que l’on ne rappellera jamais, auxquels on dit « non », « plus tard », pour lesquels on n’est jamais libre et jamais aimable, les moches, les gros, les faibles, les femmes jetables, les amis ridicules, les débarrassant – enfin – de la peur de décevoir, de la pression que le souci de plaire fait peser sur eux, ces impératifs que l’on s’impose à soi-même, par individualisme/goût des honneurs/soif de reconnaissance/de pouvoir/mimétisme/instinct grégaire – tous ces effets dévastateurs des rêves avortés de l’autorité parentale/du déterminisme/des utopies hallucinatoires, cette injonction brutale qui régit l’ordre social et jusqu’aux rapports les plus intimes – Soyez PERFORMANTS ! Soyez FORTS ! il y avait été soumis comme les autres -, mais moins prégnantes aujourd’hui où personne n’espérait plus rien de lui, où lui-même n’aspirait qu’à jouir de son identité retrouvée, la lame avait ripé, au suivant !
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OdeOde   14 février 2015
Le malaise, lorsqu’il arrive à destination, la vision d’horreur — l’encrassement du territoire de l’enfance —, la sensation de pénétrer dans une zone de perdition totale — une misère pareille à une heure de Paris, c’est possible ? La dégradation des lieux, c’est tout ce qu’il voit. La sexualisation du décor, les murs recouverts de graffitis obscènes ou d’insultes machistes, les arbres écorcés à coups de canifs, les carcasses de voitures gisant, éventrées, au milieu de terrains vagues ravagés de ronces piquantes comme des aiguilles, envahis d’orties d’un vert tirant sur le noir — les plus urticantes —, partout un hérissement de pièces détachées, de mitrailles et de fragments de bois taillés comme des pieux, et ces gosses de dix-douze ans qui arpentent le bitume, patrouillent, l’oeil vigilant, l’injure aux lèvres, rictus harponné comme un signe distinctif, prêts à en découdre, viens là si t’oses. Le saccage du langage. L’abâtardissement. Les petits trafics. La misère.
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ZilizZiliz   06 septembre 2019
Comment (…) aurait-il pu imaginer que ce basculement de l'anonymat à la notoriété serait si violent, physiquement, moralement, une expérience humaine intense qui électrise et fait disjoncter le cerveau ? (…) Cette réussite, il en a rêvé, il l'a ardemment convoitée, il ressentait de la rage au temps où il en était privé et maintenant il a un peu honte de reconnaître qu'il ne supporte pas cette notoriété factice, superficielle - la horde des courtisans. Il ne supporte plus ces déplacements aux quatre coins de la France ou à l'étranger quand il voudrait rester chez lui à écrire. Il ne supporte pas non plus la médiatisation et les préparatifs qu'elle nécessite : les heures passées entre les mains d'une maquilleuse, d'une coiffeuse pour être 'séduisant à l'antenne', 'accrocher la lumière', les aveux qu'il faut faire face caméra, les poses qu'on lui demande de prendre, il aimerait pouvoir dire non, ou aimer ça, mais il se ferme. Michel Houellebecq a raison, le succès rend timide.
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RAMSES1967RAMSES1967   24 juillet 2013
Commencer par sa blessure, commencer par ça - dernier stigmate d'un caporalisme auquel Samir Tahar avait passé sa vie à se soustraire -, une entaille de trois centimètres au niveau du cou dont il avait tenté sans succès de faire décaper la surface à la meule abrasive chez un chirurgien esthétique de Times Square, trop tard, il la garderait en souvenir, la regarderait chaque matin pour se rappeler d'où il vient, de quelle zone/de quelle violence. Regarde ! Touche ! Ils regardaient, ils touchaient, ça choquait la première fois, la vue, le contact de cette cicatrice blanchâtre qui trahissait le disputeur enragé, disait le goût pour le rapport de forces, la contradiction - une forme de brutalité sociale qui, portée à l'incandescence, présageait l'érotisme -, une blessure qu'il pouvait planquer sous une écharpe, un foulard, un col roulé, on n'y voyait rien ! et il l'avait bien dissimulée ce jour-là sous le col amidonné de sa chemise de cador qu'il avait dû payer trois cents dollars dans une de ces boutiques de luxe que Samuel Baron ne franchissait plus qu'avec le vague espoir de tirer la caisse - tout en lui respirait l'opulence, le contentement de soi, la tentation consumériste, option zéro défaut, tout en lui reniait ce qu'il avait été, jusqu'à l'air affecté, le ton emphatique teinté d'accents aristocratiques qu'il prenait maintenant, lui qui, à la faculté de droit, avait été l'un des militants les plus actifs de la gauche prolétarienne ! L'un des plus radicaux ! Un de ceux qui avaient fait de leurs mortifications originelles une arme sociale ! Aujourd'hui petit maître, nouveau riche, flambeur, rhéteur fulminant, lex machine, tout en lui exprimait le revirement identitaire, l'ambition assouvie, la rédemption sociale - le contrepoint exact de ce que Samuel était devenu. Une illusion hallucinatoire ? Peut-être. Ce n'est pas réel, pense/prie/ hurle Samuel, ce ne peut pas être lui, Samir, cet homme neuf, célébré, divinisé, une création personnelle et originale, un prince cerné par sa camarilla, rompu à la rhétorique captieuse - à la télé, il s'adonise, s'érotise, plaît aux hommes, aux femmes, adulé par tous, jalousé peut-être, mais respecté, un virtuose du barreau, un de ceux qui disloquent le processus accusatoire, démontent les démonstrations de leurs adversaires avec un humour ravageur, n'ont pas froid aux yeux -, ce ne peut pas être lui ce loup de prétoire artificieux, là-bas, à New York, sur CNN, son prénom américanisé en lettres capitales SAM TAHAR et, plus bas, son titre : lawyer - avocat -, tandis que lui, Samuel, dépérissait dans un bouge sous-loué sept cents euros par mois à Clichy-sous-Bois, travaillait huit heures par jour au sein d'une association en tant qu'éducateur social auprès de jeunes-en-difficulté dont l'une des principales préoccupations consistait à demander : Baron, c'est juif ?/passait ses soirées sur Internet à lire/commenter des informations sur des blogs littéraires (sous le nom de Witold92)/écrivait sous pseudonyme des manuscrits qui lui étaient systématiquement retournés - son grand roman social ? On l'attend encore... -, ce ne peut pas être lui, Samir Tahar, transmué, méconnaissable, le visage recouvert d'une couche de fond de teint beige, le regard tourné vers la caméra avec l'incroyable maîtrise de l'acteur/du dompteur/du tireur d'élite, les sourcils bruns épilés à la cire, corseté dans un costume de grande marque taillé à ses mesures, peut-être même acheté pour l'occasion, choisi pour paraître/ séduire/convaincre, la sainte trinité de la communication politique, tout ce qu'on leur avait transmis jusqu'à la décérébration au cours de leurs études et que Samir mettait maintenant à exécution avec la morgue et l'assurance d'un homme politique en campagne, Samir invité à la télévision américaine, représentant les familles de deux soldats américains morts en Afghanistan, entonnant le péan de l'ingérence, flattant la fibre morale, tâtant du sentiment et qui, devant la journaliste qui l'interrogeait avec déférence - qui l'interrogeait comme s'il était la conscience du monde libre ! -, restait calme, confiant, semblait avoir muselé la bête en lui, maîtrisé la violence qui avait longtemps contaminé chacun de ses gestes, et pourtant on ne percevait que ça dès la première rencontre, la blessure subreptice, les échos tragiques (...)
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ZilizZiliz   03 septembre 2019
Quelque chose de fort le reliait encore à elle [sa mère] sans qu'il fût capable d'expliquer précisément quoi. Un lien filial solide ? Un amour névrotique ? Oui, sans doute, comme tout fils nourri au lait de la tendresse humaine la plus pure, sa mère restait la femme la plus importante de sa vie, mais il y avait une autre raison à la survivance de ces liens qui pourtant l'entravaient : la crainte d'écarter trop brutalement, la peur de blesser une femme qui avait eu une vie dure, une vie d'humiliations, une de ces existences sordides dont on cherche en vain à nommer les responsables, à déterminer les causes : une enfance pauvre, un mariage forcé, l'exil et la misère, la manipulation - une vie de merde. Il ne pouvait pas penser à sa mère sans être révolté, sans avoir la rage.
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Videos de Karine Tuil (36) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Karine Tuil
Dans Je me souviens, accompagné au piano par Richard Lornac, Karine Tuil se remémore le premier livre qui l'a marqué : "L'Étranger", d'Albert Camus et évoque ce qu'est pour elle la littérature. Sa littérature.
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