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EAN : 9782070326990
176 pages
Éditeur : Gallimard (01/01/1992)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Valéry aborde la peinture, les mathématiques, l'architecture, la mécanique et la physique avec une aisance et une érudition déconcertantes. Par delà la réflexion à caractère scientifique, ce premier essai en prose contient les grandes lignes de l'esthétique de Valéry.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
NMTB
  19 décembre 2014
Paul Valéry a publié l'Introduction à la méthode de Léonard de Vinci en 1894. Il est revenu dessus en 1919 pour ajouter quelques approfondissements. Enfin, ce livre contient également une préface écrite en 1929, sous la forme d'une lettre intitulée Léonard et les philosophes. Ultime révision, il a corrigé et précisé l'ensemble de ces trois parties par des commentaires, écrits apparemment en 1930, que l'on retrouve dans les marges du livre.
L'essai originel n'a rien à voir avec une biographie et il n'est même fait mention qu'évasivement des oeuvres du maître florentin. Cet essai a plutôt un intérêt philosophique, celui d'une étude sur le fonctionnement de la conscience humaine. Comment l'homme perçoit les formes et les mouvements, quels rôles jouent le temps et l'espace, à quoi servent les analogies et les métaphores dans le langage, à quel moment l'imagination succède à la perception, la production à la compréhension et finalement qu'est-ce que la création ? Mais Paul Valéry préfère employer le terme de construire plutôt que de créer. Construire, trouver de nouvelles possibilités, de nouvelles combinaisons, faire des liens, pousser l'intelligence au-delà de ses limites jusqu'à l'imagination.
Quinze ans s'étaient écoulés lorsqu'en 1919 Valéry rajouta Note et digression. Il y précise ce qu'il a tenté de faire dans cet essai et à quel point sa situation personnelle, sa stérilité poétique et ses aspirations, étaient liées aux réflexions qu'il avait menées à cette époque sur la conscience humaine. Cet addendum est moins aride que l'Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, même s'il est toujours beaucoup question de philosophie, notamment de la vision naturaliste qu'avait Léonard de la vie, de la mort et de l'amour. Tout cela aboutissant à une pensée de Valéry sur le Moi très épurée. Des réflexions passionnantes sur l'identité, la personnalité, la conscience de soi et l'universalité.
Dans Léonard et les philosophes, il est plus étroitement question de l'esthétique, de son évolution à travers les temps, de son impossibilité. Mais il aborde également l'éthique ou la métaphysique et le travail des philosophes en général. Sans porter de jugement, il analyse la situation de la pensée au début du vingtième siècle, les insuffisances du langage verbal et, finalement, assimile les philosophes à des artistes. C'est d'ailleurs une constante de ce livre, rechercher ce qui relie le scientifique et l'artiste, le savant et le créateur, les connaissances et les possibilités, l'universel et le personnel, leur complétude. Ce que Léonard de Vinci - architecte, peintre, ingénieur, anatomiste - représente parfaitement.
Paul Valéry est un écrivain extrêmement précis. Il y a dans son écriture une aisance crispée, une subtilité qui ne se trouve jamais assez subtile, qui rend chaque mot écrit par lui précieux. Cette conscience exacerbée le pousse dans une dialectique dont la résolution ne peut que demander un certain consentement du lecteur. L'Introduction à la méthode de Léonard de Vinci baigne donc dans une vague philosophie pourtant complexe. On n'y trouve aucune anecdote biographique. Même les oeuvres sont à peine évoquées, c'est seulement le processus créatif de Léonard qui a intéressé Paul Valéry, en ce qu'il reflétait son propre questionnement.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
ElGatoMaloElGatoMalo   02 décembre 2013
J'étais placé dans la nécessité d`inventer un personnage capable de bien des œuvres. J'avais la manie de n'aimer que le fonctionnement des êtres, et dans les œuvres, que leur génération. Je savais que ces œuvres sont toujours des falsifications, des arrangements, l'auteur n'étant heureusement jamais l'homme. La vie de celui-ci n'est pas la vie de celui-là : accumulez tous les détails que vous pourrez sur la vie de Racine, vous n'en tirerez pas l'art de faire ses vers. Toute la critique est dominée par ce principe suranné : l'homme est cause de l’œuvre - comme le criminel aux yeux de la loi est cause du crime. Ils en sont bien plutôt l'effet ! Mais ce principe pragmatique allège le juge et le critique; la biographie est plus simple que l'analyse. Sur ce qui nous intéresse le plus, elle n'apprend absolument rien... Davantage ! La véritable vie d'un homme, toujours mal définie, même pour son voisin, même pour lui-même, ne peut pas être utilisée dans une explication de ses œuvres, si ce n'est indirectement et moyennant une élaboration très soigneuse.
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JacopoJacopo   08 juin 2019
Intérieurement, il y a un drame. Drame, aventures, agitations, tous les mots de cette espèce peuvent s'employer, pourvu qu'ils soient plusieurs et se corrigent l'un par l'autre. Ce drame se perd le plus souvent, tout comme les pièces de Ménandre. Cependant, nous gardons les manuscrits de Léonard et les illustres notes de Pascal. Ces lambeaux nous forcent à les interroger. Ils nous font deviner par quels sursauts de pensée, par quelles bizarres introductions des événements humains et des sensations continuelles, après quelles immenses minutes de langueur se sont montrées à des hommes les ombres de leurs oeuvres futures, les fantômes qui précèdent.
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PartempsPartemps   13 septembre 2020
Léonard de Vinci n’a pas de rapport avec ces désordres. Parmi tant d’idoles que nous avons à choisir, puisqu’il en faut adorer au moins une, il a fixé devant son regard cette Rigueur Obstinée, qui se dit elle-même la plus exigeante de toutes. (Mais ce doit être la moins grossière d’entre elles, celle-ci que toutes les autres s’accordent pour haïr.)

La rigueur instituée, une liberté positive est possible, tandis que la liberté apparente n’étant que de pouvoir obéir à chaque impulsion de hasard, plus nous en jouissons, plus nous sommes enchaînés autour du même point, comme le bouchon sur la mer, que rien n’attache, que tout sollicite, et sur lequel se contestent et s’annulent toutes les puissances de l’univers.

L’entière opération de ce grand Vinci est uniquement déduite de son grand objet ; comme si une personne particulière n’y était pas attachée, sa pensée paraît plus universelle, plus minutieuse, plus suivie et plus isolée qu’il n’appartient à une pensée individuelle. L’homme très élevé n’est jamais un original. Sa personnalité est aussi insignifiante qu’il le faut. Peu d’inégalités ; aucune superstition de l’intellect. Pas de craintes vaines. Il n’a pas peur des analyses ; il les mène, — ou bien ce sont elles qui le conduisent, — aux conséquences éloignées ; il retourne au réel sans effort. Il imite, il innove ; il ne rejette pas l’ancien, parce qu’il est ancien ; ni le nouveau, pour être nouveau ; mais il consulte en lui quelque chose d’éternellement actuel.
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PartempsPartemps   23 avril 2020
Il me faut excuser d’un titre si ambitieux et si véritablement trompeur que celui-ci. Je n’avais pas le dessein d’en imposer quand je l’ai mis sur ce petit ouvrage. Mais il y a vingt-cinq ans que je l’y ai mis, et après ce long refroidissement, je le trouve un peu fort. Le titre avantageux serait donc adouci. Quant au texte… Mais le texte, on ne songerait même pas à l’écrire. Impossible ! dirait maintenant la raison. Arrivé à l’ennième coup de la partie d’échecs que joue la connaissance avec l’être, on se flatte qu’on est instruit par l’adversaire ; on en prend le visage ; on devient dur pour le jeune homme qu’il faut bien souffrir d’avoir comme aïeul ; on lui trouve des faiblesses inexplicables, qui furent ses audaces ; on reconstitue sa naïveté. C’est là se faire plus sot qu’on ne l’a jamais été. Mais sot par nécessité, sot par raison d’État ! Il n’est pas de tentation plus cuisante, ni plus intime, ni de plus féconde, peut-être, que celle du reniement de soi-même : chaque jour est jaloux des jours, et c’est son devoir que de l’être ; la pensée se défend désespérément d’avoir été plus forte ; la clarté du moment ne veut pas illuminer au passé de moments plus clairs qu’elle-même ; et les premières paroles que le contact du soleil fait balbutier au cerveau qui se réveille, sonnent ainsi dans ce Memnon : Nihil reputare actum…
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NMTBNMTB   19 décembre 2014
Celui que n’a jamais saisi, fût-ce en rêve ! le dessein d’une entreprise qu’il est le maître d’abandonner, l’aventure d’une construction finie quand les autres voient qu’elle commence, et qui n’a pas connu l’enthousiasme brûlant une minute de lui-même, le poison de la conception, le scrupule, la froideur des objections intérieures et cette lutte des pensées alternatives où la plus forte et la plus universelle devrait triompher même de l’habitude, même de la nouveauté, celui qui n’a pas regardé dans la blancheur de son papier une image troublée par le possible, et par le regret de tous les signes qui ne seront pas choisis, ni vu dans l’air limpide une bâtisse qui n’y est pas, celui que n’ont pas hanté le vertige de l’éloignement d’un but, l’inquiétude des moyens, la prévision des lenteurs et des désespoirs, le calcul des phases progressives, le raisonnement projeté sur l’avenir, y désignant même ce qu’il ne faudra pas raisonner alors, celui-là ne connaît pas davantage, quel que soit d’ailleurs son savoir, la richesse et la ressource et l’étendue spirituelle qu’illumine le fait conscient de construire. Et les dieux ont reçu de l’esprit humain le don de créer, parce que cet esprit, étant périodique et abstrait, peut agrandir ce qu’il conçoit jusqu’à ce qu’il ne le conçoive plus.
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Videos de Paul Valéry (36) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paul Valéry
Les nouveaux entretiens d'Orphée sur une idée originale de Luc Vidal Images/Montage : Alexandre Michon 
Coproduction Éditions du Petit Véhicule Les Films d'Alexandre Musique : Môrice Benin/Michel Goubin Tous droits réservés – 2021
Maïthé Vallès-Bled, conservateur en chef du Patrimoine, est directrice du Musée Paul Valéry de Sète. Elle dirige le Festival international de poésie VOIX VIVES, de Méditerranée en Méditerranée, qu'elle a créé en 1998 à Lodève, dans l'Hérault, et qui est installé à Sète depuis 2010. Chaque année au mois de juillet, VOIX VIVES accueille dans la ville de Paul Valéry et de Georges Brassens plus de 80 poètes venus de toutes les Méditerranée, représentatifs de toutes les tendances de la poésie contemporaine. En invitant des auteurs de qualité, en  installant les lectures et les spectacles dans des lieux du quotidien, gratuits d'accès, en les rendant accessibles à tous, VOIX VIVES est une invitation singulière et unique faite au public de découvrir ou mieux connaître une création poétique issue d'une culture commune, celle de la Méditerranée, dans laquelle chacun peut reconnaître autant ses propres racines que celles de ses voisins.   Retrouvez les actualités du Petit Véhicule : https://lepetitvehicule.com
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