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ISBN : 207032494X
Éditeur : Gallimard (03/11/1988)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Le génie de Paul Valéry - l'un des esprits les plus puissants et les plus lucides du siècle - a été non pas seulement de penser tout ce qui traversait son esprit, mais de le repenser, et en particulier les notions qu'il avait reçues ou qu'il s'était, comme tout le monde, formées, et qui servent aux groupes humains à réfléchir sur leurs relations.
Comme tout lui était objet de pensée, il a réuni ici, des essais, au sens véritable du terme, dont le dessein est ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
candlemas
  25 juillet 2017
Pour moi Paul Valéry restera le poète de "la feuille blanche", texte qui para mon sous-main de bureau durant près de dix ans. Depuis, j'ai appris à mieux connaître ce poète perfectionniste, cet écrivain précis, cet intellectuel à la culture immense et ce penseur inquiet ; avec ses qualités et ses défauts.
Dans son "Regard sur le monde actuel et autres essais", il décortique avec profondeur, finesse et précision le monde qui l'entoure en 1931. Dans une langue policée qui rappelle sa poésie, il porte en effet "des" regards à la fois inquiets et lucides sur des sujet aussi vastes que L Histoire, la liberté de pensée, la Modernité, le développement technologique et la mondialisation, la valeur travail, l'art, l'identité de la France...
Quel travail ! Son entraînement permanent de l'esprit porte ici ses fruits... dans une somme de réflexions et une prise de recul qui, du coup les rendent formidablement contemporaines presque 90 ans plus tard ! Et cela malgré un style, une référence à certaines valeurs traditionnelles terriennes et à une "certaine idée de la France" qui donnent aussi à l'ouvrage une valeur de référence classique ou historique... Paul Valery n'est pas un surréaliste ni un avant-gardiste : il voit loin , mais reste ancré dans son temps.
Un excellent moment de lecture donc... de ceux où l'on a le sentiment, comme avec Montaigne, Hugo ou Malraux, de recueillir directement de leur bouche, dans l'intimité de notre chambre ou salon, les meilleurs fruits de l'intelligence collective humaine.
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NMTB
  19 décembre 2015
A priori, rien ne semble plus étranger à Paul Valéry que l’actualité politique. « Ce petit recueil se dédie de préférence aux personnes qui n’ont point de système et sont absentes des partis ; qui par là sont libres encore de douter de ce qui est douteux et de ne point rejeter ce qui ne l’est pas », écrit-il pour commencer. On sait peu de chose sur ses opinions. S’il était passablement engagé dans la vie politique au sens noble du terme, il ne l’était pas du tout dans la diffusion des opinions et après la lecture de ce livre je continue de me poser beaucoup de questions. Je comprendrais, par exemple, et j’admettrais même qu’on le range parmi les conservateurs, mais ça ne l’a pas empêché d’écrire cette phrase définitive : «Prenons garde d’entrer dans l’avenir à reculons ». « Un esprit vraiment libre ne tient guère à ses opinions », écrit-il encore.
Ces précautions prises pour dire que « Regards sur le monde actuel » n’est pas fait pour exposer des opinions mais des perceptions, ce ne sont que des « regards ». Valery n’utilise jamais (ou alors très peu, je n’en ai relevé aucun) les fameux mots en « -isme ». Il écrit sur beaucoup de sujets, sur les changements ahurissants du monde, sur la « nation », la « liberté », les dictatures, sur l’Europe, la France, dans ses aspects culturels, géographiques, historiques, sur ses rapports avec l’Orient, les colonies. Mais jamais il n’est question de mondialisme, de nationalisme, de libéralisme, de colonialisme, etc. Ces mots de théorisation idéologique n’appartiennent pas à son vocabulaire.
En m’attardant sur un seul aspect, je ne voudrais pas donner une fausse image de ces divers essais, mélange de préfaces, de conférences, de réflexions, de proses intellectuelles, de textes plus aphoristiques ou poétiques. On trouve de tout, mais il y a quand même quelques idées maîtresses qui reviennent dans plusieurs de ces écrits de l’entre-deux-guerres. Une pensée globale sur le progrès, sur le trépignement incessant du monde depuis la révolution industrielle, sur la place de plus en plus écrasante faite à l’actualité, et les dangers de se détourner complètement de l’Histoire. Sur l’importance, aussi, de penser cette Histoire différemment dans un monde devenu compliqué et imprévisible, non plus en termes d’évènements mais d’évolution, de création permanente.
Paul Valéry avait sûrement des idées toutes personnelles mais je trouve que ses perceptions sont parfois proches de celles de Walter Benjamin. Il a l’avantage d’être moins dogmatique que ce dernier.
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Snarkk
  18 mai 2015
Je ressors de la lecture de ce recueil d'essais avec une impression mitigée. Il y a comme un parfum de vieille France qui se ressent lorsqu'on lit ces textes, qui ont plus d'un siècle pour certains. Des idées éculées, des mots dont le sens s'est transformé et d'autres dangereux pour notre représentation du monde. Il y a des analyses de Paul Valéry que l'on déguste, tellement elles paraissent loin, très loin des réalités de notre monde actuel. Ces analyses - parfois fastidieuses - ne perdent pas tout intérêt, puisqu'au moins nous pouvons nous amuser au petit jeu des comparaisons. Plus triste cependant : la mise en garde contre toute pensée intellectuelle rapportée aux nations, alors que Valéry s'y essaye longuement avec la France.

Mais impossible de passer à côté de quelque phrase, quelque paragraphe d'un intérêt crucial pour nous, lecteurs et lectrices. Impossible également de ne pas tomber sous le charme de l'ironie subtile de l'auteur, de la puissance de son esprit ainsi que de sa capacité d'auto-dérision. On pense parfois perdre son temps à la lecture de cet ouvrage, mais cela n'est qu'une impression.
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stcyr04
  19 avril 2016
Quand un poète, écrivain et philosophe jette un regard sur le monde qui l'entoure cela donne une oeuvre lucide et visionnaire pénétrée de poésie et néanmoins fort claire. Valéry nous livre ici ses pensées particulièrement sur la décadence de l'Europe, les partis politiques, le concept de liberté, les différentes images de la France et le destin de nos "belles lettres françaises". Personnellement j'ai vraiment beaucoup aimé et je le conseille à tout amateur d'essai.
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
NMTBNMTB   14 décembre 2015
L’homme moderne est l’esclave de la modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne à sa plus complète servitude. Le confort nous enchaîne. La liberté de la presse et les moyens trop puissants dont elle dispose nous assassinent de clameurs imprimées, nous percent de nouvelles à sensations. La publicité, un des plus grands maux de ce temps, insulte nos regards, falsifie toutes les épithètes, gâte les paysages, corrompt toute qualité et toute critique, exploite l’arbre, le roc, le monument et confond sur les pages que vomissent les machines, l’assassin, la victime, le héros, le centenaire du jour et l’enfant martyr.
Il y a aussi la tyrannie des horaires.
Tout ceci nous vise au cerveau. Il faudra bientôt construire des cloîtres rigoureusement isolés, où ni les ondes, ni les feuilles n’entreront ; dans lesquels l’ignorance de toute politique sera préservée et cultivée. On y méprisera la vitesse, le nombre, les effets de masse, de surprise, de contraste, de répétitions, de nouveauté et de crédulité. C’est là qu’à certains jours on ira, à travers les grilles, considérer quelques spécimens d’hommes libres.
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Jeanmarc30Jeanmarc30   03 novembre 2018
Toutes les nations ont des raisons présentes, ou passées, ou futures de se croire incomparables. Et d’ ailleurs, elles le sont. Ce n’ est pas une des moindres difficultés de la politique spéculative que cette impossibilité de comparer ces grandes entités qui ne se touchent et ne s’ affectent l’ une l’ autre que par leurs caractères et leurs moyens extérieurs. Mais le fait essentiel qui les constitue, leur principe d’ existence, le lien interne qui enchaîne entre eux les individus d’un peuple, et les générations entre elles, n’ est pas, dans les diverses nations, de la même nature. Tantôt la race, tantôt la langue, tantôt le territoire, tantôt les souvenirs, tantôt les intérêts, instituent diversement l’ unité nationale d’ une agglomération humaine organisée. La cause profonde de tel groupement peut être d’ espèce toute différente de la cause de tel autre.

Il faut rappeler aux nations croissantes qu’ il n’ y a point d’ arbre dans la nature qui, placé dans les meilleures conditions de lumière, de sol et de terrain, puisse grandir et s’ élargir indéfiniment.
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NMTBNMTB   19 décembre 2015
Les événements ne sont que l’écume des choses. Les réflexions que l’ont fait sur eux sont fallacieuses, et les prétendues leçons qu’on tire de ces faits éclatants sont arbitraires et non sans danger. Nous savons ce que nous ont coûté, en 1940 comme en 1914, les « enseignements » des guerres précédentes. Il suffit, du reste, de songer à l’infinité des coïncidences que tout « événement » compose pour se convaincre qu’il n’y a pas à raisonner sur eux ; ceux qui en raisonnent ne peuvent le faire que moyennant des simplifications grossières et les analogies verbales et superficielles qu’elles permettent. Mais l’esprit, aujourd’hui, doit préserver toute sa lucidité. Si l’intelligence française possède les vertus de clarté que l’on dit, jamais occasion plus pressante de l’exercer ne lui a été offerte. Il s’agit d’essayer de concevoir une ère toute nouvelle. Nous voici devant un désordre universel d’images et de questions. Il va se produire une quantité de situations et de problèmes tout inédits, en présence desquels presque tout ce que le passé nous apprend est plus à redouter qu’à méditer. C’est d’une analyse approfondie du présent qu’il faut partir, non pour prévoir les événements sur lesquels, ou sur les conséquences desquels, on se trompe toujours, mais pour préparer, disposer ou créer ce qu’il faut pour parer aux événements, leur résister, les utiliser. Les ressources des organismes contre les surprises et les brusques variations du milieu sont d’un grand exemple.
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NMTBNMTB   18 décembre 2015
Une littérature vaut ce que vaut le lecteur : tout ce qui diminue celui-ci en tant que sensible à la qualité du langage, capable d’attention soutenue, sceptique à l’égard des jugements qu’on lui veut imposer tout formés, est funeste à la belle tenue des lettres. C’est dire que la publicité commerciale, la facilité et la rapidité des spectacles composés d’images directes, l’institution des prix littéraires, le désir de faire impression par la seule surprise, d’agir par le neuf à tout coup, par le choc des termes et les rapprochements abrupts, enfin la multiplication des ouvrages, ne sont pas des conditions toutes favorables à la formation du public le plus sensible aux délicatesses et aux profondeurs de l’art. L’époque ne sait plus prendre la peine de jouir.
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chrysalidechrysalide   05 septembre 2012
Un homme s’interrogeant s’il était libre, il se perdit dans ses pensées. Le ridicule de son embarras lui était imperceptible. Au bout de quelques siècles intérieurs de distinctions et d’expériences imaginaires qu’il dépensa à changer d’avis et à se placer alternativement dans des situations fictives les plus critiques et dans les plus insignifiantes, il dut s’avouer qu’il n’arrivait point.
Il ne parvenait pas à comparer des états tout différents, et à reconnaître ce qui se conserve de l’un à l’autre. Si l’on met à la crainte dans un moment, ou quelque douleur très puissante, ou quelque désir souverain ?...
– Ah ! dit-il, nous pouvons faire tout ce que nous voulons, toutes les fois que nous ne voulons rien.

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Videos de Paul Valéry (33) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paul Valéry
Non, Berthe Morisot n'est pas qu'une peintre de poussettes et de petits enfants. Oui, elle a eu un rôle dans la grande révolution artistique du XIXe siècle influençant notamment Manet ou encore Mallarmé dans leur travail. Et surtout, elle, dans un geste finalement avant-gardiste, "la tristesse des femmes en mousseline", comme le raconte élégamment ici Jean-Daniel Baltassat à travers les yeux d'un Paul Valéry admiratif.
En savoir plus sur "La Tristesse des femmes en mousseline" : https://www.hachette.fr/livre/la-tristesse-des-femmes-en-mousseline-9782702163658
>Histoire générale du monde>Histoire générale depuis 1800>Histoire générale du 20e siècle (131)
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