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ISBN : 2226141855
Éditeur : Albin Michel (03/09/2003)

Note moyenne : 4.23/5 (sur 276 notes)
Résumé :

Tout quitter du jour au lendemain pour aller chercher, seule, au fin fond de la Chine communiste, les secrets oubliés de l'art antique chinois, était-ce bien raisonnable ?

Fabienne Verdier ne s'est pas posé la question : en ce début des années 80, la jeune et brillante étudiante des Beaux-Arts est comme aimantée par le désir d'apprendre cet art pictural et calligraphique dévasté par la Révolution culturelle.

Et lorsque, étrangè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
madameduberry
  24 juin 2015
Je viens de finir ce livre, qui m'a sidérée. Que faisiez-vous, de 1980 à 1990? Pour ma part, je n'ai cessé de m'adresser cette question, en même temps que je suivais Fabienne Verdier dans sa quête initiatique personnelle, dans sa réponse à un appel, dont elle dit n'avoir jamais connu l'origine, mais seulement la force irrésistible.Pourquoi partir, et surtout pourquoi rester dans un pays évoquant la Colonie pénitentiaire de Kafka, à l'échelle d'un continent? Pourquoi risquer de perdre sa jeunesse, sa santé, sa liberté, sa vie, à la recherche de Maîtres d'un art dont les communistes chinois ont voulu la disparition? Pourquoi se confronter aux horreurs subies au passé et au présent par un peuple martyr, mais qui continue à cautionner une justice et des exécutions d'un autre âge?Pourquoi quand on recherche la beauté et la perfection, accepter de passer dix ans au milieu des uniformes, de la pollution, en butte à une bureaucratie sauvage et impitoyable, isolée, c'est le pire, au milieu de la surpopulation chinoise, durant des mois sans amis, durant des années sans amour; en butte à la méfiance de ceux qu'elle admire, et à la concupiscence de ceux qu'elle abhorre? Il y a de la bergère de Domrémy, une pureté et une droiture extrème au milieu d'une société avilie et réduite à l'esclavage de la pensée, chez cette française ascétique, aux traits émaciés, et qui aime la culture chinoise bien plus que les chinois eux-mêmes, a-culturés, abâtardis, génocidés, abrutis, sans parler de ceux qui furent mutilés, affamés, torturés, poussés au suicide au nom de la révolution culturelle.Jamais cependant Fabienne Verdier ne s'autorise à moraliser, ou à mépriser ces hommes réduits à renier ce qui les reliait à leurs racines. Et elle s'en veut durablement d'avoir, pour cuisiner elle-même des plats qu'elle pourrait absorber, après une hépatite gravissime, d'avoir donc accepté de consommer à elle seule l'électricité de cent condisciples étudiants avec son réchaud électrique personnel.Etudiante, disciple, puis attachée culturelle, Fabienne Verdier voit peu à peu disparaître tous ses liens antérieurs avec ses racines françaises. Passagère d'une initiation dont elle ne peut plus s'affranchir, elle est guidée par des passeurs qui sont eux-mêmes des survivants, et qui finalement lui reconnaissent un talent propre, en plus de son apprentissage si dur et si long de l'art ancien de la calligraphie. Thèse: la quête d'un ailleurs, le départ de France et le renoncement aux Beaux Arts occidentaux. Antithèse: le voyage dans les ténèbres de son ignorance. Synthèse: une artiste singulière, pareille à nulle autre, et qui est une survivante. Survivante de l'orgueil occidental, et survivante de l'horreur uniformisatrice déshumanisante et génocidaire de la Chine rouge. Je pose ce livre, et je me demande ce que j'ai fait, de 1980 à 1990, sans savoir ce que cette femme hors du commun poursuivait, et dans quelles conditions. J'ai vécu, voilà tout, et maintenant grâce à ce livre je sais un peu mieux ce qu'un désir irrésistible peut faire accomplir à un être humain, dans le sens de la vie, mais au risque de sa propre mort.
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Lune
  18 janvier 2012
Il y a dans ce livre, non pas une lecture, mais plusieurs.
Il y a l'histoire d'une démarche personnelle artistique passionnante d'une jeune fille suffisamment audacieuse pour affronter seule une Chine des années 1983 à 1989. Une fille de 20 ans poursuit son rêve intense de l'approche picturale authentique loin de l'académisme et du « je m'en foutisme » qu'elle croise dans une école d'art française dont on se demande ce qu'y font ces « appelés » de l'art...
Il y a, décrit, tout l'accomplissement de cette approche en surmontant les conditions de vie pauvres et dures, le malaise général, la volonté de trouver ce qui convient exactement à sa recherche.
Il y a cet extraordinaire « Maître » en la personne de Huang, qui ouvre l'auteur non seulement à l'essence créatrice mais également à elle-même, condition indispensable pour entrer en peinture comme on entre en religion.
Des citations de paroles de ce maître sont époustouflantes de révélations, elles sont à lire, relire et à méditer.
L'homme y devient Homme dans le sens le plus noble du terme.
Il y a la description de ce « vide » nécessaire à la création, cette « réceptivité » de l'instant présent, cet abandon au laisser-aller, source d'ouvertures. Des mois de travail répétitif, rigoureux avant d'arriver à l'expression personnelle ont été nécessaires pour acquérir cette vérité, cette authenticité.
Il y a le portrait de la Chine de l'époque, des humiliations, des être anéantis, des artistes bafoués, de la misère, de la vie qui ne compte pas.
Il y a toute cette culture perdue et ces mots profondément révélateurs du « Maître » en ce qui concerne l'utilité de l'homme politique par rapport à l'artiste.
Il y a les voyages au Tibet, les rencontres d'ethnies, des expériences que Fabienne Verdier nous fait partager dans un style sobre, simple qui parle directement à notre coeur.
Il y a le retour à l'étroitesse européenne dont il faudra que l'auteur s'éloigne pour que puisse s'exprimer tout son art.
Il y a un livre que l'on repose en sachant qu'il a mis une pierre à l'édifice de notre propre vie.
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paroles
  03 juillet 2014
Avoir 20 ans. Des rêves plein la tête. Une passion déjà bien installée. Se lancer dans le vaste monde à la recherche de ce pourquoi on veut vivre. C'est ce qu'a entrepris Fabienne Verdier, brillante étudiante aux Beaux Arts de Toulouse, pour s'initier à l'art de la calligraphie : destination Chine.
1983. Première étudiante étrangère, elle débarque dans la province reculée du Sichuan pour étudier la calligraphie chinoise. Tout ici est nouveau pour elle et loin des clichés véhiculés à l'époque. Où est le raffinement de la culture et de la cuisine chinoises ? Tout autour d'elle dénonce la misère, le manque.
Elle s'aperçoit peu à peu qu'elle est en fait prisonnière du système chinois. La peinture, comme tous les autres arts, doit être conforme à l'idéologie du parti. La vie sur le campus est codifiée, les étudiants sont mal logés, mal nourris. Elle, fait figure de privilégiée. La barrière de la langue est pendant quelque temps un problème, on lui refuse cet enseignement. Elle est venue ici pour le dessin, pas pour devenir sinologue. Au bout de six mois, n'en pouvant plus de vivre à l'écart des autres, elle se rebelle et demande à être considérée comme tous les autres étudiants, à rencontrer les anciens maîtres du dessin, à apprendre la langue.
Ses voeux sont exaucés et à partir de ce moment, elle va vraiment découvrir la Chine et rencontrer les grands maîtres de l'art, mis à l'écart pendant la révolution culturelle, et oubliés par les jeunes étudiants.
Son parcours est difficile. Mais l'épanouissement est total. Elle est tenace, patiente, humble devant l'effort. Elle apprend la calligraphie, le lavis, la sculpture des sceaux. Toutes les rencontres avec les anciens maîtres et lettrés sont sources de découverte, d'approche de la philosophie chinoise, d'émerveillement, de recherche et d'accomplissement. Et quel bel hommage rendu à ces grands maîtres, détruits par la révolution culturelle !
J'ai dévoré ce témoignage, véritable page d'histoire de la Chine. J'ai été émerveillée par l'artiste qui s'est révélée, par ces qualités humaines et relationnelles, par son tempérament opiniâtre. Une très belle leçon de vie...
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litolff
  01 septembre 2011
Ce livre est une aventure inouïe !
Quand, jeune diplômée des beaux-arts Fabienne Verdier décide de partir en Chine dans les années 80 pour y étudier la calligraphie, il faut un culot et un courage incroyables : la vie matérielle est sordide, la révolution culturelle (la mal nommée) a détruit tout ce qui avait trait à la culture et aux arts traditionnels. Les maîtres survivants sont vieux, isolés, sans élèves, méprisés, misérables. Fabienne Verdier, sans parler chinois, réussira à en trouver un qui accepte de la prendre pour élève, et qui pendant 10 ans (!!!), dans des conditions très difficiles, réussira à lui transmettre ce savoir en train de s'évanouir. le miracle aura lieu et elle deviendra à son tour un maître de la calligraphie, reconnue comme un des leurs par les vieux maîtres.
Mais quelle abnégation pour parvenir à ce but suprême...seule, étrangère et perdue dans une grande ville du centre de la Chine ancrée dans l'idéologie maoïste des années 80 et totalement refermée sur elle-même, dans une école artistique régie par le Parti et qui doit lutter contre la méfiance des chinois, le système inquisitorial de l'administration, la misère, la promiscuité et la maladie...
Un parcours exceptionnel qui a forcé mon admiration et m'a laissée sans voix !
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Malice
  31 août 2012
Ce livre est magnifique, c'est un récit de vie et d'aventures que Fabienne verdier nous raconte ainsi que de son apprentissage de la calligraphie en Chine. Fabienne Verdier a réussit à obtenir une bourse pour aller à Chongqing dans les années 80. Dans cette Chine communiste, elle vivra dans une université régie par le Parti de façon spartiate. Elle apprendra la langue, la promiscuité, la saleté, le système du Partie archaïque de l'administration, elle sera pas épargnée par la maladie non plus. Elle désire apprendre la calligraphie chinoise dévasté par la Révolution culturelle du temps de Mao Tsé Toung. Elle rencontrera les grands maîtres, oubliés, méprisés. le maître Huang Yan va énormément compté dans son apprentissage de la calligraphie. Ces grands maîtres vont l'initié aux secrets et aux codes de la culture ancienne et de la splendeur de la Chine oubliée. Avec beaucoup de patience elle apprendra la maîtrise du pinceau et à fabriquer l'encre de chine. Elle sera sous le charme de ce pays qui va l'apprivoiser. Elle est remplie d'admiration pour la Chine ancienne et traditionnelle.
Puis, dans la dernière partie de ce livre elle nous parle de son expérience comme attachée d'ambassade de France à Pékin. Elle accepte ce poste pour gagner sa vie surtout mais pour venir en aide à des artistes qu'elle a vu dans la misère. Un livre magnifique, style est poétique. Nous, lecteur nous parcourons un très beau voyage.
Lien : http://livresdemalice.blogsp..
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Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
SeshetaSesheta   09 janvier 2013
Je parlais assez bien le dialecte local pour baragouiner avec eux, mais ce qu’aucune parole ne serait parvenue à obtenir, quelques traits de crayon y réussirent. Pour comprendre comment quelques croquis suffirent à ce qu’ils m’accordent leur confiance, il faut se rappeler l’importance du trait en Chine. […] les Chinois savent que le discours peut être hypocrite; ils l’ont appris à leurs dépens. Une peinture, par contre, un dessin ou une calligraphie, tout ce qui relève du trait ne peut tromper; la vertu morale de celui qui le trace s’y révèle, elle y est mise à nu sans qu’il soit possible de feindre. C’est la personnalité de l’artiste, autant que son œuvre, qu’on juge sur une peinture ou une calligraphie. Celui qui maîtrise le "hua" est le possesseur de ce langage particulier qui ne peut être que vrai. C’est une des singularités de la pensée chinoise. […] L’artiste, en Chine, possède un statut unique car l’art est supposé traduire la vérité d’un esprit, sans faux-semblant. Les clients de la maison de thé, j’aurais pu essayer de les séduire avec de belles paroles. Mes croquis leur avaient révélé le fond de mes intentions.

(IV- Maison de thé de Jiu Long Po, p.67 à 69)
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TheTeaChaTheTeaCha   18 août 2015
Il était extraordinaire de voir ces jeunes s'inspirer entièrement d'une culture étrangère. Mais qu'avaient-ils eu le droit de conserver de la leur ? On leur avait refuser cet héritage sous prétexte qu'il n'était qu'un ramassis de vieilleries. Reprendre ainsi à leur compte une culture qu'ils ne connaissaient que par des reproductions restait un procédé totalement artificiel chez certains mais, chez d'autres, s'était intériorisé de façon surprenante. Je me suis interrogée sur leur démarche puisqu'elle me concernait directement : au fond, je voulais parcourir le chemin exactement inverse du leur. [...] Si une étrangère était capable de pratiquer l'art du pinceau traditionnel chinois comme eux maîtrisaient la peinture à l(huile, elle devait parvenir à créer une peinture nouvelle. J'ai vite compris que l'entreprise exigeait deux conditions indispensables. La première était de maîtriser la technique chinoise, et d'abord la calligraphie, car celle-ci contient tous les traits utilisés par la suite dans le paysage et autres sujets. Cela demandait un travail énorme et beaucoup de patience ; il fallait cet acharnement et ce sérieux dont les étudiants chinois donnaient l'exemple quand ils étudiaient notre peinture à l'huile. [...] La seconde condition était de ne pas se limiter à la technique. Il fallait acquérir la culture intérieure qui l'accompagne, pas seulement des connaissances livresques, même si elles sont nécessaires. Je devais aussi m'imprégner de la pensée chinoise, devenir un peu chinoise par l'esprit, par toute ma façon d'être et même de vivre.

(V- Quelques avatars de Courbet à Millet, p.86 sq)
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SeshetaSesheta   08 janvier 2013
[…] je me souviens de cette pensée de Kandinsky qui, à elle seule, suffit à m’encourager: «L’artiste doit être aveugle vis-à-vis de la forme "reconnue " ou "non reconnue", sourd aux enseignements et aux désirs de son temps. Son œil doit être dirigé vers sa vie intérieure et son oreille tendue vers la voix de la nécessité intérieure.»
J’ai donc présenté des travaux hors norme, hors sujet, hardiesse que personne, curieusement, n’avait eu l’idée de tenter pour ce diplôme, et j’ai réussi brillamment. On m’a offert une bourse pour poursuivre mes études à Paris, que j’ai refusée: c’était en Chine que je désirais aller.

(I- Socquettes blanches et jupe bleue, p.23)
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PaulandrelitPaulandrelit   07 avril 2010
Dans le chaos et l'obscur réside le mystère originel. Suis, toi aussi, le principe cosmique pour donner vie à ta création. Comme le Ciel, crée à partir du chaos. Suis ton intuition et débroussaille l'informe pour aller, à travers les formes, au-delà de celles-ci. Transmets l'esprit des choses et n'oublie pas que l'esprit réside aussi dans les montagnes et les plantes; elles ont une âme, et c'est le Ciel qui la leur a donnée. La forme naît de l'informe: il ne faut pas avoir peur du chaos. Prends un pot, par exemple: c'est le vide qu'il enferme qui crée le pot. Toute forme ne fait que limiter du vide pour l'arracher au chaos.
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SeshetaSesheta   06 janvier 2013
Je suis d'abord tombée sur un livre de François Cheng, "Le Vide et le Plein", puis ce fut l'éblouissement avec Hokusai et les grands maîtres japonais de l'étude de la nature. J'étais fascinée par les recherches d'Hokusai sur les végétaux et les animaux. J'ai passé des nuits entières à étudier son interprétation au pinceau des dragons, poissons-carpes, fleurs des champs, dames de cour et autres sujets passionnants comme la chauve-souris dormant la tête en bas ou le papillon sous sa chrysalide.

(I- Socquettes blanches et jupe bleue, p.21)
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Vidéo de Fabienne Verdier
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