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EAN : 9782020540100
205 pages
Seuil (17/04/2002)
3.75/5   12 notes
Résumé :
« Le lecteur qu'on fait passer ici, sans transition, de Confucius à Simenon, de Balzac au Père Damien, et de la brousse australienne au cap Horn, se plaindra peut-être du caractère apparemment hétéroclite de ces pages. Si son objection était fondée, je craindrais qu'elle ne soit sans remède, car en fait ce qu'elle mettrait en question, ce n'est pas la cohérence d'un court recueil, mais celle d'une vie déjà assez longue: pour le meilleur ou pour le pire, l'un et l'a... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

Passionné de littérature, Simon Leys fit connaitre la culture chinoise à l'occident et fut aussi un navigateur entre le monde francophone et l'anglophone, comme l'illustre ce recueil de chroniques, de préfaces et de traductions publiées entre 1990 et 1997.

Deux articles ont particulièrement retenu mon attention, « Lawrence d'Australie » et « Evelyn Waugh, ou la terreur de Babel » parmi les neuf, tous instructifs.

Paru à l'automne 1993, dans la revue Commentaire, « L'Australie de D.H. Lawrence », révèle que « Kangourou » n'est pas une fiction mais une enquête sur un projet de coup d'état initié, entre les deux guerres, par des anciens combattants australiens redoutant une victoire électorale des travaillistes. Reportage qui suscita une menace d'attentat contre l'écrivain qui n'est donc pas seulement le sulfureux auteur de « L'Amant de lady Chatterley ».

Paru en mars 1993 dans « The Independant Monthly » « Terror of Babel », assène «Si l'on voulait se débarrasser de Waugh, il faudrait d'abord pouvoir se débarrasser de la langue anglaise elle-même» et précise que la première leçon qui se dégage de cette oeuvre c'est la souveraine importance du style, « chaque mot est juste et occupe sa juste place ». Simon Leys compare au style d'un Graham Greene ou d'un Simenon, beaucoup moins littéraire, et donc mille fois plus simple à traduire. « La littérature n'est rien autre qu'une façon adéquate d'user du langage » résumait Evelyn Waugh s'inscrivant ainsi dans un héritage poétique.

Caustique et facétieux, le critique décape les portraits De Balzac et Malraux, puis le traducteur décrypte la théorie et la pratique de son art en rappelant qu'il vaut mieux maitriser la langue d'arrivée que la langue de départ (comme l'a démontré Marcel Proust en traduisant John Ruskin) et nous livre la lettre ouverte que Robert Louis Stevenson adressa au révérend Dr Hyde pour défendre la mémoire du père Damien, l'apôtre des lépreux.

Un ouvrage qui nourrit la réflexion grâce à des articles d'une vingtaine de pages, format que je préfère à la concision des articles retenus pour «  le bonheur des petits poissons : Lettres des Antipodes », qui placent ce titre au même niveau que « Protée et autre essais » et font de Simon Leys un critique humaniste incontournable.

PS : Simon Leys : Navigateur entre les mondes


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Le grand sinologue Simon Leys s'est attiré la haine des "maoïstes mondains" français (Sollers en tête) et de la gauche institutionnelle, qui brisèrent sa carrière en pays francophone et l'obligèrent finalement à faire profiter l'Australie et le monde anglo-saxon de ses lumières. Dans les années où il vécut, un esprit libre et lucide y rencontrait moins d'aversion et de haine que dans le milieu intellectuel français, prêt à toutes les allégeances aux dictateurs marxistes.

Cela nous vaut, dans ce petit recueil d'essais, de remarquables textes, brillants d'intelligence et de bon sens (vertu inconnue des universitaires de gauche), sur la littérature de langue anglaise : D.H. Lawrence, Evelyn Waugh, R. L. Stevenson, R. H. Dana et d'autres sont évoqués et analysés par un Simon Leys critique et traducteur. Certains essais sont traduits directement de l' anglais. La part de la Chine et de la sinologie est plus restreinte : une introduction à l'édition américaine des Analectes de Confucius, un compte-rendu de lecture pour la New York Review of Books du magnifique "Art chinois de l'écriture" de Jean-François Billeter, et la traduction des "Trente-trois délices de Jin Shengtan". Seuls trois textes concernent des auteurs français : Balzac, Malraux, Simenon, et là encore, tout comme avec le Maoïsme et le gauchisme culturel, ou avec toute religion officielle, Simon Leys fait preuve d'une liberté d'esprit rafraîchissante.

N'en déplaise au lecteur français, ces études de Simon Leys révèlent qu'il doit sa lucidité et sa liberté d'esprit à son ferme ancrage dans le catholicisme, qui transparaît discrètement, parfois, au détour d'une page (voir l'essai sur E. Waugh). Certaines fidélités aident à voir clairement que "le roi est nu" (Les habits neufs du Président Mao) et que les idées du moment sont des idoles sans consistance.

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Simon Leys nous offre une bouffée d'intelligence pure et un vent de fraîcheur dans notre monde désenchanté.

Les pieds sur terre, plein d'un bon sens subtil et sans concession, l'auteur de ce brillant essai, L'ange et le cachalot, nous nargue presque par la lumière de son esprit. Destructeur de clichés, amateur de paradoxes et aventurier de la vérité, sa plume y célèbre ou écorne les grands auteurs comme Malraux, RL Stevenson, Evelyn Vaugh.

Ouvrage volontairement hétéroclite, il rappelle que Marx ne se considérait pas comme marxiste ; qu'un ouvrage « classique » n'est jamais figé et s'enrichit du temps qui passe ; qu'avant tout, dans un livre, il y a une parole qui se dégage au-delà des mots.

Voilà que ce passionné au visage sec dégaine et dégomme les idoles et images d'Epinal : ah, ce grand auteur qu'est Balzac, mais quel mauvais goût ! ou encore Malraux, escroc de la pensée, moitié génie-moitié renard, qu'il juge incompréhensible à l'oral et embrouillé à l'écrit. L'échafaud poursuit sa besogne avec Simenon.

Il est quand même des auteurs qui trouvent grâce : DH Lawrence qui parle si bien de l'Australie et de sa société à classe unique ; Evelyn Waugh, au langage ciselé ; RL Stevenson dans sa défense littéraire du père Damien ; Richard Henry Dana, auteur de Deux années sur le gaillard d'avant.

La littérature est affaire de coeur. Elle est aussi affaire de style.

A cet égard, la traduction littéraire, qui est l'une des activité de Simon Leys, engage à un devoir de fidélité. Engagement d'absolu qui va à l'encontre de la logique mercantiliste d'aujourd'hui. Et c'est un plaidoyer qu'il nous donne pour avoir des traducteurs humanistes, non des spécialistes du langage.

Je ne sais pas pour vous, mais une seule lecture ne me suffira pas pour profiter de la profondeur et des propos facétieux de Simon Leys, remède efficace contre la barbarie de notre temps.


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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation

(…) les personnages de Simenon, eux, serrent le cœur : ce sont des petites gens, des humbles, des solitaires, des rebelles, des marginaux, des « humiliés et offensés », des ratés, des déracinés, des victimes, des vaincus. Voyez même Maigret : « Quand Maigret doit pénétrer dans un milieu cossu, il se sent difficilement admis ; il a un sentiment de gêne, de faire tache, il n'est pas à sa place… » « Maigret n'est pas à son aise avec les grands de ce monde qui tantôt l'épatent, tantôt le choquent. »

Fils de l'intendant d'un aristocrate, il reste marqué par ses origines serviles : « Ily a des relations humaines, des habitudes sociales dont on ne guérit pas. On peut guérir de beaucoup de choses, mais pas de ça, d'une certaine humilité devant certaines gens... »

Au fond, Simenon a raconté cent fois la même histoire, ses grands romans n'ont qu'un seul thème : la chute d'un homme. Le destin, un incident extérieur, une fatalité intérieure viennent déclencher un implacable processus de destruction. Un homme s'éveille et se découvre soudain étranger aux siens et à lui-même, il essaie de briser les chaînes de sa vie quotidienne - et il sombre.

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A quoi bon se donner tant de mal pour cerner un Simenon qui ressemblerait à tout le monde ?

Le seul Simenon qui nous intéresse ne ressemble à personne, et c'est ça qui lui a permis d'écrire Lettre à mon juge, et La Veuve Couderc, et L'Homme qui regardait passer les trains, et L’Évadé, et Le Voyageur de la Toussaint, et tant d'autres romans où, étrangement, nous revenons sans cesse puiser le courage de contempler notre propre misère sans fléchir. La vérité dont Simenon était dépositaire se trouve dans son œuvre, et là seulement. Quiconque s'obstinerait à la chercher ailleurs ferait mieux de méditer les vers de T. S. Eliot :

« Par cela nous avons existé, par cela seul,

Qui ne se trouve pas dans nos nécrologies,

Ni dans les souvenirs que drape l'araignée bienfaisante,

Ni sous les sceaux que brise le maigre notaire

Dans nos chambres vides. »

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Un classique est essentiellement un texte qui demeure ouvert, dans ce sens qu'il se prête constamment à de nouveaux développements et commentaires, à des interprétations différentes, à des prolongements inattendus.

Avec le passage du temps, ces gloses s’accumulent en couches successives comme les alluvions d'un fleuve. Un classique est offert en permanence à l'us et à l'abus, il nourrit, il inspire, il provoque l’extrapolation, il suscite le malentendu.

C'est un texte qui vit et qui croît ; il est susceptible d'enrichissement, de déformation, de transformation, et, à travers tous ces avatars, il conserve un noyau d'identité essentielle, même s'il mue et change de peau au fil des saisons et des années.

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Si les connaisseurs n'hésitent pas à placer Kangourou au nombre des ouvrages majeurs de Lawrence, ce n'est pourtant pas un de ses livres les plus lus. Aux yeux de beaucoup de lecteurs, sans doute a-t-il souffert du caractère improvisé et désinvolte de sa construction, et du disparate de ses éléments - sans compter le fort relent de fascisme qui se dégage de certaines de ses vues politiques. Bien qu'il s'agisse théoriquement d'un roman, le livre demeure hybride et inclassable : Lawrence y a fourré pêle-mêle d'hallucinants souvenirs autobiographiques (un long récit des années qu'il avait passées avec sa femme dans un village des Cornouailles durant la Grande Guerre, entouré par la haine imbécile et vigilante de toute la population locale qui ne lui pardonnait pas d'être pacifiste et d'avoir une épouse allemande), de longues digressions mystico-politiques (tantôt fumeuses, tantôt inquiétantes, mais qui reflètent la montée des idées fascistes au début des années 20 (…)

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Mais il y a plus curieux encore : des études récentes, étayées sur des archives restées longtemps secrètes, ont montré que l'intrigue de Kangourou n'était précisément pas une fantaisie.

Kangourou a bel et bien existé (seule sa fin dramatique relève de la fiction), on l'a finalement identifié : il s'agissait en fait de sir Charles Rosenthal, un architecte de Sydney, d'origine juive (les commentateurs du roman s'étaient perdus en conjectures : pourquoi Lawrence avait-il fait de Kangourou un Juif ? La réponse était simple : parce qu'il se trouvait en fait qu'il était juif...), général de réserve et président d'une grande ligue patriotique de droite, appelée King and Empire Alliance.

Des historiens viennent seulement maintenant de découvrir que cette « Alliance » servit un temps de couverture à une véritable armée secrète, structurée en multiples cellules étanches, et qui se préparait à se substituer à l'armée et à la police au cas où, sous un gouvernement travailliste, ces forces institutionnelles de l'ordre échapperaient au contrôle de la Droite.

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