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EAN : 9782207134818
352 pages
Éditeur : Denoël (19/01/2017)
4.08/5   207 notes
Résumé :
Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (70) Voir plus Ajouter une critique
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Foxfire
  29 mars 2019
Auréolé de plusieurs prix et de critiques élogieuses, « mes vrais enfants » a beaucoup fait parler lors de sa sortie. J'avoue, j'ai tendance à me méfier de ces concerts de dithyrambes qui ont plutôt tendance à refroidir ma curiosité. Malgré tout, le roman de Jo Walton continuait de m'intriguer et de m'attirer. A juste titre, cela aurait été dommage de passer à côté de ce roman si bouleversant. « Mes vrais enfants » n'a pas volé ses prix. Si tout n'est pas parfait, beaucoup de choses m'ont plu, d'autres non, c'est une lecture très intense émotionnellement qui laissera sans doute une empreinte forte dans mon coeur.
C'est d'abord l'originalité du propos qui attire. le mélange d'uchronie personnelle et d'uchronie historique est inattendu et très bien mené. Après un 1er chapitre déroutant, le récit devient plus linéaire, d'abord en racontant l'histoire de Patricia jusqu'à ce qu'on atteigne le point de divergence de ses destins, à savoir la proposition de mariage de Mark. Ensuite, le récit sera constitué de chapitres alternant la vie de la Patricia devenue Tricia (puis Trish), c'est celle qui a dit oui à Mark et la vie de la Patricia devenue Pat, celle qui ne l'a pas épousé. le récit, ou plutôt les récits sont vraiment prenants. J'ai suivi avec passion les 2 vies parallèles de Patricia. le personnage principal reste le même mais il y a tout de même des petites différences entre la personnalité de Tricia et de Pat. Après tout une personnalité n'est jamais figée dans le temps, elle évolue, notamment en fonction du vécu. On voit là la subtilité de Walton dans la caractérisation de son personnage. Tricia et Pat, les 2 Patricia possibles, sont toutes deux très attachantes mais j'avoue un petit faible pour Tricia. Celle qui a été le moins heureuse est finalement plus ouverte, plus tournée vers les autres, au contraire de Pat qui m'a semblée plus centrée sur sa tribu.
Aucune version ne prend le pas sur l'autre, Walton les traite à égalité. Ainsi, le lecteur n'est jamais tenté de penser que l'une des deux réalités est plus vraie que l'autre. Et d'ailleurs, à vrai dire, on ne se pose pas vraiment la question.
Je regrette un tout petit manque de subtilité dans la peinture des couples possibles de Patricia. le couple Pat / Bee est trop idéalisé à mon goût, on évite parfois de justesse la mièvrerie. A l'opposé, l'auteure a un peu forcé le trait dans la caractérisation de Mark.
Mais cette petite faiblesse n'empêche pas de vivre mille émotions lors de la lecture. C'est bien le seul aspect où Walton manque un peu de subtilité. Sur tous les autres aspects du roman, Walton fait preuve d'une grande finesse, et ce malgré la multitude de thèmes abordés. J'ai trouvé le thème de la parentalité tout particulièrement bien traité, sans aucune facilité et en évitant les clichés. Ainsi, les rapports entre mère et enfants sonnent justes. Comme n'importe quel parent, Patricia, qu'elle soit Pat ou Tricia, n'entretient pas les mêmes rapports avec chacun de ses enfants. Avec certains, c'est plus difficile qu'avec d'autres. On retrouve cette même justesse dans l'évocation, même si elle est brève, des accouchements de Tricia. Ils ne sont jamais idéalisés comme on le voit trop souvent dans les fictions. Lors de ses accouchements, Tricia souffre, ce sont des moments durs de sa vie. Ayant moi-même vécu un accouchement cauchemardesque, j'ai été très touchée par cette évocation sans fard, sans fausse pudeur, de la souffrance, du calvaire que peut représenter un accouchement, indépendamment de l'amour qu'on portera ensuite à son enfant.
Si j'ai été bouleversée par le versant uchronie personnelle du roman, j'ai trouvé très intéressant le côté uchronie historique. La plupart du temps les uchronies mettent en avant des figures importantes, qui encore plus que de vivre l'Histoire la font. L'originalité et la subtilité de « mes vrais enfants » consiste à raconter cette Histoire alternative du point de vue de personnes lambda, des gens comme vous et moi, qui ne font pas l'Histoire mais y assistent, la subissent, essaient parfois de jouer un rôle à leur petite mesure. Non seulement cela renforce le sentiment de véracité du récit mais en plus cela décuple le phénomène d'identification.
Je n'ai pas été bluffée par le style de l'auteure que j'ai trouvé assez quelconque, sans savoir si cela vient de la traduction. Mais Walton a indéniablement un talent de conteuse et sait mener un récit. C'est très fluide et le roman se lit d'une traite.
Il y aussi de très bonnes idées dans le récit. L'idée des surnoms différents est excellente. Non seulement cela permet de distinguer quelle Patricia on suit et en plus cela fait écho au thème des choix qui façonnent les individus (y compris des choix de noms donc).
Malgré les quelques petits défauts que j'ai relevés, « mes vrais enfants » est un très beau roman qui mérite largement le détour. Ce bouquin est un torrent d'émotion.
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Kittiwake
  22 juillet 2021
Roman qui ouvre une porte de l'imaginaire, sur fond de féminisme, où l'auteur déroule en parallèle deux versions d'un destin de femme en Angleterre au vingtième siècle.
Lorsque nous faisons connaissance avec Patricia, ou Patsy, ou Trish ou Tricia, sait-on, elle se bat avec sa mémoire, et les incohérences que suscitent les lacunes de son histoire. L'établissement où elle réside la met à l'abri des besoins élémentaires, le temps passe et emporte avec lui les images du passé.
Suivent les histoires alternées de Patsy, et de Tricia, par époque et en alternance, selon les règles de l'uchronie. Un oui ou un non modifieront profondément les événements futurs, et au delà du destin individuel, c'est la marche entière du monde qui en est modifiée, à la manière du battement d'aile d'un papillon. L'une est libre l'autre est condamnée à vivre sous le joug d'un mari borné et bien différent de ce que le temps de fiançailles réglementaire lui avait laissé espérer. L'autre se libère des entraves institutionnelles et éducatives qui lui imposaient une vie normée. de même, les alternatives d'évolution de la planète oscillent selon la version entre utopie et dystopie.
L'écriture est simple et factuelle, et permet de parcourir avec un grand plaisir ces deux romans en un, en abordant des thèmes généraux comme la parentalité, qui se décline à l'aune des modèles ambiants.

Très belle découverte avec ce roman intelligent et questionnant.
Club de lecture La Caverne des lecteurs

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Shan_Ze
  14 juin 2017
Patricia Cowan est très vieille, 88 ou 89 ans, elle ne sait plus… et très confuse. Par moments, elle se rappelle de ses trois enfants et à d'autres moments, ils sont 4 enfants qu'elle a eu avec Mark. Il n'y a pas de confusion pour son enfance ni jusqu'à Harvard… C'est en 1949, lorsque Mark la demande en mariage que tout change… deux réalités vont coexister. Celle où elle dit oui et celle où elle refuse.
Jo Walton alterne un chapitre sur deux la Patricia qui fait sa vie avec Mark et celle où elle rencontre Béatrice. Pour marquer la différence entre les deux vies qui s'éloignent très l'une de l'autre, Patricia devient Tricia dans l'une et Pat dans l'autre. La vie avançant, les choix qu'elle fera, la transformera en mère soumise ou en femme libérée. D'ailleurs, ses actions personnelles auront aussi des répercussions sur l'avenir de l'humanité… On s'attache à Patricia, on suit ses joies, ses peines, ses souffrances… Les pages s'enchainent, les années passent, Patricia Cowan vieillit. Il y a quelques similitudes entre les deux univers pour montrer l'irréductibilité d'un fait que l'auteur oppose aux décisions qu'on prend qui décide du futur que nous aurons. J'imaginais qu'il y aurait plus de liens entre les deux univers, comme si Patricia vivait simultanément plusieurs vies. Même si, à vrai dire, cette uchronie de Jo Walton est à mon avis très aboutie, il parle aussi bien de choix décisifs que de l'orientation sexuelle, la politique, le nucléaire. C'est une très belle découverte de cette auteure et je n'hésiterai pas à lire ces autres romans !
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Dionysos89
  21 février 2017
Jo Walton a d'ores et déjà une belle bibliographie et la collection Lunes d'Encre des éditions Denoël a largement misé sur ses publications. Ainsi, après Morwenna et la trilogie du Subtil Changement (Le Cercle de Farthing, Hamlet au paradis, Une demi-couronne), nous est proposé Mes vrais enfants !
Mes vrais enfants narre l'histoire d'une simple héroïne, Patricia Cowan, que le lecteur trouvera déjà fort affaiblie dans le premier chapitre, car à près de 90 ans, cette vieille dame est dans un état continuellement confus. Elle perd prise avec ses souvenirs qui semblent doucement partir dans la brume de sa conscience. Pourtant, elle s'en rappelle des choses ! Depuis sa naissance en 1926, elle en a vécu des événements particuliers ! En les reprenant depuis son enfance, elle nous refait vivre un siècle de progrès, de drames et d'anecdotes charmantes. Toutefois, au détour d'un de ses événements de 1949, la proposition de mariage de Mark, son amour de jeunesse, mène à deux souvenirs distincts : l'un où elle répond positivement, l'autre où elle la rejette en bloc. Quel est le bon souvenir ? Ce pourrait être l'interrogation de ce roman, mais finalement l'intrigue tient surtout dans la force des choix que nous faisons, sans pour autant adouber l'une ou l'autre des solutions choisies.
La narration de Jo Walton se fait à la troisième personne et pourtant nous sommes au plus près des pensées de l'héroïne, car celle-ci se coltine constamment un « souci », elle ne parvient plus à se souvenir, ou plutôt à être sûre de ses souvenirs. Elle se souvient de deux temporalités bien distinctes, une où elle a accepté une vie morne avec un amour décevant mais une vie familiale tout à fait remplie pour autant, et une autre où elle a rejeté l'amour conventionnel pour suivre une voie professionnelle bien plus prometteuse (elle se fait connaître par des guides touristiques très appréciés, notamment sur le patrimoine des villes italiennes) qui va mener sa vie familiale vers bien d'autres choix. Cela mène parfois à quelques scènes cocasses entre ces deux mondes possibles, comme par exemple, le moment, dès le premier chapitre, où Patricia cherche ses jumelles pour voir un arbre au loin, mais se demande si les jumelles sont bien de ce monde-ci et ce qui se passerait si l'arbre était de l'autre… Cette alternance est très simplement transcrite dans la narration : un chapitre sur deux suit alternativement Tricia, épouse docile qui doit progressivement surmonter les conséquences de ce premier choix malheureux, et Pat, féministe libérée qui assument très vite des choix d'avant-garde mais doit tout autant surmonter les difficultés de la vie.
Mes vrais enfants vogue sur une trame digne de la Part de l'autre, d'Eric-Emmanuel Schmitt, mais où les uchronies possibles sont d'abord personnelles, l'aspect historique passant au second, voire à l'arrière-plan. Bien sûr, si vous êtes assidus, vous trouverez des détails qui sont modifiés dans les deux lignes temporelles, l'une privilégiant le progrès au sens sociétal et l'autre au sens technologique, en passant par quelques « avancées » significatives vis-à-vis de la gestion militaire du nucléaire. D'autres que moi ont parfaitement collecté toutes ces anecdotes d'histoire alternative comme la réduction de Kiev et Miami par le feu nucléaire, le mariage fidèle de Charles et Camilla, et tant d'autres, cela relève d'une subtilité très bien placée par l'autrice. Ce n'est pas là à mon avis le coeur du sujet : il s'agit surtout ici de parcourir la vie d'une héroïne confrontée à des choix et qui les explorent à fond. Est-ce pour autant la vérité ? La réponse importe peu. Jo Walton nous fait surtout suivre une magnifique saga familiale et personnelle, à la façon de ces télésuites (de qualité très fluctuante certes) à propos de drames familiaux sur plusieurs générations (moi, j'ai pensé aux bons côtés des Oiseaux se cachent pour mourir, du Château des Oliviers ou même mieux, du Grand Batre) : on sait que la tragédie va poindre à l'horizon et pourtant l'enchaînement des événements se fait si naturellement que la lecture passe à une vitesse folle. Cela peut être une contrainte à la toute fin de Mes vrais enfants, car vraiment les dernières années filent à toute allure, mais les sujets abordés par Jo Walton sont prenants, universaux et totalement d'actualité. Ainsi, l'autrice brasse des thématiques comme la construction d'une conscience féministe, la question de la sénilité à gérer par la famille, le handicap comme événement à surmonter, la lutte contre la prolifération nucléaire, le combat pour une conscience écologiste, le pouvoir de culture dans la construction de chacun, etc. (je n'utilise que très rarement cette locution « etc. », mais là c'est vraiment utile car de thématiques il y en a moult !). D'ailleurs, ce beau roman a été récompensé en 2014 par le Prix James Tiptree Jr. qui met en valeur la sexuation dans les littératures de l'imaginaire ; un roman comme le Silence de la Cité, d'Elisabeth Vonarburg, l'aurait bien mérité aussi, mais il faut reconnaître que les choix de l'héroïne montrent parfaitement les possibilités que nous offrent notre humanité en matière de découverte de la sexualité.
Pour les plus tatillons (dont je fais partie), il faudrait se demander dans quel genre nous sommes ici : au premier abord, nous pourrions être dans du fantastique, car la réalité n'est pas très palpable, mais il n'y a pas pour autant de malaise à ne pas savoir où est la réalité ; l'uchronie historique, même très personnelle comme ici, est parfois classée (à raison selon moi) dans la fantasy, mais cela en rebuterait certains ; est-ce pour autant de la science-fiction ? À mon humble avis, non plus, car il n'y a pas de volonté de créer dans le futur un monde autre que le nôtre, présence de la science ou non. Clairement, dans cet ouvrage, nous parcourons un imaginaire très sociétal, où les aspects imaginaires sont justement placés en arrière-plan. Je l'avoue, je ne vais pas le faire lire pour rien à ma chère maman, allergique à toute littérature SFFF !
Mes vrais enfants m'a donc vraiment touché au plus profond. J'ai toujours du mal à parler de chef-d'oeuvre quand il n'y a pas particulièrement de codes littéraires sublimés ou transgressés ; au contraire, Jo Walton a créé ce roman en se passant parfaitement de l'aspect « littératures de l'imaginaire » et c'est tout à son honneur, car c'est, il me semble, une très bonne porte d'entrée pour découvrir les bienfaits de s'imaginer toutes les possibilités de nos vies.
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boudicca
  26 août 2018
Ma première rencontre avec Jo Walton n'a pas été très concluante. C'était en 2014 , avec « Morwenna », et j'avais alors eu bien du mal à accrocher non seulement au personnage mais aussi à la narration. Depuis, « Les griffes et les crocs » m'ont quelque peu réconcilié avec l'auteur, sans qu'on puisse pour autant parler de coup de foudre. Mais ça, c'était avant « Mes vrais enfants ». Car que d'émotions et de sensibilité dans ces trois cent pages ! le principe n'a pourtant rien de bien original : il s'agit d'imaginer les deux vies totalement opposées qu'aurait pu avoir une personne si elle n'avait pas pris telle décision, ou si tel événement s'était passé différemment. C'est par exemple l'idée que développe Eric Emmanuel Schmitt dans « La part de l'autre », roman dans lequel il imagine ce qu'aurait été l'histoire de l'Europe et le parcours d'Hitler si celui-ci n'avait pas été recalé à l'entrée des Beaux-Arts. Sauf qu'à la différence de son confrère, Jo Walton ne prend pas comme vedette un personnage historique mais une personne lambda. Patrica est en effet une femme tout ce qu'il y a de plus ordinaire : née dans l'Angleterre du milieu des années 1920, elle est issue d'une famille de classe moyenne et part faire ses études à Oxford où elle est promise à un parcours universitaire brillant. Là-bas, elle rencontre Mark, un jeune homme lui aussi très prometteur mais difficile à cerner qui finit par lui poser un ultimatum : « j'ai promis de t'épouser et je tiendrai ma promesse. Mais c'est maintenant ou jamais ! » Et c'est là que la vie de Patricia diverge. Dans une vie, elle épousera Mark, avec qui elle aura plusieurs enfants pour lesquels elle sacrifiera tout, sans que personne ne lui témoigne aucune gratitude. Dans l'autre, elle lui dira non, rencontrera Béatrice, son grand amour, se découvrira une passion pour l'Italie et aura également plusieurs enfants, tous très épanouis et très attachés à leurs deux mamans.
Où est la science-fiction dans tout ça, me direz-vous. Et bien elle tient à plusieurs petites choses. D'abord, au fait qu'on découvre au début du roman une Patricia très âgée, dont les souvenirs sont de plus en plus confus et mélangent des éléments tirés de ses deux vies (notamment ses enfants). Ensuite, parce que dans ces deux réalités, les événements mondiaux dont on entend parler en toile de fond ne sont pas du tout les mêmes. Étrangement, le contexte mondial évolue en totale opposition avec sa vie privée : plus elle est malheureuse, plus le monde va mieux, et inversement. Dans la première réalité, celle où elle choisit Mark, la paix et la tolérance font par exemple des progrès bien plus rapides que prévus, des guerres étant évitées et des décisions telles que la suppression de la peine de mort prises plus tôt. Dans la seconde, en revanche, son bonheur avec Béatrice est occulté par les catastrophes qui s'enchaînent : guerre, terrorisme, intolérance, et surtout ces bombes atomiques qui pleuvent partout. du côté de l'assouplissement de la manière dont on traite les homosexuels, les choses n'évoluent pas non plus à la même vitesse, de même que la conquête spatiale qui se développe à une vitesse folle dans la première réalité. Est-ce à dire que les décisions de tout le monde peuvent avoir une influence sur l'histoire avec un grand H ? « Et si les choix de chaque individu pouvaient changer le monde ? » Si l'auteur n'apporte jamais une réponse toute faite, le simple fait de poser la question ouvre d'intéressantes perspectives et invite à poser un regard différent sur nos choix et nos engagements. Pour intéressantes qu'elles soient, ces informations n'en demeurent pas moins très en retrait dans le récit qui se concentre avant tout sur le parcours individuel de Patricia.
Or quelle différence entre Pat et Trish (les deux surnoms qu'on lui donnera dans chacune des réalités) ! Vie sexuelle, implication associative, passions, amitiés qui se nouent et se dénouent, relation entretenue avec chacun des enfants… : l'auteur brosse un portrait accéléré de la vie de chacune des deux femmes dont on a parfois bien du mal à se rappeler qu'elles sont en fait une seule et même personne. C'est d'ailleurs cette contradiction entre les deux personnalités qu'elles finissent par développer qui éveille l'émotion du lecteur. On est d'autant plus en colère de voir Trish s'effacer et renoncer à tout quand on connaît le bonheur que vit Pat, de même qu'on est encore plus ému de constater à quel point Pat et Béatrice ont une vie magnifique quand on constate que Trish s'étiole dans un mariage sans avenir. Une seule et même personne, mais un avenir tellement différent, fait de renoncements et de sacrifices d'un côté, d'épanouissement et d'amour de l'autre. Ces différences, Jo Walton les exploite non seulement pour susciter l'émotion mais aussi pour mettre en lumière plusieurs sujets, à commencer par la condition des femmes dans l'Angleterre de la deuxième moitié du XXe siècle. En peu de mots, l'auteur aborde aussi bien l'obéissance totale exigée par le mari, la limitation des activités aux tâches ménagères, les grossesses à répétition (l'énumération des fausses couches et des enfants morts-nés successifs est particulièrement atroce), et puis, peu à peu, la libération des femmes et la lutte pour leurs droits. du côté de Pat, c'est l'Italie que l'on découvre, et plus particulièrement la ville de Florence dont il est impossible de ne pas tomber amoureux après cette lecture. le seul reproche que l'on peut faire ici (et qui m'avait déjà gêné dans Morwenna) tient à l'énumération parfois un peu trop brute de certains événements : les naissances, mariages et décès se succèdent parfois à une telle vitesse que le tout fait un peu trop « catalogue » et finit même par donner un peu le vertige : toute une vie peut-elle se réduire à ces quelques « temps forts » ?
Jo Walton signe avec « Mes vrais enfants » un roman magnifique que j'ai dévoré en une journée tant les deux vies vécues par cette femme sont bouleversantes et les possibilités qu'elles dévoilent passionnantes. Une lecture émouvante qui questionne l'amour, la famille, la place de la femme, mais aussi l'incidence parfois énorme de nos décisions, d'abord sur nous même, mais aussi sur le monde. A lire absolument !
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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critiques presse (1)
Liberation   25 avril 2019
Si l'alternance des chapitres, un coup Tricia, un coup Pat, souffre un peu de son systématisme, Mes vrais enfants (ne le sont-ils pas tous ?) parvient à dresser le portrait d'une héroïne convaincante dans ses deux avatars.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Shan_ZeShan_Ze   04 juin 2017
Elle s'arrêta sur le pont qui franchissait le canal et observa les canards sauvages. Des canetons bruns tout duveteux les suivaient à la queue leu leu. Les enfants... Un monde sans ses enfants n'était pas concevable. Leur existence justifiait tout le reste.
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AmbereAmbere   27 août 2018
Juste avant le départ de son amie pour Lancaster, Sylvia lui offrit La femme mystifiée, de Betty Friedan. Tricia accepta le livre d'un air dubitatif. " La libération de la femme, c'est ça ?

- Nous devons gagner notre liberté comme les esclaves avant nous, répliqua Sylvia.

- Mais de quoi devons-nous nous libérer ?

- des salaires trop bas, des enfants, de la cuisine, des exigences de nos maris. Tu as passé un diplôme, Tricia. Tu n'aimerais pas qu'il te serve à quelque chose ?"
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Dionysos89Dionysos89   29 janvier 2017
Petit à petit, elle commença à se faire des amis. Ses engelures l’y aidèrent ; comme tout le monde en avait ou connaissait quelqu'un qui en souffrait, on lui suggérait des remèdes. Les engelures annihilaient plutôt efficacement les barrières sociales.
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AmbereAmbere   31 août 2018
A l'été 1969, toute la famille partit pour l'Italie juste après le lancement ultra-médiatisé de la première fusée spatiale européenne; "Nous aussi, on va sur la Lune ! gloussa Bee.

- Mais non, on va en Italie, maman ! " corrigea Flossie.

Pour les enfants, Bee était "maman" et Pat "mum".
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orlane_37orlane_37   23 octobre 2020
"D'aucuns prétendent que les femmes n'ont jamais rien accompli de mémorable [...] Dans ce cours, nous allons découvrir au contraire que certaines d'entre elles ont été à l'origine de grandes avancées.Mais ces pionnières ont toujours été considérées avec condescendance, quand leurs apports n'ont pas été purement et simplement niés. Nous connaissons déjà des femmes artistes.A ce propos, ils se passe en ce moment, dans ce domaine, des choses merveilleuses que nous aborderons en temps voulu. Je vais vous demander de lire et de réfléchir, mais vous n'aurez besoin d'aucune connaissance préalable. Contentez-vous de ce que vous apprendrez pendant ce cours. Je n'attends pas de vous que vous maîtrisiez déjà la question. Nous allons partir ensemble en exploration. Et je vais commencer par vous lire la traduction d'un poème de Sappho datant du VIe siècle avant J.-C."
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Videos de Jo Walton (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jo Walton
A l'occasion du salon "Les Utopiales" à Nantes, rencontre avec Jo Walton autour de son ouvrage "Pierre-de-vie" aux éditions Denoël.
Retrouver le livre : https://www.mollat.com/livres/2333929/jo-walton-pierre-de-vie
Notes de musique : Youtube Audio Library Propos traduit par Fleur Aldebert
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