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EAN : 9782207134818
352 pages
Denoël (19/01/2017)
4.07/5   291 notes
Résumé :
Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (90) Voir plus Ajouter une critique
4,07

sur 291 notes
Un roman féministe sensible…mais cousu de fils blancs.

Au vu des critiques dithyrambiques et des nombreux prix littéraires remportés par Jo Walton pour ce roman étiqueté science-fiction, c'est tout naturellement que je me suis tournée vers ce livre censé être le chef d'oeuvre de l'auteure. L'histoire avait tout pour me plaire. Elle commence en compagnie d'une femme âgée dans une maison de retraite, Patricia Cowan, confuse, voire "vraiment confuse" comme il est indiqué sur sa feuille de soins, qui semble se souvenir de deux vies, les mélanger, les confondre. Dans l'une des deux vies elle est surnommée Tricia, a épousé Mark avec qui elle a eu quatre enfants. Dans l'autre, c'est une femme indépendante surnommée Pat qui a enchainé les succès professionnels notamment grâce à sa passion pour l'Italie de la Renaissance, et qui rencontre Béatrice avec laquelle elle va partager la vie. Grâce à un ami elles auront trois enfants.
Deux vies possibles, deux chemins… selon qu'elle ait répondu « Oui » ou « Non » à la demande en mariage de Mark. Deux vies, deux univers, deux histoires du monde. Lequel est le vrai ? Ces deux destins possibles s'entrelacent-ils vraiment dans la tête et le coeur de cette vieille femme ?

C'est un scénario réjouissant. Ne sommes-nous jamais demandé ce qu'aurait été la vie, notre vie, si nous avions choisi un chemin plutôt qu'un autre ? Si nous avions dit Oui au lieu de dire Non ? Jo Walton a eu l'idée de construire son récit sur cette fascinante histoire de chemins parallèles, de vies possibles selon nos décisions lors de moments importants. Une bifurcation plutôt qu'une autre et tout change. Étonnant de les mettre dans le souvenir de cette dame âgée comme si elle les avait vécues toute deux ces destinées…me voilà à me frotter les mains lors du premier chapitre…

Mais très vite, malgré la fluidité du style et les personnages auxquels je me suis bien attachée, j'ai senti comme un malaise. C'est cousu de fils blancs. Avec évidence la voie du mariage va s'avérer être un fiasco et celle de l'amour lesbien une belle réussite. Une vie de sacrifices et de résignation d'un côté, d'épanouissement et d'amour dans l'autre. Certes l'auteure tente d'y ajouter quelques nuances afin de ne pas tomber dans le manichéisme. La femme mariée soumise dans un premier temps va s'avérer être forte et retrouver une liberté de parole et d'action. La femme en couple avec Béatrice devra affronter des épreuves. Ce n'est pas tout noir et tout blanc, c'est vrai.
Certes, elle trace à gros coups de pinceau l'évolution de la condition féminine durant le 20ème siècle et c'est intéressant. Mais cela va vite, trop vite, les événements s'enchainent entrelaçant l'histoire de cette femme à la grande Histoire en frisant par moment l'énumération un peu lourde de faits et d'événements. Portrait accéléré de Patricia dans ces deux vies possibles, et portait accéléré de l'histoire mondiale, le tout enrubanné d'un sentimentalisme frôlant la mièvrerie qui m'a un peu agacée…

En revanche, chose à souligner, les événements mondiaux ne sont pas tout à fait les mêmes dans les deux vies narrées. le contexte mondial semble évoluer en totale opposition avec la vie de Patricia, semblant aller bien lorsqu'elle va mal, et au contraire partir dangereusement en déliquescence lorsqu'elle va bien. Jo Walton a-t-elle voulu montrer que les choix de chacun peuvent, à leur petite échelle, modifier L Histoire à l'image de ce fameux « effet papillon » ? A-t-elle voulu nous apporter un éclairage différent sur l'importance et les conséquences de nos choix, nos décisions, nos engagement individuels ? La réponse n'est pas apportée, c'est un aspect intéressant du livre qui n'est pas creusé plus que ça à ma grande déception, et qui est maintenu bien en filigrane derrière les destins de Patricia qui restent le coeur du livre. Là, sans doute, se niche la minuscule part de science-fiction du récit. Enfin ce qui aurait pu être de la science-fiction. Pourquoi diable ce livre est-il étiqueté science-fiction ? Pour cet impact de nos choix individuels qui n'est guère exploité ?

Quant à la forme, immédiatement nous savons que durant tout le livre les chapitres vont alterner, avec une certaine fluidité, entre Tricia et son mariage raté et Pat et son couple heureux. Cette fluidité rend le récit agréable mais, si j'en crois les passages soulignés dans mon livre, très peu nombreux, l'écriture est lisse, sans aspérité, « sans chien » je dirais, sans singularité. « Ça se lit bien », voilà.

Et c'est déjà énorme me direz-vous : un livre relatant une saga familiale selon deux destins très différents, qui met au premier plan l'amour, l'amitié, la place et le rôle de la femme, l'impact de nos choix. Un livre qui se lit bien, aux personnages attachants mais trop pétri de bons sentiments à mon goût. Sans aucun doute, un beau portrait de femme, émouvant, à découvrir pour les amateurs de saga familiale, mais surtout ne le lisez pas pour la science-fiction car, alors, vous serez vraiment déçus car, il faut bien l'avouer, en terme de SF, c'est d'une grande, très grande, platitude.


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Auréolé de plusieurs prix et de critiques élogieuses, « mes vrais enfants » a beaucoup fait parler lors de sa sortie. J'avoue, j'ai tendance à me méfier de ces concerts de dithyrambes qui ont plutôt tendance à refroidir ma curiosité. Malgré tout, le roman de Jo Walton continuait de m'intriguer et de m'attirer. A juste titre, cela aurait été dommage de passer à côté de ce roman si bouleversant. « Mes vrais enfants » n'a pas volé ses prix. Si tout n'est pas parfait, beaucoup de choses m'ont plu, d'autres non, c'est une lecture très intense émotionnellement qui laissera sans doute une empreinte forte dans mon coeur.

C'est d'abord l'originalité du propos qui attire. le mélange d'uchronie personnelle et d'uchronie historique est inattendu et très bien mené. Après un 1er chapitre déroutant, le récit devient plus linéaire, d'abord en racontant l'histoire de Patricia jusqu'à ce qu'on atteigne le point de divergence de ses destins, à savoir la proposition de mariage de Mark. Ensuite, le récit sera constitué de chapitres alternant la vie de la Patricia devenue Tricia (puis Trish), c'est celle qui a dit oui à Mark et la vie de la Patricia devenue Pat, celle qui ne l'a pas épousé. le récit, ou plutôt les récits sont vraiment prenants. J'ai suivi avec passion les 2 vies parallèles de Patricia. le personnage principal reste le même mais il y a tout de même des petites différences entre la personnalité de Tricia et de Pat. Après tout une personnalité n'est jamais figée dans le temps, elle évolue, notamment en fonction du vécu. On voit là la subtilité de Walton dans la caractérisation de son personnage. Tricia et Pat, les 2 Patricia possibles, sont toutes deux très attachantes mais j'avoue un petit faible pour Tricia. Celle qui a été le moins heureuse est finalement plus ouverte, plus tournée vers les autres, au contraire de Pat qui m'a semblée plus centrée sur sa tribu.
Aucune version ne prend le pas sur l'autre, Walton les traite à égalité. Ainsi, le lecteur n'est jamais tenté de penser que l'une des deux réalités est plus vraie que l'autre. Et d'ailleurs, à vrai dire, on ne se pose pas vraiment la question.
Je regrette un tout petit manque de subtilité dans la peinture des couples possibles de Patricia. le couple Pat / Bee est trop idéalisé à mon goût, on évite parfois de justesse la mièvrerie. A l'opposé, l'auteure a un peu forcé le trait dans la caractérisation de Mark.
Mais cette petite faiblesse n'empêche pas de vivre mille émotions lors de la lecture. C'est bien le seul aspect où Walton manque un peu de subtilité. Sur tous les autres aspects du roman, Walton fait preuve d'une grande finesse, et ce malgré la multitude de thèmes abordés. J'ai trouvé le thème de la parentalité tout particulièrement bien traité, sans aucune facilité et en évitant les clichés. Ainsi, les rapports entre mère et enfants sonnent justes. Comme n'importe quel parent, Patricia, qu'elle soit Pat ou Tricia, n'entretient pas les mêmes rapports avec chacun de ses enfants. Avec certains, c'est plus difficile qu'avec d'autres. On retrouve cette même justesse dans l'évocation, même si elle est brève, des accouchements de Tricia. Ils ne sont jamais idéalisés comme on le voit trop souvent dans les fictions. Lors de ses accouchements, Tricia souffre, ce sont des moments durs de sa vie. Ayant moi-même vécu un accouchement cauchemardesque, j'ai été très touchée par cette évocation sans fard, sans fausse pudeur, de la souffrance, du calvaire que peut représenter un accouchement, indépendamment de l'amour qu'on portera ensuite à son enfant.

Si j'ai été bouleversée par le versant uchronie personnelle du roman, j'ai trouvé très intéressant le côté uchronie historique. La plupart du temps les uchronies mettent en avant des figures importantes, qui encore plus que de vivre l'Histoire la font. L'originalité et la subtilité de « mes vrais enfants » consiste à raconter cette Histoire alternative du point de vue de personnes lambda, des gens comme vous et moi, qui ne font pas l'Histoire mais y assistent, la subissent, essaient parfois de jouer un rôle à leur petite mesure. Non seulement cela renforce le sentiment de véracité du récit mais en plus cela décuple le phénomène d'identification.

Je n'ai pas été bluffée par le style de l'auteure que j'ai trouvé assez quelconque, sans savoir si cela vient de la traduction. Mais Walton a indéniablement un talent de conteuse et sait mener un récit. C'est très fluide et le roman se lit d'une traite.
Il y aussi de très bonnes idées dans le récit. L'idée des surnoms différents est excellente. Non seulement cela permet de distinguer quelle Patricia on suit et en plus cela fait écho au thème des choix qui façonnent les individus (y compris des choix de noms donc).

Malgré les quelques petits défauts que j'ai relevés, « mes vrais enfants » est un très beau roman qui mérite largement le détour. Ce bouquin est un torrent d'émotion.

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Roman qui ouvre une porte de l'imaginaire, sur fond de féminisme, où l'auteur déroule en parallèle deux versions d'un destin de femme en Angleterre au vingtième siècle.

Lorsque nous faisons connaissance avec Patricia, ou Patsy, ou Trish ou Tricia, sait-on, elle se bat avec sa mémoire, et les incohérences que suscitent les lacunes de son histoire. L'établissement où elle réside la met à l'abri des besoins élémentaires, le temps passe et emporte avec lui les images du passé.

Suivent les histoires alternées de Patsy, et de Tricia, par époque et en alternance, selon les règles de l'uchronie. Un oui ou un non modifieront profondément les événements futurs, et au delà du destin individuel, c'est la marche entière du monde qui en est modifiée, à la manière du battement d'aile d'un papillon. L'une est libre l'autre est condamnée à vivre sous le joug d'un mari borné et bien différent de ce que le temps de fiançailles réglementaire lui avait laissé espérer. L'autre se libère des entraves institutionnelles et éducatives qui lui imposaient une vie normée. de même, les alternatives d'évolution de la planète oscillent selon la version entre utopie et dystopie.

L'écriture est simple et factuelle, et permet de parcourir avec un grand plaisir ces deux romans en un, en abordant des thèmes généraux comme la parentalité, qui se décline à l'aune des modèles ambiants.


Très belle découverte avec ce roman intelligent et questionnant.

Club de lecture La Caverne des lecteurs

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Patricia Cowan est très vieille, 88 ou 89 ans, elle ne sait plus… et très confuse. Par moments, elle se rappelle de ses trois enfants et à d'autres moments, ils sont 4 enfants qu'elle a eu avec Mark. Il n'y a pas de confusion pour son enfance ni jusqu'à Harvard… C'est en 1949, lorsque Mark la demande en mariage que tout change… deux réalités vont coexister. Celle où elle dit oui et celle où elle refuse.
Jo Walton alterne un chapitre sur deux la Patricia qui fait sa vie avec Mark et celle où elle rencontre Béatrice. Pour marquer la différence entre les deux vies qui s'éloignent très l'une de l'autre, Patricia devient Tricia dans l'une et Pat dans l'autre. La vie avançant, les choix qu'elle fera, la transformera en mère soumise ou en femme libérée. D'ailleurs, ses actions personnelles auront aussi des répercussions sur l'avenir de l'humanité… On s'attache à Patricia, on suit ses joies, ses peines, ses souffrances… Les pages s'enchainent, les années passent, Patricia Cowan vieillit. Il y a quelques similitudes entre les deux univers pour montrer l'irréductibilité d'un fait que l'auteur oppose aux décisions qu'on prend qui décide du futur que nous aurons. J'imaginais qu'il y aurait plus de liens entre les deux univers, comme si Patricia vivait simultanément plusieurs vies. Même si, à vrai dire, cette uchronie de Jo Walton est à mon avis très aboutie, il parle aussi bien de choix décisifs que de l'orientation sexuelle, la politique, le nucléaire. C'est une très belle découverte de cette auteure et je n'hésiterai pas à lire ces autres romans !
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Jo Walton a d'ores et déjà une belle bibliographie et la collection Lunes d'Encre des éditions Denoël a largement misé sur ses publications. Ainsi, après Morwenna et la trilogie du Subtil Changement (Le Cercle de Farthing, Hamlet au paradis, Une demi-couronne), nous est proposé Mes vrais enfants !

Mes vrais enfants narre l'histoire d'une simple héroïne, Patricia Cowan, que le lecteur trouvera déjà fort affaiblie dans le premier chapitre, car à près de 90 ans, cette vieille dame est dans un état continuellement confus. Elle perd prise avec ses souvenirs qui semblent doucement partir dans la brume de sa conscience. Pourtant, elle s'en rappelle des choses ! Depuis sa naissance en 1926, elle en a vécu des événements particuliers ! En les reprenant depuis son enfance, elle nous refait vivre un siècle de progrès, de drames et d'anecdotes charmantes. Toutefois, au détour d'un de ses événements de 1949, la proposition de mariage de Mark, son amour de jeunesse, mène à deux souvenirs distincts : l'un où elle répond positivement, l'autre où elle la rejette en bloc. Quel est le bon souvenir ? Ce pourrait être l'interrogation de ce roman, mais finalement l'intrigue tient surtout dans la force des choix que nous faisons, sans pour autant adouber l'une ou l'autre des solutions choisies.
La narration de Jo Walton se fait à la troisième personne et pourtant nous sommes au plus près des pensées de l'héroïne, car celle-ci se coltine constamment un « souci », elle ne parvient plus à se souvenir, ou plutôt à être sûre de ses souvenirs. Elle se souvient de deux temporalités bien distinctes, une où elle a accepté une vie morne avec un amour décevant mais une vie familiale tout à fait remplie pour autant, et une autre où elle a rejeté l'amour conventionnel pour suivre une voie professionnelle bien plus prometteuse (elle se fait connaître par des guides touristiques très appréciés, notamment sur le patrimoine des villes italiennes) qui va mener sa vie familiale vers bien d'autres choix. Cela mène parfois à quelques scènes cocasses entre ces deux mondes possibles, comme par exemple, le moment, dès le premier chapitre, où Patricia cherche ses jumelles pour voir un arbre au loin, mais se demande si les jumelles sont bien de ce monde-ci et ce qui se passerait si l'arbre était de l'autre… Cette alternance est très simplement transcrite dans la narration : un chapitre sur deux suit alternativement Tricia, épouse docile qui doit progressivement surmonter les conséquences de ce premier choix malheureux, et Pat, féministe libérée qui assument très vite des choix d'avant-garde mais doit tout autant surmonter les difficultés de la vie.
Mes vrais enfants vogue sur une trame digne de la Part de l'autre, d'Eric-Emmanuel Schmitt, mais où les uchronies possibles sont d'abord personnelles, l'aspect historique passant au second, voire à l'arrière-plan. Bien sûr, si vous êtes assidus, vous trouverez des détails qui sont modifiés dans les deux lignes temporelles, l'une privilégiant le progrès au sens sociétal et l'autre au sens technologique, en passant par quelques « avancées » significatives vis-à-vis de la gestion militaire du nucléaire. D'autres que moi ont parfaitement collecté toutes ces anecdotes d'histoire alternative comme la réduction de Kiev et Miami par le feu nucléaire, le mariage fidèle de Charles et Camilla, et tant d'autres, cela relève d'une subtilité très bien placée par l'autrice. Ce n'est pas là à mon avis le coeur du sujet : il s'agit surtout ici de parcourir la vie d'une héroïne confrontée à des choix et qui les explorent à fond. Est-ce pour autant la vérité ? La réponse importe peu. Jo Walton nous fait surtout suivre une magnifique saga familiale et personnelle, à la façon de ces télésuites (de qualité très fluctuante certes) à propos de drames familiaux sur plusieurs générations (moi, j'ai pensé aux bons côtés des Oiseaux se cachent pour mourir, du Château des Oliviers ou même mieux, du Grand Batre) : on sait que la tragédie va poindre à l'horizon et pourtant l'enchaînement des événements se fait si naturellement que la lecture passe à une vitesse folle. Cela peut être une contrainte à la toute fin de Mes vrais enfants, car vraiment les dernières années filent à toute allure, mais les sujets abordés par Jo Walton sont prenants, universaux et totalement d'actualité. Ainsi, l'autrice brasse des thématiques comme la construction d'une conscience féministe, la question de la sénilité à gérer par la famille, le handicap comme événement à surmonter, la lutte contre la prolifération nucléaire, le combat pour une conscience écologiste, le pouvoir de culture dans la construction de chacun, etc. (je n'utilise que très rarement cette locution « etc. », mais là c'est vraiment utile car de thématiques il y en a moult !). D'ailleurs, ce beau roman a été récompensé en 2014 par le Prix James Tiptree Jr. qui met en valeur la sexuation dans les littératures de l'imaginaire ; un roman comme le Silence de la Cité, d'Elisabeth Vonarburg, l'aurait bien mérité aussi, mais il faut reconnaître que les choix de l'héroïne montrent parfaitement les possibilités que nous offrent notre humanité en matière de découverte de la sexualité.
Pour les plus tatillons (dont je fais partie), il faudrait se demander dans quel genre nous sommes ici : au premier abord, nous pourrions être dans du fantastique, car la réalité n'est pas très palpable, mais il n'y a pas pour autant de malaise à ne pas savoir où est la réalité ; l'uchronie historique, même très personnelle comme ici, est parfois classée (à raison selon moi) dans la fantasy, mais cela en rebuterait certains ; est-ce pour autant de la science-fiction ? À mon humble avis, non plus, car il n'y a pas de volonté de créer dans le futur un monde autre que le nôtre, présence de la science ou non. Clairement, dans cet ouvrage, nous parcourons un imaginaire très sociétal, où les aspects imaginaires sont justement placés en arrière-plan. Je l'avoue, je ne vais pas le faire lire pour rien à ma chère maman, allergique à toute littérature SFFF !

Mes vrais enfants m'a donc vraiment touché au plus profond. J'ai toujours du mal à parler de chef-d'oeuvre quand il n'y a pas particulièrement de codes littéraires sublimés ou transgressés ; au contraire, Jo Walton a créé ce roman en se passant parfaitement de l'aspect « littératures de l'imaginaire » et c'est tout à son honneur, car c'est, il me semble, une très bonne porte d'entrée pour découvrir les bienfaits de s'imaginer toutes les possibilités de nos vies.

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critiques presse (1)
Liberation
25 avril 2019
Si l'alternance des chapitres, un coup Tricia, un coup Pat, souffre un peu de son systématisme, Mes vrais enfants (ne le sont-ils pas tous ?) parvient à dresser le portrait d'une héroïne convaincante dans ses deux avatars.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Aujourd’hui : confuse, lut-elle sur sa feuille de soins. Confuse, moins confuse, vraiment confuse… « Vraiment confuse » : deux mots que les infirmières notaient souvent, en abrégeant : VC. Ça la faisait sourire. « VC » comme « Victoria Cross », la plus haute distinction du pays. Son nom figurait aussi sur la feuille — enfin, son prénom, seulement : Patricia. Comme si en vieillissant elle était redevenue une enfant, comme s’il fallait la priver de toute dignité en la dépouillant à la fois de son patronyme et de son diminutif préféré.
(Incipit)
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Toute sa vie, elle n’avait eu droit qu’à des choses médiocres, des ersatz : de la crème glacée au lieu du gelato, des reproductions d’œuvres d’art, la nourriture fade et rationnée de son pays au lieu de la délicieuse gastronomie italienne. En Angleterre, seules la nature, la musique et la poésie l’avaient émue jusqu’au tréfonds de l’âme. Ici, tout la bouleversait. Le moindre caillou dans une ruelle, la moindre applique sur une maison, le toit doré du baptistère, les proportions de l’église San Lorenzo, le goût du melon et du jambon de Parme… c’était comme si ce rond de ciel dans le dôme du Panthéon l’avait aspirée jusqu’au paradis.
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Elle s'arrêta sur le pont qui franchissait le canal et observa les canards sauvages. Des canetons bruns tout duveteux les suivaient à la queue leu leu. Les enfants... Un monde sans ses enfants n'était pas concevable. Leur existence justifiait tout le reste.
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Juste avant le départ de son amie pour Lancaster, Sylvia lui offrit La femme mystifiée, de Betty Friedan. Tricia accepta le livre d'un air dubitatif. " La libération de la femme, c'est ça ?

- Nous devons gagner notre liberté comme les esclaves avant nous, répliqua Sylvia.

- Mais de quoi devons-nous nous libérer ?

- des salaires trop bas, des enfants, de la cuisine, des exigences de nos maris. Tu as passé un diplôme, Tricia. Tu n'aimerais pas qu'il te serve à quelque chose ?"
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Petit à petit, elle commença à se faire des amis. Ses engelures l’y aidèrent ; comme tout le monde en avait ou connaissait quelqu'un qui en souffrait, on lui suggérait des remèdes. Les engelures annihilaient plutôt efficacement les barrières sociales.
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Videos de Jo Walton (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jo Walton
Interview de Jo Walton à l'occasion de la sortie de Ou ce que vous voudrez (Or What You Will ) aux éditions Denoël. Traducteur : Thomas Bauduret
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