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EAN : 9791021048683
592 pages
Tallandier (31/08/2023)
4.18/5   28 notes
Résumé :
Jeanne du Barry (1745-1793) est une énigme.
On l’a enfermée dans une légende noire. On en a fait la dernière maîtresse, surgie des bas-fonds, d’un vieux roi jouisseur et décrié. Une honte et un scandale. Il faut aller aux sources pour s’apercevoir de la place capitale qu’elle a occupée à une époque de quasi-perfection des arts, en pleine crise de l’absolutisme monarchique, dans les dernières années du règne de Louis XV.
On l’a réinventée pour mieux d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Emmanuel de Waresquiel est sans doute l'un de meilleurs historiens et des plus belles intelligences de notre temps (ce n'est peut-être plus un compliment à notre époque mais mon avis est sincère).

Le travail sur Jeanne du Barry est d'autant plus intéressant qu'il est nuancé. Il ne s'agit pas de contrer totalement les arguments des détracteurs de Jeanne sur le fait que cette dernière était une ambitieuse séductrice avec des prédispositions pour la chose politique et le secret.
En revanche, l'historien démonte point par point les légendes inventées sur la favorite de Louis XV la faisant passer pour une prostituée, une idiote et une femme mourant de manière indigne (la dernière phrase à l'intention du bourreau).
Cette femme était une enfant illégitime d'un puissant financier, éduquée et intelligente. Par delà sa beauté légendaire qu'elle entretenait tous les jours à coups de bains d'eau froide et de marches dans sa résidence de Louveciennes, Jeanne était une femme particulièrement bienveillante, généreuse et fine.

L'époque pré-révolutionnaire est décrite de manière édifiante dans cette biographie. Un soulèvement ne pouvait qu'avoir lieu au vu de la situation économique du royaume et du comportement d'une partie de l'aristocratie française avec Louis XV et son successeur sans parler du peuple ( une évidence). Une donnée sur la population parisienne et le pourcentage des gens qui s'y prostituaient est très révélatrice des conditions de vie de tous ceux qui n'appartenaient pas à la noblesse ou aux familles de notables.

Aucun film ni série Netflix ne vaudront jamais une plume aussi intelligente et belle que celle d'Emmanuel de Waresquiel. Je me suis même amusé à compter (d'après les indications de l'auteur et sur l'estimation des instances révolutionnaires) la fortune approximative qui restait à Mme du Barry après le pillage de Louveciennes par Georges Grieve, son détracteur et bourreau. Quelle époque que celle qui a précédé la Révolution française...
Je termine en parallèle La force impure de Valentin Pikul (cette fois-ci un roman non traduit en français) sur Raspoutine et la chute des Romanov. On y retrouve des ressemblances frappantes avec les faits qu'évoque De Waresquiel sur l'effondrement de l'Ancien régime: le mépris de deux reines d'origine étrangère (Marie-Antoinette et Alix de Hesse devenue Alexandra Fedorovna ) pour un peuple qu'elles ne connaissent pas, la faiblesse et le désintérêt total de Louis XVI et de Nicolas II pour les affaires d'Etat, la débauche des moeurs qui devient une norme et l'omniprésence de consortiums financiers représentant des intérêts privés.

Jeanne du Barry est un livre d'une finesse rare, qui rétablit une partie de la vérité historique avec beaucoup d'élégance et dont la chute donne un immense sourire.

Merci.
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364 pages (je ne compte pas les annexes) pour nous dire que l'on sait très peu de choses sur la dernière favorite de Louis XV. Ou tout au moins, que le peu que l'on sait est faux. L'auteur s'efforce de contrer l'image de catin superficielle de la jeune femme, s'appuyant sur les quelques écrits qui nous sont parvenus et dénonçant les affabulations de ses détracteurs de l'époque. Sauf que l'on est tellement noyé par les anecdotes et les histoires des personnages liés de près ou de (très) loin à sa vie que l'on en perd l'essentiel : Jeanne elle-même.

Jeanne « a passé sa vie à se sauver du sentiment d'abandon qui a marqué son enfance ». le portrait qui se profile au gré des chapitres « derrière la légende noire » est celui d'une femme raffinée et généreuse, amatrice d'art, de littérature, et musicienne. J'ai passé les détails de ses travaux d'aménagement et de décoration dans ses différents logements mais j'ai été touchée d'apprendre qu'elle avait eu « de nombreux pupilles, filles et garçons, elle a été leur marraine, elle s'est occupée d'eux, les a élevés, éduqués, pensionnés. La plupart était des enfants de ses domestiques ». Saviez-vous qu'elle avait une fille cachée, Betsi ?

Par ailleurs, « Jeanne ne manque pas de s'intéresser au gouvernement du roi. » Elle apprend vite : les affaires intérieures, la jurisprudence, les démêlés du roi avec ses parlements. « Elle se préoccupe aussi de diplomatie ». Au final, c'était une femme cultivée et intelligente qui ne se réduisait pas à un physique. On comprend mieux sa relation surprenante avec Louis XV, « marquée du sceau du secret ». J'ai beaucoup aimé le portrait du roi réalisé par l'auteur. le chapitre sur son agonie est émouvant (« A la Cour, les ambitions, les hypocrisies et le cynisme se glissent jusque dans la mort »).

Parmi l'entourage de Jeanne, plusieurs personnalités ont attiré mon attention : Jean-Benjamin de la Borde, « l'ami le plus sûr et le plus fidèle de la favorite, et qui le restera jusqu'à la fin ». Il était premier valet de chambre du roi et « double masculin de Jeanne ».
Il y a aussi Guillaume du Barry, le « mari de papier » car « Jeanne est déjà sûre de son pouvoir sur le roi ».
Enfin j'ai été marquée par la haine et le mépris de la jeune Marie-Antoinette (que j'aimais beaucoup jusque là).

Si le passage sur le procès de la favorite déchue semble interminable, je referme cette biographie avec en tête le portrait d'une femme bien différente que celui que j'en avais avec les différentes émissions grand public que j'ai pu regarder. La comtesse du Barry dépeinte ici était une femme déterminée et courageuse, curieuse et ouverte d'esprit, altruiste et aimante. Merci à Emmanuel de Waresquiel de l'avoir réhabilitée.
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Dans son dernier ouvrage "Jeanne du Barry - Une ambition au féminin" : Emmanuel de Waresquiel livre un sensible et érudit portrait de la dernière favorite de Louis XV.
Cet ouvrage est une superbe alchimie entre érudition et humanisme dans l'analyse de son sujet. Les années de recherches, les complexes enquêtes menées par l'auteur, font de cet ouvrage une merveille d'érudition sublimée par la plume élégante de l'auteur.
On est saisi par le parcours et l'histoire de cette femme une fois les oripeaux des caricatures laissés de côté.
Le légende parlait d'une femme illettrée, incapable même d'écrire son nom ; elle était en réalité une femme de son temps, de ces années précédant la révolution pendant lesquelles elles ont eu droit de cité... Une femme cultivée et audacieuse dans ses goûts littéraires et artistiques mais aussi la véritable initiatrice d'un renouveau des arts décoratifs avec style tranchant fortement avec l'époque de Madame de Pompadour.
L'auteur démontre que le style Louis XVI doit bien plus à Jeanne du Barry qu'au roi.
On voyage et on plonge avec délectation dans cette époque complexe au bras de cette femme si longtemps décriée par laquelle on ne peut manquer d'être touché. On vibre dans son mundus muliebris et l'on vogue dans l'art de vivre d'une époque à jamais disparue.
Emmanuel de Waresquiel atteint le sommet de son art d'historien avec cette biographie, exercice unique en son genre : sommet de l'érudition et sensibilité à l'égard de son sujet.
Une biographie magistrale qui fera date !

"Les personnages sur lesquels le biographe travaille pendant des années, dans la distance du temps et le silence de ses sources, lui font parfois des signes comme pour lui rappeler qu'ils respirent encore. Ils lui font soudain la grâce d'une légère brise, d'un souffle de vie retenu par des siècles d'absence." (Passage extrait du livre)
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Une biographie érudite, très documentée sur une femme controversée qu'Emmanuel de Waresquiel réhabilite. Loin d'être la catin illettrée et écervelée ensorcelant un roi vieillissant, symbole de la décadence de la puissance française que certains ont voulu voir en elle, l'auteur enquête sur ses origines, son éducation. Origines obscures et pire encore illégitimes, la bâtardise étant au XVIIIème siècle une tache, une tare originelle, une infâmie quasi impossible à surmonter.
D'une grande beauté certes mais aussi lettrée, cultivée et politique sinon comment aurait-elle tenu si longtemps dans ce panier de crabes qu'était la Cour de Versailles ?
Le portrait d'une femme mais aussi celui d'une époque, celle de la deuxième moitié du XVIIIème siècle et de la Révolution, les mentalités, les goûts artistiques.
Un destin exceptionnel, une ascension fulgurante et une fin tragique.
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Excellente biographie qui se lit presque comme un roman. Les sources et la documentation sont remarquables mais avec Emmanuel de Waresquiel ce n'est pas étonnant !
Je recommande aussi l'écoute de la série en 4 émissions diffusée par France Inter et intitulée "Madame du Barry" , à écouter en podcast.
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critiques presse (3)
LeFigaro
22 décembre 2023
Cet ouvrage est une enquête qui montre que la vie de la Du Barry n'est pas seulement un roman mais aussi un témoignage sur une société en décomposition par certains aspects et en pleine recomposition par d'autres.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde
22 septembre 2023
Farouchement épris de son ­sujet, Waresquiel campe avec enthousiasme, dans un style élégant, la femme ambitieuse et amoureuse, la conseillère de l’ombre [...], l’esthète aussi, dont l’influence dans l’avènement du néoclassicisme se révèle décisive.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeFigaro
05 septembre 2023
Emmanuel de Waresquiel retrace le destin de cette fille de lingère devenue la dernière favorite de Louis XV.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Dans le désordre du temps et l'amnésie générale, Jeanne Bénédicte Bécu, comtesse du Barry par la grâce d'un mariage qui n'a existé que sur le papier, est au mieux une égérie, au pire un symbole sexuel, un fétiche sans miroirs et sans clous, bref une sorte de poupée Barbie. Non pas celle que l'on fait parler dans les années 1980, mais le tout premier modèle, celui de 1959, figé dans son sourire et ses cheveux blonds. On a longtemps fait d'elle une "fille de rien" devenue, comme par miracle, et pour des raisons de volupté, la dernière favorite de Louis XVI. ...
... Comment peut-on venir de nulle part et "régner" comme par enchantement sur le plus beau royaume d'Europe ? Et cela pendant sept ans, jusqu'à la mort du roi en 1774. Il est des ascensions sociales qui par leur fulgurance donnent le vertige et nous aveuglent.

p. 11 et 13
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Le "Contrat social (1762) de Rousseau, l'"Essai sur le despotisme" (1775) du jeune Mirabeau, dans lequel l'auteur traite le roi de "premier salarié" du peuple, comptent bien sûr. Mais au-delà de ces catégories formelles et intellectuelles, il faut regarder du côté de la diffusion et de la réception de cette littérature pamphlétaire, privilégier l'histoire socioculturelle sur celle des idées si l'on veut comprendre les raisons profondes de la dégradation de l'image du roi et des signes de sa sacralité. D'autant que Louis XV se laisse peu voir et finit par ne plus venir dans la capitale. Certaines des cérémonies qui faisaient de lui "l'oint du seigneur" tombent peu à peu en déshérence. A partir de 1750, le roi n'honore plus de sa présence les messes de Te Deum à Notre-Dame, il ne se rend plus au rituel de l'imposition des mains sur les malades dans la Grande Galerie du Louvre. A Pâques, on n'invoque plus la protection de Dieu sur le "fils aîné de l'Eglise". L'irrespect est un sentiment qui vient de loin et met du temps à se critalliser.

p. 164-165
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C'est un véritable métier que de vivre à Versailles, il y faut des qualités très particulières d'assiduité, de tact, d'à-propos, de dissimulation et de patience. Le prince de Ligne, qui a connu plusieurs cours à Versailles, à Vienne et à Bruxelles, n'est pas tendre avec les courtisans : "Savez-vous ce que c'est ? C'est un homme qui passe sa vie à monter et à descendre les escaliers. C'est un homme à procédés, ou galanterie pour les femmes. C'est un homme répandu, bien poli, bien élevé. Il ménage une ancienne connaissance, une nouvelle à faire, des parents, des ministres, leurs amis, leur société. Après cette oisiveté d'esprit, cette habitude de ne pas penser, cette existence de jambes seulement, comment se résoudre au travail ? C'est pourtant cet homme à femmes, cet homme à ambition, qui commandera les armées ou qui en réglera le destin presque dans tous les pays."

p. 146
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Puis Fouquier fait lire son acte d'accusation par un greffier et c'est comme s'il avait recopié mot pour mot le texte de l'un des innombrables pamphlets qui ont été publiés contre elle. Il y ajoute sa touche personnelle, déclamatoire, nauséabonde et emphatique et, comme toujours sous la Révolution, tout un fatras de références tirées de l'Antiquité. La seule chose qu'il ne dit pas, c'est qu'il y a avec cette coupable-là une belle fortune à confisquer. Jeanne est présentée comme une "nouvelle Aspasie" (du nom de la célèbre prostituée d'Athènes, égérie de Périclès). Elle ne s'est pas contentée de culbuter "ministres, généraux et princes de l'Eglise", elle a su, par ses "rares talents", "réveiller les sens presqu'éteints" du "tyran Louis, le quinzième du nom", ce "faible et débile despote", son "imbécile amant".

p. 450
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Le récit biographique est comme une conversation d'outre-tombe. Il faut savoir dialoguer avec les ombres. Ce sont des entretiens utiles. On y apprend des choses sur le temps qu'il fait, sur le temps qui passe et sur celui qui ne passe pas, sur les rois, sur la mort et sur soi. Comment écrire sur le XVIIIème siècle en 2023 ? Comment écrire sur une femme quand on est un homme ? Comment raconter la monarchie et la Cour quand on vit sous une république ? Et comment écrire sur un personnage "sans bruit ni trace", dont les lettres ont en partie disparu ? Il est là, le pari biographique.
Ce livre sur Jeanne du Barry ressemble à un voyage qui aurait la forme d'un rébus et ne dirait son secret qu'à demi.

p. 22
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Videos de Emmanuel de Waresquiel (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emmanuel de Waresquiel
À l'occasion de la 26ème édition des "Rendez-vous de l'Histoire" à Blois, Emmanuel de Waresquiel vous présente son ouvrage "Jeanne du Barry : une ambition au féminin" aux éditions Tallandier.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2892541/emmanuel-de-waresquiel-jeanne-du-barry-une-ambition-au-feminin
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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