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EAN : 9791030704310
320 pages
Éditeur : Au Diable Vauvert (25/03/2021)

Note moyenne : 3.64/5 (sur 14 notes)
Résumé :

Société humaine matriarche, utopiste et pacifiste, la civilisation de Pollen maîtrise la reproduction par manipulation génétique et fécondation in vitro. Pour éradiquer la violence, elle a relégué ses guerriers sur une planète satellite. Un portrait doux et subtil des liens de pouvoir, de domination et de désir qui unissent ou séparent les deux moitiés de l'humanité...

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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Deslivresetlesmots
  06 avril 2021
Merci à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert pour l'envoi de ce livre en échange d'une chronique honnête.
J'avais déjà lu Les Olympiades truquées de Joëlle Wintrebert, du coup j'étais curieuse de lire un autre livre de la même autrice, surtout que j'étais très intéressée par le résumé. J'ai l'impression que les univers futuristes / utopistes avec seulement des femmes ou une « domination » des femmes sont en vogue en ce moment (en tous cas il y en avait deux – trois de ce type dans la dernière sélection de Masse Critique de Babelio).
Je précise que ce roman n'est, à mon avis, pas pour tout le monde vu le nombre de trigger warnings qui s'y appliquent. Je met la liste en fin de chronique mais je vais parler dans la chronique de certains d 'entre eux, notamment d'inceste puisque c'est omniprésent dans le roman et très particulier dans cet univers. Finalement, je ne sais toujours pas exactement quoi penser de ce livre : je l'ai lu assez rapidement et j'étais impatiente d'y retourner pour découvrir la suite quand je le lisais mais le propos du livre et de l'autrice ne sont toujours pas particulièrement clairs pour moi.
Dans cette société, les femmes sont majoritaires puisqu'il y a seulement un tiers d'hommes. En effet, sur Pollen les naissances sont artificielles et se font par « triades » : deux femmes pour un homme, qui naissent adelphes. Chaque personne d'une triade désigne ses deux adelphes comme ses jumelles (je reviendrai sur l'accord féminin). Les triades sont élevées par des marraines, qui s'occupent de quelques triades en même temps (mais d'âges différents), dans des « arbres-nids » qui sont les habitations de Pollen. Et, à partir de l'adolescence, chaque triade se découvre sexuellement, ce qui est non seulement accepté mais est établi comme la « normalité » dans cette société. D'où l'avertissement sur l'inceste, même si je ne suis pas certaine que le terme s'applique complètement : en effet l'inceste (dans le monde réel) implique toujours une différence d'âge et un rapport de domination qui signifie qu'il ne peut jamais être consenti. Si je ne montre pas, c'est Dorothée Dussy dans le Berceau des dominations qui explique qu'elle n'a jamais rencontré ou trouvé dans ses recherches de cas d'inceste où les personnes avaient le même âge, notamment parmi des jumeaux, jumelles ou cousin⋅es.
Sur Pollen, il y a une tolérance zéro pour la violence, du moins physique. Dans cette société qui se présente comme une utopie, les hommes restent en nombre minoritaire pour justement éviter les violences puisqu'ils sont considérés comme à l'origine de toutes ces dernières. Ainsi, pour défendre Pollen, des guerriers vivent sur un satellite de Pollen : le Bouclier, où les règles sont fondamentalement différentes et à l'opposé de ce qu'on peut voir sur la planète. Les hommes sont majoritaires, la violence est admise (voire encouragée) et les naissances se font « naturellement » au sein de couples mariés.
Sur Pollen, le féminin l'emporte sur le masculin comme règle grammaticale, ce que j'ai trouvé tout à fait bienvenu et intéressant… mis à part (ce que je pense être) des erreurs d'édition : la règle est appliquée dans la majorité mais parfois des « ils » persistent, ce que je trouve dommage. D'autant qu'il s'agit ici d'une troisième édition, l'occasion parfaite de reprendre ce genre d'erreur de cohérence. Sur le Bouclier, c'est le masculin qui l'emporte, toujours à l'opposé de Pollen.
Ma curiosité pour ce genre de récit où il y a un matriarcat (de fait s'il n'y a que des femmes, ou bien comme ici parce qu'elles sont au pouvoir), émane du fait d'imaginer comment la société pourrait être, en quoi elle différerait et ce sur tous les plans. En revanche, le piège est grand ouvert pour une essentialisation des hommes et des femmes, avec une bonne dose de binarité de genre et Pollen est complètement là-dedans : il n'est pas question dans cet univers de non binarité ou de transidentité (et c'est dommage).
S'il y a un point de convergence entre différente luttes qui prend forme sur Pollen, c'est l'écologie qu'on lie souvent au féminisme : les habitations sont des arbres, qui sont respectés et entretenus avec beaucoup d'attention. Seul un continent de Pollen est peuplé, le reste étant laissé sans intervention humaine pour ne pas risquer de trop polluer la planète et de trop intervenir sur son écosystème. Mais (attention mini-spoiler), cette décision est mise à mal par la fin, ce que j'ai trouvé décevant.
De même, les handicaps et maladies ne semblent pas avoir leur place sur Pollen : cela s'explique en partie par les évolutions médicales et potentiellement par la sélection génétique faite pour les procréations. Seules les conséquences de la vieillesse sont évoquées, puisque cela présuppose d'avoir un⋅e servant⋅e en permanence pour aider ces personnes – ce que Sahrâ trouve répugnant et elle s'interroge sur l'intérêt de vivre une vie « diminuée ». Difficile de savoir à quel point cette vision validiste fait partie de cette « utopie » que Pollen prétend être, mais je reviendrai là dessus.
J'ai été agréablement surprise de lire que sur Pollen, le racisme ne faisait pas partie de la société puisque tout le monde a l'air d'avoir la peau noire / « basanée » (mot qu'on retrouve plusieurs fois si mes souvenirs sont bons). Une fois encore, sur le Bouclier la situation est moins idéale puisque le colorisme existe, même s'il est mal vu (et c'est un antagoniste qui fait preuve de discrimination de ce côté-là).
Enfin, j'étais très intéressée par cette société principalement composée de femmes pour son rapport aux relations queers et plus particulièrement aux relations entre femmes (il n'est jamais question d'homosexualité entre hommes dans l'ouvrage). C'est donc tout à fait admis au sein d'une triade – composée de deux femmes et d'un homme – mais aussi dans la société de Pollen plus largement. En revanche, j'ai l'impression que les rapports entre femmes décrits dans Pollen sont principalement d'ordre sexuel ou passager, là où les relations femmes – hommes sont souvent décrites comme plus « sérieuses ». D'ailleurs, il me semble que les relations entre femmes et hommes sont plus nombreuses que celles entre femmes. Ou alors, quand des femmes assument leur attirance unique pour les femmes, c'est parce qu'elles sont « Radicales » et détestent les hommes au point de vouloir leur extermination (paie ta représentation). Sur le Bouclier, les relations saphiques sont autorisées tant qu'elles ne mettent pas en péril le mariage entre un homme et sa femme (et qu'elles restent donc inférieure à l'hétérosexualité). Je trouve dommage que l'opportunité d'aller au-delà de l'hétérosexualité n'ait pas été saisie dans ce roman, d'autant que sur Pollen, elle n'est pas nécessaire pour la procréation.
J'avoue que je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement avec Les Bergères de l'Apocalypse, de Françoise d'Eaubonne, que je n'ai pas lu mais Aurore Turbiau en propose un excellent résumé : « Un « roman qui n'est — humblement qu'une épopée » : Françoise d'Eaubonne, Les Bergères de l'Apocalypse 1/2 (1977) ». On retrouve le signe du losange qui sert de salutation sur Pollen, la question des archives et de l'histoire à travers Sahrâ qui veut devenir historienne, la guerre des sexes, etc. Mais dans Pollen les guerriers restent des hommes, ils conservent le monopole de la violence physique et le lesbianisme a une place bien moins assumée et importante dans Pollen que dans Les Bergères de l'Apocalypse (ça s'est vu que j'ai vraiment envie que Les Bergères de l'Apocalypse soit réédité ?).
Les personnages principaux du roman sont une triade : Sahrâ, Salem et Sandre (Sandy), qui vont très vite se retrouver séparé⋅es, puis les chapitres alternent les points de vue au fur et à mesure de l'histoire. Il y a pas mal d'ellipses qui permettent de faire avancer l'intrigue sans qu'on ait le temps de s'ennuyer. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants, j'ai l'impression que les descriptions et points de vue sont assez froids malgré tout, du coup j'étais très détachée. Cela n'empêche pas de vouloir continuer la lecture pour l'intrigue et découvrir si les plans de la triade seront couronnés de succès. Je pense que la plume de l'autrice joue beaucoup dans l'envie de poursuivre la lecture : elle est franche, un peu abrupte sans être dénuée de poésie et correspond tout à fait à l'univers décrit dans Pollen.
On en vient à la question que je n'ai toujours pas réussi à trancher : ce que veut nous dire l'ouvrage. Pollen est présenté, sur la quatrième de couverture et sur le communiqué de presse comme une utopie (« ambiguë » sur la quatrième) et comme un livre féministe. Sur le premier point, je suis confuse parce que très vite, il suffit de commencer à lire pour se rendre compte que Pollen n'est pas un Eden ou un paradis quelconque. Si la violence physique est bannie de Pollen pour être concentrée sur le Bouclier, la violence structurelle et étatique est ici omniprésente, profondément ancrée et fait bien plus de victime. le fait même qu'elle se satisfasse de laisser la violence éclater sur le Bouclier montre que cette société n'a rien d'idéal. Mais peut-être que j'ai mal compris et que l'idée est bien de démontrer à quel point Pollen se présente comme une utopie alors que la réalité est toute autre (mais dans ce cas-là, je ne comprends pas ce qui est ambiguë…).
Sur la présentation de Pollen comme « un classique de la SF féministe française » (citation de la quatrième de couverture), je m'interroge beaucoup. Est-ce qu'il est féministe parce qu'il présente une situation presque inversée de notre société, pour que les hommes se rendent compte à la lecture que c'est vraiment pas sympa d'être minoritaire et discriminé (à la Martin, sexe faible) ? Dans ce cas, je ne comprends pas pourquoi le roman insiste autant sur le fait que les hommes sont discriminés parce qu'ils ne représentent qu'un tiers de la population. Pour moi l'argument ne tient pas : les femmes sont plus nombreuses que les hommes sur Terre, ce n'est pas pour autant que nous dominons le monde. Ou est-ce parce que les femmes ont réussi à gérer toute une société et à occuper les postes d'importance que cela devient féministe ?
Et pour aller au bout de ma pensée, je suis obligée de dévoiler des éléments de l'intrigue et de la fin, si vous souhaitez garder le suspens, sautez ce paragraphe 😉 On se rend très vite compte de la corruption et manipulation présente dans les hautes sphères de Pollen. On découvre rapidement que des filles (des adolescentes) sont envoyées sur le Bouclier de force, pour y être mariées. La société de Pollen est donc basée sur le rapt, chaque année, d'un certain nombre d'adolescentes qui devront faire leur « devoir conjugal » et « faire plaisir » à leur mari, sans manquer de lui faire deux enfants qui deviendront guerriers à leur tour, sous peine de finir bannie dans un bordel où tous les guerriers pourront venir les violer. Si les derniers détails ne sont pas connus de la population pollénienne, iels savent bien que les filles sont sélectionnées pour aller vivre, de grès ou de force, sur le Bouclier et qu'iels ne les reverront jamais : c'est d'ailleurs la raison de « l'attentat » que commet Sandre. Et toute la triade finit par manigancer pour faire tomber ce régime tyrannique. Mais une fois la vérité établie, l'ordre tyrannique de la matriarche mis à mal et les naissances entre garçons et filles revenues à égalité, est-ce que tout est résolu ? Est-ce cela l'utopie promise ? On ne le saura pas, puisque le roman ne fait qu'en dessiner quelques traits et se termine sur ces suppositions.
Bref, je ne sais toujours pas exactement quoi en penser. Si vous l'avez lu et que vous souhaitez en discuter, je serai ravie d'échanger à son sujet. Et si vous avez des références d'univers similaires mais en plus queer à partager, je suis très intéressée !
Triggers warnings : inceste (entre jumeau et jumelles, accepté dans cet univers), viol en groupe, relations consenties avec un grand écart d'âge, sexe (explicite mais pas cru et les scènes ne sont pas longues mais nombreuses), sexe sous l'emprise d'alcool, meurtre, mort, harcèlement, exil et mariage forcés (pour les femmes), sexe avec un animal.
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petitsoleil
  27 février 2017
Un bon livre de science-fiction, avec une société presque aux antipodes de la nôtre, puisque basée sur un matriarcat, et rejetant la domination masculine, la violence, la destruction de la planète, les robots et objets technologiques, les valeurs de "l'ancienne Terra" (notre planète actuelle).
Pollen est une planète peu peuplée, et peuplée essentiellement de femmes. Les êtres humains y naissent par génie génétique, la procréation n'ayant plus cours, et les naissances se font toujours par 3 : 2 filles pour un garçon, des "triades". Les enfants sont pris en charge par d'étranges robots-peluches, puis par des marraines (nourrices). Les habitantes vivent dans des arbres-nids et sont entourées de petits animaux vivant en symbiose avec elles, par exemple des lumens (sorte de ver luisant qui sert de lampe de poche). Ces "bio-mécanismes" sont là pour rendre service mais aussi pour rappeler constamment le devoir de préserver l'équilibre de la nature, de l'écosystème, de la planète, et le respect dû à tout être vivant.
La planète s'est dotée d'un Bouclier, un satellite où les hommes sont majoritaires, des soldats chargés de protéger Pollen. Ce satellite est une copie de la Rome antique, où les femmes sont obligées de tenir un rôle traditionnel et d'enfanter 2 fils, vie très différente de celle qu'elles pourraient mener sur Pollen.
L'histoire commence avec un Mouvement qui pousse à la révolte contre le Bouclier, contre les ségrégations et les inégalités de Pollen et du Bouclier.
Sandre, élément masculin d'une triade, commet un meurtre et est banni sur le Bouclier. De plus, il est condamné à voir sa mémoire effacée. Ses jumelles sont effondrées et l'une d'elles tente de le rejoindre.
Un roman étonnant, mêlant sensualité, imagination, révolte, analyse des jeux de pouvoir, inégalités entre les sexes ... Un livre de SF qui fait réfléchir
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morganex
  28 mars 2021
L'Arche Stellaire* a quitté notre Terre depuis si longtemps. A son bord : des hommes, des femmes, des survivants de sa lente agonie, si peu nombreux, si pleins d'espoir d'une Autre Terre à ensemencer de leurs descendances. Ce sont les ultimes représentants d'un système sociétal en échec, d'un monde en faillite, essoré jusqu'au dernier jus, invivable désormais. le Berceau Nourricier à l'agonie, il a fallu le fuir, l'abandonner à la pollution et à la guerre (nucléaire peut-être). Espérer, ultime chance, la survie humaine ailleurs, confiée au hasard sur le chemin d'étoiles innombrables et presque insaisissables en termes de distance et de temps. Rêver d'un autre Monde, au-delà d'une génération. Coloniser/polliniser une planète apte à accueillir le Renouveau.
Ce sera, accidentellement, hors cible initiale (s'il y en eu même une), Pollen, une planète de rêve, sylvestre et océane, où les arbres avec qui vivre en symbiose serviront d'habitations paradisiaques. Ce cadre idyllique prendra couleurs à la Jack Vance (faune incluse avec qui entretenir un partenariat tranquille). Pollen, la belle : un autre départ, une autre chance pour une humanité meurtrie, décimée, fragile. Si peu d'âmes et de corps pour une si grande planète, un si imposant territoire vierge, écologiquement serein. Ne pas surpeupler : un crédo à toujours garder en tête.
Pollen, un Eden à conserver, à protéger. Réitérer les mêmes erreurs ? Surement pas. Recommencer sur le modèle d'antan ? Certaines s'y opposent, imposent leur vision d'une société idéale. En avant pour l'utopie pacifiste (un meurtre sera facteur déclenchant de l'intrigue). le mâle, postulat de base, à défaut d'être vraiment coupable fut l'artisan de l'échec terrien, de la destruction d'un modèle qui, sans eux, aurait garder l'équilibre, tempérance féminine de caractère aidant. Sa belligérance innée, sa violence indécrottable, ses instincts guerriers, le taux de testostérone embarqué comme sources de tous les mots. Ce sera, sur Pollen, un matriarcat, quitte à l'imposer.
La science maitrise la génétique in vitro : naitront des triades, deux filles un garçon (les minorités sont toujours en position de faiblesse et n'héritent, en conséquence, que rarement des postes de pouvoir). Une nouvelle cellule familiale se crée : pas de père, pas de mère si ce n'est bébé un servant-androïde-nourrice déguisé en peluche, plus tard une marraine sociale, adulte (et même avant) une liberté sexuelle totale s'affranchissant de tout tabou.
Pollen est menacé par des « pirates » (notion imprécise) belliqueux, venus ponctuellement de l'espace. La parade : la testostérone d'un patriarcat en presque copié/inversé du matriarcat ambiant, en sentinelle sur un satellite rocailleux de Pollen, en bras guerrier, en allégeance totale aux femmes politiquement au pouvoir. Winterbert nous ouvre ainsi la société du Bouclier (ou du Caillou, c'est selon) l'homme s'y fait soldat, père, homme de pouvoir …
Une fois l'an, le Bal du Don autorise le Bouclier à kidnapper un quota de filles sur Pollen et à les marier sur le satellite. Elles n'y enfanteront, à nouveau fertiles, que des fils.
Joëlle Wintrebert, avec Pollen, imagine donc un postulat de départ bipolaire ; les charges électriques inversées d'un bord à l'autre s'opposent, s'attirent, se repoussent ; elles se maintiennent néanmoins en équilibre incertain et pourtant pérenne au terme des bonnes volontés des unes et des autres. Vaille que vaille, le système social de Pollen vient de dépasser ses 100 ans d'existence. Tout le jeu d'auteure de Winterbert sera d'imaginer des électrons libres aptes à chambouler un système social d'apparence égalitaire et juste, d'en disséquer les fragments dystopiques, de nous montrer les squelettes dans les placards. Ces marginaux, une triade de Pollen, joueront leur partition souterraine de résistance aux abords d'un pouvoir qui d'un pacifisme d'intention première est passé au cynisme de ses coulisses, aux violences larvées et masquées de ses meneuses sans cesse aux aguets de ce qui se dit, de ce qui les menace, de ce qu'il faut faire pour contrattaquer. Intrigues de cours. Çà grouille.
… La suite appartient au récit.
Pollen est l'histoire d'une rébellion qui, à l'instar d'un grain de sable, grippe, jusqu'à peut-être l'anéantir, un mécanisme sociétal qui contient en lui-même les éléments de sa propre perte. Matriarcat dominant et patriarcat en allégeance consentie se heurtent à une troisième voie, celle de la parité qui … elle-même débouche sur des doutes …
L'épilogue est en fin ouverte sur le fil incertain de la toute dernière phrase. Winterbert ne semble pas tant prendre parti que de renvoyer hommes et femmes dos à dos.
Le style d'écriture de Winterbert est aisé, la lecture est rapide, l'intrigue est bien menée au prix de chapitres courts alternant les personnages féminins et masculins, le Bouclier tout autant que Pollen même comme lieux d'action. Particularité donnant un effet de réel à la situation : le « elles » pluriel se substitue au « ils » classique quand un groupe contient à minima un homme et une femme (c'est déconcertant un temps, mais ce n'est pas rédhibitoire à la faveur de l'habitude, et puis çà fait partie du jeu). La mise en abime finale de rigueur est hélas prévisible même si un temps, longtemps, j'ai gardé en potentialité une toute autre porte de sortie. A lire.
*Arche stellaire : gigantesque vaisseau spatial qui, à vitesse infraluminique, parvient à affranchir ses occupants des distances entre les étoiles au-delà de l'espérance de vie d'un homme. D'un point A à un point B, les générations se succèdent, naissent et meurent, oublient parfois le but du voyage, sa raison même). « C'est le grand-père qui décolle et le petit-fils qui atterrit » (Cf « le Science-Fictionnaire 01 de Stan Barets)
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cheyenne-tala
  26 mars 2021
Pollen est le nom donné à une planète sur laquelle une Arche a déversé ses quelques survivants humains, échappés d'un conflit terrien.
Sur Pollen, un nouveau système va voir le jour : le matriarcat. Une utopie basée sur la non-violence, l'interdiction du meurtre et le respect de la vie, le tout gouverné exclusivement par des femmes.
Et les hommes dans tout ça ? Ils sont toujours présents, mais en minorité et n'accédant que rarement à des postes importants. Sur Pollen, il n'y a plus de procréation naturelle, plus de cellules familiales, tout est revu et corrigé afin de maintenir un certain équilibre dans cette société si particulière.
Mais dans ce monde qui se veut si parfait, il a fallu tout de même prendre en compte l'aspect sécuritaire, et mettre en place une stratégie de défense contre les pirates de l'espace. Mais comment faire pour contrer les attaques sans user de violence ? Réponse : on fait appel aux hommes, ces guerriers aux instincts de tueurs, ces esprits belliqueux tout de même utiles, mais à condition de les tenir éloignés, sur un genre de satellite qui gravite autour de la planète. Sur ce « Caillou » règne une tout autre organisation…
Un tel système peut-il être pérenne ? le matriarcat vaut-il mieux que le patriarcat ? N'y a-t-il pas un juste milieu à privilégier ? Dans un modèle comme dans l'autre, une partie de la population est de toute façon réprimée et si le pouvoir se concentre entre les mains d'une catégorie au détriment de l'autre, il ne peut y avoir de paix pour tous.
L'auteure développe dans ce roman plusieurs notions qui sont intéressantes à étudier : les rapports entre hommes et femmes, le pouvoir, l'emprise de la majorité, l'insignifiance de la minorité, la recherche de la justice et de l'équilibre pour un avenir commun qui soit meilleur pour tous.
Ce roman aurait été parfait dans la catégorie « lecture pour ados » s'il n'y avait eu autant de scènes de sexe. Dommage.
Le style de l'écriture est simple, facile, donc agréable à lire. L'intrigue est bien menée mais prévisible.
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Le_zeppelivre
  10 juin 2016
Ce roman m'a attiré par les thèmes intéressants qu'il proposait : utopie, féminisme, science-fiction... Ici, nous avons une société futuriste, matriarcale et pacifiste qui a exilé l'ensemble de ses guerriers sur un satellite baptisé le Bouclier, où les hommes sont majoritaires et vivent sur un modèle proche de celui de la Rome antique.
Cet univers est riche et bien construit. On y retrouve pas mal de classiques de la science-fiction : catastrophes écologiques, technologie de pointe, manipulations biologiques, guerre spatiale...Peut-être aurait-il mérité un autre tome pour être davantage développé?
Les trois personnages principaux sont donc Sandre, Salem et Sârah, issus de la même Triade, mais viennent se raccrocher à leur histoire commune d'autres personnages secondaires : Kindia la nourrice, Oural la matriarche, Caïus le chef du Bouclier... dont on partage alternativement le point de vue.
Je pense que ma préférence va pour Sârah, car c'est celle qui va le plus changer après la séparation ; sulfureuse et futée, elle va réussir à se hisser vers les places les plus imprtantesde la société pollénienne.
N'empêche que les relations entre les jumelles, fusionnelles et même sexuelles restent un peu étrange et vaguement gênant.
L'un des gros point positif dans ce livre est incontestablement l'écriture de l'auteure : une plume à la fois brutale sans être vulgaire et presque poétique. Joëlle Wintrebert va jusqu'à modifier le pronom "ils" en "elles" lorsqu'elle désigne un personnage féminin et un personnage masculin en même temps.
Pas mal d'intrigue et pas de longueurs, le récit met en scène les intrigues du pouvoir et les relations entre individus avec un rapport dominant-dominé. Et on tourne toujours autour du même thème, dont on n'est loin d'avoir fait le tour : les rapports entre hommes et femmes, clivage ou union, équilibrés ou non. Et traiter ce sujet a travers une histoire de science-fiction était une très bonne idée.
Pendant ma lecture, je n'ai pas pu m'empêcher de penser au Meilleur des mondes d'Aldous Huxley : on y retrouve une communauté similaire où le sexe n'est pas tabou mais procréer naturellement, si. J'ai trouvé la fin trop brève, quelques pages en plus n'auraient pas été de refus, surtout que le roman se lit vite et bien.
Finalement, mon avis est assez mitigé ; je ne saurais toujours pas dire si j'ai aimé ou non ce bouquin. Certes, l'histoire est riche et j'ai adoré la plume de l'auteure, mais j'attendais plus de cette lecture.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
DeslivresetlesmotsDeslivresetlesmots   11 avril 2021
C’était un cours sur l’écologie de la planète. Grimsel expliquait pourquoi les Mères avaient décidé de ne coloniser qu’un seul des trois continents de Pollen. La bande subéquatoriale utile était relativement limitée du fait de la mer de Jade. Pourtant cette configuration leur avait semblé proche de la perfection. Elles voulaient à tout prix respecter leur nouvelle planète. Elles avaient dès l’Arrivée voté la sauvegarde des continents qui ne leur étaient pas nécessaires. La mer de Jade offrait une opportunité idéale : c’était un plan d’eau sans communication directe avec les océans de la planète. Il permettrait des ensemencements dénués de risque pour le reste du biotope marin.
p. 100-101
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DeslivresetlesmotsDeslivresetlesmots   11 avril 2021
Alors elle a dû te dire aussi comment ces hommes usaient de leur pouvoir. Elle a dû te dire les guerres, les génocides, les famines et les épidémies, le massacre écologique de la planète. Elle a dû te dire l’oppression des femmes…
p. 278
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petitsoleilpetitsoleil   26 février 2017
- Toute ton attention doit m'être acquise, c'est dans l'ordre des choses.
- Parlons plutôt de désordre (...) Où que tu te rendes, c'est le chaos assuré.
- Vive le chaos, la folie, la fantaisie qui manquent si cruellement ici
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RAMSES1967RAMSES1967   28 août 2013
«Tu ne tueras pas.
«Tu ne porteras pas la main sur autrui dans l’intention
de le blesser.
«Tu ne verseras pas le sang. »
C’était la loi de Pollen.
Sandre regardait le stylet. Une arme affilée, coupante.
Il l’avait affûtée avec soin.
Tu ne tueras pas.
Il scruta la Citadelle. La porte qui donnait sur les
jardins s’ouvrit enfin. Un guerrier en sortit et se mit à
courir. Ses pas lourds creusaient le sable des allées. Il
ne s’arrêterait qu’à bout de souffle. Sandre frapperait
à cet instant.
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petitsoleilpetitsoleil   26 février 2017
La fondatrice de Pollen était ingénieure, personne n'aurait osé contester ses choix pour la planète. Jusqu'ici, ils avaient sauvegardé son utopie, les sept cités de Pollen étaient des jardins. Vues du ciel, elles étaient magnifiques, chacune d'entre elles caractérisée par la teinte précieuse de ses arbres-nids : Aigue-Marine, Améthyste, Saphir, Emeraude et Rubis, Topaze et Chrysolithe ...
Mais plus que belles, à la différence des anciennes villes de l'ancienne Terre saccagée par les hommes, elles étaient facteur d'équilibre.
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