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EAN : 9782707300423
207 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/09/1969)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Depuis qu'il y a des hommes et qu'ils pensent, ils ont chacun écrit l'histoire dans leur langage : au masculin. « Si les mots qualifiés sont de genres différents, l'adjectif se met au masculin pluriel » (Grévisse). Les Guérillères s'écrivent comme sujet collectif à la troisième personne du féminin pluriel. Dans les lacunes des textes magistraux qu'on nous a donnés à lire jusqu'ici, les bribes d'un autre texte apparaissent, le négatif ou plutôt l'envers des premiers,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Taraxacum
  03 mars 2020
Les premières pages de ce livre m'ont un peu déconcertée: mise en page s'éloignant du canon du genre, manque de mise en place du récit, et puis les vilaines habitudes dans lesquelles on peut s'enkyster en tant que lecteur, à avoir l'habitude que l'auteur nous serve tout tout cru dans le bec!
Ceci passé, je suis devenue totalement fascinée par Les Guérillères, mélange de chant et de poésie épique, d'appel antique et de complaintes saphiques, de chants guerriers et d'ode à la construction d'un monde meilleur. C'est fort difficile, voire impossible à résumer, c'est un récit entremêlé de révolte et de cris de rage, et aussi de la beauté féroce du féminin qui se serait enfin libéré de millénaires de patriarcat. Peu à peu, à partir d'un premier noyau, les femmes se révoltent et partent en guerre, rejointes par de plus en plus de femmes et par quelques hommes jeunes, et elles en viennent à créer une société différente.
Un très beau texte que je recommande, mais que j'avoue déconcertant au premier abord. Sûrement un de ces textes que je relirais!
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Warrenbismuth
  19 octobre 2019
Des femmes ont ensemble monté une communauté, sans hommes, un « féminaire » comme l'écrit la narratrice. Elles ont décidé de se passer de celui qu'elles nomment l'oppresseur. Plaisirs lesbiens, longues descriptions du sexe féminin. Évocations multiples de déesses, de nymphes, nombreuses allusions à l'antiquité. Parallèlement, préparation à la guerre contre le mâle agresseur, dominant, maniant le sexisme comme il a manié le racisme, son éradication est en vue, l'armée souveraine des femmes est prête et ne fera pas de quartiers.
Au coeur de ce texte très exigeant et de structure complexe, quelques cercles pleine page, ils peuvent à la fois représenter le zéro, mais aussi un périmètre dans lequel les hommes seront faits prisonniers. Il peut être vu également comme la lettre O, la première constituant les différents noms de troupes féminines combattantes. Toutes les cinq pages, des listes de noms de femmes tombées dans l'antiquité, comme un métronome incessant, un robinet qui goutte du sang.
Le combat contre l'homme dominateur et possessif va s'avérer violent, sans merci. La torture, la lutte, la guerre, la revanche tant attendue. Mais Monique WITTIG ne plaide pas pour le sanguinolent à tout crin, son texte est enrobé d'une poésie certes violente mais emplie d'allégories, de références, de beauté. Des micro-poèmes intégrés dans l'oeuvre peuvent représenter ce boomerang que le mâle prend en pleine tronche après des millénaires d'abus. Minutieusement mais avec hargne, l'auteure justifie l'acte à venir :
« Elles disent, ils t'ont décrite comme ils ont décrit les races qu'ils ont appelées inférieures. Elles disent, oui, ce sont les mêmes oppresseurs dominateurs, les mêmes maîtres qui ont dit que les nègres et les femelles n'ont pas le coeur la rate le foie à la même place qu'eux, que la différence de sexe, la différence de couleur signifient l'infériorité, droit pour eux à la domination et à l'appropriation. Elles disent, oui, ce sont les mêmes oppresseurs dominateurs qui ont écrit des nègres et des femelles qu'ils sont universellement fourbes hypocrites rusés menteurs superficiels gourmands pusillanimes, que leur pensée est intuitive et sans logique, que chez eux la nature est ce qui parle le plus fort et cætera ».
Il faut bien s'accrocher pour lire ce récit. Un roman ? Peut-être, mais j'y vois surtout un manifeste féministe très acéré et sans concessions, sorte de manuel de lutte armée contre le « mec ». En fin de volume, les références utilisées dans l'ouvrage sont listées, elles sont nombreuses, variées, il est difficile de les percevoir dans la lecture. Récit utopiste en même temps que combatif, il est lucide et plein d'à propos.
Ce texte écrit en 1969 fit du bruit à sa sortie aux éditions de Minuit. Puis il fut étudié, encensé. Devant les féminicides toujours plus nombreux, il est plus que jamais d'actualité pour que l'homme cesse de tout se permettre au nom de la virilité, de la pseudo-supériorité, du défilé de testostérones, de longueur de quéquette et d'épaisseur de muscles. « Les guérillères » (quel titre sublime !) vient d'être réédité en poche en septembre 2019, tout juste 50 ans après sa sortie, toujours aux éditions de Minuit, comme en guise de nouvel avertissement au machisme, à la misogynie. le propos signifie que s'il faut employer la violence contre la violence, alors elles ne s'en priveront pas. Il faudra frapper droit au coeur, c'est-à-dire entre les jambes, pour bien faire remonter les burnes jusqu'à la gorge et les voir jaillir de la bouche, dégueulées comme le comportement masculin peut être dégueulasse. Ce livre ô combien percutant devrait à nouveau laisser des traces.
https://deslivresrances.blogspot.fr

Lien : https://deslivresrances.blog..
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Feminissime
  15 mars 2015
Dans ce deuxième roman, Wittig nous invite à découvrir une communauté étonnante au travers de petites scènes a priori disparates. Sa plume est belle, les récits interpellent. L'incompréhension qu'on ressent au début cède la place à la curiosité tandis qu'on découvre des idées inhabituelles. C'est ce qui marque en le lisant : la nouveauté du sujet, la liberté de pensée de l'auteure.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
UpsilonnUpsilonn   08 janvier 2017
Elles disent, esclave tu l'es vraiment si jamais il en fut. Ils ont fait de ce qui les différencie de toi le signe de la domination et de la possession. Elles disent, tu ne seras jamais trop nombreuse pour cracher sur le phallus, tu ne seras jamais trop déterminée pour cesser de parler leur langage, pour brûler leur monnaie d'échange leurs effigies leurs œuvres d'art leurs symboles. Elles disent, ils ont tout prévu, ta révolte ils l'ont d'avance baptisée révolte d'esclave, révolte contre nature, ils l'appellent révolte par laquelle tu veux t'approprier ce qui leur appartient, le phallus. Elles disent, je refuse désormais de parler ce langage, je refuse de marmotter après eux les mots de manque manque de pénis manque d'argent manque de signe manque de nom. Je refuse de prononcer les mots de possession et de non-possession. Elles disent, si je m'approprie le monde, que ce soit pour m'en déposséder aussitôt, que ce soit pour créer des rapports nouveaux entre moi et le monde. 
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HatshHatsh   28 mars 2014
Il y a quelque part une sirène. Son corps vert est couvert d'écailles. Son visage est nu. Les dessous de ses bras sont couleur d'incarnat. Quelquefois elle se met à chanter. Elles disent que de son chant on n'entend qu'un O continu. C'est ce qui fait que ce chant évoque pour elles, comme tout ce qui rappelle le O, le zéro ou le cercle, l'anneau vulvaire.
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TaraxacumTaraxacum   03 mars 2020
Elles disent qu'elles appréhendent leurs corps dans leur totalité. Elles disent qu'elles ne privilégient pas telle de ses parties sous prétexte qu'elle a été jadis l'objet d'un interdit. Elles disent qu'elles ne veulent pas être prisonnières de leur propre idéologie. Elles disent qu'elles n'ont pas été recueilli et développé les symboles qui dans les premiers temps leur ont été nécessaires pour rendre leur force évidente. Par exemple elles ne comparent pas les vulves au soleil à la lune aux étoiles. Elles ne disent pas que les vulves comme les soleils noirs dans la nuit éclatant.
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TaraxacumTaraxacum   03 mars 2020
Elsa Brauer dit quelque chose comme, il y a eu un temps où tu n'as pas été esclave, souviens-toi. Tu t'en vas seule, pleine de rire, tu te baignes le ventre nu. Tu dis que tu en as perdu la mémoire, souviens-toi. Les roses sauvages fleurissent dans les bois. Ta main se déchire aux buissons pour cueillir les mûres et les framboises dont tu te rafraîchis. Tu cours pour attraper les jeunes lièvres que tu écorches aux pierres des rochers pour les dépecer et les manger tout chauds et sanglants. Tu sais comment ne pas rencontrer un ours sur les pistes. Tu connais la peur l'hiver quand tu entends les loups se réunir. Mais tu peux rester assise pendant des heures sur le sommet des arbres pour attendre le matin. Tu dis qu'il n'y a pas de mots pour décrire ce temps, tu dis qu'il n'existe pas. Mais souviens-toi. Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente.
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UpsilonnUpsilonn   08 janvier 2017
Elles disent, ils t'ont tenue à distance, ils t'ont maintenue, ils t'ont érigée, constituée dans une différence essentielle. Elles disent, ils t'ont, telle quelle, adorée à l'égal d'une déesse, ou bien ils t'ont brûlée sur leurs bûchers, ou bien ils t'ont reléguée à leur service dans leurs arrière-cours. Elles disent, ce faisant, ils t'ont toujours dans leurs discours traînée dans la boue. Elles disent, ils t'ont dans leurs discours possédée violée prise soumise humiliée tout leur saoul. Elles disent que, chose étrange, ce qu'ils ont dans leur discours érigé comme une différence essentielle, ce sont des variantes biologiques. 
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Vidéo de Monique Wittig
LES GUÉRILLÈRES DE MONIQUE WITTIG Avec Rébecca Chaillon, Virginie Despentes, Anne Garréta, Laure Murat & Suzette Robichon
« LES CRIS LES RIRES LES MOUVEMENTS ELLES AFFIRMENT TRIOMPHANT QUE TOUT GESTE EST RENVERSEMENT… … Elles disent qu'elles ont appris à compter sur leurs propres forces. Elles disent qu'elles savent ce qu'ensemble elles signifient. Elles disent, que celles qui revendiquent un langage nouveau apprennent d'abord la violence. Elles disent, que celles qui veulent transformer le monde s'emparent avant tout des fusils. Elles disent qu'elles partent de zéro. Elles disent que c'est un monde nouveau qui commence… » Extrait de Les Guérillères de Monique Wittig
À lire – Monique Wittig, aux éditions de Minuit, Les Guérillères, 1969. L'Opoponax, 1964, le Corps lesbien, 1973,Virgile, non, 1985. le Chantier littéraire, éd. iXe/P.U.L. 2010.
Samedi 21 septembre 2019
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