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EAN : 9782373050899
Éditeur : Aux forges de Vulcain (28/08/2020)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 29 notes)
Résumé :
Willis est un Américain d'origine asiatique qui tente de percer à Hollywood. Dans un monde qui voit tout en noir et blanc, qui se pense comme un affrontement entre Noirs et Blancs, Willis a-t-il sa place ?

Mêlant le petit et le grand écran, la série policière, le film de kung-fu, la comédie romantique, le film de procès, Charles Yu nous offre un grand roman américain, émouvant, tendre et parfois amer, un récit d'odyssée personnelle et de conquête soc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  05 décembre 2020
C'est l'histoire de Willis Wu et de sa famille américaine d'origine chinoise racontée à travers un scénario de série télévisée. Wu est coincé à Hollywood comme figurant dans le rôle d'homme asiatique, « Generic Asian man » , dans la série policière "Noir et Blanc", alors qu'il aspire à être mondialement célèbre en "Kung Fu Guy", symbole optimum du chinois qui a réussi chez les Blancs. Les parents Wu ayant été eux aussi toute une vie dans Hollywood-off, coincés dans des rôles d'asiatiques stéréotypés, imposés par les Blancs, la mère qui en a bavé et sait de quoi elle parle fait promettre à Willis de ne jamais devenir un " Kung Fu Guy", alors que pour lui c'est l'apothéose du succès, en est-elle vraiment ?
La structure narrative, donc ici un scénario de série télévisée, semble être au premier abord original, mais rend la lecture difficile. Dés le début il faut s'accrocher, mais après un moment on s'aperçoit que ça n'en vaut pas la peine, vu le contenu, mais on s'accroche quand même car la tentation d'abandonner le livre est très forte. On insiste uniquement pour comprendre pourquoi ce bouquin a gagné le prestigieux National Book Award 2020, pour finalement en arriver à la réflexion, Tout ça pour ça ? Un grand bazar où se mêlent "réalité" et fiction pour tout simplement raconter la difficulté d'être un immigrant chinois aux États Unis, le racisme des Blancs envers les Jaunes, l'Asiatique, l'américain ne faisant aucune. différence entre japonais, chinois, taïwanais, coréen ou vietnamien ....
Une histoire patchwork superficielle, que ni la prose fluide (v.o), ni l'humour n'arrivent à sauver. Quand à la forme dont je viens d'en dire tout le bien, j'y ajouterais que l'utilisation de la deuxième personne du singulier qu'emploie l'auteur pour Willis, rend le texte impersonnel et renforce sa superficialité . Pourtant il y a de bonnes idées, surtout lorsque Willis fait sa propre plaidoirie devant le juge et accepte le fait que se sentir inférieur au Blanc, aspirer à être Blanc ne lui facilite pas la tâche pour se défendre face au racisme du Blanc. Paradoxalement il voudrait être reconnu comme américain et non comme l'homme asiatique. Dommage car nier ses origines ou en avoir honte complique encore plus le problème d'identité et rend la personne plus fragile face au racisme.
Malheureusement je m'en rends compte une fois encore qu' entre moi et la Littérature chinoise même déguisée en américain, ça passe pas 😆! Un livre personnellement que je ne pourrais vraiment conseiller vu que je n'ai pas pris plaisir à sa lecture, mais si vous le receviez jamais comme cadeau de Noël, courage 😁!

Allen was Wu and Park and Kim and Nakamoto, and they were all Allen. Japan, China, Taiwan, Korea, Vietnam. Whatever. Anywhere over there. Slope. Jap. Nip. Chink. Towelhead. Whatever......Asian Man.
(Allen était Wu et Park et Kim et Nakamoto, et ils étaient tous Allen. Japon, Chine, Taïwan, Corée, Vietnam. Peu importe. N'importe où par là-bas. Slope.Jap.Nip.Chink.
Tête de serviette. Peu importe.....L'Asiatique.)
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JustAWord
  17 août 2020
C'est grâce à l'acharnement des éditions Aux Forges de Vulcain que l'on connaît en France l'oeuvre de Charles Yu.
Et si ce nom ne vous dit rien, sachez qu'il nous a non seulement gratifié de deux excellents recueils de nouvelles (Pardon, S'il te plaît, Merci et Super-Héros de Troisième Division), d'un roman de science-fiction (Guide de survie pour le voyageur du temps amateur) mais qu'il est scénariste/producteur pour certaines des plus brillantes séries TV modernes telles que Westworld ou Legion.
Et pour cette rentrée littéraire, Charles Yu revient en langue française avec son second roman : Chinatown, Intérieur.
Le script de ta vie
Si deux éléments sont très importants avant de commencer à parler de Chinatown, Intérieur, c'est de rappeler que Charles Yu est un auteur américain d'origine Taïwanaise mais qu'il est aussi un scénariste qui connaît ainsi très bien l'envers du décor Hollywoodien et les subtilités des séries américaines.
[Alors, allons-y, moteur !]
Voici Willis Wu, un Asiat' comme un autre, une face de citron. Willis Wu rêve d'une seule chose : devenir Maître Kung-Fu. Mais avant cela, Willis doit gravir les échelons de la réussite à Chinatown : Asiat' Mort, Asiat' de Service n°3, Asiat' de Service n°2, Asiat' de Service n°1… Bref, ce n'est pas demain la veille qu'il va pouvoir rendre fier son père, vénérable maître Sifu et ex-star de Chinatown ou sa mère, Vieille Asiat' (Femme) dont la gloire et la beauté semblent avoir fané en même temps.
Willis a pourtant la chance de bosser dans une série incontournable : Noir et Blanc. Avec Green, l'inspectrice blanche avec une queue de cheval (car c'est plus sexy et plus viril à la fois, allez comprendre) et Turner, l'inspecteur noir un peu rentre-dedans. Bon, bien sûr, Willis n'est pas devant avec eux, il n'est même pas sur la banquette arrière de leur voiture de service mais plutôt là-bas, quelque part au fond, à gauche, dans la pénombre d'une ruelle en train de passer le balais.
Willis n'est qu'un Asiat' de Service après tout, parmi tant d'autres comme lui à Chinatown. Comment peut-il se faire une place entre Noir et Blanc ?
Comme il faut bien nourrir la famille, Willis et les autres Asiat' vivent au dessus d'un restaurant (asiatique, forcément) appelé le Pavillon d'Or. Et quand tu ne peux pas être une Incroyable Guest-Star ou un Maître Kung-Fu, ni même un Asiat' de Service n°3, alors tu peux faire la plonge ou être serveur au Pavillon d'Or. C'est déjà ça.
[Coupez !]
Ce monde bizarre, à mi-chemin entre le réel et la série TV, c'est l'idée principale de Charles Yu pour causer du sort des asiatiques (et l'on inclut ici pas mal d'ethnies, de Taïwan à la Chine en passant par le Japon et le Vietnam) dans une Amérique qui n'a fait de la place que pour Le Blanc et le Noir (enfin… #Teasing). Willis, c'est l'exemple de l'américain d'origine asiatique qui a grandit dans le monde où Bruce Lee était une icône, une légende, un Dieu vivant… qui était une illusion cruelle à l'arrivée pour tout un tas de raisons. Dans Chinatown, Intérieur, Charles Yu s'appuie sur les théories du sociologue canadien Erving Goffman qui envisage la vie sociale comme un théâtre avec des acteurs, des coulisses, une scène. Yu transpose cette théorie à un milieu qu'il connaît par coeur, celui de la série TV et d'Hollywood.
Le monde qui en résulte est un hybride où notre monde réel entre en collision et fusionne avec une série télé grandeur nature où les personnages sont aussi des acteurs et où les acteurs sont aussi des personnages.
En adoptant la forme d'un script télévisuel, Charles Yu fait le choix de l'audace narrative. le lecteur recompose le monde à l'aune de l'image culturelle et sociale renvoyée par Hollywood et revoit notre vie en mode cinéma avec tous les stéréotypes et les cases que cela implique, toutes les larmes, les rires, les tragédies, les morts et les amoureux d'une vie ou d'un jour qui se cachent derrière.
Pour capturer davantage son lecteur, Charles Yu décide de s'adresser à lui en « tu », une façon discrète, mais brillante, de casser le quatrième mur et de faire de son lecteur un acteur-lecteur, une contraction à l'image du monde qu'il a créé.
[Pause… bon, on y est ? Tu me suis ?
Tout le monde à sa place !]
Comprendre l'Amérique et l'Asiat' de Service
Chinatown, Intérieur adopte donc la forme d'un script. Mais pas que.
Dans les creux, tu vas trouver, toi lecteur impatient, des monologues et des histoires. Celle de Willis, bien sûr, mais aussi celle de Grand Frère, de Maitre Sifu ou de Dorothy, de gens qui ont des noms ou qui n'en ont pas, qui ont des rôles et qui n'en ont plus. Au milieu de tout ça, tu découvres la vie et les brimades d'un peuple qui, finalement, ne peut pas être Américain. Par la loi, par les clichés, par le racisme. La supercherie là-dedans, c'est que derrière Noir et Blanc, l'Asiat' touche systématiquement un plafond de verre qu'il ne peut pas briser. Même en étant père, on devient Papa Kung-Fu. Et si, par bonheur, on va un peu plus loin, on retombe dans un autre rôle de la société américaine : Monsieur Tout-Le-Monde.
Bien sûr, Monsieur Tout-Le-Monde doit être discret, il n'a plus l'accent de l'asiatique, ni sa couleur de peau (ou alors pas grand chose) ni son Chinatown empilé encore et encore sur la misère et l'oppression.
Le roman de Charles Yu pourrait ne parler que du racisme envers les américains d'origine asiatique mais non. Non, car même si Charles Yu nous fait vivre à Chinatown à hauteur de son personnage principal, il tient à vous montrer que le reste dehors, c'est miné de cases. le noir s'en sort-il vraiment mieux que l'Asiatique ? La femme blanche n'est-elle pas un autre cliché sur pattes ? Dans cette société du paraître, on ne sait plus vraiment si le cinéma a créé le monde ou si le monde a créé le cinéma. Prisonnier d'un univers régit par des rôles, tout le monde perd, tout le monde échoue à un moment ou un autre.
Chinatown, Intérieur comprend non seulement que le monde piège et enferme tout le monde dans diverses cases, mais il explique aussi qu'à force, même ceux qui sont dans des cases finissent par se convaincre qu'ils correspondent et doivent coller aux stéréotypes. C'est en refusant et en parvenant à retrouver qui l'on est que l'on devient enfin quelqu'un qui n'est pas défini par un rôle aliénant et culpabilisant.
Dans le fond, Charles Yu explique que l'on ne grade pas la souffrance et l'expérience, que l'humiliation et le racisme même sans esclavage même sans torture, c'est toujours du racisme et de l'humiliation.
Et puis…là…tu pleures !
Mais cette structure et ce message aussi fort et subtilement charpentés soit-ils permettent-ils vraiment autre chose qu'un exercice formel et politico-social ?
Charles Yu, avant de nous parler du racisme, de l'oppression de l'injustice et de tout ce qui ronge les asiatiques aux États-Unis, Charles Yu pense d'abord à ses personnages comme dans une bonne série ou dans un bon roman.
Comme dans une grande histoire américaine.
La force immense de Chinatown, Intérieur c'est de ne jamais négliger l'intime de ses personnages devant l'importance du message et de parvenir à fondre les deux en un.
Willis Wu devient un protagoniste d'une justesse exceptionnelle grâce à l'écriture enlevée et formidable de l'auteur américain.
Mieux encore, malgré l'absurde des situations, malgré l'horreur et la gravité de ce qui est décrit dans ces pages, Charles Yu arrive à être aussi drôle [Rires, Applause !!] que déchirant [Larmes, Cry me a river !!!].
La description minutieuse de la vie de Willis mais aussi de ceux qui l'entourent, les anonymes de Chinatown qui retrouvent un nom et une famille, les parents qui ont pour leur enfant le rêve autre chose que du Kung-Fu, la femme qui veut enfin quitter ce ghetto d'opérette, c'est cette description qui fait toute la différence et qui déchire littéralement le coeur du lecteur.
Car c'est une chose de discourir sur le racisme et c'en est une autre que de l'incarner dans le réel, avec les acteurs et les victimes, les seconds rôles et les complices.
Charles Yu fait tout ça, il fait passer du rire aux larmes, du kung-fu au premier rendez-vous, de Taïwan à Chinatown, des rêves d'un gamin à la conscience émouvante d'un père.
Chinatown, Intérieur est un chef d'oeuvre.
Que peut-on en dire de plus ?
Que c'est un grand roman américain sur l'Amérique et le fait d'être Asiatique en Amérique hier et aujourd'hui ?
Que c'est une audace narrative et formelle qui confine au génie ?
Que c'est un entrelacement d'histoires et de destins drôles et tragiques ?
On pourrait te le dire, mais si tu n'as pas déjà ouvert le livre alors, c'est que tu n'as pas du lire comme il faut !
Lien : https://justaword.fr/chinato..
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Bazart
  03 octobre 2020
Willis , un américain d'origine asiatique qui tente de percer à Hollywood dans un monde qui voit tout en noir et blanc.

Un roman d'une très grande originalité tant dans le fond, l'impossible place des asiatiques dans la société américaine, que dans la forme, la réécriture d'un scénario de cinéma.
Une satire drôle et noire sur Hollywood qui fait parfois penser à certains films de Cronenberg ( Cosmopolis, “Maps to the Stars”) ou à la série Master of oe utilise la distanciation pour traiter la réalité quotidienne des Américains d'origine asiatique, qui ont souvent collés au corps cette impression de ne jamais etre totalement chez eux.
L'auteur a collaboré pour plusieurs séries Westworld ou Legion. et visiblement son roman est tiré de son expérience personnelle .
UN roman ludique brillant et vraiment singulier., OVNI- OLNI plutôt inclassable et sidérant
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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JIEMDE
  18 décembre 2020
Qu'est-ce qui fait qu'un Asiat' est si difficile à intégrer aux USA, pays du Noir et du Blanc ?
Cette question ouvertement posée lors du procès de Willis - Asiat' de service de niveau 4 devenu Mister Kung-Fu dans la classification des producteurs de cinéma US - pourrait suffire à résumer cette petite perle littéraire qu'est Chinatown intérieur de Charles Yu, traduit par Aurélie Thiria-Meulemans. Un livre aux deux lectures possibles.
La première, est l'histoire désopilante de cette impossible « ascension sociale » au sein des studios de Hollywood, que la communauté asiatique du Chinatown californien nourrit depuis des années en rôles invisibles d'Asiat'. Des immigrés et fils d'immigrés de longue date, devenus chairs à pellicule et éléments de décors. Toujours présents dans les films et séries, on ne les voit pourtant jamais.
Sifu, le père de Willis a eu son heure de gloire, comme ensuite son Grand Frère avant qu'il ne quitte subitement la scène. Willis croit en son destin et en son Nirvana cinématographique. Il y travaille dur, au point de s'aveugler sur tout le reste et le sens de cette impossible quête. C'est drôle, très drôle, bourré de clichés, de références et de dialogues truculents, tournant souvent à l'absurde, comme pour mieux illustrer la vacuité de ces espoirs de petite gloire.
Et puis derrière la farce, il y a cette satire d'une société américaine obsédée par ses impératifs binaires d'intégration des Noirs avec les Blancs, oubliant au passage les autres nuances d'origines, ici asiatiques. Un propos qui culmine au moment du procès final qui, à défaut de prise de conscience collective, débouche sur un joyeux bordel salvateur. Un régal !
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gruz
  10 septembre 2020
La forme et le fond.
Ce qui frappe au premier abord c'est le contenant, particulièrement original, avec une histoire écrite à la manière d'un script (police de caractère spécifique incluse). Tout y est, les scènes découpées, les dialogues, le cut…
Le côté ludique prend d'emblée, amuse, distrait, mais vite viendra le fond, bien plus profond qu'il n'y paraît.
Charles Yu peut se permettre d'utiliser ce genre de fantaisie. Outre sa carrière d'écrivain, il est scénariste et producteur pour certaines séries TV connues et remarquées comme Westworld ou Legion.
Ce roman est un OVNI, mais surtout un livre qui marque l'esprit. Parce que derrière cette forme, il y a un propos très réfléchi, que l'aspect ludique fait passer insidieusement ; le racisme envers les personnes d'origine asiatique. Jusqu'à en rire jaune (expression très adaptée au contenu du roman et qui n'est pas raciste, elle, vous pouvez vérifier sur internet).
Le pitch : quand on est Asiat' de service, on rêve de devenir un jour Mister Kung-Fu, sortir du flot jaune pour devenir quelqu'un. Dans le milieu qui sert de prétexte, le cinéma ou les sitcom TV, comme dans la vraie vie.
La frontière entre imaginaire et réel se brouille vite dans ce livre. La fiction et la réalité fusionnent, s'entrechoquent et choquent à partir du moment où on a compris que les sujets seront plus sérieux qu'il n'y paraît.
La voix-off susurre son message, le lecteur devient acteur par la narration audacieuse, inclusive.
Parce que notre monde n'est qu'image, souvent déformée, détournée de sa substance. On ne creuse pas, on ne cherche pas suffisamment à comprendre l'autre.
Vous êtes-vous déjà réellement demandé pourquoi les asiatiques vivent en communauté, souvent refermés sur eux-mêmes ? Pensez-vous vraiment que c'est un choix ? La place de l'asiatique dans nos sociétés, aux USA mais aussi ailleurs (le constat et le « procès » peut s'appliquer à la France) est loin d'être qu'une affaire de choix.
Charles Yu use des stéréotypes pour défoncer les portes, celles de l'incompréhension, du manque de communication et de respect, des inégalités, de la misère cachée.
Mais il ose aussi l'autocritique appuyée, à la limite de la psychanalyse de groupe. Toujours avec une bonne dose d'autodérision. Il n'y a que peu de doutes que l'écrivain parle de ce qu'il connaît et a sans doute vécu.
Yu a un sacré culot. Son analyse sous-jacente est brillante, et il ose même jusqu'à comparer les racismes. Sa série TV fictive s'intitule « Noir et Blanc » et met en scène deux flics « parfaits » de deux communautés. L'asiat' de service y reste toujours en toile de fond.
Jamais l'auteur ne cherche à dire qu'un racisme est pire que l'autre, mais avec force et justesse il fait comprendre qu'il y a différentes formes et manières de le vivre. Sociologiquement, c'est incroyablement lucide. Il ouvre les couvercles de boites jusque-là hermétiques.
Voilà un roman à lire entre les lignes, parfois elliptique mais vite d'une intelligente clarté. C'est drôle, touchant, virtuose, poignant…
Chinatown, intérieur est un livre inclassable, habile et clairvoyant. Charles Yu est un conteur qui maîtrise l'art de la distraction, et qui a compris que c'est un excellent moyen de faire comprendre le monde. Remarquable !
C'est le script d'une vie, qui démontre aussi qu'il y a une place pour un autre scénario, si on prenait la peine de se comprendre les uns les autres.
Lien : https://gruznamur.com/2020/0..
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critiques presse (2)
LeSoir   28 décembre 2020
Ce « Chinatown, intérieur » est un plat aigre-doux. Drôle et accusateur à la fois. C’est le racisme américain envers les Asiatiques que Yu dénonce.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LesInrocks   20 octobre 2020
Véritable condensé de l’humour destructeur de son auteur, le nouveau roman de l’Américain Charles Yu déconstruit les clichés qui collent à la communauté asiatique et les illusions du rêve américain.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
EvadezMoiEvadezMoi   30 août 2020
Et puis un matin tu t’es réveillé et c’est terminé. Le rêve avait pris fin. Grand Frère n’était plus Mister Kung-Fu. Les détails sont restés secrets, la version officielle est simplement que ça n’a pas marché. Le résultat pour vous tous : plus de Mister Kung-Fu. Tout à coup, l’âge d’or de Grand Frère avait pris fin, sans tambour ni trompette, sans raison en fait. Officieusement, on comprenait. Il y avait un plafond de verre. Il y en a toujours eu un, et il y en aurait toujours un. Même pour lui. Même pour notre héros, il y avait des limites au rêve d’assimilation, des limites au-delà desquelles aucun d’entre nous ne pouvait prétendre aller dans le monde de Noir et Blanc.
C’était peut-être mieux ainsi. En tout cas pour lui, d’un point de vue personnel. Malgré tous ses succès, Grand Frère n’avait jamais semblé totalement à l’aise à sa place attitrée dans la hiérarchie, il n’avait jamais été vraiment à fond à la poursuite d’une carrière. Il ne se percevait pas comme Mister Kung-Fu. Et il n’avait pas tort. Son Kung-Fu était trop pur, trop parfait pour être exploité comme chacun savait qu’il le serait : des trucs clinquants, débiles, les mêmes mouvements vus des millions de fois mais qu’on lui redemandait encore et encore à chaque mariage et à chaque nouvel an lunaire. Mieux valait qu’il ne connaisse pas la gloire pour connaître la postérité. Mieux vaut être une légende qu’une star.
+ Lire la suite
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JIEMDEJIEMDE   16 décembre 2020
On me fait parler avec un accent parce que personne ne sait quoi faire de moi. J'ai la conscience d'un Américain contemporain et la tronche d'un paysan chinois d'il y a cinq mille ans. Asiat' (Homme). C'est comme ça. Tu peux vérifier. Personne ne nous aime.
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JIEMDEJIEMDE   17 décembre 2020
Ce qu'il demande, c'est à être traité comme un Américain. Un véritable Américain. Parce qu'entre nous, quand on vous dit "Américain", vous imaginez quoi ? Un Blanc ? Un Noir ?
(Il s'arrête pour faire de l'effet).
On est ici depuis deux dents ans. Les premiers Chinois sont arrivés en 1815. Les Allemands, les Hollandais, les Irlandais, les Italiens qui sont arrivés au début du XXe siècle sont Américains.
(Il désigne sa poitrine du pouce)
Pourquoi est-ce que ma tronche m'empêche d'être américain ?
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collectifpolarcollectifpolar   04 novembre 2020
Mi-exclamation, mi-confirmation, comme s’il vérifiait pour lui comme pour toi qu’il n’avait pas oublié. Willis Wu, viens par-là, qu’est-ce que tu fiches, reste pas planté là comme un crétin, entre fiston, on commence.

Après, ça allait, mais impossible de ne pas repenser à ce regard, oubli ou terreur, et pour la première fois tu as remarqué le désordre de cette chambre, pas inhabituel chez un homme seul, mais pour Sifu, qui enseignait et prônait l’ordre et la simplicité en toute chose, d’avoir laissé son logement atteindre ce degré d’anarchie aurait dû être le signal d’alarme pour tout le monde. Peut-être pas le premier, mais le premier que tu aies remarqué.
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JustAWordJustAWord   17 août 2020
Bruce Lee en était la preuve : tous les Asiat’ ne sont pas voués à être Asiat’ de Service à vie. Si un mec y était parvenu, alors au moins en théorie, c’était possible pour les autres aussi.
Mais l’exception confirme la règle, et Bruce Lee était too much. C’était la version ultime et vivante d’un jeu vidéo, un cheat-code humain, un avatar idéalisé d’asiatitude et de coolitude extrêmes, bloqué en permanence sur le niveau de difficulté « Expert ». Pas un homme mais une divinité qu’on t’a prêtée, à toi et à ton peuple, pour un temps seulement. Une flamme qui a brûlé pour montrer à toutes les faces de citron, l’espace d’un instant, ce que c’était la perfection.
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Vidéo de Charles Yu
Le 24 novembre 2020, Gorian Delpâture, dans le cadre de l'émission Entrez Sans Frapper (RTBF) nous présente CHINATOWN, INTERIEUR" de Charles Yu, traduit par Aurélie Thiria-Meulemans aux éditions Aux forges de Vulcain, et lauréat du National Book Award 2020.
"De l'humour, de l'intelligence, qui méritait bien le National Book Award!"
Pour en savoir plus sur ce livre : https://www.auxforgesdevulcain.fr/collections/fiction/chinatown-interieur/
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