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Armand Lanoux (Autre)
ISBN : 2253003662
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 1313 notes)
Résumé :
A la fin d'une chasse, pendant la curée, les chiens dévorent les entrailles de la bête tuée. Pour le jeune Zola qui déteste son époque, c'est le coeur de Paris, entaillé par les larges avenues de Napoléon III, que des spéculateurs véreux s'arrachent. Ce deuxième volume des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, est l'un des plus violents. Zola ne pardonne pas ces fortunes rapides qui inondent les allées du Bois d'attelage... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (123) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  24 janvier 2014
La Curée constitue le second volet du fameux cycle des Rougon-Macquart où l'on poursuit, comme dans La Fortune Des Rougon, le cheminement mondain du rameau " Rougon " de la famille, avec la seconde génération, notamment trois enfants de Pierre Rougon.
Il s'agit principalement du dernier fils de Pierre Rougon, Aristide, qui change d'ailleurs son nom en Saccard, pour ne pas compromettre — au cas où — la réputation du frère aîné, Eugène, impliqué en politique (voir le tome 6, Son Excellence Eugène Rougon) et second personnage masculin important, dans l'ombre du premier, à moins que cela ne soit l'inverse.
On y fréquente enfin l'une des soeurs, Sidonie Rougon, personnalité ambiguë, entremetteuse, courtière, bref ombre grise très utile ou très dangereuse, c'est au choix.
Émile Zola nous dépeint la farouche avidité au gain d'Aristide qui se morfond de n'être que ce qu'il est, lors de sa fort modeste arrivée à Paris et qui va encore ruminer sa pauvreté pendant un certain temps.
Cependant, son frère Eugène lui ayant dégoté une place peu rémunératrice mais stratégique dans l'administration de la voirie, Aristide va vite comprendre l'intérêt que peut revêtir ce poste et les merveilleux délits d'initié qu'il autorise, à savoir, connaître avant tout le monde l'emplacements des immeubles qui seront évacués pour le percement des célèbres grands boulevards Haussmanniens.
Évidemment, spéculations, magouilles et fortune seront au bout de chaque boulevard…
Fortune née en un jour, croquée en deux heures, travers absolu d'un monde qui flambe sans compter.
Mais rien n'eut été possible à Aristide sans les premiers capitaux indispensables aux premières spéculations mirifiques, et c'est dans la fin prématurée et bienvenue de sa première épouse que Saccard va trouver le filon par l'entremise de sa soeur Sidonie.
Rattraper le crime d'une conception honteuse en dehors des liens du mariage par une jeune fille de bonne famille, voilà qui pourrait être dans les cordes d'Aristide, qu'en dites-vous ? Car ce n'est pas le tout, il faut vite, vite, vite unir la belle Renée avant que son ventre ne prenne des proportions scandaleuses... et bling ! voici la fortune de Saccard livrée sur un beau plateau d'argent par la confortable dot de l'étourdie gravide.
Renée va vivre dans la débauche de millions, de toilettes inavouables et même, même, dans l'indicible inceste dont je vous laisse découvrir la nature car il ne faut point trop vous en dire…
Ce livre est selon moi annonciateur de la dépravation du neuvième tome, Nana et le symétrique du volume 18, L'Argent. Ici est détaillée la vie de débauche et du grand luxe côté jardin (alors que dans Nana c'est côté cour), l'aliénation morale de la femme, mais peu les montages financiers, tandis que dans L'Argent, c'est le contraire.
En tout cas, un éclairage intéressant sur cette période de création du nouveau Paris, même si certaines descriptions et certains passages sur les bals et sur le luxe des pièces ou des vêtements sont un peu longs par rapport à d'autres opus plus toniques.
En outre ce n'est, encore une fois, que mon avis, dont les entrailles vacilleraient si elles étaient données en pâture à une meute d'esprits sagaces. Et que resterait-il après la curée ? Pas grand-chose…
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lyoko
  21 novembre 2017
Zola poursuit son "étude sociale" avec Aristide Rougon devenu Saccard a Paris. Il cherche par tous les moyens a faire fortune . Quand le destin frappe a sa porte et que la mort emporte sa première épouse.
C'est une fois encore, avec brio, que Zola démontre l'opportunisme d'un parvenu. le caractère des personnages est travaillé a la perfection. On sent les protagonistes de l'histoires prendre vie sous nos yeux.
C'est aussi l'occasion pour l'auteur de mettre en avant le rôle des femmes, et leurs positions à l'époque ou se déroule les évènements. Ce sont des simples objets pour certaines, pour d'autres le moyen pour leur mari d'obtenir, grâce a leur entremise, du pouvoir ou des relations.
C'est aussi, une démonstration de maître , sur la frivolité et l'inconstance des femmes qui ont toujours eu de l'argent qui leur brulait les doigts. Une relation au financier extrêmement bien décrite.
Il faut avouer que Zola est le maître incontesté des descriptions :de salons, de robes, de paysages, des caractères,... En lisant cet auteur on se trouve tout simplement au milieu d'un film ou chaque chose est pensée et maîtrisée.
Je suis souvent bouleversée par l'écriture de Zola qui est si cruelle, si cynique par moment et tellement poétique par d'autre.
Je me demande souvent comment un homme a pu être si juste et si précis dans son étude sociale, d'autant qu'il n'avait qu'une trentaine d'année lors de la parution de ce roman.
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Gwen21
  05 février 2015
"La Curée" n'est pas le tome le plus épais des Rougon-Macquart mais c'est sans conteste l'un des plus étoffés.
Pour moi, il s'agit d'un tome capital, il aurait pu être le premier de la série si Zola n'avait pas choisi sa famille cobaye en province mais à Paris. "La Curée" se déroule intégralement dans la capitale impériale. Une capitale en plein bouleversement, percée de part en part par les nouveaux axes urbanistiques projetés par Rambuteau et Haussmann.
"La Curée", c'est un peu comme un immense plateau de Monopoly où Aristide Saccard s'ébat en joueur enragé et dévore les pâtés de maisons pour se créer une "grande fortune". Aimant jouer, détestant perdre, il est prêt à tout pour "arriver". Veuf et père de deux enfants, il épouse Renée, une jeune femme de bonne famille à la vertu compromise, qui lui permet de prendre pied dans le monde des enrichis.
"La Curée" annonce à la fois l'érotisme du "Bonheur des Dames", à coups de chiffons, de jupons et de pantalons de dentelle ; préfigure tout autant la sensualité moite et brutale de "Nana", ainsi que la quête d'esthétisme de "L'Oeuvre" ; enfin, il augure "L'Argent" et les futures magouilles spéculatives de Saccard.
"La Curée", c'est le spectacle cru de tous les excès, de tous les abus et des tabous foulés au pied - à commencer par l'inceste ; c'est l'exubérance criarde d'une richesse trop neuve et clinquante, de mauvais goût, qui cache les vices, l'âpreté des vanités, les instincts bridés, le tout dans une débauche naturaliste qui est la marque de fabrique du grand Zola. Comme dans ses autres romans, le lecteur est emporté, assommé, enivré, étourdi et finalement ébloui par une prose qui ne lui laisse aucun répit et qui lui fait dire dans un soupir : "Rien n'a changé depuis 150 ans".

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isajulia
  26 mai 2013
Je poursuis gentiment ma découverte des Rougon-Macquart. Avec La Curée, on quitte l'ambiance étriquée de Plassans et ses complots de province pour se lancer dans le grand bain parisien en compagnie d'Aristide, une des progénitures de l'infâme Pierre Rougon.
Suite au coup d'état réussi qui a mis Napoléon III à la tête de l'empire, Arsitide arrive à Paris avec sa femme Angèle. Rêvant d'une fortune rapide, celui-ci va se voir proposer par son frère Eugène (qui a désormais une place enviable et une certaine influence en politique) une fonction d'agent voyer au sein de l'Hôtel de Ville. Contraint de changer de nom de famille pour épargner à son excellence une éventuelle honte en cas de scandale, Aristide Rougon devient Aristide Saccard. Furieux de végéter dans des bureaux poussiéreux pour un traitement bien inférieur à ses prétentions, il va néanmoins vite se rendre compte que l'Hôtel de Ville est un endroit rêvé pour glaner des informations sur de futures opérations immobilières, Paris étant en pleine phase de transformation.
Frustré de ne pas avoir les premiers fonds, se heurtant aux refus d'Eugène, Aristide va faire appel à Sidonie, sa soeur, qui occupe des fonctions assez obscures de courtière et aussi d'entremetteuse. Angèle a peine morte, Sidonie organise déjà le remariage de son frère avec la jeune Renée Béraud-Duchâtel, qui se trouve dans une situation compromettante suite à un viol. Seul un mariage peut rendre la dignité de la jeune fille, il se trouve en plus qu'elle bénéficie d'une dot importante. L'affaire est dans le sac, non seulement Aristide se retrouve nanti d'une femme belle et fringante mais le voilà également riche. C'est alors que commence la spirale infernale de la magouille immobilière, avec un talent de prestidigitateur, Aristide va devenir en expert dans l'art d'arnaquer l'état. Tirant de honteux bénéfices des expropriations grâce aux travaux d'amélioration de la capitale, sa fortune est faite!
Renée quand à elle dépense sans compter en toilettes somptueuses et en fêtes extravagantes. En compagnie de Maxime, le fils d'Aristide, dont elle a quasiment fait l'éducation, elle va connaître une passion incestueuse qui comblera le vide qu'elle pense avoir dans sa vie. Derrière cette richesse apparente, cette famille cache bien des cadavres...
Zola signe encore un chef-d'oeuvre, j'ai été époustouflée par ce second opus des Rougon-Macquart. Il met brillamment en lumière les travers de l'être humain pris dans le tourbillon de l'argent. Aristide, le petit scribouillard bonnet blanc et blanc bonnet de l'Indépendant a bien changé, il est devenu une authentique ordure sans foi ni loi (désolée si mes termes vous choquent, il fallait que ça sorte). J'ai adoré la manière dont Zola a donné toute son ampleur au personnage, il décortique avec soin la psychologie de cet arriviste escroc avec acidité et ironie. Avec tout son talent, il nous emmène dans l'envers du décor des gens riches, montrant leurs excès et leur cruauté. Véritable miroir aux alouettes, c'est avec délectation que l'on suit la grandeur et la décadence de ces protagonistes aux plus vils instincts. Seule Renée m'a fait un peu de peine, derrière sa frivolité j'ai trouvé qu'elle était un peu le dindon de la farce dans toute cette mascarade... le seul mini reproche que je pourrait faire à l'ouvrage est que certains passages manquent un peu de pep's mais hormis ça, c'est un véritable régal. J'avais été emballée par La Fortune des Rougon, là ma curiosité ne fait qu'augmenter et j'ai hâte de tous les lire. Gros coup de coeur et vivement la suite! A lire!
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Nastie92
  05 novembre 2017
♬ Zola reviens, Zola reviens parmi les tiens... ♬
Quand je vois avec quel talent Émile Zola décrit ses contemporains, avec quelle ironie jubilatoire il en dresse le portrait féroce, je me dis que c'est vraiment dommage qu'il ne soit plus parmi nous.
Parce qu'entre nos politiciens, nos journalistes, nos "people", il en aurait du matériau de première classe !
La Curée, c'est un peu La Fortune des Rougon bis. En effet, après le couple Pierre-Adélaïde du premier opus, c'est au tour de leur fils Aristide de vouloir faire fortune.
Mais le contexte est différent : on quitte Plassans et ses petites histoires provinciales, c'est à Paris que l'ambition peut prendre toute sa démesure.
Paris sous le second empire offre des opportunités quasiment illimitées à qui veut les saisir, voire les provoquer. Honnêtement... ou moins honnêtement.
Eugène, frère aîné d'Aristide est devenu ministre. Il veut bien aider son cadet, mais sans prendre de risque. Pour commencer, un changement de patronyme s'impose, et Aristide Rougon devient d'un coup de baguette magique Aristide Saccard. Ainsi, si les affaires de monsieur Saccard tournent mal, monsieur Rougon n'aura rien à craindre et continuera sa vie comme si de rien n'était. On n'est jamais trop prudent !
À partir de là, les bonnes ou moins bonnes affaires vont s'enchaîner.
Fini l'univers étriqué de la province, seule la capitale pouvait servir de cadre à l'histoire. En effet, tout devient grand dans ce deuxième volume. Les petites magouilles de Plassans laissent la place aux grandes manoeuvres parisiennes.
L'appât du gain est poussé à son extrême, les instincts les plus vils s'expriment, les coups les plus bas sont permis : Zola ne nous épargne rien. Délits d'initié, trafics d'influence, escroqueries en tout genre sur un fond d'absence totale de scrupules. Vous pouvez ajouter à cette liste peu glorieuse l'argent qui coule à flot d'une façon indécente, les fortunes affichées avec ostentation, la débauche qui s'expose dans les fêtes et se cache à peine dans la vie quotidienne.
Si je devais résumer ce roman par un mot, ce serait "excès". La Curée est le roman de tous les excès. Zola y dénonce d'une façon magistrale les excès en tout sens de ses contemporains.
Quelques descriptions peuvent parfois paraître un peu longues, mais elles ne m'ont en aucun cas dérangée. Elles renforcent le terrible contraste entre ces intérieurs chargés, au luxe tape-à-l'oeil (il faut montrer sa fortune), ces maisons bien comme il faut et leurs habitants aux moeurs dépravées, cyniques et magouilleurs. Et puis, c'est tellement bien écrit, que j'accepte tout de la part de Zola !
Un personnage du roman m'a particulièrement impressionnée : Sidonie, soeur d'Eugène et Aristide. Zola a créé là une femme époustouflante ! Intrigante en diable, elle est prête à tout, pourvu qu'il y ait de l'argent à la clef. Elle tient une place capitale dans le roman. En écrivant certains passages, Zola a dû se régaler... et il régale son lecteur !
Comme le premier, ce tome est très moderne. Zola décrit la vie sous le second empire, mais le lecteur actuel se rend compte que rien n'a changé. Politique et finance font très bon ménage, les hommes d'affaires sachant parfaitement manoeuvrer les politiciens en les récompensant grassement. Et tant pis si ce qui est fait n'est pas moral, tant pis si ce n'est pas dans l'intérêt général. Quand certains (qui ont encore un soupçon de conscience) s'émeuvent des coûts des grands travaux entrepris dans Paris, voici ce qui est répondu, je vous laisse apprécier :
"– Quant à la dépense, déclara gravement le député Haffner, qui n'ouvrait la bouche que dans les grandes occasions, nos enfants la payeront, et rien ne sera plus juste. […] La phrase de M. Haffner : « Nos enfants payeront », avait réussi à réveiller le sénateur. Tout le monde battit discrètement des mains, et M. de Saffré s'écria : – Ah ! charmant, charmant, j'enverrai demain le mot aux journaux. – Vous avez bien raison, messieurs, nous vivons dans un bon temps, dit le sieur Mignon, comme pour conclure, au milieu des sourires et des admirations que le mot du baron excitait. J'en connais plus d'un qui ont joliment arrondi leur fortune. Voyez-vous, quand on gagne de l'argent, tout est beau."
Ah, tout est beau quand on gagne de l'argent ! Vous voyez, rien n'a changé. Seulement l'échelle à laquelle les choses se font : les profiteurs de tout poil que décrit Zola feraient piètre figure à côté de leurs "successeurs" d'aujourd'hui, mais les motivations et les modes opératoires sont identiques.
À ce propos, le titre est parfaitement trouvé : page après page, le lecteur assiste à tout, le spectacle est écoeurant, comme celui des chiens après la chasse à courre.
Finalement, La Curée, c'est Les mains sales et La nausée réunis !
J'ai plus que jamais envie de poursuivre ma route avec Zola, et j'ai hâte d'aller me promener du côté des Halles dans le Ventre de Paris.
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Citations et extraits (181) Voir plus Ajouter une citation
rorospigororospigo   15 février 2019
Elle pensa qu'elle n'avait plus à lutter contre le mal, qu'il était en elle, que la logique l'autorisait à aller jusqu'au bout de la science mauvaise. Elle étais plus encore une curiosité qu'un appétit. Jetée dans le monde du Second Empire, abandonnée à ses imaginations, entretenue d'argent, encouragée dans ses excentricités les plus tapageuses, elle se livra, le regretta, puis réussi enfin à tuer son honnêteté expirant, toujours fouettée, toujours poussée en avant par son insatiable besoin de se savoir et de sentir.
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frandjfrandj   08 février 2019
« Et les prochaines élections, comment s’annoncent-elles ? demanda brusquement Saccard à M. Hupel de la Noue.
- Mais très bien, répondit celui-ci en souriant; seulement je n’ai pas encore les candidats désignés pour mon département. Le ministère hésite, parait-il (…). On a beaucoup parlé de vous dans le pays, monsieur. Vos grandes propriétés vous y font de nombreux amis, et l’on sait combien vous êtes dévoué à l’empereur. Vous avez toutes les chances » (…)
« Le dévouement à l’empereur est la seule vertu, le seul patriotisme, en ces temps de démocratie intéressée. Qui conque aime l’empereur aime la France. C’est avec une joie sincère que nous verrions Monsieur devenir notre collègue.
- Monsieur l’emportera, dit à son tour M. Toutin-Laroche. Les grandes fortunes doivent se grouper autour du trône ».
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frandjfrandj   08 février 2019
L'Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l'Europe. Il fallait à cette poignée d'aventuriers, qui venaient de voler le trône, un règne d'aventures, d'affaires véreuses, de consciences vendues, de femmes achetées, de soûlerie furieuse et universelle.
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frandjfrandj   08 février 2019
Alors le drame était fini ? Son crime, les baisers dans le grand lit gris et rose, les nuits farouches dans la serre, tout cet amour maudit qui l’avait brûlée pendant des mois, aboutissait à cette fin plate et ignoble. Son mari savait tout et ne la battait même pas. Et le silence autour d’elle, ce silence où traînait la valse sans fin, l’épouvantait plus que le bruit d’un meurtre. Elle avait peur de cette paix, peur de ce cabinet tendre et discret, empli d’une odeur d’amour.
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VilloteauVilloteau   12 février 2013
Cependant, M. Hupel de la Noue demanda galamment :

-- Aurons-nous le plaisir de voir Son Excellence, ce soir ?

-- Je ne crois pas, répondit Saccard d'un air important qui cachait une contrariété secrète. Mon frère est si occupé !... Il nous a envoyé son secrétaire, M. de Saffré, pour nous présenter ses excuses.

Le jeune secrétaire, que Mme Michelin accaparait décidément, leva la tête en entendant prononcer son nom, et s'écria à tout hasard, croyant qu'on s'était adressé à lui :

-- Oui, oui, il doit y avoir une réunion des ministres à neuf heures chez le garde des sceaux.

Pendant ce temps, M. Toutin-Laroche, qu'on avait interrompu, continuait gravement, comme s'il eût péroré dans le silence attentif du conseil municipal :

-- Les résultats sont superbes. Cet emprunt de la Ville restera comme une des plus belles opérations financières de l'époque. Ah ! messieurs...

Mais, ici, sa voix fut de nouveau couverte par des rires qui éclatèrent brusquement à l'un des bouts de la table. On entendait, au milieu de ce souffle de gaieté, la voix de Maxime, qui achevait une anecdote : « Attendez donc, je n'ai pas fini. La pauvre amazone fut relevée par un cantonnier. On dit qu'elle lui fait donner une brillante éducation pour l'épouser plus tard. Elle ne veut pas qu'un homme autre que son mari puisse se flatter d'avoir vu certain signe noir placé au dessus de son genou. » Les rires reprirent de plus belle ; Louise riait franchement, plus haut que les hommes. Et doucement, au milieu de ces rires, comme sourd, un laquais allongeait en ce moment, entre chaque convive, sa tête grave et blême, offrant des aiguillettes de canard sauvage, à voix basse.



Aristide Saccard fut fâché du peu d'attention qu'on accordait à M. Toutin- Laroche. Il reprit, pour lui montrer qu'il l'avait écouté :

-- L'emprunt de la Ville...

Mais M. Toutin-Laroche n'était pas homme à perdre le fil d'une idée :

-- Ah ! messieurs, continua-t-il quand les rires furent calmés, la journée d'hier a été une grande consolation pour nous, dont l'administration est en butte à tant d'ignobles attaques. On accuse le Conseil de conduire la Ville à sa ruine, et, vous le voyez, dès que la Ville ouvre un emprunt, tout le monde nous apporte son argent, même ceux qui crient.

-- Vous avez fait des miracles, dit Saccard. Paris est devenu la capitale du monde.

-- Oui, c'est vraiment prodigieux, interrompit M. Hupel de la Noue. Imaginez- vous que moi, qui suis un vieux Parisien, je ne reconnais plus mon Paris. Hier, je me suis perdu pour aller de l'Hôtel de Ville au Luxembourg. C'est prodigieux, prodigieux !

Il y eut un silence. Tous les hommes graves écoutaient maintenant.

-- La transformation de Paris, continua M. Toutin-Laroche, sera la gloire du règne. Le peuple est ingrat, il devrait baiser les pieds de l'empereur. Je le disais ce matin au Conseil, où l'on parlait du grand succès de l'emprunt : « Messieurs, laissons dire ces braillards de l'opposition : bouleverser Paris, c'est le fertiliser ».
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Alice Chemama est diplômée de L'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (2017), a reçu le Premier Prix de dessin pour un carnet de voyage déjanté (Concours Libé Apaj 2016) et publiera son tout premier album chez Dargaud à la rentrée 2019 ! Jeune autrice, grand talent, l'artiste impressionne par sa créativité sans borne et son style. Son premier album, Zola, avec Méliane Marcaggi au scénario, sera à découvrir en librairies en 2019. En attendant, visitez son site https://www.alicechemama.com/
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