AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Armand Lanoux (Autre)
ISBN : 225300894X
Éditeur : Le Livre de Poche (01/10/1971)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 523 notes)
Résumé :
" Dormez sur vos deux oreilles, disait Flaubert à Zola inquiet, c'est une œuvre, votre bouquin, fort, très fort, râblé, bien portant. " Il s'agissait de ce quatrième volet des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. C'est la conquête d'une ville légitimiste, en réalité Aix, la ville natale de Zola, par un prêtre bonapartiste qui subjugue les femmes, la belle société, la jeunesse et le clergé. Au milieu des intrigues mesqui... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (63) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  08 janvier 2014
La Conquête de Plassans est chronologiquement le 4ème volet du cycle des Rougon-Macquart, l'oeuvre majeure d'Émile Zola.
Après deux épisodes parisiens, l'auteur nous reconduit à Plassans, petite ville de province (Aix-en-Provence pour ne pas la citer) où nous avions déjà assisté au coup d'état de Napoléon III dans le berceau familial des Rougon-Macquart (voir La Fortune Des Rougon).
Ici, Zola nous conte l'arrivée en catimini d'un prêtre de Besançon, l'abbé Faujas, d'aspect piteux et au passé aussi louche qu'obscur. Il arrive chez les Mouret, le couple consanguin de la famille, où le mari, François Mouret est un descendant du rameau Macquart tandis que sa femme Marthe est la dernière fille de Pierre Rougon.
Les Mouret sont de braves commerçants prospères de sensibilité républicaine. L'arrivée du prêtre va révolutionner la vie de ce couple paisible et bien assis dans la société de Plassans.
Après des débuts difficiles, l'abbé Faujas va réussir à se faire accepter et à devenir un personnage incontournable de la vie politique et sociale de la ville grâce au concours de Marthe Mouret, dont il va parvenir à faire une dévote, elle qui n'était pas même sûre d'être croyante auparavant.
Non content de semer la zizanie dans le couple, l'abbé et surtout sa famille (mère, soeur et beau-frère de Faujas qui s'incrustent comme une belle infection parasitaire) vont littéralement dépouiller les Mouret de leur bien.
On y voit la lente mais inéluctable aliénation du couple, qui se fait siphonner par le cerveau et par le porte-monnaie jusqu'au trognon.
Le parachutage de l'abbé Faujas à Plassans ne doit rien au hasard et semble avoir été minutieusement pilotée depuis Paris par le ministre en personne (à savoir Eugène Rougon, voir Son Excellence Eugène Rougon) dans le but d'assurer le résultat des élections législatives à venir...
Avec ce 4ème roman, Émile Zola franchit une étape dans son style où il abandonne les longues descriptions du Ventre de Paris et nous plonge plus directement dans l'action.
C'est pourtant un ouvrage très balzacien, à mon sens, assez proche du roman le Curé de Tours, aussi bien dans le ton que dans le propos. le texte est découpé en beaucoup plus de chapitres que précédemment, tendance qu'il poursuivra avec La Faute de l'Abbé Mouret et par la suite, ce qui rend la lecture plus agréable à mon goût.
On n'est pas encore à l'apogée de la série mais on s'en rapproche avec cette Conquête de Plassans, du moins c'est mon avis, et vous savez la suite...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          740
isajulia
  12 juin 2013
Après Paris, retour à Plassans pour une escale dans le berceau de la famille Rougon-Macquart. Si vous comptiez vous détendre à l'ombre d'un olivier, bercé par le chant des cigales, oubliez, car ça va encore swinguer dans les chaumières.
Ce quatrième opus marque l'entrée fracassante dans l'arène du couple Mouret, François et Marthe, dont le mariage consanguin est abordé dans La Fortune des Rougon. Républicains et non croyants, ce sont de riches commerçants de Marseille retirés à Plassans. Entourés de leurs trois enfants, Serge, Octave et Désirée, la petite tribu mène une vie paisible qui ne va pas tarder à être perturbée quand François décide de louer le deuxième étage de leur maison à l'abbé Faujas et sa mère.
L'abbé, avec sa soutane trouée et sa mine grave va essuyer les moqueries de Mouret et de la bonne société de Plassans, soucieuse de son image de marque. D'abord discret, peu à peu, il va s'insinuer dans la vie familiale du couple en faisant de Marthe une dévote acharnée. La pauvre femme n'est en fait qu' un instrument pour accélérer l'ascension sociale de cet homme de "Dieu" au passé plus que louche.
Son emprise sur sa propriétaire acquise, sa crédibilité dans ses fonctions se trouvant accrue, Faujas va étendre ses tentacules pour faire la conquête de Plassans...
Quitte à me faire taper sur les doigts par certains lecteurs, ma première exclamation en refermant ce livre a été : "Oh p....n". Je n'hésite pas à dire que je me serai pris une mandale, cela m'aurait fait moins mal. Ce quatrième volet des Rougon-Macquart est noir de chez noir, mêlant politique, religion et analyse de la folie. Pas de longues descriptions cette fois-ci, Zola nous offre une immersion immédiate dans l'intrigue qui va aller crescendo et nous emmener dans la décadence la plus totale.
Entre les parvenus avides de pouvoir, les curés vendus et les politiques manipulateurs, nous avons là une magnifique brochette de vautours prêts à tout pour rogner quelques lambeaux de splendeur, semant panique et désolation dans une famille qui a eu le malheur de traverser leur route....
Je crois que je deviens de plus en plus accroc de Zola, j'adore sa manière de mettre en scène les situations les plus horribles sans tomber dans l'excès. Depuis que je me suis lancée dans la lecture des Rougon-Macquart, je vais de surprise en surprise sans être déçue une seule seconde. Même si j'ai éprouvé de l'indignation et de la peine avec La Conquête de Plassans, j'ai adoré ce roman qui va encore plus loin dans l'horreur humaine.
Cinq étoiles un jour, cinq étoiles toujours, un vrai coup de coeur qui ne laisse pas indifférent. A lire !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          544
lyoko
  10 janvier 2018
Encore une fois Zola reste le maître incontesté de la description. Il va chercher d'infimes détails qui apportent une ampleur a ses écrits. Il maîtrise les décors, mais également les caractères des personnages.
Il dirige le lecteur vers une critique sociale assez impressionnante.
Je reste étonnée de sa façon de voir les êtres humains, qui est si juste et si bouleversante. Il écrit pourtant avec "douceur" et poésie, et pourtant au fond il est cruel, il est cynique et mordant.
J'ai beaucoup aimé la curiosité quasi maladive de François Mouret. Et là Zola, encore très perspicace, rentre une fois encore au fond de la nature humaine, car le voyeurisme est un des vices de l'Homme. (on le voit aujourd'hui fortement avec le succès incompréhensible de la télé réalité).
Et puis pour mon plus grand plaisir il s'amuse a montrer les malversations de l'église, capable de tout pour arriver a ses fins. La manipulation religieuse a des fins politique. Et quel meilleur moyen que de le faire a travers les femmes.
Et puis Zola n'oublie pas de traiter la folie qui monte doucement, une folie qui peut être héréditaire, qui peut être liée a une certaine consanguinité.
Ce roman est jubilatoire de subtilité et de cynisme.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          590
sandrine57
  06 juin 2016
Après des années de dur labeur dans le commerce de l'huile et des vins à Marseille, François et Marthe Mouret vivent une retraite paisible à Plassans, le fief familial des Rougon dont ils sont tous deux issus. le couple vit retiré, loin de l'agitation mondaine et politique. Un bonheur simple qu'égaient leurs trois enfants, Octave, Serge et Désirée. Marthe est une épouse effacée et soumise, une mère aimante et dévouée. François est parfois un brin autoritaire, maniaque et avare mais la famille vit en parfaite harmonie. Tout change lorsque le maître de maison décide de louer l'étage à l'abbé Faujas et à sa mère, venus tout droit de Besançon. Missionné secrètement par Paris pour remettre Plassans dans le giron bonapartiste, l'homme d'église rate son entrée dans le monde. Félicité Rougon lui a bien ouvert son fameux salon vert, mais l'homme, avec ses manières brusques, son visage sévère et sa soutane usée a fait mauvaise impression. C'est par Marthe qu'il va conquérir les dames de la bonne société. A son contact, l'épouse modèle, et jusque là athée, s'ouvre à la foi la plus ardente et l'introduit chez les notables de la ville. Faujas, sous ses dehors réservé, s'immisce peu à peu dans la vie de ses propriétaires. Sa soeur Olympe et son mari viennent eux aussi loger chez les Mouret, bien décidés à obtenir leur part du gâteau. Octave, Serge et Désirée sont envoyés au loin, François, qui résistait à cette emprise, est déclaré fou et interné, Marthe se retrouve à la merci de l'abbé pour qui elle est prête à toutes les extrémités. Soutenue et recommandée par la nouvellement dévote, Faujas devient l'homme fort de la ville, bien vu du camp bonapartiste comme de celui des légitimistes auxquels il a ouvert le jardin des Mouret, terrain neutre où tout le monde se rencontre, discute et complote. Dépouillée de tous ses biens sans même sans rendre compte, rejeté par Faujas qui méprise les femmes, Marthe sombre dans la folie. le drame rôde, le dénouement ne pourra être que fatal.
Avec le quatrième tome de sa saga, Zola revient à la source, Plassans, pour un roman sombre et plein de tensions. On s'introduit dans la vie des Mouret, des époux consanguins puisqu'ils sont cousins. Jouissant de leur rente dans une maison coincée entre la sous-préfecture bonapartiste et la résidence du président du tribunal civil, légitimiste, les Mouret s'occupent peu de politique et n'ont pas de vie mondaine. Pourtant Plassans est un chaudron où chacun cherche la fortune, la reconnaissance, la gloire ou le pouvoir. Pour cela, on complote, on s'allie, on retourne même sa veste. A Paris, on s'inquiète de cette ville de province qui a élu un légitimiste aux dernières législatives. Faujas est donc envoyé à la reconquête de Plassans, à l'approche des prochaines élections. Dur, calculateur et ambitieux, l'abbé est pour Zola une proie de choix pour une critique du Clergé, plus préoccupé des choses terrestres que des affaires de Dieu, la piété de ses ouailles n'étant qu'un levier pour ses ambitions politiques. Autre thème : la folie. La grand-mère, Adélaïde Fouque, a semé cette graine chez des descendants, effrayés à l'idée de sombrer, toujours sur le fil du rasoir. François et Marthe n'échappent pas à la tare familiale : un grain de sable dans les rouages de leur vie tranquille et tout part à vau-l'eau. Et puis il y a Plassans, lieu de toutes les intrigues. Les camps opposés se livrent une guerre de prestige, de réputation, de relations. On s'épie, on médit, on complote, le moindre geste est disséqué, chaque parole interprétée, tout faux pas cher payé...
Avec cette Conquête de Plassans, Zola s'est surpassé dans la dissection de la noirceur humaine. Tous ces personnages en sont marqués, sans rédemption possible. Ambition démesurée, envie, jalousie, mesquinerie, maniaquerie, conspiration, avarice, vénalité, autoritarisme, fanatisme, autant de vices qu'il nous décrit par le menu dans un récit vif et, il faut le dire, plein de suspens. Addictif et brillant !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          442
Nastie92
  13 mai 2018
♬ Noir, c'est noir... ♬
Quelle histoire ! Quelle histoire !
J'en suis toute tourneboulée !
Dans ce quatrième volume du cycle des Rougon-Macquart, Émile Zola fait preuve d'une férocité extrême envers ses contemporains.
Tout le monde en prend pour son grade, à commencer par le clergé, à travers le personnage de l'abbé Faujas.
Quel être abject !
Sournois, menteur, manipulateur et arriviste en diable. L'abbé Faujas fait partie de ces personnes que je qualifie de "visqueuses". Un être répugnant, que j'ai pris un plaisir immense à suivre dans ses manigances tout au long du roman.
À travers lui, Émile Zola dénonce sans ambiguïté l'immixtion du clergé dans la vie politique.
L'abbé Faujas et ses coreligionnaires ne reculent devant rien. Mensonge, intimidation, chantage... des procédés pas très catholiques, mais très efficaces !
Pauvre famille Mouret qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment : à Plassans lorsque l'abbé Faujas arrive pour conquérir la ville. Pauvre famille Mouret dont la vie va basculer irréversiblement. Pauvres parents, pauvres enfants. Victimes innocentes, comme l'était la famille Clutter dans l'époustouflant de sang froid de Truman Capote. Une mauvaise rencontre, et la vie bascule.
Zola naturaliste nous montre ici qu'il sait aussi merveilleusement décrire à travers l'action.
Nous sommes bien loin du Ventre de Paris et de ses longues descriptions ; ici, Zola fait agir ses personnages, et nous les dépeint très précisément à travers ce qu'ils disent et ce qu'ils font.
Cette conquête de Plassans m'a tenue en haleine de bout en bout. Depuis le début où l'on pressens que louer à l'abbé Faujas un étage de la maison n'est pas une bonne idée, jusqu'à la fin où tout s'accélère et où j'ai fini à bout de souffle.
Cette conquête de Plassans est un véritable thriller dans lequel Émile Zola tire merveilleusement bien les ficelles, instille le doute à doses savamment calculées, promène le lecteur comme il le souhaite, et mène l'histoire à un rythme dont il maîtrise parfaitement les accélérations.
Un sens aigu de l'intrigue, servi par une écriture splendide. Que demander de plus ?
J'ai cherché sur internet, et sauf erreur de ma part, La conquête de Plassans n'a jamais été adapté en film, pourtant le roman s'y prêterait formidablement. J'imagine déjà certaines scènes, certains décors ; je distribue déjà les rôles. Cela se fera peut-être un jour.
Émile Zola se montre dans ce roman à la hauteur des plus grands scénaristes. Il sait faire monter la tension d'une façon très efficace.
Le début a l'air anodin, mais le lecteur attentif qui lit entre les lignes soupçonne quelque chose. Quelque chose d'indéfinissable, d'insaisissable, mais bien réel. Un malaise à venir, même si rien n'est visible encore.
J'adore ce procédé quand il est utilisé finement, quand les ficelles de sont pas trop grosses. Je pense à La classe de neige d'Emmanuel Carrère ou à l'inoubliable Shining de Stanley Kubrick. Rien que ça !
L'abbé Faujas, habile en diable, va donc s'immiscer dans la vie de la famille Mouret. Il va grignoter petit à petit ces braves gens. Mais il n'est pas seul dans cette entreprise. Il est aidé par des membres de sa propre famille, mais aussi par les habitants de Plassans.
Précisément par la "société" de Plassans.
Ce groupe de notables qui font la pluie et le beau temps dans la ville. Ces gens "bien" qui vont se révéler des alliés très efficaces, à travers une pratique que Zola adore dénoncer : le commérage.
Dans le ventre de Paris, mademoiselle Saget était à la tête d'une belle bande de commères. Ici, c'est plus diffus. Pas de meneur, mais dans la petite ville étriquée, où tout ou presque se joue dans le jardin dans lequel la bonne société se rassemble, chacun cancane à loisir. Chacun se livre au voyeurisme et à la médisance sans aucune retenue.
Il suffit d'amorcer, de faire jaillir une petite étincelle, et tout s'enchaîne : la malveillance et le goût des ragots font le reste.
Un petit rien finit par prendre des proportions énormes. La machine s'emballe, plus rien ne peut l'arrêter.
Pauvre Mouret, victime de l'abbé Faujas, victime des bonnes gens de Plassans, victime de la plume d'Émile Zola, car n'oublions pas que tout ceci n'est qu'une fiction.
Une fiction, vraiment ? Pas si sûr, et c'est ça qui dérange : de se rendre compte que toutes ces horreurs sont plus que réalistes, qu'elles peuvent se produire, qu'elles se produisent sans doute.
Je découvre dans ce roman Émile Zola au sommet du cynisme. Je ne sais pas encore ce que me réserve la suite, mais j'ai plus que jamais envie de poursuivre la lecture du cycle des Rougon-Macquart.
La nature humaine ne sort pas grandie de ces pages, mais moi, lectrice, j'en sors totalement conquise.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          335
Citations et extraits (155) Voir plus Ajouter une citation
Nastie92Nastie92   13 mai 2018
Et il levait parfois les yeux vers les fenêtres du second étage, que Mme Faujas, dès le deuxième jour, avait garnies de gros rideaux de coton. Pas un pli de ces rideaux ne bougeait. Ils avaient un air béat, une de ces pudeurs de sacristie, rigides et froides. Derrière eux, semblaient s’épaissir un silence, une immobilité de cloître. De loin en loin, les fenêtres étaient entrouvertes, laissant voir, entre les blancheurs des rideaux, l’ombre des hauts plafonds. Mais Mouret avait beau se mettre aux aguets, jamais il n’apercevait la main qui ouvrait et qui fermait ; il n’entendait même pas le grincement de l’espagnolette. Aucun bruit humain ne descendait de l’appartement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
Nastasia-BNastasia-B   29 octobre 2013
- Est-ce que vous connaissez la bataille des Gras et des Maigres ? demanda-t-il.
Florent, surpris, dit que non. Alors Claude s’enthousiasma, parla de cette série d’estampes avec beaucoup d’éloges. Il cita certains épisodes : les Gras, énormes à crever, préparant la goinfrerie du soir, tandis que les Maigres, pliés par le jeûne, regardent de la rue avec la mine d’échalas envieux ; et encore les Gras, à table, les joues débordantes, chassant un Maigre qui a eu l’audace de s’introduire humblement, et qui ressemble à une quille au milieu d’un peuple de boules. Il voyait là tout le drame humain ; il finit par classer les hommes en Maigres et en Gras, en deux groupes hostiles dont l’un dévore l’autre, s’arrondit le ventre et jouit.
- Pour sûr, dit-il, Caïn était un Gras et Abel un Maigre. Depuis le premier meurtre, ce sont toujours les grosses faims qui on sucé le sang des petits mangeurs… C’est une continuelle ripaille, du plus faible au plus fort, chacun avalant son voisin et se trouvant avalé à son tour… Voyez-vous, mon brave, défiez-vous des Gras.
Il se tut un instant, suivant toujours des yeux leurs deux ombres que le soleil couchant allongeait davantage. Et il murmura :
- Nous sommes des Maigres, nous autres, vous comprenez… Dites-moi si, avec des ventres plats comme les nôtres, on tient beaucoup de place au soleil.

Chapitre IV.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          241
isajuliaisajulia   29 mai 2013
Tenez, ajoutait Lisa, dans ses heures d'expansion, j'ai un cousin à Paris... Je ne le vois pas, les deux familles sont brouillées. Il a pris le nom de Saccard, pour faire oublier certaines choses... Eh bien, ce cousin, m'a-t-on dit, gagne des millions. Ca ne vit pas, ça se brûle le sang, c'est toujours par voies et par chemins, au milieu de trafics d'enfer. Il est impossible n'est-ce pas? que ça mange tranquillement son dîner, le soir. Nous autres, nous savons au moins ce que nous mangeons, nous n'avons pas ces tracasseries. On aime l'argent que parce qu'il en faut pour vivre. On tient au bien-être, c'est naturel. Quand à gagner pour gagner, à se donner plus de mal qu'on ne goûtera ensuite au plaisir, ma parole, j'aimerai mieux me croiser les bras... Et puis, je voudrais bien les voir ses millions, à mon cousin. Je ne crois pas aux millions comme ça. Je l'ai aperçu, l'autre jour, en voiture ; il était tout jaune, il avait l'air joliment sournois. Un homme qui gagne de l'argent n'a pas une mine de cette couleur-là. Enfin, ça le regarde...Nous préférons ne gagner que cent sous, et profiter des cent sous.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220
colimassoncolimasson   27 avril 2014
Mais Claude était monté debout sur le banc, d’enthousiasme. Il força son compagnon à admirer le jour se levant sur les légumes. C’était une mer. Elle s’étendait de la pointe Saint-Eustache à la rue des Halles, entre les deux groupes de pavillons. Et, aux deux bouts, dans les deux carrefours, le flot grandissait encore, les légumes submergeaient les pavés. Le jour se levait lentement, d’un gris très doux, lavant toutes choses d’une teinte claire d’aquarelle. Ces tas moutonnants comme des flots pressés, ce fleuve de verdure qui semblait couler dans l’encaissement de la chaussée, pareil à la débâcle des pluies d’automne, prenaient des ombres délicates et perlées, des violets attendris, des roses teintés de lait, des verts noyés dans des jaunes, toutes les pâleurs qui font du ciel une soie changeante au lever du soleil ; et, à mesure que l’incendie du matin montait en jets de flammes au fond de la rue Rambuteau, les légumes s’éveillaient davantage, sortaient du grand bleuissement traînant à terre. Les salades, les laitues, les scaroles, les chicorées, ouvertes et grasses encore de terreau, montraient leurs coeurs éclatants ; les paquets d’épinards, les paquets d’oseille, les bouquets d’artichauts, les entassements de haricots et de pois, les empilements de romaines, liées d’un brin de paille, chantaient toute la gamme du vert, de la laque verte des cosses au gros vert des feuilles ; gamme soutenue qui allait en se mourant, jusqu’aux panachures des pieds de céleris et des bottes de poireaux.
Mais les notes aiguës, ce qui chantait plus haut, c’étaient toujours les taches vives des carottes, les taches pures des navets, semées en quantité prodigieuse le long du marché, l’éclairant du bariolage de leurs deux couleurs. Au carrefour de la rue des Halles, les choux faisaient des montagnes ; les énormes choux blancs, serrés et durs comme des boulets de métal pâle ; les choux frisés, dont les grandes feuilles ressemblaient à des vasques de bronze ; les choux rouges, que l’aube changeait en des floraisons superbes, lie-de-vin, avec des meurtrissures de carmin et de pourpre sombre. A l’autre bout, au carrefour de la pointe Saint-Eustache, l’ouverture de la rue Rambuteau était barrée par une barricade de potirons orangés, sur deux rangs, s’étalant, élargissant leurs ventres. Et le vernis mordoré d’un panier d’oignons, le rouge saignant d’un tas de tomates, l’effacement jaunâtre d’un lot de concombres, le violet sombre d’une grappe d’aubergines, çà et là, s’allumaient ; pendant que de gros radis noirs, rangés en nappes de deuil, laissaient encore quelques trous de ténèbres au milieu des joies vibrantes du réveil.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
cmpfcmpf   24 septembre 2014
Et l’on sut qu’il avait refusé deux invitations à dîner de la sous-préfecture. Il ne fréquentait toujours que les Mouret. Il restait là, comme en observation, entre les deux camps ennemis. Le mardi, lorsque les deux sociétés étaient réunies dans les jardins, à droite et à gauche, il se mettait à la fenêtre, regardait le soleil se coucher au loin, derrière les forêts de la Seille ; puis, avant de se retirer, il baissait les yeux, il répondait d’une façon également aimable aux saluts des Rastoil et aux saluts de la sous-préfecture. C’étaient là tous les rapports qu’il eût encore avec les voisins. Un mardi, pourtant, il descendit au jardin. Le jardin de Mouret lui appartenait maintenant. Il ne se contentait plus de se réserver la tonnelle du fond, aux heures de son bréviaire ; toutes les allées, toutes les plates-bandes étaient à lui ; sa soutane tachait de noir toutes les verdures. Ce mardi-là, il fit le tour, salua M. Maffre et Mme Rastoil, qu’il aperçut en contrebas ; puis il vint passer sous la terrasse de la sous-préfecture, où se trouvait accoudé M. de Condamin, en compagnie du docteur Porquier. Ces messieurs l’ayant salué, il remontait l’allée, lors- que le docteur l’appela. « Monsieur l’abbé, un mot, je vous prie ? » Et il lui demanda à quelle heure il pourrait le voir, le lendemain. C’était la première fois qu’une des deux sociétés adressait ainsi la parole au prêtre, d’un jardin à l’autre
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Videos de Émile Zola (104) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Émile Zola
Qui était l?homme au masque de fer ? Émile Zola a-t-il été assassiné ?.. Jean-Christian Petitfils vous éclaire sur 20 épisodes mystérieux de l?Histoire de France dans son ouvrage « Les énigmes de l'histoire de France », qu?il publie aux éditions Perrin.
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frMomox






Quiz Voir plus

Les personnages des Rougon Macquart

Dans l'assommoir, quelle est l'infirmité qui touche Gervaise dès la naissance

Elle est alcoolique
Elle boîte
Elle est myope
Elle est dépensière

7 questions
407 lecteurs ont répondu
Thème : Émile ZolaCréer un quiz sur ce livre
. .