Un inépuisable classique du romantisme que ce
Werther de
Goethe. C'est le genre de postérité que le livre semble traîner avec lui. Je l'ai acheté sans bien savoir pourquoi. Soumis à une forme de tyrannie intérieure peut-être, celui-ci faisant partie des livres, ou des auteurs qu'il faudrait "quand même avoir lus".
Tout un programme, n'est-ce pas ?
"Les souffrances ..." comme pour dire : "les souffrances de celui qui ne pouvait que souffrir" ? "qui ne savait que souffrir" ? Ou bien, qui n'aurait rencontré que d'insondables désespoirs durant sa courte vie ? On se pose ce genre de questions avant de comprendre et de se voir confirmé qu'ici, nous aurons affaire au désespoir amoureux, avec sortie de route en bout de course.
Ha. Ah. C'est donc bel et bien un livre "qu'il faudrait avoir lu" : il ne cesse de se présenter sous un jour toujours moins sympathique, celui-là !
Nous tenons là, par ailleurs, un roman épistolaire. Cette fois-ci ce n'est pas pour me déplaire.
Werther écrit régulièrement à Wilhelm, un ami qui visiblement lui est très cher.
Werther, donc : au commencement, que nous situerons avant l'entrée du jeune homme dans une certaine vie active, celui-ci se trouve en vacances dans la campagne allemande au XVIIIème. Il n'est pas pressé de se fixer ; il a subi quelques déconvenues peut-être, face aux obligations qui sont désormais les siennes : embrasser une carrière, fréquenter toutes sortes de sociétés. Aussi a-t-il pris un peu de temps, avec la bénédiction de sa famille, pour respirer dans un arrière pays charmant.
Et c'est une respiration profonde qu'il trouve là bas :
Werther est un exalté, un romantique. Il lit rêveusement des passages d'
Homère au pied d'un arbre. Il est pris d'un sentiment de fraternité presque insoutenable (proche d'un "heureux" emportement par instants) à l'égard des gens du pays, de leurs vies, et de leurs aspirations.
C'est peu dire qu'il croit avoir découvert là sa patrie. Pour moi, les souffrances, mais par là j'entends les siennes, commencent ici.¨Précisément dans ce caractère exalté, dangereusement pris au jeu des passions soulevées par l'environnement, masquant peut-être trop bien ce qui se passe au fond d'un coeur "fragile".
C'est la nature affligée de
Werther qui m'a frappé, dès le début. En voilà un qui va chercher à souffrir, et qui va trouver, immanquablement, son bonheur dans cet endroit qu'il a paradoxalement élu comme le meilleur du monde. Peut-être le ton du récit, sa fin présumée toujours (merci à la postérité), nous oriente dès l'abord. Peut-être y 'a -t-il aussi dans les heureuse saillies du jeune homme, en germe, la trace d'un drame inévitable.
A la mesure des passions déployées au départ, on est pris d'une forme de tremblement. On est prévenus, qu'on le veuille ou non. La chute sera douloureuse.
Werther trouve vite une âme adorable, Charlotte. Il tombe amoureux ; elle est promise à un autre homme que lui. Un homme dont il reconnaîtra même les immenses qualités. Mais le temps, un mauvais génie, une exigence sourde (et aveugle) est à l'oeuvre, et
Werther, sans le savoir, ne prend pas le bon chemin.
Thomas Mann dira des "Souffrances ..." que le thème en est "la jeunesse, et le génie". Dans le sens de la force, de la vie, de la passion probablement. Des forces qui en sont à la fois le moteur, et l'inévitable faillite.
Mais pour savoir tout cela, il nous a bien fallu vieillir, n'est-ce pas ? Et nous savons par là qu'un être raisonnable laisse tôt ou tard derrière lui certains emportements idéalistes et juvéniles, pour se faire à d'autres voies plus étroites d'un certain point de vue, mais elles aussi fort compliquées et éprouvantes.
Tout le monde connaît le fin mot de l'histoire, je le crains.
Werther ne choisira pas de vieillir. Au terme d'une descente assez fulgurante dans le désespoir, il mettra fin à ses jours.
Il n'est peut-être pas usurpé de parler de chef d'oeuvre. le développement qui mène à la conclusion malheureuse de cette histoire, à laquelle je ne peux, de toutes mes forces et fort naïvement d'ailleurs, que m'opposer, me raidir ... et bien ce développement touche au splendide parfois, touche au plus juste, et la limpidité de la pensée ici retranscrite force l'admiration.
Cela n'a donc pas suffi à me rendre ce livre indispensable ? Probablement que non. Voici un de ces classiques qui paraît avoir sacrément vieilli ( à moins que ce ne soit moi, finalement, qui ait atteint un "âge" où
Werther ne puisse plus serrer le coeur ), et auprès duquel on ne peut que retirer un plaisir d'esthète.
Je vais aligner une collection de mots sans consistance, dont certains piqués (rien que ça) chez Masterchef :
les souffrances du jeune Werther, c'est :
- raffiné
- excessif (dans le fond, mais jamais dans la forme) (On est loin, pour moi, d'un discours imbuvable et usant de trop de mièvreries.
Werther était un jeune homme très critique, intelligent, et je ne m'explique pas qu'il ait choisi la mort, d'ailleurs.)
- romantique ...
...
Recommande-t-on une telle lecture ? A vous de voir si vous montrerez de la curiosité à l'égard de ce livre, ou si d'autres avis un peu plus construits que le mien auront raison de votre volonté, dans un sens comme dans l'autre.
Lien : http://aussenwelt.eklablog.com/les-souffrances-du-jeune-werther-a576..