AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Critiques de Ruth Rendell (372)
Classer par:   Titre   Date   Les plus appréciées


Le paradis à la carte - Le majordome de la pl..
  18 février 2020
Le paradis à la carte - Le majordome de la plage de Ruth Rendell
"Il venait d'avoir 18 ans

Il était beau comme un enfant, fort comme un homme..."





Ruth Rendell est renommée pour sa connaissance de la psychologie, et sa capacité à traiter les malentendus...

Ella a transformé le genre policier du "Whodunnit" (Qui l'a fait? ) en " Whydunnit" (Pourquoi l'a-t-on fait?)





Dans "Le majordome à la plage", une touriste, célibataire et esseulée, se croit au paradis, sur la plage de sable fin.





Alison s'ennuie, aucun homme célibataire ou seul, à part Augustin, le majordome de la plage.

" Il était jeune, beau, il était attentif et poli, il portait un short et le T-shirt le plus blanc de toute la plage."

Un beach boy!





T-shirt qu'Alison aurait aimé lui faire ôter, de ses propres mains? Sea, sex and sand?





Une touriste a perdu un bracelet de diamants, dans l'eau, à cause d'une vague, lui explique Augustin.

Une vague? Une vague de désir, pour Alison...

"J'aurais donné n'importe quoi pour le séduire..."





Un soir, dans ce décor de carte postale, Alison va faire ouvrir la guérite de la plage, et boire un rhum, avec Augustin.





"Il lui prit la main... la passa autour de sa taille et l'attira plus près de lui... D'un geste, il lui releva sa jupe..."





Le lendemain, Alison retourne voir Augustin (elle a retrouvé le bracelet d'or et de diamants qui vaut une vraie fortune) et veut...

"C'était l'été évidemment

Et j'ai compté, en le voyant

Mes nuits d'automne."





Le 2e texte parle aussi de Paradis, un "Paradis à la carte". David est persuadé d'avoir découvert l'adresse du Jardin d'Éden, et la pomme d'Eve. Les pépins commencent alors pour son épouse...

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          682
L'Analphabète
  01 juin 2017
L'Analphabète de Ruth Rendell
Eunice, ha ! Eunice, c'est un cas. Elle ne sait ni lire, ni écrire et pourtant elle est allée à l'école jusqu'à l'âge de 14 ans, mais il y a eu la guerre pour interrompre ce qui de toute façon ne l'intéressait pas. Puis il y a eu sa mère malade, la maison à s'occuper et puis et puis... finalement elle est devenue bonne à tout faire chez les Coverdable. Une famille de bourgeois cultivés habitant un joli manoir à la campagne.



Malgré une raideur d'esprit, de celle qui empêche toute possibilité d'adaptation, les premiers temps au service des Coverdable furent pour Eunice un succès. À cette époque pas un instant ses employeurs ne se doutèrent de la profonde névrose liée à l'analphabétisme de leur employée. Ce n'est qu'au fil du temps que des bizarreries presque imperceptibles ont commencé à alerter le maître de maison.



Et de fait, de plus en plus oppressée par cette famille de grands lecteurs qui vivent parmi les livres, les objets de son malheur, Eunice va multiplier les comportements inappropriés, poussée par " ses impulsions ". Une montée en puissance vers le drame, stimulée par sa rencontre avec une femme aussi déséquilibrée qu'elle. Deux femmes qui en dépit des apparences n'ont " aucune ressemblance avec les soeurs Papin, qui cuisinière et femme de chambre chez une mère et sa fille au Mans, les assassinèrent toutes deux en 1933. "



Analphabétisme, différence de classes et d'éducation, perversité, folie, on assiste fasciné à ce qui a conduit au drame annoncé, la mort de quatre innocents qui ont fait une erreur de jugement. Du grand art dans la psychologie non dénuée d'ironie, comme dans l'excellent film de Claude Chabrol, La Cérémonie, tiré de ce roman, avec les inoubliables interprétations d'Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire dans le rôle des criminelles.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          575
Les coins obscurs
  02 avril 2017
Les coins obscurs de Ruth Rendell
Quand Carl hérite de la maison de son père ,dans un des meilleurs quartiers de Londres , il hérite aussi d'autres choses comme le contenu de l'armoire à pharmacie .

Quand sa meilleure amie, se jugeant trop grosse lui demande des gélules amaigrissantes , Carl ne sait pas dans quoi il s'embarque .

Quand il décide de louer le haut de cette maison au premier quidam venu, ce n'est pas la meilleure décision qu'il ait prise . Et pourtant, sur le moment, vivre du revenu locatif afin d' écrire sereinement son 2° roman , c'était une sacrée opportunité... Mais la sérénité ne sera plus qu'un lointain souvenir .. Et nous sadiques ou impuissants que nous sommes, on le regarde s'enfoncer toujours plus bas, profitant au passage, des pittoresques ballades d'un des personnages , dans les bus Londoniens ... Tufnell Park, Camden , Hampstead, Primrose Hill ... ainsi que mauvaises décisions, légère malhonnêteté, engrenage, chantage, usurpation de bien , meurtres, oui, la ballade est terrible.

Dernier roman de Ruth Rendell avant sa mort, et encore un sans faute ! Si vous connaissez cette auteur , vous savez qu'elle distille ses informations au compte goutte, brouillant les pistes, vous plongeant dans un délicieux climat de malaise ...

Vénéneuse et royale, cette grande dame mérite de reposer en paix, après nous avoir abominablement stressés durant plus de 70 romans ...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          576
L'été de Trapellune
  07 octobre 2015
L'été de Trapellune de Ruth Rendell
Je me souviens de l’été 1976 : torride, bleu, moite, dur.

Je m’en souviens d’autant mieux que je viens de lire « L’été de Trapellune », où nous est contée l’histoire dure, moite, noire, de plusieurs jeunes paumés, hippies de vocation ou de rencontre. La boisson, la drogue, le sexe, le vol : tout cela ne fait pas bon ménage. Surtout si on laisse mijoter ces jeunes seuls dans une immense, vieille et très belle propriété de la campagne anglaise, entourée de bois où l’on peut même tomber sur un curieux cimetière d’animaux domestiques ; surtout si ces jeunes manquent d’argent ... ; surtout si parmi ces jeunes il y en a une véritablement désaxée...



Mais Ruth Rendell n’est pas auteure de romans policiers pour rien. Cet été ne nous revient que par bribes, 10 ans après, dans les réminiscences des jeunes adultes que sont devenus Adam et ses « amis ». Souvenirs qui les hantent, ô combien ! Car à Trapellune (anagramme de « nulle part » qu’ils ont donnée au domaine), il s’est passé un drame, où la culpabilité et le hasard jouent un rôle immense. Et les nouveaux propriétaires le déterrent.



Malgré tout, je me suis ennuyée. Mwoui, véritablement ennuyée. « Histoire à couper le souffle », dit-on dans la 4e de couverture. A cause de la chaleur, ça oui. Mais pas due au suspens ! J’ai trouvé que c’était une litanie de malaises d’adultes rongés par la culpabilité mêlée à une procession de faits quotidiens complètement indignes d’intérêt de jeunes désorientés jouant à être indépendants.

Oui, bien sûr, il y a un meurtre. Heureusement, quand même ! On n’en attendait pas moins !

Mais bon : tout ça pour ça ?

Peut-être est-ce que je ne supporte plus la chaleur ?



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          5110
L'Arbousier
  08 juin 2017
L'Arbousier de Ruth Rendell
Petra, une anglaise, raconte l'été en famille sur l'île de Majorque où son grand frère, un être solaire et affectueux, est tombé amoureux de leur jeune cousine espagnole.



Un premier amour pour les deux adolescents qu'une maison : la casita de Golondro, la petite maison du désir ou du caprice - en fait une demeure imposante laissée à l'abandon - semble idéale pour l'abriter. Mais après la visite de la casita les jeunes gens disparaissent. Leurs parents ne les reverront plus.



Il y a quarante ans, c'était beau Majorque l'été, Ruth Rendell en parle si bien. Aujourd'hui, je ne sais pas, je n'y suis jamais allée, mais il paraît qu'après la disparition de son fils le père de Petra a contribué à abîmer l'île avec la construction d'immeubles et d'hôtels destinés aux touristes.



Des adolescents disparaissent laissant des parents inconsolables qui n'ont pas assez de toute une vie pour les retrouver. Quelquefois dans leur quête ils négligent les enfants qui restent, et ceux-là se culpabilisent d'être encore là. C'est ce que nous dit Ruth Rendell dans cette fable implacable avec ce talent poétique qui est le sien. Ça, et l'amour plus fort que la cupidité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          500
Les coins obscurs
  25 juillet 2020
Les coins obscurs de Ruth Rendell
C'est mon premier Ruth Rendell et apparemment c'est son dernier ! Je ne suis pas devenue une grande fan mais j'ai aimé cette lecture éprouvante. Je dis éprouvante car j'ai assisté intensément à la dégringolade vers l'enfer de Carl. Ce jeune homme, apparemment sans histoires, va louer l'appartement du dessus du sien qu'il vient d'hériter. Les événements vont s'enchaîner et on le voit s'engluer dans des histoires qui ne peuvent que mal se terminer. J'ai eu à plusieurs reprises envie de rentrer dans le livre pour l'aider à se sortir de ce marasme mais comme cela n'est pas possible je l'ai regardé impuissante s'enfoncer toujours un peu plus dans cette spirale maudite.

Je n'ai pas su apprécier à sa juste valeur les tours et détours dans Londres car je n'y suis jamais allée et donc cela ne m'a rien évoqué. Dommage, il va donc falloir que j'y aille, c'est un signe...
Commenter  J’apprécie          441
La demoiselle d'honneur
  06 février 2016
La demoiselle d'honneur de Ruth Rendell
Philip, géomètre adjoint chargé de l'aménagement de cuisines et salles de bains, vit chez sa mère Christine, en compagnie de ses deux soeurs, Fee et Cheryl. Christine, veuve, entretient avec Gerard Arnham une relation amoureuse, et comme preuve de son attachement, lui offre une statue qui trônait jusqu'à présent dans le jardin familial. Il s'agit d'une reproduction en taille réduite de la Flore Farnèse, déesse du printemps et des fleurs dont la fleur symbole est l'aubépine, achetée à Florence lors de sa lune de miel par le défunt père de ses enfants. Philip éprouve une fascination trouble pour Flore, son visage serein, ses yeux qui semblent fixer le lointain, au-delà du spectateur.





C'est au cours du mariage de sa soeur Fee que Philip fait la connaissance de Senta Pelham, en qui il voit la jumelle de Flore, l'une de chair et l'autre de pierre, et ressent cette découverte comme un évènement d'ordre sacré. Senta, dont le prénom est celui de l'héroïne du Vaisseau fantôme, est une jeune femme qui fuit la réalité pour se réfugier dans l'imaginaire. Elle ment, fantasme, enjôlive : “Lorsque la vérité lui convenait, elle la lui avait présentée, et quand elle manquait de charme ou d'intensité dramatique, elle avait inventé” (p. 150). Dans le sous-sol crasseux où elle vit cloîtrée, Philip et Senta s'adonnent à une très intense relation charnelle qui devient rapidement pour Philip obsessionnelle. Peu à peu Senta distille dans l'esprit de son amant des idées qui portent atteinte à son équilibre mental : “Nous sommes Arès et Aphrodite. Ces dieux anciens n'ont pas disparu avec l'avènement du christianisme. Ils se sont seulement cachés et se réincarnent de temps en temps dans certains individus sélectionnés à cet effet. Toi et moi, Philip, nous sommes deux de ces personnes. J'ai fait un rêve la nuit dernière où tout m'était révélé. Nous nous tenions debout, les pieds sur la courbure du globe terrestre, dans une lumière aveuglante et nous étions vêtus de robes blanches” (p. 174) ; “Elle lui expliqua que ce couple de dieux – encore appelés Mars et Vénus, […] avaient provoqué la perte de nombreux mortels, qu'ils n'hésitaient pas à faire périr quiconque les avait offensés ou leur avait simplement fait obstacle par son existence même” (p. 174). Selon Senta, pour vivre pleinement, ils doivent accomplir quatre actes : “Planter un arbre, écrire un poème, faire l'amour avec une personne de son sexe et tuer quelqu'un” (p. 121). Philip, englué dans un amour dévorant qui dépasse la raison, se voit sommé d'assassiner quelqu'un, n'importe qui, tandis que Senta prétend avoir déjà accompli ce forfait par amour pour lui.





Il s'agit d'un roman d'une intensité dramatique exceptionnelle, dont chaque personnage est soumis à de funestes pulsions, dans lequel la libido occupe une place prépondérante. Philip et Senta ne sont pas les deux seuls personnages importants de la demoiselle d'honneur. Il y a aussi Cheryl dont la vie recèle un secret, il y a aussi les sans-abri, parmi lesquels Joley, si chers à Ruth Rendell, dont elle décrit avec compassion la vie : “Philip n'avait jamais envisagé que les vagabonds puissent vivre une existence comparable à celle d'une humanité plus conventionnelle, qu'ils puissent avoir des médecins par exemple” (p. 260). Il ne faut pas oublier non plus Rebecca, disparue qui fait la une des journaux, supposée assassinée, son tueur toujours en liberté.





5***** diront pour moi le plaisir éprouvé lors de cette lecture qui demande une attention soutenue et du temps tant l'intrigue est complexe, tant la langue est riche, tant la tension est forte, tant l'analyse des ressorts psychologiques humains est profonde. Claude Chabrol a porté ce roman à l'écran en 2004 avec Benoît Magimel et Laura Smet dans les rôles de Philip et Senta.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          420
Un enfant pour un autre
  26 juin 2015
Un enfant pour un autre de Ruth Rendell
Un suspens anglais qui tourne autour des enfants, des enfants enlevés à leurs parents, des enfants aimés, un enfant malade, un enfant battu…



Les tout-petits ajoutent une dose d’émotions dans un polar et on peut trembler avec cette mère inquiète ou s’indigner avec le beau-père injustement accusé.



Ajoutons encore une grand-mère instable qui souffre de problèmes mentaux, les difficultés de la vie dans les quartiers pauvres de Londres, la violence familiale et quelques histoires d’amour…



Un thriller bien mené, avec de multiples rebondissements, assez crédibles même si on y trouve un enfant de deux ans un peu trop bon en dessin…



Je ne peux dévoiler davantage l’intrigue sans risque de vous gâcher le plaisir ! 
Bonne lecture!

Commenter  J’apprécie          411
Espèces protégées
  24 mai 2020
Espèces protégées de Ruth Rendell
Il y a avait longtemps que je n'avais pas suivi les enquêtes de l'inspecteur Wexford, passionné de poésie et de campagne anglaise!



Justement, de nature il est beaucoup question, dans ce livre. Des associations de défense de l'environnement s'opposent à la construction d'une voie rapide, qui va détruire des espaces boisés, et notamment sa faune, dont un papillon rare , au nom évocateur: la vanesse à ailes fauves . Cela désole notre inspecteur, qui avait l'habitude de se promener en ces lieux.Et voilà que le cadavre d'une jeune fille est découvert sur le chantier. De plus, cinq personnes sont enlevées, et les gens qui les détiennent demandent l'arrêt définitif des travaux...



J'ai trouvé la première partie bien longuette, et une chose qui m'a dérangée tout au long de ma lecture, c'est que l'on passe brutalement d'un paragraphe à l'autre du point de vue et des agissements de Wexford à ceux d'un autre inspecteur. La deuxième partie est plus prenante mais il faut bien avouer que l'ensemble manque de rythme.



J'aime l'atmosphère particulière, tout en analyse minutieuse des personnages, de Ruth Rendell, mais j'ai été moins séduite cette fois que dans d'autres de ses romans.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          390
2 doigts de mensonge
  15 octobre 2016
2 doigts de mensonge de Ruth Rendell
Voilà une lecture bien plaisante, je m'attache de plus en plus à Ruth Rendell...

Atmosphère anglaise à souhait, avec la grande maison aux pièces mystérieuses, la famille foldingue qui vit en huis clos entre deux tasses de thé. Le pasteur, le médecin et le peintre bohème à cheveux longs qui ravage le coeur des ex fans du pasteur...Et des personnages à part, très intéressants.

Kerstin, toute jeune étudiante venue de Suède, est engagée pour s'occuper de John Cosway, un homme de 39 ans considéré par sa famille comme un schizophrène. De fait, l'homme est étrange. Mais sa famille encore plus. Que se cache-t-il derrière cette histoire de folie que l'on raconte à tous ? Bien des secrets que j'ai dévorés avec un très grand plaisir...

Ruth Rendell, une belle conteuse grâce à qui on peut s'échapper loin du quotidien. Que demander de plus ?

Commenter  J’apprécie          396
Sage comme une image
  15 juin 2016
Sage comme une image de Ruth Rendell
Teddy Brex subit dès sa naissance de graves carences éducatives et affectives, aux irréparables conséquences. Seul un voisin, M. Chance, prête un peu d'attention à cet enfant sauvage, lui enseigne les rudiments de l'ébénisterie dans son atelier, révèle en lui, à travers la perfection des objets réalisés, une sorte de sixième sens artistique, ou plus exactement une aversion viscérale pour la laideur et la médiocrité : "Tout ce qui est hideux mériterait d’être aplati, passé au bulldozer, rasé. Seules les belles choses devraient avoir la permission d’exister afin que, où que l’on regarde, l’œil soit flatté et les sens comblés". Devenu adulte, Teddy, est un handicapé de la relation, incapable d'éprouver une émotion, ignorant les codes sociaux, sans aucune référence morale, sans vie sentimentale ou sexuelle. N'ayant jamais reçu d'affection, il ne peut en donner. Après la mort de ses parents, il vit seul dans le taudis familial qu'il assainit progressivement, entretient soigneusement une Edsel 1957 jaune canari ayant appartenu à son oncle Keith, mort aussi.





Francine Hill connait une enfance à l'opposé de celle de Teddy. Fille unique d'un couple uni et aisé, elle est choyée et aimée. Jusqu'au jour où, à l'âge de 7 ans, depuis la fenêtre de sa chambre, elle aperçoit le sommet du crâne et les chaussures de l'homme qui vient inexplicablement assassiner sa mère. Prise en charge dans les meilleures conditions possibles, cette petite fille aurait peut-être pu surmonter ce traumatisme, si Julia, psychothérapeute et seconde épouse de son père, ne s'était pas emparée de son éducation, développant une possessivité maladive à l'égard de l'enfant, pensant et décidant à sa place, de tout ce qu'elle considère comme bénéfique pour elle, qu'il s'agisse de ses études, sorties, amitiés. Julia l’emprisonne et agit en vigile de groupe d’autodéfense, surveillant le moindre de ses mouvements et tâchant de s’insinuer dans son cœur et dans son âme. Entre les mains de Julia, Francine, douce, réservée, craintive, est un objet manipulé, incapable de construire sa propre vision du monde.





Elle est un très bel objet, au physique parfait, qui attise la curiosité de Teddy lors d'une vente d'oeuvres d'art, au cours de laquelle il reçoit un prix pour la réalisation de son chef-d'oeuvre, un miroir splendidement travaillé et décoré. Car bien sûr, dès les premières pages du roman, on sait que ces deux-là aux enfances tourmentées, vont se croiser, même si Ruth Rendell attend la page 179 pour imaginer leur rencontre : « Et puis il la vit. Elle n'était qu'un être humain parmi d'autres, une espèce qu'il n'aimait guère. Aussi, pendant un instant, il eut peine à la croire humaine […]. Elle était un ange ou une effigie de cire, une statue ou une illusion. Son visage ovale et pâle, ses yeux sombres et brillants, sa bouche rouge et pleine, tout cela composait encore un autre objet de beauté parmi tous ces objets fabriqués, exposés. le plus parfait de tous, le meilleur, celui qui aurait dû remporter le prix, mais un objet quand même ».





Sage comme une image déroule très lentement son intrigue. Ruth Rendell, en observatrice experte des dérèglements psychologiques, des défaillances humaines, prend tout le temps nécessaire pour analyser la subtile maturation de Teddy et Francine et créer des personnages secondaires soignés. Comment va évoluer la fragile idylle naissante des tourtereaux à l'enfance assassinée ? Pourront-ils modifier le cours de leur destin de criminel et de victime ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          390
Jeux de mains
  22 février 2016
Jeux de mains de Ruth Rendell
Avis d'obsèques : Gerald Francis Candless, époux bien-aimé d'Ursula Candless et père adoré de Sarah et Hope Candless, est décédé le 6 juillet à l'âge de soixante et onze ans chez lui à Gaunton, dans le Devon. Les funérailles auront lieu le 11 juillet à Ilfracombe. N'envoyez ni fleurs ni couronnes. Adressez vos dons à la Société britannique de cardiologie (p. 30).





Ecrivain plébiscité pour ses romans, Gerald Candless lègue à la postérité une importante bibliographie, ainsi qu'une confortable fortune à ses filles, et à sa femme, Lundy View House, vaste maison située sur le haut de la falaise qui surplombe les dunes de Gaunton et la plus belle plage du Devon, longue de 8 kilomètres de sable fin, souvent noyée dans la brume de mer.





Robert Postle, éditeur de Gerald, désireux d'exploiter commercialement son décès, propose à Sarah, l'aînée des deux soeurs, maître de conférences spécialisée dans la littérature féminine à l'Université de Londres, de rédiger la biographie de son père, susceptible de drainer un abondant lectorat. A peine a-t-elle commencé ses premières recherches généalogiques, que Sarah découvre de nombreux éléments incohérents, avant d'arriver rapidement à cette conclusion irréfutable : son papa chéri n'est né ni Candless, ni Gerald. Tout ce que sa femme, ses filles, ses amis, ses employeurs, éditeurs et lecteurs croient savoir sur lui n'est que pure invention de sa part.





Mais alors, qui était réellement Gerald Candless ? Pourquoi a-t-il usurpé à l'âge de 25 ans, l'identité d'un enfant mort ? Quel événement, sans aucun doute grave, a entraîné cette décision aussi lourde qu'irrévocable ? 478 pages sont nécessaires à Ruth Rendell pour remonter le cours de son existence et la déchiffrer. En alternance, sa femme et sa fille font lentement émerger le portrait d'un homme bien éloigné de l'image conventionnelle, lisse, idéale, qu'il a savamment construite.





Ursula, sa veuve, bien qu'ignorant comme tout le monde la supercherie, a vécu 34 ans auprès de lui sans le connaître réellement. Au fil du roman, elle égrène ses souvenirs depuis leur rencontre lors d'une conférence littéraire. Rapidement, elle a découvert que cet homme l'a choisie pour devenir la mère des enfants qu'il souhaite plus que tout avoir, elle, jeune fille de 19 ans, oie blanche de banlieue dont l'éducation traditionnelle l'a habituée à penser qu'en cas de problème conjugal, le tort revient à la femme : “Qu'ai-je fait de mal ?”, et non pas “Que lui arrive-t-il ?” “Pourquoi ne veut-il plus de moi ? (p.243). Jolie plante docile dotée d'un bel appétit sexuel, elle s'est résolue, une fois ses filles nées, à définitivement faire chambre à part. Papa exemplaire, Gerald s'est approprié l'affection de Sarah et Hope, distillant dans leur esprit qu'Ursula est une mère distante, dépourvue d'instinct maternel, qu'il n'hésite pas à menacer de garder ses enfants si elle le quitte. Gerald s'est toujours opposé à ce qu'elle travaille, dans une Angleterre aux relents victoriens tenaces, qui voit dans l'activité salariée des femmes, la preuve que l'homme est incapable d'entretenir financièrement son foyer. A l'instar de l'épouse de Tolstoï, qui recopiait en 7 exemplaires et à la main, chacun des volumineux romans du grand homme (p. 35), Ursula est devenue dans l'ombre, la dactylo de l'écrivain célèbre, transformant son illisible écriture en d'agréables tapuscrits. Une fois mariée, celle que Gerald appelait tendrement au temps de la séduction, Petite Ourse en raison de son prénom, est négligée, méprisée, dévalorisée, mais il est vrai que le bourreau ne caresse le veau que pour l'engraisser et que l'on ne donne plus de miel à l'ours que l'on vient de capturer (p. 81).





A la mort de Gerald, les premiers actes d'Ursula sont d'aller faire couper sa longue chevelure, de se débarrasser des vêtements du défunt, de reprendre son nom de jeune fille, d'accepter un modeste emploi de baby-sitter à l'Hôtel des Dunes, et de mettre en vente Lundy View House, c'est dire la sensation de libération ressentie.





De son côté, Sarah est ensevelie sous le nombre de démarches, rendez-vous, rencontres avec des témoins survivants, pour tenter de dêméler l'écheveau inextricable de la vie de son père. En dehors des preuves indéniables qu'elle collecte, elle comprend lentement que c'est dans ses romans que se trouvent les réponses aux questions qu'elle se pose. Sous couvert de fiction, Gerald s'est en effet inspiré de la réalité, filtrée, modifiée, transformée, expurgée, pour raconter la vie de sa famille biologique et la sienne. Par goût du jeu peut-être, il a semé dans ses ouvrages d'innombrables petits cailloux blancs, jusqu'à cette phalène stylisée qui orne chacune des couvertures de ses romans, sa marque de fabrique. Tout fait sens pour qui sait interpréter les énigmes et les symboles.





Coutumière du fait, Ruth Rendell livre un grand roman dans lequel on retrouve ses thèmes de prédilection. Une fois encore, elle démontre que le sang est plus épais que l'eau, que ce sont souvent les familles qui hébergent les pires et les plus douloureux secrets, de ceux qui bouleversent définitivement des vies et détruisent pour toujours des hommes et des femmes. Une fois encore, elle raconte le destin, sans marge de manoeuvre possible, de personnages broyés par la morale, les convenances, la bienséance, d'une société confite dans l'hypocrisie, qui à travers des lois d'un autre âge ou mêmes indignes, refuse d'évoluer.





Je ne peux en dire plus sans spolier, mais ça me paraît déjà pas mal pour donner envie aux lecteurs intéressés l'envie de découvrir ce roman...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          381
Amour en sept lettres
  03 novembre 2019
Amour en sept lettres de Ruth Rendell
Je retrouve Ruth Rendell et sa prose policière, quelques trop nombreuses années après notre dernier rendez-vous dans la collection du Masque.

Ces retrouvailles se font à travers six nouvelles d'amour et de mort.

Six histoires menées par la peur, l'exaspération, la colère,les fantômes du passé, le désir, l'incompréhension...toutes choses qui mènent inéluctablement au drame... en des lieux aussi divers que le Montmartre parisien, un presbytère dans un village anglais, une ferme ou un ensemble résidentiel londonien...

Dans deux de ces nouvelles, les lieux semblent avoir gardé rancunes et miasme de tragédies passées: presbytère immense ou jardin sinistre.

... Et Ruth Rendell, après un avant-propos éclairant de François Rivière, s'y entend à merveille pour nouer et dénouer six pièces tragiques et british, comme digne continuatrice des Conan Doyle, Chesterton, Christie et autres maîtres.

. Retrouvailles réussies, donc, pour moi;













Commenter  J’apprécie          350
Et l'eau devint sang
  19 novembre 2016
Et l'eau devint sang de Ruth Rendell
Encore une bien bonne histoire de Ruth Rendell !

Deux soeurs, une mère schizophrène, un beau-père mort mystérieusement dans sa baignoire neuf ans auparavant, un fiancé epouvantable, une tante charmante, un fiancé charmant et une belle-mère à tuer, une jeune personne très malhonnête et son boulet de frère ...et surtout, obligatoire, la belle maison victorienne dont on rêve, à Londres...

Qui a tué le beau-père ? Le fiancé épouvantable restera-t-il épouvantable ? Qui mourra aussi ? La jeune personne malhonnête réussira-t-elle son coup ? Où partiront les autres en voyage de noce ?

Délicieux, servi avec du thé, s'il vous plait. Merci.

Commenter  J’apprécie          343
Celle qui savait tout
  24 février 2016
Celle qui savait tout de Ruth Rendell
Découvrir le meurtrier n'est pas l'objet de Celle qui savait tout, puisque dès les premières pages, il est nommé, les circonstances du meurtre décrites. John Winwood, surprend dans la cuisine, son épouse et son amant militaire, main dans la main, et décide froidement de les éliminer, non sans les avoir amputés des mains qu'il a surprises tendrement enlacées. John est un homme qui n'aime pas le travail, et après une première expérience salariée, a décidé que plus jamais ça se reproduirait au cours de sa vie.  Cependant, il faut bien de l'argent pour vivre, et qui mieux que des femmes amoureuses de lui, pourraient l'entretenir, et éventuellement lui léguer leur fortune à leur mort ?

 

Après le meurtre de son épouse, John entame une nouvelle vie. Il vend les bijoux d'Anita, sa maison, abandonne son petit garçon, Michael, aux bons soins de Zoe, une parente aimante qui souhaite adopter un enfant, faute d'avoir pu en concevoir. Michael est séparé brutalement, jeté seul dans un train vers une nouvelle destinée inconnue, de sa bande de copains, Rosemary, Alan, Daphne et les autres, avec qui il a l'habitude de jouer dans des souterrains découverts par hasard, baptisés par les enfants, qanats.  

 

Il peut paraître étonnant que Winwood n'ait jamais été inquiété pour ses crimes. C'est donc le moment de préciser que ces événements inauguraux se déroulent au cours de la seconde guerre mondiale. Loughton, situé à seulement 18 kilomètres de Londres, souffre un peu moins des bombardements, du blitz, et des privations alimentaires. Son commissariat a néanmoins été détruit. La police a d'autres chats à fouetter que rechercher une femme réputée volage, dont le mari affirme qu'elle s'est enfuie, ou un militaire dont la famille pense qu'il est parti vivre au bout du monde, tant de gens meurent et disparaissent durant les guerres.

 

La boîte à biscuits contenant les restes macabres des deux mains attend sagement 70 ans dans sa cachette, avant que des maçons ne la découvrent lors de la construction d'une cave à proximité des qanats. C'est l'inspecteur Colin Quell qui est chargé de l'enquête, sans grand espoir d'aboutir à l'arrestation du coupable, compte tenu des décennies écoulées. D'ailleurs, l'enquête policière, fort discrète, ne sert que de fil conducteur dans le roman. Quell recueille néanmoins les témoignages des personnes ayant vécu dans le quartier des qanats au moment estimé du crime. Les enfants de 1944 ont bien grandi, et même beaucoup vieilli, certains sont morts, d'autres mourront au cours du roman. Stimulés par cette résurgence du passé dans l'automne de leur vie, ils se contactent, s'invitent à des dégustations de sherry, dégainent les albums de photos, se racontent leurs mariages, leurs divorces, leurs veuvages, leurs maladies. C'est long 70 ans, c'est le temps d'une vie.

 

Parmi cette galerie de personnages choisis et décrits avec une infinie tendresse par Ruth Rendell, certains sont particulièrement émouvants : Michael, meurtri par son histoire, a reçu beaucoup d'amour de Zoe et son mari. Il s'est marié, a eu deux enfants qui vivent partout sur la planète sauf près de chez lui. Il ne s'est pas remis de la mort prématurée de Vivien. Il garde intacte sa chambre, où il aime aller se réfugier pour lui parler. Il n'a revu son père qu'une fois ou deux. Ce dernier vit encore, dans une luxueuse maison de retraite. Dans quelques semaines, il aura 100 ans. Ce détail n'est pas sans importance.

 

Rosemary et Alan, ont eu une existence heureuse mais ennuyeuse, des enfants, petits-enfants, un travail qui leur a apporté une petite aisance. Mais l'irruption dans la vie d'Alan de Daphne, sa première amoureuse, en fait dérailler le cours, qu'il croyait tracé au cordeau et immuable. La vie de Rosemary est bouleversée en conséquence, sauf que les femmes ne se laissent pas abattre facilement. C'est Ruth Rendell qui écrit, on peut lui faire confiance pour parler au nom des femmes.

 

En plus d'être un roman psychologique d'une grande et irréprochable force, Celle qui savait tout est aussi un roman d'atmosphère empreint d'une douce mélancolie et d'une nostalgie sereine. A petites touches feutrées mais chirurgicalement précises, Ruth Rendell observe ses personnages âgés, ayant tous parcouru la plus grande partie de leur ligne de vie. Ils se penchent sur leur passé mais envisagent encore un avenir, il n'y a rien de triste dans ce récit, l'humour y est même bien présent, subtil, savoureux. Rien d'autre qu'une petite musique obsédante qui rappelle au lecteur l'inéluctabilité du temps qui passe, l'intérêt qu'il y a pour chacun d'effectuer les bons choix, de tenter, dans la mesure du possible, de ne pas se tromper. Un texte à la résonance particulière depuis la disparition de Ruth Rendell en mai dernier. Un roman posthume en forme de bilan prémonitoire ?



Très sincèrement merci à Babelio et aux Editions des Deux Terres pour leur confiance et ce cadeau très apprécié.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          340
La Petite Mort
  03 janvier 2018
La Petite Mort de Ruth Rendell
Try to remember the kind of September...

(Essaie de te souvenir de la douceur de septembre)

♫ When life was slow and oh so mellow ♫

(Où la vie était lente et oh si douce..)



Quoi , qu'ai-je donc à chantonner ce refrain rendu si célèbre à un café (nommé désir ) si noir,, si puissant, si exquis, si ,, humm onctueux ?

Que l'ivresse de cette lecture me prenne alors et ne me surprenne pas dès lors : ça y est ! J'en est goûté le corps, je m'en pourlèche de ce sort .

Oui ,envenimé de l'esprit éros-thanatos , désormais je le suis .

Troublé ! Déchiré ! Vampirisé !



Ô vingt dieux, ô viles mesdames et gentils pervers de messieurs, je vous l'annonce tout à trac , d'un trait net , tout aussi sec et sans hésitation :

Ce recueil est un linceul de la passion , dont une seule lecture vous emporte, hum, , vous transporte dans de telles aventures de folles situations , qu'une nuit suffit pour en oublier jusque même la vie , et sans aucun doute le reste de vos envies.

Sinon " l'envie d'avoir envie elle-même " ( un coup de Johnny pour la chanson ?, Non ? Bon , passons. )



Des auteurs ? Non, mes ami(e)s , des maîtres exclusifs du genre.

Car voyez vous, l'anthologiste est ici une prêtresse ,une divine maîtresse, une reine, une légende dont le monde se souviendra de sa qualité à nous transposer autant de récits qui fleure si bon le démon de la démence; l'ambiance torride allié à la terreur . L'angoisse de la peur répandue au rang de la poisse d'en prendre le plaisir . L'extase rendue possible à la mort même mêlé conjointement .

.

Sur le banc de l'accusé ( en habit de cuir surement ^^ ) : Ellen Datlow !



Ma redoutable maîtresse,

Je vous adresse mes plus braves salutations à votre situation si envieuse de vraie connaisseuse en l'horreur,LA VRAIE.

A vos superbes capacités de joindre le verbe frémir à la verve de l'effroi.

De l'éro. côté épouvantablement verso : des histoires très tragiques sans jamais être trash, mais si bien baignées dans ce lit de la pudeur ôtée que le souvenir vous en laisse la pureté à vos yeux choqués.

Félicitations !



Car tel en est l'art de l'amour : savoir faire court en promettant de si longues jouissance .

Tel en est de même ce recueil : réussir à réunir autant d'écrits de novella dans les cris et la joie sans long discours .

De la puissance !



Alors , faut-il résister ? Ne point succomber ? Ou alors , vaincu de plaisir, finalement, doucement, lascivement, se laisser choir ..

Ô rage, ô désespoir, ô vil ennemi que ce péché innommable nommé DÉSIR. ..





♪That love was an ember about to billow♫

( Quand l'amour était une braise sur le point de devenir incandescente)

♪Try to remember and if you remember♫

(Essaie de te souvenir et si tu te souviens)

. .Then follow ♫ ♫ (Alors continue)

♪Follow ,follow ,follow...♪ ♪

(Continue, continue, continue . . . )



Ahh,,, je me meurs de ma petite mort , , ,

(encore;,;encore)









+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          330
L'Analphabète
  20 octobre 2017
L'Analphabète de Ruth Rendell
Une famille aisée, les Coverdale, insouciante et cultivée ; un confortable manoir ; Eunice, une domestique presque parfaite ; Ruth Rendell nous a planté le décor idéal d’un drame absurde, ignoble, nourri par le ressentiment, la frustration, la jalousie, la folie… Quand une femme fragile tombe dans l’intégrisme religieux et croise le chemin d’une employée de maison analphabète, le cocktail devient vite explosif…



L’auteur nous peint avec beaucoup de talent le caractère d’une femme fruste sur laquelle la culture intellectuelle a glissé, l’absence d’accès au langage écrit ayant atrophié sa sensibilité, appauvri ses relations au monde et aux autres, la laissant seule, enfermée dans une unique obsession : que personne ne découvre son incapacité.



Comment un discours religieux fanatique peut avoir une résonance criminelle chez des êtres fragiles, comment l’illettrisme peut conduire à la violence, ce sont des thèmes qui nous interpellent forcément et résonnent avec notre actualité. Le tout dans une ambiance manoir anglais, suspense psychologique et tasse de thé, avis aux amateurs…

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          320
Rottweiler
  15 décembre 2016
Rottweiler de Ruth Rendell
Que de raffut autour de la boutique d'antiquité d'Inez...

Sa vendeuse Zeinab, toujours en retard, fourguerait de la ciboulette à un requin blanc, mais que penser de son père qui menace de la tuer si elle sort le soir, enferme sa soeur à la cave et bastonne la maman ? D'autant plus que Zeinab compte deux fiancés à Londres et collectionne les bijoux qu'ils lui offrent tour à tour...

Ses locataires bizarres : Freddy Perfect, de la Barbade, amant de Ludmilla Gogol, de Minsk ou Manchester, on ne sait pas trop...Jérémy Quick le bellâtre...Will l'attardé mental qui ressemble à David Beckham et rêve d'habiter avec sa tante Becky, qui culpabilise de ne pas l'avoir adopté à la mort de sa soeur il y a fort longtemps...

Inez elle-même, veuve d'un acteur célèbre ayant joué dans une série à succès, Forsyth, où il incarnait un habile policier, et qui ne cesse de se repasser l'intégrale des épisodes...

Sans parler du chien, le Rottweiler, ou plutôt le serial killer, qui d'après la police, signerait ses meurtres d'une morsure...Sauf que non, en fait...Mais on dirait bien que le tueur tourne autour de la boutique...

La police est d'une incompétence totale...

Le meurtrier tue assez peu, il essaie perpétuellement de s'auto-psychanalyser : mais pourquoi je fais ce que je fais ? Suis-je fou ? Traumatisé ? C'est assez comique.

Les autres personnages dansent une ronde agréablement farfelue autour de la boutique.

Très agréable moment de lecture.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          322
Regent's Park
  30 septembre 2015
Regent's Park de Ruth Rendell
Mary Jago est une jeune femme trentenaire qui travaille au Musée Irene Adler, dans Charles Lane. Il s'agit d'un clin d'oeil adressé par Ruth Rendell aux amateurs de romans policiers, puisque Irene Adler est un personnage imaginaire créé par Conan Doyle dans “Un scandale en Bohème”. Ce musée n'est pas une invention romanesque, il existe bel et bien à Londres, fort apprécié par tous les admirateurs de Sherlock Holmes. Son travail n'est pas ce qui fait de Mary une personne d'exception, non. Ce qui la distingue, c'est qu'elle a donné sa moëlle osseuse pour sauver un jeune homme atteint d'une leucémie foudroyante : “C'était fini, elle l'avait fait, elle avait été capable de mettre sa santé au service d'un autre être humain, gravement malade, et de réparer ainsi une injustice de la nature” (p. 39). Comme la réglementation l'autorise en Grande-Bretagne, le donneur et le receveur peuvent, s'ils le souhaitent tous les deux, sortir de l'anonymat et entrer en contact. Mary et Leo se rencontrent et s'apprécient, tandis que parallèlement, Mary a fort à faire pour mettre fin à sa relation nocive avec Alistair qui ne s'avouera pas facilement vaincu. Mary quitte Alistair, et sans point de chute, accepte d'être “la personne de confiance” de Sir et Lady Blackburn-Norris, celle qui gardera lors de leur voyage de plusieurs mois en Amérique du Sud, leur maison et leur petit chien Gushi.





Ces quelques lignes ne sont qu'un résumé a minima de Regent's Park, roman de 369 pages. Si l'histoire de Mary et Leo sert de trame, Ruth Rendell donne vie à un grand nombre de personnages, qui vont se croiser et se cotoyer au cours de l'histoire : Bean, retraité dont la pension ne lui permet pas de vivre décemment, promène bi-quotidiennement les chiens de riches propriétaires pour améliorer son ordinaire. Hob, jeune homme drogué dont l'unique but est de trouver de l'argent pour se procurer n'importe quelle substance lui permettant de faire taire les souris et les rats qui cavalent dans son cerveau, dès que commence le manque. Carl, le frère de Leo, veille sur son cadet, malade, comme une mère tout en brassant de mystérieuses affaires. Alistair, harceleur de Mary. Bien d'autres encore...





Mais ce sont surtout les laissés-pour-compte, les sans-domicile, les clochards, ceux que personne ne remarque jamais, qui sont les héros de Regent's Park : Pharaon, appelé également l'homme aux clefs, sans cesse à la recherche de nouvelles trouvailles serrurières qu'il accroche sur ses vêtements, faisant de lui une sorte de chevalier recouvert d'une armure métalllique. Effie, qui parle peu et boit beaucoup. Roman, l'homme à l'accent d'Oxford, qui lit Dostoïevski. Le lecteur découvrira peu à peu son histoire bouleversante au fil du récit. Bien d'autres encore...





Tous les personnages du roman vivent dans le même quartier, certains dans la rue, d'autres dans de grandes maisons victoriennes. Ils se croisent, se connaissent de vue, s'ignorent, vont se suspecter lorsque 3 cadavres sont retrouvés empalés sur les hautes grilles d'un parc. Très lentement, des liens se tissent entre eux, jusqu'au dénouement, époustouflant, conforme au talent inouï de Ruth Rendell, qui met à mal une fois de plus les idées reçues et déglingue les apparences. Regent's Park est aussi un roman sur Londres, ses parcs, ses musées, ses quartiers pauvres ou huppés, que Ruth Rendell décrit photographiquement, dans leurs moindres détails, faune, flore, architecture. Un très grand et beau roman qui nous rappelle subrepticement que le don de moëlle osseuse, de plaquettes ou de globules, sauve quotidiennement des malades.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          324
La treizième marche
  20 mai 2015
La treizième marche de Ruth Rendell
Meurtres et tueurs en série, dans un polar britannique sans policier, une étude de mœurs avec touches d’humour et héros pathétiques.



Une octogénaire est obsédée par ses bouquins et ses amours d’autrefois. Elle vit avec son chat dans la solitude d’une très vieille maison, d’autant plus vieille qu’on n’y a pas fait de rénovation depuis plus de cinquante ans et à peine un peu de ménage depuis. La vieille fille a aussi une notion originale du rangement, elle conserve toujours sa lampe de poche dans le frigo !



Pour l’aider à subvenir à ses besoins, elle s’est résignée à louer l’appartement du dernier étage à un homme qui lui semblait honnête. Ce réparateur d’équipements d’exercices est cependant obsédé par un tueur en série qui a vécu dans le quartier, obsédé aussi par une célèbre mannequin qu’il est sûr de séduire s’il arrive à la rencontrer, obsédé par le chiffre 13 qui lui porte malheur et même par un fantôme qui hanterait la demeure !



Bien qu’on y trouve le crime, il ne faut pas s’attendre ici à un thriller haletant, car l’intrigue prend beaucoup de temps à se mettre en place. Il faut plutôt profiter des travers des différents personnages et des descriptions amusantes des menus événements. Imaginez par exemple comment réagira la vieille dame lorsqu’elle trouvera un string rouge dans son lavoir…



On peut aussi penser au sourire de l’auteure lorsqu’elle décrivait ces vieilles dames, car Ruth Rendell avait elle même près de 75 ans lorsque ce roman a été publié !



(Ruth Rendell est décédée le 2 mai 2015)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          320




Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox



Quiz Voir plus

Quiz sur le livre "Promenons-nous dans les bois" de Ruth Rendell

Comment s'appelle la femme qui devait garder les deux enfant du couple Dade ?

Paula
Joanna
Tania

10 questions
3 lecteurs ont répondu
Thème : Promenons-nous dans les bois de Ruth RendellCréer un quiz sur cet auteur